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23 March 2017

Cette guerre est celle des Libyens, non celle des Occidentaux.

lexpress.fr

Par , publié le 31/08/2011 à 14:10

Le scénario libyen n’a rien à voir avec le désastre irakien

Dès l’Antiquité, Thalès avait prévenu : « Rien n’est plus rare qu’un tyran qui vieillit. » Assurément, Mouammar Kadhafi ne fera pas un beau vieux. Le bédouin qui disait vivre de quelques dattes et d’un verre de lait de chamelle a choisi de mettre un point final à sa carrière en ne laissant derrière lui qu’une traînée de sang. Ultime épisode de son orgueil destructeur, sa cavale aura eu pour effet d’accroître les sacrifices de ses adversaires et d’accentuer le chaos général qui recouvre le paysage libyen. Pour priver la rébellion d’une victoire nette, le Guide aura su y faire – jusqu’au bout. Au point que certains se prennent à invoquer maintenant le spectre de l’Irak. A les en croire, il y aurait un risque réel de catastrophe. Et les sceptiques de citer, après l’enlisement de l’OTAN – prédit mais non advenu -, l’assassinat, fin juillet, du général Younès, chef militaire de l’insurrection, comme préfiguration d’un éclatement tribal du pays. Ou encore les bisbilles au sein du CNT, immédiatement perçues comme une menace sur l’avenir politique de la Libye.

Que répondre ? Il y a plusieurs « événements » dans l’opération libyenne qui lui confèrent un caractère résolument novateur, ce qui devrait écarter les mauvaises comparaisons. Malgré l’impression de grand désordre qui se dégage du théâtre des opérations, on peut déjà tirer une première conclusion : cette guerre est celle des Libyens, non celle des Occidentaux. Ce qui, en l’occurrence, est un bon point pour ces derniers et établit d’emblée une énorme différence avec le schéma irakien. En 2003, en s’emparant de Bagdad à grand renfort de moyens militaires, non seulement les Etats-Unis menèrent une croisade à but démocratique, dont on sait l’aboutissement désastreux, mais ils le firent sans l’aval de l’ONU et en position frontale. Le résultat fut une déroute américaine. En Libye, non seulement le pari militaire lancé par l’Otan est désormais gagné, mais il l’est à partir de moyens limités, en l’occurrence aériens (ce qu’imposait la résolution 1973 de l’ONU). De surcroît, l’intervention alliée s’est faite en application de la « R2P » (responsabilité de protéger), principe onusien adopté en 2005, en partie à l’instigation de la France. Ce principe, qui vise à défendre les populations civiles contre les génocides, les crimes de guerre ou les crimes contre l’humanité, est une variante aménagée du droit d’ingérence. C’est la première fois qu’il est employé de façon globale, et avec succès ! Bref, le contraire parfait de l’Irak.

Deuxième leçon, ni Paris, ni Londres, ni Washington ne souhaitent régenter la Libye (même si les arrière-calculs économiques et stratégiques font partie de l' »après-guerre »). Là encore, à l’inverse de l’Irak, ce sont les dirigeants du CNT libyen qui ont souhaité que les forces de l’Otan maintiennent leur pression jusqu’à la capture de Kadhafi. En Irak, la question pour les Américains s’est rapidement résumée à savoir pourquoi rester et comment partir ; tandis qu’en Libye elle a consisté pour l’Otan à se demander comment ne pas s’enliser alors qu’on la priait tant d’agir. Autre différence de taille, la reprise en main du pays après les ravages causés par les affrontements entre adversaires et derniers partisans de Kadhafi sera le fait des pouvoirs libyens eux-mêmes, non d’une administration d’obédience occidentale. Enfin, contrairement au parti Baas irakien, qui tenait tout le pays pour le compte de Saddam Hussein si bien que l’anarchie s’installa dès que le système fut démembré, le CNT s’est érigé en alternative anti-Kadhafi en préalable à la chute du régime. Autant de facteurs qui ne constituent pas une garantie de stabilité, loin s’en faut, mais qui montrent de façon éclatante que l’Otan, pour la première fois de son histoire, a pris des risques pour aider un peuple arabe à briser ses chaînes.


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8 Commentaires sur cet article

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  • Cette guerre est celle des Libyens, non celle des Occidentaux.
    31 août 2011 at 18 h 33 min - Reply

    […] Le Quotidien d’Algérie Tags: celle, cette, guerre, Libyens, Occidentaux. […]




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  • abdellatif
    31 août 2011 at 20 h 37 min - Reply

    Salam aleykoum,
    Espérons que vous ayez raison…l’Histoire nous démontre qu’il faudra rester réaliste quand aux désirs des puissances impérialistes (voir pessimiste), surtout quand celles-ci sont affaiblies (cf crise économique actuelle)




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  • Mohamed YAHIAOUI
    31 août 2011 at 20 h 53 min - Reply

    Nous vous prions de préciser la source de cette information. Merci
    La Rédaction LQA




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  • AMOKRANE NOURDINE
    31 août 2011 at 21 h 55 min - Reply
  • hakimM
    1 septembre 2011 at 2 h 54 min - Reply

    Je doute que la France fasse tant pour un pays musulman sans rien gagner en contre partie et je doute que la chaine Al Jazeera qui occulte la barbarie aux Bahrein et en Arabie Saoudite fasse tout cela sans arrières pensées.
    Le seul pays qui n’a tiré aucun profit et qui n’a pas su gérer la révolution qui le dérange est l’Algérie.
    Le régime Algerien veut la dictature et cela l’arrange.
    J’espère que le peuple algerien ne se prendra pas plus intelligent que les autres dorénavant, lui qui n’a pas fait sa vraie révolution.




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  • Mohamed YAHIAOUI
    1 septembre 2011 at 7 h 08 min - Reply

    Assalamo Aleikoum

    L’information sur la vente massive de toutes sortes d’armes après la chute de l’URSS , n’est un secret pour personne , enfin pour ceux qui suivent l’actualité au quotidien.
    A l’époque un ex journaliste de la PRAVDA , avait dénoncé l’immense trafic d’armes de toutes sortes et de tous calibres , y compris des helicoptères et des avions de combat en pièeces détachées .

    Plusieurs Generaux et Colonels du KGB avec la complicité d’Officiers des armées de terre , marine et aviation , vendaient toutes ces armes y compris un stock de près de 40 missiles à têtes nucléaires , dont un premier lot avait été acheté par les services secrets de la Corée du Nord (voila pourquoi ,les Américains s’écrasent devant ce pays , ce n’est pas le programme nucléaire qui leur fais peur , mais ces missiles opérationnels en quelques dizaines de minutes )
    Plusieurs pays Arabes et musulmans ont achetés des stocks d’armes et de munitions ,une aubaine à l’époque ,une vraie braderie , des vrais soldes .
    L’Algerie, la Syrie , la Libye , l’Irak,le Yemen,l’Iran ,tous ces pays étaient des clients très interessés surtout par ces missiles à têtes nucléaires qui étaient surtout un grand danger pour Israel.
    Il est certain que l’Iran qui est un proche voisin de l’ex-URSS à acquis un lot de ces missiles , mais également plusieurs pays Arabes dont la Libye, ce qui explique en partie le soutien de l’Algerie au régime de KADHAFI .
    l’Algérie aurait-elle eu pour mission de récupérer ces missiles pour le compte de l’OTAN en échange de l’asile pour la famille KHADAFI ,????
    Une option parmis tant d’autres
    Le General Russe qui dirigeait ce trafis d’armes sensibles se trouve actuellement dans les Emirats , et il aurait d’importants biens immobiliers en Espagne,c’est l’un des plus grands trafiquants privés d’armes au monde , et c’est lui qui continue pour le compte de POUTINE à vendreentre autre armes à l’exportation , les fameux misiles anti-chars RPG 19
    qui ont causés d’importants dégâts à l’armée sioniste ,qui a dût quitter le Liban en catastrophe , aprs avoir subit de lourdes pertes ,pres de 120 chars et véhicules blindés detruits .
    Faîtes des recherches sur la periode de la chute de l’URSS , et vous apprendrez une quantitée interessante d’informations censurées par les medias occidentaux ,affolés par l’armement et le réarmement de plusieurs pays , à des prix défiant toute concurence




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  • BRAHIM
    1 septembre 2011 at 13 h 05 min - Reply

    Cette guerre est celle des occidantaux (par Sarkozy interposé) et non celle du peuple lybien. Il n’y qu’à lire la presse internationale qui informe qu’un accord secret sur le PETROLE est en voie de finalisation entre le CNT et la France. Il faut arrêter de ne voir que d’une seule loupe. Il n’y une différence entre l’éviction de Kadafi qui doit être constante et les objectifs politique et économiques du CNT.Dans quels mois en reparlera, inchaallah, de cette « révolution du peuple lybien ».




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  • Adel
    1 septembre 2011 at 14 h 19 min - Reply

    @hakimM

    Bonjour,

    En ce bas-monde, personne ne fait rien pour rien (enfin du moins pas encore), surtout pas les États. a fortiori lorsque ces États sont capitalistes.

    Le camp socialiste non plus n’agissait pas par philanthropie ou par internationalisme révolutionnaire.

    Que les Pays occidentaux qui ont aidé les insurgés libyens veuillent faire des affaires en Libye, il n’y a là rien de blâmable en soi. Les chaînes satellitaires passent quotidiennement des entretiens avec des dirigeants du CNT et des intellectuels libyens et cette question revient sans cesse. Alors, il me semble que les nouveaux dirigeants de la Libye sont tout à fait conscients des enjeux et il n’y a pour le moment aucune raison de croire qu’ils ont vendu leur âme au diable.

    Le mal est en nous. Si les peuples et les États du monde arabe et musulman avaient volé au secours de la révolution libyenne, le CNT n’aurait pas eu besoin de faire appel à l’ONU.

    Ou bien pensez-vous que les insurgés libyens auraient mieux fait de se laisser massacrer par Kadhafi?

    Cordialement




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