Édition du
24 March 2017

Le crime de Tibhirine Révélations sur les responsables Jean-Baptiste RIVOIRE

Editions La Découverte Septembre 2011

Jean-BaptisteRivoire, journaliste à « 90 minutes » (Canal Plus), est l’auteur de nombreux documentaires dont Benthala, autopsie d’un massacre (1999), Algérie : la grande manipulation (2000) et Attentats de Paris, enquête sur les commanditaires (2002).

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Le 26 mars 1996, sept moines trappistes du monastère de Tibhirine, en Algérie, sont enlevés. Deux mois plus tard, un communiqué signé du « Groupe islamique armé» annonce leur exécution. Depuis 2004, cette affaire fait l’objet d’une enquête judiciaire en France, car le mystère perdure sur les responsables de ce drame : les moines furent-ils victimes d’islamistes sanguinaires, comme le veut la version officielle ? D’une bavure de l’armée algérienne ? Qui étaient leurs ravisseurs ? Par qui ont-ils été assassinés ?
Dans ce livre, fruit d’une enquête de plusieurs années, Jean-Baptiste Rivoire lève le voile sur l’incroyable opération d’intoxication conduite depuis 1996 par les responsables directs de la mort des moines : les généraux Mohamed Médiène et Smaïl Lamari, chefs des services secrets algériens, le DRS. Car de nouveaux acteurs de cette tragédie ont décidé de parler. Ils révèlent par qui et pourquoi les moines furent enlevés. Et ils expliquent pour la première fois comment ils auraient été exécutés, quand et par qui. Selon ces nouveaux témoins, les moines de Tibhirine n’auraient pas dû mourir, mais l’opération a mal tourné.
Entre manipulations et guerre contre-insurrectionnelle, une enquête explosive au cœur d’une double « raison d’État », celle des services secrets algériens et de leurs relais en France.

 


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2 Commentaires sur cet article

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  • mohamed
    3 septembre 2011 at 14 h 18 min - Reply

    Quand on connait l’ influence des moines dans la region , on ne peut pas dire que l’ operation a mal tourné, il s’ agit plutot d’ un acte ignoble minutieusemment planifié et tres bien executé.les moines etaient beaucoup trop dangereux pour le pouvoir, car ils savaient tout ce qui se passait dans leur region, ils etaient au contact de la population.C’est exactement le meme cas pour monseigneur Claverie.Ils savaient trop de choses vraies , il fallait les eliminer tous.




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  • mokrane
    3 septembre 2011 at 19 h 19 min - Reply

    Les généraux d’Alger préfèrent un reportage de BHL à une enquête internationale

    Les quotidiens algérois viennent de saluer sa performance : quatre pages dans « Le Monde ». Mais sans mentionner qu’elles sont bourrées d’erreurs, d’approximations et de non-dits.

    Invité par la cinémathèque algérienne, Bernard-Henry Lévy a reçu le meilleur des accueils de la part des plus hautes autorités de l’Etat. Qui lui ont permis, ainsi qu’il l’a lui-même modestement reconnu, de se rendre « dans des lieux interdits aux journalistes ». Et quand on sait que mieux vaut ne pas ruser avec les interdits en Algérie lorsqu’on est porteur d’une carte de presse, on ne peut donc que se réjouir de constater que le régime les ait levés pour BHL. Se sont ensuivis deux gros articles dans « Le Monde », que nombre de médias français, de « L’Humanité » à TF1 en passant par Canal Plus, ont largement commentés, en invitant souvent leur auteur à en rajouter. Pareillement, et malgré les critiques justifiées qu’il formule contre une armée qui protège si mal la population, ces impressions de voyage ont été fort appréciées par la presse officielle algérienne. Et pour cause, BHL ne dit rien sur l’autre aspect de la violence dans ce malheureux pays. À savoir celle qu’exerce l’Etat : bombardements au napalm, arrestations et tortures systématiques, disparitions de centaines d’opposants, etc.

    En revanche, que d’erreurs sous la plume de cet envoyé spécial qui aura emmagasiné tant de « choses vues » en si peu de temps ! Exemples.
    Par Nicolas Beau

    Les 11 et 12 janvier, L’Authentique, le quotidien contrôlé par le général Betchine, conseiller spécial de Zeroual pour les questions de sécurité et ancien patron de la Sécurité militaire, a publié de larges extraits des papiers de BHL dans Le Monde. « Un pavé dans la mare », a estimé ce grand journal indépendant : « Bernard-Henry Lévy est venu en Algérie. Il a vu et il a probablement vaincu cette obscène question qui obsède de nombreux intellectuels, journalistes et hommes politiques occidentaux qui ajoutent à l’horreur des massacres génocidaires une confusion insupportable sur les auteurs des crimes. »

    — BHL : « Chérif Rahmani, ministre gouverneur d’Alger (…), est ouvert. Brillant. Il est typique (…) de la nouvelle génération de “quadras” qui arrivent aux affaires et poussent vers la porte les caciques discrédités du FLN. »
    Faux. Enfant chéri du régime actuel, Rahmani est d’abord le neveu du colonel Bencherif, le patron de la gendarmerie sous Boumediene. Dès les années 80, sous la présidence de Chadli, ce « quadra », qui est en fait largement quinquagénaire, fut secrétaire général du ministère de l’Intérieur, trois fois ministre des Travaux publics, de la Jeunesse, de l’Equipement, et plusieurs fois wali (préfet) à Tébessa (le fief de son oncle), puis à Alger.

    A la fin de ces années-là, Cherif Rahmani se rendra célèbre en affirmant dans la presse que les Algérois pouvaient s’apprêter « à jeter leurs jerrycans d’eau », que beaucoup conservent chez eux par peur des pénuries. Espérons que les négociations que ce ministre-gouverneur mène aujourd’hui avec la Lyonnaise des eaux lui permettront de tenir, dix ans plus tard, sa promesse.

    — BHL : « “Mouloudia ! Mouloudia !” Ca veut dire “chiffonnier”, explique Rahmani. “Club des chiffonniers”, c’est le nom de notre “Paris-Saint-Germain” local. »

    Le grand club de foot algérois qui existait dans l’« Algérie française » porte le nom de Mouloudia, un terme à connotation nationaliste et religieuse qui évoque la naissance du Prophète (« mouloud »).

    — BHL : « Je parviendrai même à leur faire entendre (à mon escorte de militaires) que leur façon de conduire dans les villes, leur habitude de brûler les feux, rouler sur les trottoirs, terroriser les passants, les éclabousser quand il a plu (…), bref leur goût du rodéo urbain, sont à la fois très odieux, très dangereux et, surtout, très inutiles ».
    Belle audace… A la lecture des rapports d’Amnesty International et de la Fédération internationale des droits de l’homme, l’armée algérienne ne semble pourtant pas avoir seulement un problème de feux rouges brûlés.

    — BHL : « Miloud Brahimi, avocat étiqueté “éradicateur”, mais qui met son point d’honneur, dans son métier, à défendre des islamistes. »
    Quatre ou cinq avocats ont aujourd’hui à Alger le courage de défendre les militants islamistes ou présumés tels. Mais leurs bureaux sont parfois cambriolés, et certains d’entre eux sont arrêtés. Président d’une ligue officielle des droits de l’homme sous Chadli, Miloud Brahimi a simplement défendu quelques cas isolés d’intégristes (surtout des enfants égarés de la nomentaklura.)

    Ce qui est vrai, en revanche, c’est que Miloud Brahimi est un des trois avocats du RCD dans le procès en diffamation que ce parti kabyle intente au journal Le Monde. Cependant, dans ses articles, BHL explique comment les dirigeants du RCD, Saïd Saadi et Khalida Messaoudi, ont largement inspiré ses articles.

    — BHL : « Le commandant Azzedine(…) est un Alexandre Sanguinetti version “libération de l’Algérie”. C’est un de ces briscards mal récompensés qu’ont toujours produit les grands compagnonnages politiques. »
    Héros certes de l’Indépendance, ce « briscard mal récompensé » est aujourd’hui l’organisateur des milices armées dans l’Algérois et un très riche homme d’affaires, actif dans l’importation de bières, de lait pour enfants et de yaourts. Azzedine vient d’ailleurs d’être nommé sénateur par son très proche ami le président Zeroual, qui dispose du pouvoir de désigner un tiers des membres de ce nouveau Conseil de la nation.

    Durant les belles années du « chadlisme », sa femme, l’ancien mannequin Yasmina, tenait une boutique de mode à Riad El Fath, l’équivalent du Forum des Halles à Paris, où toute ma nomentaklura venait faire ses emplettes. Symbole de l’enrichissement rapide des proches de Chadli, cette boutique a été brûlée pendant les émeutes d’octobre 1988 à Alger (500 morts). Comme quoi BHL a raison : voilà qui est « mal récompensé ».

    — BHL : « Cette autre tâche plus cocasse qui consiste à vous fourguer un discours de circonstance sur un terrorisme résiduel dont les médias font trop de cas. »
    Sur ce point, BHL se démarque effectivement de la propagande officielle. En revanche, lors de son séjour en Algérie, il n’a pas hésité, à l’occasion d’une conférence de presse, à déclarer que la terreur intégriste était « en nette régression ». « Je partirai d’Alger avec le sentiment que vous, les journalistes et intellectuels , êtes en train de gagner la partie grâce à votre résistance quotidienne. Le terrorisme est sur le chemin de la défaite… », déclara-t-il au journal L’Authentique.

    — BHL : « Récit de Nadia. Elle a vingt ans. Jamais, encore, elle n’a pu raconter cette histoire. »
    Faux encore. Le récit des sévices que Nadia affirme avoir subis de la part de groupes intégristes a été publié, le 29 décembre, par plusieurs quotidiens algérois et filmé par la télévision. A une variante près : dans les médias algériens, Nadia s’appelait Djamila.

    — BHL : « Je suis sorti de l’hôtel sans prévenir les anges gardiens – première infraction à la règle ! »
    En fait d’ « hôtel », BHL a été logé à la résidence officielle des invités de la présidence algérienne, le Djenane el Mitahaq (un périmètre protégé, interdit même aux taxis). Il a été convoyé, durant tout son séjour dans la capitale, et escorté, hors d’Alger, par « trois voitures de gendarmerie et une voiture banalisée de police », comme il l’explique lui-même. De bonnes conditions de repérage pour le film qu’il envisage de tourner en Algérie.

    — BHL : « Je suis redescendu, place des Martyrs, jusqu’à une échoppe, toute noire, où l’on vend, en plein Alger, des appels à la djihad, des récits héroïques de la guerre d’Afghanistan, une biographie autorisée d’Ali Belhadj, le chef emprisonné des islamistes. Et je me trouve devant la mosquée Djama el Kebir, rôdant, hésitant à entrer… ». BHL poursuit : « Je suis là, donc, quand un type, bizarre, très agité, s’approche : “Qu’est-ce que tu fais là ? C’est la place des musulmans ici” ».
    Le récit donne l’impression que BHL est sur le point de pénétrer dans l’antre de l’intégrisme le plus féroce. Or Djama el Kebir n’est autre que la mosquée officielle du régime, où ont été prononcées les prières lors des obsèques des présidents Boumediene et Boudiaf, et d’où sont retransmis par la télévision la plupart des prêches. Inutile de dire que la prière du vendredi rassemble plus d’honorables correspondants de la Sécurité militaire que de musulmans extrémistes.

    — BHL : « Et puis le “trabendiste” enfin qui “tient le mur” ».
    Sont surnommés « trabendistes » les adeptes du marché noir. En revanche, les jeunes désœuvrés, dont on dit à Alger qu’ils « tiennent les murs », sont appelés des « hittistes ». On ne peut pas tout savoir, ni tout voir. Même quand on a tout compris.
    Le Canard enchaîné, 14 janvier 1998.

    La parution, dans Le Canard du 14 janvier, d’un article consacré à l’enquête en Algérie de Bernard-Henri Lévy (publiée dans Le Monde nous a valu une réponse de l’intéressé. Nous en citons les principaux extraits.

    « Libre au « Canard » d’interpréter comme il l’entend mes articles du Monde sur l’Algérie – j’ai l’habitude et c’est le jeu(…). Sur deux points, votre collaborateur ne se contente pas de chicaner : il affabule. Je n’étais pas l’invité de la Cinémathèque d’Alger. Ni d’ailleurs d’aucune autre institution liée, de près ou de loin, à l’Etat algérien. J’étais mon propre invité (…).

    Je n’ai jamais entendu parler de cette “résidence Djenane el Mitahaq” avec son périmètre protégé interdit aux taxis où votre collaborateur invente que la “Présidence” m’aurait installé. Où a-t-il pris cette information abracadabrante ? Je l’ignore. Comme d’autres journalistes, français ou étrangers, j’étais tout bonnement à l’hôtel Saint-Georges, au centre-ville – et ce pendant toute la durée de mon séjour à Alger, avant de partir pour Oran et sa région. »

    C’est l’un des responsables du Monde qui, en conférence de rédaction, avait annoncé que BHL était invité par les dirigeants de la Cinémathèque d’Alger, et nous l’avons cru sur parole. L’écrivain était d’ailleurs en contact avec ses animateurs depuis la diffusion de son film Bosna !, et ils l’ont longuement reçu durant son séjour.

    Sur le second point, il est exact que BHL n’a pas été logé durant son séjour dans la résidence des invités de la présidence algérienne. En revanche, nous maintenons qu’il s’y est rendu à plusieurs reprises. Et qu’il a été reçu par le président Zeroual pour un entretien privé. Compte tenu de l’importance accordée par les Algériens à la venue de BHL, cela n’a d’ailleurs rien de surprenant. Mais, joint au téléphone, BHL dément cependant toute rencontre avec le chef de l’Etat. Autre remarque en passant : lors de leur récent voyage à Alger, les représentants de la troïka européenne avaient sollicité en vain cet entretien au plus haut niveau.

    Enfin, les critiques du Canard concernant les silences de l’enquête de BHL sur la brutalité de la répression menée par l’armée et les forces de sécurité algériennes ont porté leurs fruits. Dans sa chronique du Point (17/01), BHL rectifie et évoque cette fois les atteintes aux droits de l’homme : « Torture dans les prisons, exécutions sommaires d’islamistes et disparitions. »




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