Édition du
22 July 2017

CHANGEMENT.NET, CHANGEMENT PAS NET

par M. Saadoune
Le Quotidien d’Oran
05/09/2011
Internet est une formidable invention et les réseaux sociaux de remarquables espaces d’échanges, de débats et de polémiques. Les Algériens, un peu moins que les autres, s’y adonnent. Et leur nombre ne peut qu’augmenter au fur et à mesure de la diffusion d’Internet.

Les «réseaux» ont un côté enivrant. Beaucoup, à force d’avoir des «amis», se sentent tellement nombreux qu’ils se pensent prêts pour faire la révolution. D’autres révolutionnaires du net, à force de faire large, s’agacent de découvrir parmi leurs «amis» des gens qui pensent différemment d’eux et qui le leur disent. Nul besoin de rapporter ici les noms d’oiseaux qui s’échangent et dont le moins méchant est celui d’agents du pouvoir, du DRS ou de l’Otan. C’est pour le moment moins grave que se faire étiqueter vulgaires agents de Kadhafi.

Mais le plus formidable des malentendus est l’énorme consensus sur Facebook sur l’impératif du changement. Ceux qui défendent l’ordre établi et refusent le changement sur Facebook ne sont pas nombreux et leurs arguments sont pauvres et plats. Ils ne font pas le poids devant le changement.net. Ils sont tellement faciles à battre ces porte-voix frustres du statu quo qu’on les rabroue même quand ils sont absents. Du coup, le changement.net devient une formidable fabrique d’illusions, qui fonctionne sur trop de choses non dites, sur des postulats non vérifiables et sur la croyance que plus on est bruyant, plus nos idées sont les plus fortes.

C’est à ce niveau que la déconnexion devient salutaire. Le réseau, c’est bien, c’est formidable, il peut aider à formuler les choses, à créer des liens à condition d’en sortir. De se déconnecter et de revenir au réel. Il y a, bien sûr, la réalité d’un régime, ses réseaux, bien plus solides et concrets que l’Internet. Comment convaincre, par exemple, des hommes d’affaires qu’ils peuvent mieux réussir par le droit et en payant leurs impôts que par les privilèges d’être dans le bon réseau ? Ce n’est qu’un exemple que l’on peut étendre à de nombreuses autres activités. Et quand on a fait le compte, on peut découvrir que le «système» est une composition un peu moins simpliste que celle qui est dessinée dans le changement.net.

Comment amener toute cette partie des Algériens à accepter l’idée de changement, c’est une question sérieuse. Qui n’est pas abordée car le débat, souvent vindicatif d’Internet, parle de changement et ne dit pas ce qu’il faut changer ! Dans ce «ya-ka-changer», certains pensent, au fond d’eux-mêmes, que le pouvoir leur revient de droit à eux et à leurs amis. Ils décrètent, par exemple, que les islamistes n’auront pas droit à l’existence. Ils attendent donc que le pouvoir, qui a sans doute une base plus forte qu’eux, leur remette généreusement les commandes après avoir mis les islamistes en bannissement.

Poser la question de savoir si un changement démocratique est possible sans les islamistes serait hérétique. Ils sont pourtant bien là. Et ils savent se connecter également. Dans le changement.net algérien, on a accepté que les islamistes libyens soient des acteurs du changement. Mais on n’arrive pas à penser que le changement en Algérie devra nécessairement les inclure. Et qu’au lieu de se poser aux «héritiers naturels», ceux à qui le pouvoir doit échoir parce qu’ils seraient les «meilleurs», les plus «beaux» et les plus «modernes», ils feraient bien de sortir de leur cocon et d’engager le débat sur ce qu’ils entendent par changement.

Il y a eu une énorme déconvenue de ces courants après octobre 1988, quand ils ont découvert que la société ne correspondait pas à leur image. Ils risquent de l’être à nouveau en découvrant qu’ils ne peuvent être les seuls acteurs du changement. Et qu’il est de l’intérêt de tous de discuter sérieusement de ce que l’on entend par changement. La force du régime a été de se présenter comme une fausse synthèse ou une «voie médiane» entre des courants qui mettraient en danger le pays. Si ces courants ne s’entendent pas clairement sur ce que démocratie et Etat de droit veulent dire, on continuera pendant longtemps à parler du changement sur le net. Pas dans la vie.


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4 Commentaires sur cet article

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  • CHANGEMENT.NET, CHANGEMENT PAS NET
    6 septembre 2011 at 1 h 22 min - Reply

    […] Le Quotidien d’Algérie Tags: changement, CHANGEMENT.NET […]




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  • zoubir
    6 septembre 2011 at 2 h 28 min - Reply

    ceux qui refuse le changements et qui est interviennnent sur face book et autre reseaux du net alongueur de journee
    ce sont des nouveaux agents recruter par le drs pour parasiter le net,aucun algerien digne de ce nom refuse que le regime criminel parte.




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  • mehdi
    6 septembre 2011 at 8 h 09 min - Reply

    ceux qui sont contre le changement sur les reseaux sociaux et les site web,sont des pauvres imbéciles recrutés par le drs ,ils sont la a longueur de journee sur les sites a sopposer et a intervenir,cest les baltagia du net,aucun algerien digne de se nom ne s’oppose a ceux que la junte au pouvoir depuis 62 parte.




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  • Nazim
    7 septembre 2011 at 0 h 11 min - Reply

    @Mehdi, @Zoubir.
    Mon père me racontait qu’un jour dans les années 1960, il y avait un pays en Europe (ça s’appelait la Tchécoslovaquie je crois) où on avait décidé d’exterminer les serpents des forêts pour permettre aux gens de s’y promener en toute sécurité. Quelques temps après, on a été obligé d’importer des serpents d’Australie en raison de l’invasion de rats qui s’en est suivie.
    Tout ça pour dire qu’on peut rejeter de façon épidermique le nauséabond pouvoir algérien et hésiter à appeler à une «révolution» violente et dénuée de feuille de route. Entre le venin qui nous torture et la peste qui pourrait lui succéder, il y a peut-être une autre voie plus salvatrice et plus hygiénique. Cela-dit, j’aimerais bien qu’on m’explique ce qu’est un algérien «digne de ce nom», juste pour vérifier si je réponds aux critères d’inclusion et d’exclusion.




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