Édition du
30 March 2017

Les cancéreux du CPMC sans soins pendant deux jours

Alerte sur la pénurie des médicaments

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 06.09.11 |

Le Centre anticancéreux Pierre et Marie Curie (CPMC) à Alger a vécu une grande «fronde» des patients depuis deux jours (dimanche et lundi). L’arrêt de tous les traitements médicaux oncologiques décidé par le chef de service, le professeur Bouzid, en est la raison de ce mécontentement. Une décision motivée par les graves ruptures de médicaments.

La direction a été prise d’assaut, hier matin, par de nombreux malades qui réclamaient leur traitement dans l’immédiat. «Nous vivons une situation lamentable. Je suis venue jeudi, on me demande de revenir dimanche pour me renvoyer une deuxième fois. Ce n’est plus possible de continuer à vivre ce calvaire. Nous demandons au président de la République de prendre en charge notre problème. Le ministère de la Santé n’a rien fait et pourtant il connaît notre situation. La direction du CPMC n’a rien fait non plus, et ce, depuis des mois», se lamente une jeune dame atteinte d’un cancer du sein. D’autres malades tentaient de forcer la porte de la direction pour exprimer directement leur mécontentement au premier responsable du centre.
En vain. La décision d’arrêter tous les traitements a sérieusement effrayé les nombreux patients atteints de tous types de cancer.
Les enfants sont également concernés. «Comment voulez-vous que les malades ne rechutent pas, si leur traitement est interrompu durant déjà des mois. Nous avons sans cesse lancé des appels aux différents responsables du secteur pour se pencher sérieusement sur cette question, mais les choses sont toujours à la case départ», regrette la présidente de l’association des malades cancéreux El Amel, chez laquelle de nombreuses personnes se sont rendues pour se plaindre. «Nous ne savons plus à qui nous adresser. Personne n’est sensible à notre douleur qui, pourtant, est à son paroxysme», nous confie une malade inquiète.
Dans une lettre adressée à toutes les autorités du pays au nom des 300 malades de Bordj Menaïel, une dame ne manque pas de signaler que la situation est catastrophique pour les patients de la région. «A chaque visite au service d’oncologie à l’établissement de Bordj Menaïel, on s’entend répondre : ‘Désolé, il n’y a pas de médicaments, peut-être la semaine prochaine.’ Et on repart bredouille. Cela dure depuis des mois et personne ne s’inquiète pour nous. Cette situation est révoltante, avilissante, dévalorisante, indigne et inhumaine. On nous laisse mourir à petit feu.» La même humiliation est également vécue dans les villes du Sud.
Une jeune dame venue de Touggourt, renvoyée hier pour la troisième fois, illustre bien la situation que vivent les malades cancéreux dans les différentes régions du pays. Ils sont orientés vers le CPMC dans l’espoir de voir leur douleur apaisée.
Malheureusement, le problème reste non résolu. «On ne peut plus continuer à administrer aux patients la moitié du traitement. La chimiothérapie, le traitement de base en oncologie, constitue un cocktail de produits qui sont pour la majorité en rupture. Les prévisions sont pourtant claires pour le nombre de malades pris en charge à notre niveau et les commandes doivent suivre, puisque le budget nécessaire a été débloqué, selon le ministère de la Santé. Il n’est plus possible de continuer à travailler dans de telles conditions», se révolte le professeur Bouzid, chef de service d’oncologie au CPMC. «J’ai effectivement donné l’ordre d’arrêter tous les traitement médicaux du cancer depuis dimanche, car il n’est pas question de traiter certains malades et non pas d’autres ou bien administrer un demi-traitement. Les consultations et les urgences ont été assurées. La notion de nouveaux et anciens malades (traiter uniquement les anciens patients) imposée par la pharmacie du CPMC est une ineptie du point de vue médical et éthique.

On ne choisit pas de tomber malade au mois de mars ou en août. J’ai moi-même saisi les autorités compétentes à ce sujet, à savoir le ministère de la Santé et la direction du CPMC depuis dix jours, mais la situation est toujours pareille», regrette-t-il. Pour la pharmacienne de l’établissement, Mme Nebchi, il n’y a aucune rupture au niveau du CPMC. Vous pouvez venir photographier les stocks de médicaments dont nous disposons. Elle tient à rappeler que ce centre est à vocation régionale et qu’il ne peut répondre à la demande nationale. Mais elle ne nie pas que plusieurs autres malades sont portés sur une liste d’attente. «Pour le moment, nous avons 269 malades qu’il faut prendre en charge et le comité médical du CPMC a décidé de traiter uniquement ces malades pour avoir de meilleurs résultats. Ces patients nécessitent un traitement de 18 séances avec trois ampoules tous les 21 jours.
Les nouveaux cas doivent attendre le prochain arrivage de médicaments. Il ne faut pas oublier que la PCH a d’énormes problèmes financiers. A cela s’ajoute la lettre de crédit», réplique-t-elle. Une situation qui vient compliquer sérieusement la prise en charge du cancer en Algérie, puisque la chaîne des soins est souvent interrompue ou quasiment inexistante, telle que la radiothérapie.
La décision a été levée, hier en fin de matinée, par le chef de service d’oncologie, le professeur Bouzid, suite à une réunion avec le directeur du CPMC qui s’est engagé à soumettre le problème à la tutelle et à établir la liste de tous les produits actuellement en rupture de stock au CPMC et d’expliquer les raisons de cette rupture.

Djamila Kourta

Nombre de lectures : 2767
2 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • Les cancéreux du CPMC sans soins pendant deux jours
    6 septembre 2011 at 16 h 42 min - Reply

    […] Le Quotidien d’Algérie Tags: cancéreux, CPMC, deux, jours, pendant, sans, soins […]




    0
  • Nazim
    6 septembre 2011 at 17 h 26 min - Reply

    Pour les «privilégiés», il y a les soins modernes et performants outre-mer. Pour tous les autres, il reste les herbes du 3achab qui soignent tout, sans oublier la Hidjama pour évacuer le mauvais-sang et la Rokia pour chasser les djinns et les démons. Ainsi va le pays de H’mida (l’3ab et recham en même temps)
    Pour faire philosophe, je dirais que dans tous les cas : la mort est l’issue inéluctable vers laquelle nous nous dirigeons tous et que nous atteindrons un jour quels que soient les soins appliqués. «Sa3dek ya f3al el khir» comme disait ma grand-mère, Allah yerhamha.
    Pour redevenir l’incurable sceptique que je suis, j’ai tendance à penser qu’au-delà des individus, c’est la société entière qui est atteinte. Notre pays est gravement malade et c’est sa disparition qu’il faut craindre faute de soins adéquats. Je voudrais dire aussi, qu’à mon avis les «guerres» et les «soulèvements» anarchiques ne sauraient être des remèdes dans ce cas précis. Mais laisse-t-on aux gens d’autres choix?




    0
  • Congrès du Changement Démocratique