Édition du
26 July 2017

La chronique des tyrans et les dernières salves du déshonneur

Kamal Guerroua

«Vous pouvez tromper quelques personnes  tout le temps. Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps. Mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps. »

Abraham Lincoln, président américain anti-esclavagiste assassiné en 1865.

 

La leçon est claire: les arabes ont crée un précédent historique qui n’a plus son pendant sociologique à l’échelle humaine. Apparemment, le cycle khaldounien a son droit de cité le plus entier dans l’actualité mondiale. En ce point, l’histoire n’est guère muette mais elle n’entend pas non plus se lier d’accointances avec le bavardage. L’histoire est, somme toute, sentencieuse et cruelle d’autant plus qu’elle dévisse les totems orgueilleux de leur piédestal pour les étriller par la suite sous

les déchets de leur forfaiture. En ceci, elle n’a rien d’étrange hormis son éloquence. On ne saurait en dire davantage car sa revanche, à elle seule, nous en dit long sur l’indicible malheur des peuples arabes opprimés qui ploient sous le joug de la bêtise autoritaire la plus crasseuse. A chaque despote suffit sa peine et à chaque dictature suffit son chapelet de souffrances, massacres, génocides et exterminations. Les exemples ne manquent pas, le passé en regorge. Au plus fort de l’apogée de la dynastie Ommeyade (661-750), le sanguinaire « El Hadjadj »aurait mis à feu et à sang des contrées entières afin de les faire plier à son autorité. Toute la communauté des croyants à l’époque en avait vu des vertes et des pas mûres. Son centre d’intérêt fut plus particulièrement «Baghdad», terre de toutes les séditions. Ainsi les purges étaient-elles multipliées, les arrestations devenues monnaie courante et la torture affaire d’État. Néanmoins, sa fin ne fait plus mystère, l’histoire n’en a retenu que son odieuse lâcheté. Étrange retournement de l’histoire, presque treize siècles plus tard, son ténor « Bachar Al-Assad », médecin de son état et président héritier avant terme, réédite à merveille le macabre exploit de son émule et son compère maghrébin « Kadhafi» a livré son peuple en pâture

à la barbarie humaine la plus arbitraire.

 

C’est simple comme bonjour, nulle dissertation n’est nécessaire à l’expliquer, les leaders arabes souffrent d’une terrible paranoïa dissociative, collective et aiguë car en leur conscience divisée en grades formatées, la masse n’est plus composée de citoyens responsables et conscients mais de sujets malléables et corvéables à merci. Laquelle plèbe serait indigne du privilège de dire au moins une fois dans sa vie « non » au bradage de ses richesses et au piétinement sur sa dignité. Pire, les citoyens ne sont utiles que lorsqu’ils sont soumis, cerveaux lavés, oreilles accrochées aux médias étatiques, bouches cousues et dignité gracieusement achetée grâce aux rentrées des hydrocarbures. Du type, robots à boutons automatiques, obéissant au doigt et à l’œil aux discours tout autant soporifiques que dogmatiques du prince de l’heure. C’est cela d’ailleurs le propre des systèmes totalitaires où l’individu est pris en tenailles entre les velléités d’écrasement de ses autorités et son ascendant euphorique à l’émancipation. Mais fort heureusement, la dissidence citoyenne a brusqué tous les calculs faits à tout-va et la va-vite par les nomenclatures gérontocratiques. La débandade des forces de Kadhafi aux portes de  Tripoli apporte de l’eau au moulin de cet argumentaire. Tyran fantasque, aux mille et une facettes saupoudrées de teintes caméléoniennes, guide charismatique d’une révolution qui ne fut en réalité qu’une supercherie malsaine sur le répertoire des usurpations populaires, héros donquichottesque des causes perdues d’avance, Kadhafi aurait incarné tous les rôles sauf celui du sage président, protecteur de la santé tous azimuts (morale, politique, sociale et économique) de son pays et prodigue envers ses citoyens. Il est, on ne peut plus, l’image-type, prise en miniature de la déconfiture morale de tous les régimes arabes. Il veut changer le monde et finalement, c’est le monde qui l’a changé, il veut plier la Libye à ses désirs, celle-ci a fini par le pétrir comme une pâte par le feu de sa révolution. C’est pourquoi, il va désormais célébrer le souvenir de la révolution du 01 septembre 1969 en sa fuite, sa ridicule troisième théorie universelle de démocratie, inscrite dans son traité vert s’est muée en troisième vague de démocratisation qui a effacé à jamais ses traces de la Libye. Que les forces militaires de l’Otan aient été partie prenante dans l’œuvre magistrale du C.N.T et qu’elles aient été animées par des intentions purement pragmatiques liées essentiellement aux marchés économiques et aux gains financiers de la période de l’après-guerre, le courage et la bravoure des rebelles libyens devraient, que l’on veuille ou pas, être salués comme un acte salutaire pour toute l’Afrique du nord en général et plus spécifiquement, la région du Maghreb. Si le C.N.T a eu recours à l’aide de l’O.T.A.N dans un premier temps et en périodes espacées pour mettre un terme à la terreur de son tyran, c’est principalement en raison de la capacité de nuisance incommensurablement incroyable de ses sbires, bien aguerris et fortement expérimentés en la répression des révoltes citoyennes. C’est incontestablement plus qu’une réalité aujourd’hui, on ne pourrait plus se débarrasser de quelque tyran quel qu’il soit en combattant à mains nues contre sa dictature à moins qu’il y ait défection majeure dans les institutions-clés telle que l’armée, la police, la justice et les ministères à divers niveaux. Or, dans le cas peu reluisant de «Kadhafi», la grande muette fut sa fidèle collaboratrice. «faute de grives, on mange des merles » dirait-on, le conseil national de transition était dans une posture incertaine face à ses divisions internes, fragiles aux remous d’Al-Qaïda, et aux manœuvres du guide. C’est pourquoi, l’intervention de l’O.T.A.N est, pourrait-on dire, venue sans raison mais en même temps pour mille raisons. De prime abord, c’est une force d’appoint en cas d’extrême nécessité, pourvoyeuse de ravitaillements militaires en tout genre, militaire et alimentaire. Ensuite, il s’avère que sans intervention étrangère, les chances de prendre le dessus sur un maître de céans, rodé aux secrets du sérail et vétéran de guerre semblent être terriblement minimes et finalement les forces d’oppositions sont peu structurées pour venir facilement à bout du règne de Kadhafi. Mais pourquoi tant de sadisme de la part des leaders arabes? Pourquoi s’entêterait-on à sévir mordicus contre l’opinion contradictoire du camp adverse alors que l’on sait à priori que le sort en est déjà au tout début jeté? Est-ce une folie des grandeurs, une cécité mentale, un daltonisme visuel ou tout simplement une absence de regard et de perspective claires ainsi que de conscience humaine? Bref, laissons le dernier mot au procès de l’histoire et tenons-en-nous aux événements factuels du moment car tous les plans échafaudés par «Kadhafi» pour pérenniser sur le trône de «la Jamahirya» ont fait long feu puisqu’en pratique il est vaincu et ne lui reste que l’échappatoire de la guérilla urbaine sous forme de terrorisme à laquelle il a pris le pli d’y faire recours durant tout son règne de 42 ans. La guerre contre le Tchad, les péripéties rocambolesques de l’Affaire «Lockerbie», son implication dans différents attentas régionaux constituent immanquablement un actif digne d’un vrai terroriste.

 

Néanmoins, la vitesse avec laquelle Tripoli avait été conquise par les rebelles n’en fait plus mystère. L’ère du tyran pourrait se convoler en justes noces avec les calendes grecques. C’est à cet aune qu’il faudrait juger de son impuissance à rebondir encore une fois sur la scène politico-médiatique. Cependant, l’instabilité de la Libye va certainement s’inscrire dans la durée puisque les dissensions au sein du C.N.T ne sont pas près de voir le bout du tunnel et le conflit sous-jacent entre Benghazi, conservatrice, frondeuse, revendicative et traditionnellement plus tournée vers l’Égypte, et Tripoli fief des caciques du régime, soumise au diktat du guide et arrimée traditionnellement au Maghreb, continuent à l’heure actuelle de nourrir les noires chimères de la discorde dans les consciences. La peur des représailles, des vendettas et des rendements de compte avec leurs litanies de pillage et d’actes de vandalisme au lendemain de la décrépitude du colonel installe un climat d’insécurité et de pagaille au cœur de la capitale libyenne même si les forces de la coalition ont paré au plus pressé, méditant ainsi l’expérience irakienne. A cet effet et selon les révélations du journal «the Times», un détachement de 10000 à 15000 hommes, essentiellement issus de la zone tripolitaine est à pied d’œuvre, la majorité d’eux ont été recrutés en soldats-vigiles afin d’y assumer la sécurité et protéger les deux millions âmes qui y vivent. Il est cependant bon de se souvenir de toutes les frasques commises par cette fameuse force atlantique qui est, à l’origine intervenue dans ce conflit dans le seul dessein d’instaurer une zone d’exclusion aérienne afin de sécuriser les civils libyens des frappes du régime de Tripoli et non plus pour en chasser «Kadhafi». La mise à prix de la tête de ce dernier par l’autorité du conseil de transition est un faux pas, porteur de graves conséquences dans la mesure où d’une part, elle est une infraction à la législation internationale, notamment le traité de Genève de 1949 et les lois onusiennes en vigueur. D’autre part, la cohésion nationale pourrait être mise à rude épreuve sachant que la Libye est plus animée par l’esprit tribaliste se basant sur l’honneur de la tribu, les liens du sang, l’esprit de représailles et la défense des siens au moment des périls que par les valeurs de citoyenneté proprement modernes. En ce sens, Kadhafi, en fin manipulateur ne va pas lâcher du lest et continuera sûrement à galvaniser les foules via ses discours fantasmagoriques, pleins de verve faussement nationaliste.

 

L’heure est grave au Maghreb et la sonnette d’alarme devrait être tirée par tous les pays voisins, y compris l’Algérie. Cette dernière est censée être la seule puissance capable de freiner le pourrissement en Libye en raison de sa proximité frontalière, les liens de ses dirigeants avec l’ancien régime et la dimension réellement tiers-mondiste de ses horizons politiques. Facteurs qui pourraient, le cas échéant, éviter l’enlisement de toute l’aire nord-africaine dans la tourmente de la violence. Il est à signaler, par ailleurs, que le détournement des causes légitimes des peuples fut souvent le leitmotiv de la mobilisation des puissances occidentales dans des conflits de basse intensité de ce type. Pour s’en convaincre, il ne suffit qu’à feuilleter les divers manquements à la légalité internationale dans l’invasion de l’Afghanistan en 2001 et de l’Irak en 2003 sous des prétextes vraiment fallacieux. Si l’Occident est menteur et hypocrite, c’est parce que les leaders arabes sont lâches et irresponsables voire dans certains cas cyniques. Pour autant, toute transition démocratique serait d’ores et déjà compromise que ce soit en Égypte, en Tunisie ou en Libye et ne pourrait se faire sans heurts car les transfuges des régimes déchus trouveraient mille excuses et subterfuges pour se réincarner en sauveurs messianiques de dernière minute de ce qui en reste de démocratie. L’Algérie en avait déjà fait les frais suite au tonnerre d’Octobre 88 «nos leaders veulent faire de nous des nationalistes sans démocratie et l’Occident s’échine à nous transformer en démocrates sans nationalisme» dirait l’économiste égyptien altermondialiste, feu Samir Amin. Du coup, on a sombré sous la férule de cette logorrhée fumigène du lexique misérabiliste frelaté et fabriqué de toutes pièces par les officines occidentales allant des «droits de l’homme» et culminant par «l’humanisme» et «le respect des valeurs humaines» alors qu’en vérité rien n’en fut. C’est simple à vérifier, l’Occident nage dans la marée noire de ses foutaises et fausses thèses, à cheval entre ignominie et mensonge!! A ce titre, les français et les italiens, a-t-on constaté, n’ont nullement attendu l’instauration effective et concrète de la démocratie en Libye pour revendiquer leur part du gâteau puisqu’on a bien vu que dès le chant de cygne du régime de Tripoli, le président «Sarkozy» et son homologue italien s’apprêtaient  à y atterrir sur le tarmac afin de s’adjuger les parts de marchés de reconstruction du pays complètement dévasté de «Mouaâmar Kadhafi» et d’en tirer les dividendes qui s’imposent. «Le malheur des uns ne peut que faire le bonheur des autres» nous apprend le fameux proverbe du terroir. En réalité, toutes les interventions étrangères ne sont mues que par l’odeur des pétrodollars. Sinon pourquoi s’était-on empressé à bombarder la Libye et l’on a laissé tout tranquillement «Al-Assad» massacrer son peuple? La réponse coule de source et l’on a plus besoin de trop disserter là-dessus: le pétrole.

 

Le problème est que les peuples de Sud en général et arabes en particulier sont terriblement coincés entre l’enclume des despotismes et la clémence factice des opérations chirurgicales des occidentaux!! Amer constat et triste réalité pour un monde développé qui se prétend de surcroît être le détenteur du sens civique de toute l’humanité. A dire vrai, tout cela s’avère être moralement condamnable car l’appât du gain, la course derrière les privilèges et l’exploitation de la colère citoyenne des démunis du monde ainsi que le pragmatisme cynique forment l’être et le paraître de ces nouveaux faucons «new look». Il semble que le colonialisme n’a jamais disparu mais pris d’autres formes et visages. En effet, cette tactique de gestion des crises humaines, nouvelle mouture, mériterait amplement d’être appelée hinc et nunc de « démocratie d’insouciance» pour aller à contre-courant du terme forgé par l’intellectuel français Jacques Attali au journal l’Express lorsqu’il a abordé les rebondissements incroyables de la crise économique «la dictature de l’insouciance»(1) L’enracinement du réseau d’«Al-Qaïda» au Maghreb sous la terrible appellation «AQMI » «a fait rejaillir de nouveau les multiples doutes qui commencent à se cristalliser au grand jour. Alger fortifie ses frontières voyant partout l’ombre de cette machine meurtrière surtout depuis l’abject attentat ayant ciblé la mission onusienne et le conseil constitutionnel en 2007, revendiqué conjointement par les deux réseaux d’«Al-Qaïda» du Moyen Orient et du Maghreb, ce qui a remis à l’époque au goût du jour le spectre des années de braise. Il est fort probable que l’ambiguïté de sa position par rapport au conflit de son voisin rentre logiquement dans cette grille de lecture. Le C.N.T serait à ses yeux incapable de juguler une mouvance islamiste des plus pernicieuses sur sa paix interne. Qui garantirait également demain le barrage à l’immigration clandestine qui provient des pays du Sahel? La poigne de fer de Kadhafi paraît, pour le moins que l’on puisse dire, irremplaçable à moyen et long terme. Le souci du pouvoir algérien semble être plus basé sur la problématique de la sécurité géostratégique régionale que par la peur de la contagion révolutionnaire. Les autorités algériennes sont en revanche machiavéliques quant aux issues diplomatiques à donner aux conflits de cette envergure même si, politiquement parlant le pouvoir d’Alger est le grand perdant de cette métamorphose intempestive dont toute la région a été le théâtre dans la mesure où il incarnerait dans un proche avenir dans la grande stratégie fortement conseillée par les chancelleries occidentales et se concrétisant en ce fameux principe de «normalisation autoritaire», la seule puissance interlocutrice responsable de ce qui allait s’y passer. Enjeu stratégique des pays occidentaux, ayant plus de 960 km de bande frontalière partagée avec le voisin libyen, disposant de ressources énergétiques qui attirent les convoitises et force militaire continentale non négligeable, l’Algérie serait en butte aux pressions aussi bien internes qu’externes si ce tsunami insurrectionnel se poursuit sur cette cadence. Les raisons en sont multiples, d’une part, elle a déjà un potentiel de dynamisme démocratique important surtout s’il conjugue avec ce qui se déroule aux alentours. D’autre part, sa fragilité interne saute aux yeux ces dernières années et tous les signes sont vraiment inquiétants (dissidence citoyenne, problèmes sociaux, crise de logement et chômage endémique). Ainsi, ce vent de démocratisation qui souffle sur la région pourrait être envisagé comme des prodromes à une nouvelle reconfiguration géopolitique des équilibres de forces. En vérité, le régime politique de notre pays n’est ni tout à fait totalitaire ou liberticide ni vraiment démocratique ou libertiphile, c’est, somme toute, un pouvoir ambigu, manipulateur avec de fortes doses de démagogie «ainsi l’Algérie n’a pas réussi encore son «printemps » même si l’on peut qualifier son régime autoritaire de dictature, tout comme il serait faux de croire que son pluralisme politique en fasse un membre du club des démocraties» (2) C’est pourquoi, ce double jeu et cette position à couteaux tirés entre la France et l’Algérie se voient concrètement dans ce conflit libyen. Celle-ci ne veut plus s’engager dans les tractations politiques de l’après- Kadhafi alors qu’elle en ignore les tenants et aboutissants. Une position à mi-chemin entre l’indignation et l’acceptation du conseil de la transition libyen. Il convient toutefois d’insister sur le fait que cette politique d’évitement est liée plus particulièrement à la peur des autorités algériennes des représailles du clan Kadhafi, basé à Syrte et Misrata, capable, si besoin est, de manipuler les tribus de sud algérien contre elles. L’essentiel, ce qui est important à mettre en exergue est que les temps ont changé. Pour preuve, en Grèce, la dictature des colonels n’a duré que jusqu’à 1974, en Espagne la mort de Franco en 1975 y a consacré de manière définitive le processus démocratique, au Portugal, la révolution des Œillets de 1974 a mis en place un véritable appareillage démocratique et dernièrement la Turquie a « dégagé » ses généraux corrompus car la junte des militaires a été mise à l’index et reléguée à la retraite suite aux pressions populaires allant dans ce sens. Il est vrai qu’en temps actuels, le modèle turc est à n’en point douter un des principaux acquis du monde arabo-musulman. En effet, c’est cette réalité que refuse à avaler à titre d’exemple le président Bachar Al-Assad. En dépit d’une certaine volonté de modernisation de la vie politique, le président syrien souffre d’une irrémédiable faiblesse de discours politique. Peu manipulateur, trop novice en manigances, et victime de l’influence du réseau pléthorique des «Moukhabbarates», le jeune président « soft » jusqu’à la veille de l’insurrection a vacillé au gré des circonstances en installant en son pays un véritable climat de terreur sans précédent sans s’y engager dans des réformes vraiment radicales. La gangrène a été telle qu’il est devenu insupportable pour les citoyens de « Homs » et de « Hama » d’endurer davantage les atrocités du régime. Cette dernière ville est accusée à tort d’être le fief du Salafisme et de l’extrémisme religieux. Logiquement parlant, en tant que haut responsable syrien, Al-Assad aurait raté trois occasions sur un plateau d’or afin de mettre à profit le ralliement citoyen à sa cause : en 2005, lors de l’assassinat de «Rafik Hariri», en 2006, lors du bombardement du Liban par les sionistes, en 2008, lors du lancement par le président Sarkozy du célèbre projet de « l’union de la Méditerranée » et sa rupture de la chape de plomb qui a caractérisé le relations de Paris avec Damas au temps de son prédécesseur Chirac. On a l’impression que les leaders arabes ne connaissent guère leurs intérêts et ceux de leurs peuples. Il paraît qu’il souffrent d’une «dyslexie temporelle» même si ces dernières révolutions de la dignité ont mis à la marge cette culture ridicule de courtisanerie, de thuriféraires zélés des régimes et d’obéissance aveugle à leurs despotismes. C’est une sorte de transe nationaliste sur fond de mobilité révolutionnaire intempestive. Les crises de confiance ont irrémédiablement accru les crises de légitimité. En si peu de temps, le monde arabe est devenu un modèle imitable et enviable. Seul bémol, il ne faut pas s’attendre à des miracles. Quoique l’on en dise, l’enjeu de la modernité et de l’éducation devrait être la ligne axiale à ne pas négliger. A quoi donc servent des révolutions spontanées sans base éducative certaine ? « l’émergence d’une démocratie authentique en terre arabe est de nature à peupler les cauchemars des dirigeants occidentaux »(3) En ce sens, la démocratie est, pourrait-on dire, le fantôme qui ferait terriblement peur aux chancelleries occidentales. Si l’autoritarisme a pris racine en nous et au bord de nos cellules neuronales, c’est parce que nos dirigeants ont refusé de démocratiser à temps les régimes sociopolitiques dont ils sont les responsables. Il n’y a guère cette voie médiane entre le despotisme et la démocratie, la vision manichéenne des phénomènes a pris le dessus sur la multiplicité idéelle de la pensée. Que nos despotes «dégagés» ou « dégageables»  nous disent aujourd’hui comment l’on en était arrivé là, à quels prix et au prix de quelles bassesses ? «le tyran, si l’on ose dire, n’a pas de bord. Ses caprices deviennent des lois, ses lubies des projets nationaux, ses vies privées des chantiers d’intérêt public […] Pour s’en convaincre, relire Platon et Aristote. On sera frappé de leur actualité. Le tyran qu’ils décrivent ignore l’existence du bien commun comme des affaires publiques. Il confond le Trésor avec ses propres avoirs, les budgets de l’État avec ses comptes personnels. Il tue et dépouille, ne distingue pas son désir et le droit, met les tribunaux à sa botte, embrigade la justice pour satisfaire ses vengeances et se garantir l’impunité»(4)  Ce  serait cependant excessif de prétendre que tout est fini pour le monde arabo-musulman car, le souffle révolutionnaire pourrait être trompé par ceux-là même qui l’ont déclenché. Les peuples devraient faire preuve de vigilance sur leurs acquis afin que d’autres «Kadhafi avatarisés» ne refassent plus surface sur une terre qui a enduré, des siècles durant, les néfastes retombées d’une inertie historique terrifiante du fait que l’existence de la société politique a précédé l’apparition de la société civile et la culture de l’intox a écrasé celle de la vraie information dans une divergence despotique(5) qui s’est transformée en ultime ressort en convergence révolutionnaire… !!

 

Kamal Guerroua, Université de  Toulouse le Mirail

 

Notes

(1)Jacques Attali, «La dictature de l’insouciance» , Journal l’Express, n° 3118, du 6 Avril 2011

(2) Wissam Saâdé «Un si long printemps méditerranéen» in journal Al- Moustaqbal, reporté dans

le courrier international, n°1086 du 25 au 31 aout 2011, p11

(3)Voir l’article synthétique de Brahim Senouci, Kadhafi et après ? Le Quotidien d’Oran, 25 août2011

(4)Roger-Pol Droit «Qu’est ce qu’un tyran?» Les échos, 2 Mars 2011, cité par Alexandre Najjar, Anatomie d’un tyran, Mouaâmr Kadhafi, Éditions Actes de Sud, l’Orient des livres, 2011, p11

(5)Voir mon article, «Le monde arabe entre  divergence despotique et convergence révolutionnaire», Le Quotidien d’Oran, 03 Mars 2011


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4 Commentaires sur cet article

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  • La chronique des tyrans et les dernières salves du déshonneur
    8 septembre 2011 at 12 h 36 min - Reply

    […] Le Quotidien d’Algérie Tags: chronique, dernières, déshonneur, salves, tyrans […]




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  • NEDJMA
    8 septembre 2011 at 17 h 53 min - Reply

    (À quoi servent les révolutions sans base éducative certaine?) sic sic

    (La dimension réelement tiers-mondiste dans ses horizons politiques) 1/3 monde et 2/3 mondain.

    (un système pileux plus fourni que les neurones),un long tweet plein de sous-entendus,un centriste ne vit bien qu’assit entre deux chaises.




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  • HAMMANA
    9 septembre 2011 at 9 h 03 min - Reply

    Le sort des dictatures arabes est scéllé.La rupture est consommée depuis qu’un certain BOUAAZIZ à Tunis(allah yarhamou) a ouvert le bal,les peuples ne pouvant accepter de vivre indéfiniment dans l’asservissement.
    Ce n’est qu’une question de temps.Bachar EL ASSAD a beau s’enteter et s’obstiber de ne pas abdiquer mais il ne fait qu’enfoncer les derniers clous dans son cerceuil.Je ne parle pas de la position des capitales occidentales ou de celle de son allié russe qui a fini par l’abondonner,mais du peuple syrien qui n’admettra plus jamais BACHAR président et de rester en marge de du processus révolutionnaire en cours dans le monde arabe et déclenché à partir de la tunisie.Il devient désormais établi que chaque système qui use de la violence pour faire face aux revendications pacifiques de son peuple précipite son déclin.
    Quant à nous,la manne pétrolière ne pourrait servir indéfiniment de planche de salut au système chaque fois qu’il se trouve en difficulté.Les masques finiront par tomber et le peuple sera amené plus tard à investir malgré lui la rue sous l’impulsion de la misère.




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  • D B
    9 septembre 2011 at 11 h 35 min - Reply

    Dommage que les sujets, très intéressants, qui sont évoqués dans ce texte, aient été noyées dans une phraséologie inutilement compliquée, surchargée jusqu’à la rendre abstruse.




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