Édition du
26 July 2017

Algérie : Radio France fait la promo du régime Bouteflika

Augustin Scalbert

Aux frais du Quai d’Orsay et de la radio algérienne, France Culture, France Inter, France Musique et Le Mouv évoquent un événement très cher au président algérien.

Cette semaine, une équipe de France Culture est à Tlemcen, en Algérie. France Inter, France Musique et Le Mouv se rendront aussi dans cette ville de l’ouest du pays, capitale de la culture islamique 2011, pour enregistrer des reportages.

Selon Radio France, cette couverture événementielle s’inscrit dans le cadre d’une convention, renouvelée début 2011, entre les groupes de radios publiques des deux pays. Mais celle-ci prévoit des coproductions, des échanges de programmes ou de concerts. Pas l’envoi d’équipes.

En l’occurrence, la prise en charge des frais peut paraître étonnante : en majeure partie, c’est le ministère des Affaires étrangères français qui finance les billets d’avion du personnel de Radio France – une vingtaine de personnes, selon nos sources.

« L’ambassade a accepté de financer les vols »

Le groupe public confirme nos informations, sauf sur le financement du déplacement du Mouv. Celui de France Inter n’est pas évoqué :

« L’ambassade de France à Alger a accepté de financer les vols Paris-Alger de collaborateurs de Radio France dans le cadre des crédits de coopération qu’elle gère selon les procédures habituelles communes à toutes les ambassades de France. L’engagement de ces crédits se justifie notamment par le fait que les missions de nos collaborateurs permettront de couvrir le festival de Tlemcen lors de la semaine [dédiée à] de la culture française. Deux collaborateurs de France Musique partiront également au mois de novembre à Tlemcen pour réaliser une émission consacrée à la musique soufi.

Radio France finance pour sa part le vol Paris-Alger d’un collaborateur qui enregistrera une émission pour Le Mouv à Tlemcen. »

A Tlemcen, les frais sont pris en charge par la radio algérienne, « dans le cadre des assistances techniques », nous écrit la directrice des relations presse de Radio France. Mais les chambres d’hôtel sont aussi payées par le groupe algérien.

Tlemcen, nouveau centre du pouvoir algérien

Lors de notre conversation téléphonique, la porte-parole du groupe a paru surprise que Rue89 s’intéresse aux conditions de cette coopération. Ce n’est pas seulement parce que nos sources algériennes nous décrivent Radio Algérie comme la voix du régime Bouteflika, ou parce que celui-ci a violemment réprimé, en janvier, la poussée locale du printemps arabe.

C’est aussi parce que Tlemcen capitale de la culture islamique 2011 est une opération de promotion majeure pour ce régime. Le président Abdelaziz Bouteflika lui-même s’en félicite sur le site de l’événement. Selon un opposant algérien s’exprimant sous couvert d’anonymat, Tlemcen n’a pas un patrimoine islamique particulièrement remarquable. Pas plus qu’une autre grande ville du pays, en tous cas.

La raison est ailleurs. Comme l’a montré début septembre un article de nos partenaires des Dernières nouvelles d’Alger, Tlemcen est le nouveau centre du pouvoir algérien :

« Un président de la République originaire de Tlemcen, près de la moitié de ses ministres issus de la même région, une flopée de conseillers, de hauts responsables civils et militaires nommés en raison de leurs origines tlemceniennes et enfin la ville de Tlemcen qui bénéficie de 10 milliards de dollars en projets, le cœur du pouvoir algérien se situe désormais à l’Ouest. »

Un journaliste algérien accompagne France Culture sur place cette semaine pour la préparation d’une émission de deux heures. A lire son CV, on peut se demander s’il ne fait pas partie officieusement de la « flopée de conseillers » du président Bouteflika.

L’ex-communicant de Bouteflika chaperonne Radio France

Radio France n’a pas été en mesure de nous confirmer son identité, mais selon nos sources, il s’agit d’Amine Bedjaoui. Officiellement, ce journaliste de la radio algérienne n’est plus conseiller de Bouteflika. Mais il a été son très efficace chargé de communication pendant sa campagne présidentielle de 1999, selon VitamineDZ, un portail internet édité par une agence de communication de Tlemcen :

« Cheville ouvrière de cette cellule [communication], il réussit à mettre en place un dispositif qui a permis d’assurer une meilleure fluidité de l’information, notamment pour la presse internationale et les grandes chaînes de télévision. »

Bedjaoui est ensuite brièvement devenu maire de Tlemcen en 2002-2003. Il porte aujourd’hui le titre d’inspecteur régional des radios locales de l’ouest d’Algérie.

Très attaché à son rôle de chaperon de France Culture sur place, ce journaliste a envoyé un courriel à la radio en demandant l’emploi du temps de l’équipe, les noms des personnes qu’elle comptait rencontrer, et les lieux de ces rendez-vous.

Diminution des budgets de reportage

A nos questions sur ce point, Radio France a simplement donné cette réponse :

« A Tlemcen, un journaliste de la radio locale a également été désigné pour coopérer avec Radio France. Cette personne assurera la coordination des besoins techniques et organisationnels. Elle mettra à disposition des espaces de travail dans les locaux de la radio locale de Tlemcen. »

Ce programme de la série « Villes mondes » de France Culture sera diffusé le 20 novembre.

D’après plusieurs sources à Radio France, l’étrange mode de financement et de coopération entre la radio publique et la diplomatie française, voire des régimes étrangers, s’inscrit dans un contexte de diminution des budgets de reportage pour les émissions. L’une d’elles confie son désarroi, sous couvert d’anonymat :

« Ce genre de pratiques rend beaucoup de gens mal à l’aise. Ça nous donne l’impression d’être placés au centre d’enjeux qui nous dépassent, et dont on ne nous dit rien en interne. »

SOURCE


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7 Commentaires sur cet article

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  • algerie libre
    18 octobre 2011 at 20 h 51 min - Reply
  • algerie libre
    18 octobre 2011 at 20 h 52 min - Reply
  • ALGERIEN
    19 octobre 2011 at 0 h 11 min - Reply

    L’État algérien porte bien son nom de « Houkouma taa Mickey  » une journaliste qui veut se faire remarquer interpelle le 1er ministre non pas en langue arabe mais en français !!! qui est une langue étrangère pour lui interdire de s’exprimer en langue amazigh, langue de nos ancêtres ; quel culot !!!
    Ghania Oukazi, de par le nom quelle porte, elle doit être d’origine berbère mais elle veut étre plus Arabe que les Arabes. Mais en ces temps de confusion dans notre pays, c’est la fuite en avant qui paie le plus pour tromper l’opinion.
    Le lien de la Video sur Youtube
    http://www.youtube.com/watch?v=KJtSlrFDN0s&feature=related




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  • ALGERIEMEILLEUR
    19 octobre 2011 at 2 h 44 min - Reply

    Ce pouvoir est capable de tout meme de faire appelle a leur mere patrie pour mater le peuple algerien !!
    Voila un article interessant de elwatan sur Karim TABOU :

    Le premier secrétaire du Front des forces socialistes a été l’invité de l’émission «100% politique» de Radio Internationale et a eu à entendre la plus inattendue des comparaisons.

    La machine propagandiste et de désinformation, que représentent nos médias audiovisuels, atteint jour après jour des niveaux de bassesse à faire pâlir de jalousie les médias les plus fermés de l’ère soviétique. Plaire aux décideurs et mentir à l’opinion, tel est le credo de ces outils de la contrevérité.
    Alors que dans les pompeux discours officiels, on chante l’ouverture des médias publics à l’opposition, au quotidien des exemples sont légion pour montrer que le pouvoir ne veut pas lâcher son emprise et son monopole sur ces outils désuets et à inscrire dans le chapitre des déchets de l’histoire des médias. Fermée à longueur d’année à l’opposition, la radio fait une fois, quand l’injonction lui vient de haut lieu, entorse à sa coutume et invite un parti de l’opposition.

    C’est pour elle une occasion non pas d’ouverture mais de faire siennes les thèses du pouvoir et tenter de charger cet invité de l’opposition comme on charge un accusé dans un commissariat. Ce fut le cas, samedi dernier dans l’émission «100% politique» de Radio Internationale. Le premier secrétaire du Front des forces socialistes (FSS) a été l’invité de cette émission et a eu à entendre la plus inattendue des comparaisons. La journaliste, dans un excès d’on ne sait quel zèle, n’a pas cessé de lancer des remarques malveillantes et réductrices à son invité, dans le but très clair de tourner en ridicule ses positions et non pas de permettre aux auditeurs de les connaître.

    Oubliant son rôle de journaliste et empruntant une autre casquette, celle-ci commence par dire à son invité, alors qu’il lui parlait de la grave situation que traverse le pays, que son discours lui fait penser à un retraité dans un café pas content de ses fins de mois. Mépris pour son invité et mépris pour les retraités. Et d’en rajouter une couche en lui disant : «N’êtes- vous pas fatigués au FFS de dire le même discours depuis 48 ans ?» La journaliste, visiblement chargée non pas d’interviewer mais d’essayer de piéger l’invité, ose faire un parallèle qui renseigne on ne peut mieux sur la bassesse et l’effronterie dont peut être capable un appareil de propagande aux mains du pouvoir qu’est la radio. Insistant sur la préparation de «l’après-Aït Ahmed», son invité Karim Tabbou lui rétorque que «les Algériens savent qu’Aït Ahmed est à Lausanne, mais ils ne savent pas où se trouve le chef de l’Etat.

    Les Algériens ne savent même pas s’il est dans un hôpital, est-ce qu’il est mort ou est-il vivant ?» Une réponse qui permet de poser pour une fois le problème de santé du Président dans un média public. Ceci n’a pas été du goût de son intervieweuse qui franchit le seuil de l’inconcevable et compare le nombre d’années d’Aït Ahmed à la tête du FFS à celles de Mouammar El Gueddafi à la tête de la Libye. «Il a fait plus fort qu’El Gueddafi», dit-elle. La phrase est lâchée et sonne comme un grave dérapage. Tabbou s’offusque d’une telle remarque et dit : «Je ne vous permets pas de faire un tel comparatif. Aït Ahmed est à la tête d’un parti de l’opposition, il a donné sa vie pour ce pays, il a une histoire qui témoigne de son combat.

    Faire un comparatif avec un sanguinaire comme El Gueddafi c’est vraiment manquer de respect à la personne d’Aït Ahmed. Je ne l’accepte pas.» Et d’ajouter : «Je ne veux pas qu’on fasse ce type de comparaison, tout simplement parce que Aït Ahmed est un homme qui a libéré un pays et El Gueddafi est un homme qui a écrasé un pays.» Telle est l’ouverture de façade voulue par un pouvoir qui jure de changer, mais qui fait tout pour se maintenir en gardant ses vieux réflexes d’accuser ses adversaires de ses propres tares. Après la falsification des livres d’histoire, on s’attaque maintenant aux vrais acteurs de l’histoire. Nul étonnement à une telle dérive commise par un média forgé et conçu comme un appareil «gœbbelsien»

    http://www.elwatan.com/actualite/lorsque-la-radio-ose-l-inconcevable-19-10-2011-144005_109.php




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  • winathe
    19 octobre 2011 at 2 h 45 min - Reply

    Salam Le soutient n’est pas d’une chaine télé ou radio mais d’une Organisation. T. A. N , c’est le soutien qui a été pour d’autres dictateurs arab ,mais dur est la chute , Kadafi moubarak benali et le tour de nos dirigeants n’est pas au programme ,mais sur la liste , mais le malheur a tout ça c’est les peuples qui payent la grosse facture, si ce n’est ces ingrats de dirigeant qu’ils les bouffent on en a pas besoin , Kadafi a amassé une grosse fortune pour que Sarko l’utilise ,idem pour les autres, draham el mech hah yakoulhoum el mertah .
    Ils applaudissent boutef pour lui redorer son image a l’égard du peuple mais le peuple le vomis ainsi que ces bourreaux .
    http://www.lematindz.net/news/5338-sarkozy-a-mustafa-abdul-jalil-lalgerie-dans-un-an-liran-dans-trois.html




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  • bertillon64
    19 octobre 2011 at 9 h 35 min - Reply

    hier c’etait les BTS au pouvoir.aujourd’hui c’est l’ouest avec sa capitale tlemcen,demain c’est une autre région de ce grand pays malade qui aura le pouvoir et ainsi va l’algérie.c’est se poser serieusement la question de savoir si les algeriens sont faits pour vivre ensemble.j’en doute fortement.




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  • FERHANE BEZZAF
    19 octobre 2011 at 16 h 39 min - Reply

    Maintenant on sait comment obliger notre Brizidène à sortir de son bureau : on sait définitivement que ce ne sont pas les coupures de routes ou les manifestations ou les grèves ou les morts sur les routes ou les morts et bléssés des attentats non! il suffit juste de lui présenter des projets de construction de grande Mosquée.
    Alors au travail l’Algérie ! A partir de maintenant il faut un projet de construction de grandes mosquées par ville et par village et le tour est joué.Ce sera le dernier test que nous aurons à notre disposition pour savoir si il est en bonne santé au pas. S’il ne se présente pas à l’inauguration ou à la présentation du projet c’est que là , vraiment çà ne va plus du tout !




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  • Congrès du Changement Démocratique