Édition du
24 July 2017

Insanités néocoloniales d’un Jean Daniel commentées par un intellectuel algérien

Les pertinents commentaires sont ceux de notre Ami, Arezki Derguini, intellectuel et universitaire Algérien.

LQA

 

 

TUNISIE. Des habits neufs pour l’islamisme [MA1] par Jean Daniel.

 

Publié le 31-10-11 à 18:41    Modifié à 22:38     par Le Nouvel Observateur

En propulsant Ennahda à la tête de son Assemblée constituante, le pays procède à sa contre-révolution, et exprime une fidélité à l’islam renforcée. Par Jean Daniel.

Tous ceux qui ont voulu croire que la révolution tunisienne se libérerait des impératifs religieux se sont trompés. Mais tous ceux qui ont eu besoin de croire que les islamistes tunisiens ne pouvaient pas « se moderniser » se trompés aussi. Reste à savoir si la modernisation ressemble en tous points à la démocratie.

Nous[MA2] avons donc affaire en Tunisie à une contre-révolution. Ce n’est pas une revanche des prédécesseurs et ce n’est donc pas une restauration. Mais c’est le coup d’arrêt donné  légalement par le peuple lui-même à la révolution qu’une partie de sa jeunesse s’était inventée et qui rayonnait comme un printemps dans le monde arabe.

On a cru que dans l’univers arabo-musulman, la révolte tunisienne introduisait la primauté de la liberté sur l’identité, et celle des principes universels sur la tradition ethnico religieuse. Il n’en est rien.

Sans doute la majorité accepte-t-elle une reformulation moderniste [MA3] de l’islam qui implique le respect du statut de la femme et de quelques autres acquis démocratiques. Mais la fidélité à l’islam est au contraire renforcée, soulignée et célébrée. Le lyrisme des théoriciens franco-tunisiens l’a trop vite emporté sur le sentiment profond des populations.

Célébration du « modèle tunisien »

Les Tunisiens nous rappellent qu’une révolte même victorieuse contre le tyran peut très bien s’accommoder de la foi religieuse et même s’appuyer sur elle. Il faut compter aussi avec tous ceux que le caractère intempestif de l’émergence révolutionnaire avait inquiétés.

Les Frères musulmans, en Egypte, se sont félicités de ce que leurs frères tunisiens aient fait avancer leur propre cause. Les Libyens ont confirmé successivement le caractère théocratique de leur futur gouvernement et le fait qu’ils voulaient se présenter comme des musulmans « modérés » – sans que l’on puisse encore savoir sur quoi porte cette modération, surtout après le meurtre de Kadhafi.

Enfin, en Algérie et au Maroc, où l’on était agacé de voir célébrer à tout moment le « modèle » tunisien, la mauvaise conscience a disparu et les hommes de pouvoir se sont sentis confortés. En résumé, la crainte d’une démocratie à l’occidentale qui permettrait une indépendance totale à l’égard de la religion est dissipée. La mystique de la fidélité aux traditions l’a emporté sur le romantisme du triomphe de la liberté.

Le modèle le plus démocratique du monde arabe

Reste à savoir en quoi consiste vraiment cette modernisation tunisienne de l’islamisme que Rachid Ghannouchi nous annonce et qu’il commencé à mettre en pratique avec la formation d’un gouvernement d’Union nationale. S’il est sincère, Rachid Ghannouchi[MA4] revient de loin.

Jadis disciple de Nasser, Ghannouchi n’a jamais alors dissimulé sa sympathie active pour la doctrine de Hassan el-Banna, le fondateur égyptien des Frères musulmans. Lorsqu’il a fondé son mouvement islamique en 1981, c’est-à-dire l’année où Anouar el-Sadate a été assassiné, il savait bien que les islamistes n’étaient pas des démocrates, même si on lui prête aujourd’hui d’avoir manifesté un désaveu de la violence à un moment où les intégristes de tous les pays arabes se solidarisaient avec les différents mouvements terroristes. Mais c’est un fait que Rachid Ghannouchi ne cesse de louer le régime turc et sa façon de concilier l’appartenance à l’islam et la défense de toutes les libertés. Il entend, dit-il créer le modèle le plus démocratique du monde arabe.

Dérapage

Il y a cependant beaucoup de ratés dans le nouveau personnage que veut sculpter le leader de l’islamisme tunisien. Deux jours avant le commencement de la consultation électorale, M. Ghannouchi s’est laissé aller à des menaces en fixant lui-même le nombre des électeurs au-dessous duquel il n’hésiterait pas à lancer ses troupes dans la rue. La riposte du Premier ministre Béji Caïd Essebsi a été exemplaire. On ne dira d’ailleurs jamais assez à quel point cet homme aura servi son pays dans des circonstances délicates sinon dramatiques.

Le second dérapage de Rachid Ghannouchi, a eu lieu mercredi dernier lorsqu’il a regretté la façon dont les Tunisiens mélangeaient le français et l’arabe, compromettant ainsi la sainte langue du prophète. Il faut rappeler ici que, contrairement au fondateur de la Tunisie moderne Habib Bourguiba, la seconde langue que pratique plus volontiers Rachid Ghannouchi n’est pas le français mais l’anglais. Il fait partie de cette génération d’islamistes réfugiés à Londres, ville que l’on appelait alors le « Londoustan ». Cette défense de la langue arabe, qui est surtout un procès de l’usage du français, a eu lieu dans de très nombreux cercles islamistes, notamment au Maroc. Cela n’empêche nullement des milliers de jeunes maghrébins qui désirent venir en France de pratiquer notre langue.

« Renaissance »

Je ne suis nullement partisan d’un doute systématique sur la sincérité des responsables d’Ennahda, ni sur leur volonté de moderniser l’islam. Mais il faut une fois pour toute que les choses soient simples. La modernité, s’il faut employer ce mot pour éviter le sulfureux terme de « laïcité », consiste à séparer le pouvoir de la foi et l’Etat de la religion. C’est simple, c’est clair et les implications sont évidentes. Si tel est le projet de Rachid Ghannouchi , alors pourquoi continuer à se réclamer[MA5] de l’islamisme et non de l’islam ? Après tout, Ennahda veut dire « renaissance », et peut très bien se passer – si on le décide – de toutes connotations religieuses.

 

Il ne s’agit pas seulement pour Rachid Ghannouchi et les siens de rassurer les opposants, les touristes et les investisseurs devant l’immensité des problèmes économiques et financiers qui se posent déjà à ce petit pays. Il s’agit aussi, et c’est essentiel, de freiner le zèle et la subversion des extrémistes[MA6] religieux qui vont progresser comme toujours lorsqu’ils estiment que leurs idées sont au pouvoir et qu’ils ont décidé de la victoire. Alors, on découvrira que les vrais islamistes sont ceux qui s’opposent à la modernisation démocratique de l’islam.

 

Jean Daniel – le Nouvel Observateur


Commentaires du Pr A. Derguini

 

[MA1] Mon titre : « Les croyances de Jean Daniel » : Un farouche défenseur de la société à deux collèges. Il ne se reconnaitrait plus dans la nouvelle ou ancienne Afrique du nord. Il ne veut pas admettre que l’actuelle, postcoloniale, n’a que trop duré.

[MA2]Ceux qui ont cru que la révolution tunisienne se libérerait des impératifs religieux

[MA3]La reformulation moderniste ne sera donc pas infidèle à l’islam. Mais donnera-t-elle lieu à un islamisme ?  Jean Daniel ne le souhaite pas mais ne dit pas comment, sinon qu’on croit savoir ce qu’il pense : renoncer à l’islam.

[MA4]Est-il le seul ? Et cela n’est pas terminé si l’on en juge par l’ampleur des turbulences mondiales à venir.

[MA5]Pourquoi continuer à dissocier le savoir de la croyance, de la foi ? Si on veut lui donner à tout prix une idéologie à Ghannouchi, il faudra qu’il l’extraie de ses croyances ! Comment l’appellerez-vous en attendant qu’elle se distingue d’une idéologie voisine, telle celles du libéralisme et du socialisme ?

[MA6]Pourquoi Jean Daniel pense-t-il pouvoir éradiquer les extrémistes ? Qu’il commence par chez lui ! Les Anglais penseraient seulement à empêcher les actes contraires à la loi ! Mais voilà Jean Daniel n’est pas anglais ! Il serait prêt à les accepter chez lui en Europe mais pas en Tunisie, pays qu’il considère toujours peut être sous la dépendance de la France ? Qu’il se réveille !


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6 Commentaires sur cet article

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  • Salah-Eddine SIDHOUM
    1 novembre 2011 at 12 h 05 min - Reply

    Merci, mon cher Arezki, d’avoir attiré notre attention sur cette excrétion d’article de ce journaliste, ami du régime illègitime d’Alger et de notre ultraminorité d’indigènes nostalgiques de l’Algérie de Papa et de….Fafa. Faut-il rappeler aussi à notre digne jeunesse qu’il fut un adepte de l’éradication d’une partie du peuple algérien durant les années de sang et de larmes.
    Il faudrait, une fois pour toutes que cet individu et ses acolytes, philosophes de l’imposture, sachent que l’Algérie est indépendante depuis le 03 juillet 62 à 00H et que l’écrasante majorité de la génération post-indépendance, dignes fils et petits-fils des « fellaghas » Abane, Didouche, Benboulaïd et Benm’hidi n’ont aucune leçon à recevoir de ces nostalgiques de la coloniale.
    Malgré tous nos problèmes internes provoqués par ce régime illègitime dirigé par vos ex-sous-officiers « déserteurs », nous finiront, comme nos peuples frères de Tunisie, Lybie et d’Egypte, par nous libérer du joug de cette dictature infâme et à construire notre Algérie des libertés démocratiques et de justice, ANCREE dans ses valeurs civilisationnelles et grandement OUVERTE sur l’universel.
    Salah-Eddine SIDHOUM
    Alger




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  • abouhafs
    1 novembre 2011 at 14 h 04 min - Reply

    أشكر كل غيور على هذاالوطن والدين وإضافة لما ذكر أقول ما قاله أسد الجزائرالشيخ عبد الحميد بن باديس:
    شعب الجزائر مسلم و إلىالعروبة ينتسب
    من قال حاد عن أصله أو فال مات فقد كذب
    و هذا ردا على احتفال فرنسا بمرور 100 سنة على الإحتلال لما ظنوا أن الدين قد انطمس و لن تقوم لنا قلئمة بعد ذلك
    و لكن كان الإسلام هو المحرك الأول و الأخير للثورةو كانت كلمة الله أكبر هي أول رصاصة أصابت المحتل في مقتله….و السلام.




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  • LARBI
    1 novembre 2011 at 15 h 49 min - Reply

    MONSIEUR ALLER VOIR L’INTERVIEW DANS HIWAR-TV DE Mr GHANNOUCHI EST UN DISCIPLE DE L’AUTRE GRAND PENSEUR MAGHREBARABOBERBERE QU’EST MONSIEUR MALEK BENNABI.




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  • Abdelkader DEHBI
    1 novembre 2011 at 18 h 52 min - Reply

    C’est un rituel immuable et désormais bien rôdé. Après chaque évènement politique d’importance, dans notre région du Maghreb et qui rappelle à l’ancienne puissance coloniale, le caractère intangible et souverain des choix de nos peuples, toute une escouade de faiseurs d’opinion – souvent à dominante sioniste – se met en branle pour semer le doute et la confusion, voire jeter le discrédit sur ledit évènement.

    Il en a été ainsi par exemple lors des élections législatives de Décembre 1991 – Janvier 1992, lorsque le peuple Algérien a souverainement élu une majorité FIS à l’Assemblée Populaire Nationale et que certains ont parlé de « péril vert aux frontières Sud de l’Europe » Plus loin en remontant dans le temps, il en a été ainsi, lors de la nationalisation du pétrole algérien en Février 1972, décrit par la presse franco-sioniste de l’époque comme du « pétrole rouge », par allusion au Camp socialiste.

    Plus de 40 ans après, rien n’a changé !

    En ce 31 Octobre de l’année de grâce 2011, voilà que se déchaîne une fois de plus, l’islamophobie et le racisme anti arabe à fleur de peau, de cette faune intello-sioniste des médias de France, contre le choix du peuple frère de Tunisie, coupable d’avoir élu le plus démocratiquement du monde, une Constituante à forte représentation – plus de 40% – du parti islamiste Ennahda, dirigé par le Dr Rached Ghannouchi, l’ancienne bête noire du criminel Ben Ali, le dictateur préféré des cercles politiques de fafa, toutes couleurs politiques confondues.

    Et voilà donc que ce bon M. Bensaïd, alias Jean Daniel, vient de déclencher les hostilités contre les « mauvais électeurs » tunisiens. A sa manière : sournoise, vipérine et pleine de non-dits… Jugez-en plutôt :

    «  »En propulsant Ennahda à la tête de son Assemblée constituante, le pays procède à sa contre-révolution, et exprime une fidélité à l’islam renforcée. » »

    «  »On a cru que dans l’univers arabo-musulman, la révolte tunisienne introduisait la primauté de la liberté sur l’identité, et celle des principes universels sur la tradition ethnico religieuse. Il n’en est rien. » »

    «  »Sans doute la majorité accepte-t-elle une reformulation moderniste de l’islam qui implique le respect du statut de la femme et de quelques autres acquis démocratiques. » »

    «  »…sans que l’on puisse encore savoir sur quoi porte cette modération, surtout après le meurtre de Kadhafi. » »

    «  »La mystique de la fidélité aux traditions l’a emporté sur le romantisme du triomphe de la liberté. » »

    NOTA : — En relisant l’article de M. Jean Daniel sur le « Le Nouvelobs » en ligne : http://tempsreel.nouvelobs.com/jean-daniel/20111031.OBS3574/tunisie-des-habits-neufs-pour-l-islamisme.html – je suis tombé par hasard sur un excellent commentaire ironiquement signé par un pseudo « Zein Ben Ali » et qui vaut son pesant de pertinence et de bon sens. Et du même coup, il m’évite d’aller plus loin. Je vous laisse apprécier :
    ………………………………………………………………………………………………
    Commentaire – Zein BenAli a posté le 1-11-2011 à 10:56
    http://tempsreel.nouvelobs.com/jean-daniel/20111031.OBS3574/tunisie-des-habits-neufs-pour-l-islamisme.html

    Dérapages: ah !!! Décidément, çà ne s’arrange pas pour Mr Daniel, dès qu’on prononce le mot islam il a les genoux qui lâchent. Et il a aussi une éruption de mauvaise foi manifeste.
    1- Faire l’éloge de Béji Caïd Essebsi en contre-champs de la réaction de Rached Ghannouchi, ne change pas la réalité des évènements. La bonne chronologie des choses est la suivante: Béji Caïd Essebsi en déplacement aux USA il y a 3 semaines « rassure » un auditoire lors d’une de ses interventions en disant que de toutes les façons, Ennahdha, le parti de Rached Ghannouchi n’obtiendrait jamais plus de 20% des suffrages alors même que les rares sondages qui ont été réalisés créditaient Ennahdha de 40% depuis le mois de juin…… qu’en réaction à une telle fanfaronnade – bourguibienne je dirais – Rached Ghannouchi s’énerve en disant que si les prédictions de Béji Caïd Essebsi venaient à se réaliser ça ne sera qu’à cause d’une tricherie et que son parti ne se laisserait pas faire. Nous pouvons voir cher Jean Daniel que, remis dans l’ordre, les évènements sont plutôt vaches pour votre poulain Béji Caïd Essebsi, qui même si à son âge – proche du vôtre – garde toute sa gouaille, il a de plus en plus de ratés, tout comme vous.
    2- Parler de dérapage concernant l’affirmation de la primauté de la langue Arabe dans un pays arabe est un comble pour un homme qui défend des valeurs universelles comme M. Jean Daniel. Preuve de votre mauvaise foi et votre aigreur le qualificatif « sainte langue du prophète » est un ajout de votre part qui n’a pas été prononcé par Rached Ghannouchi dans l’allocution à laquelle vous faites allusion. (fin du Commentaire de « Zein Ben Ali »)




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  • NEDJMA
    1 novembre 2011 at 18 h 54 min - Reply

    @ Jean Daniel

    Calma calma,l’éditorialiste de la cour, qui s’apitoie sur le sort des dictatures,et faire oublier le destin de (sa gauche-ps)décapitée qui implose et se décompose.

    Pas de leçons à recevoir de ceux qui piétinent leurs propres valeurs,ni d’estime pour ceux qui nous ont fait reculer.

    Journaliste de connivence, d’une presse inculte, collaborateur du DRS, votre culte de la démocratie, n’est rien d’autre qu’un slogan,une mascarade politique.

    Pas de crédit à votre gauche bourgeoise,gauche de droite,qu’elle créve.

    Gardez-vos psaumes pour vos réseaux,qui tondent le mouton pour en faire du méchoui et du chiche-kebab.




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  • Mohamed YAHIAOUI
    6 novembre 2011 at 15 h 24 min - Reply

    Monsieur Jean DANIEL ,vous êtes un Sioniste , et les Tunisiens ou les Algériens ,ou tous les Pays Musulmans n’ont pas de leçons à recevoir de vous , l’entitée illegitime sioniste qui se fait appeler Israel , n’ a pas de Constitution écrite , la seule Constitution est la THORA , qui sert de référence à tous les sionistes de gauche ou de droite . Quand à la democrassie et les Droits de l’Homme à la mode colonialiste et néo-colonialiste , gardez-la pour les complexés qui gardent la bouche ouverte en admiration devant vos turpitudes.




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  • Congrès du Changement Démocratique