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Mohamed Chafik Mesbah à Al Magharibya : « Les prochaines élections ? Un échec annoncé ».

Dimanche 29 avril 2012, la chaîne de télévision El Magharibia a diffusé, dan la soirée, un entretien téléphonique qui a permis à Mohamed Chafik Mesbah, politologue et ancien officier supérieur de l’ANP, d’exprimer ses points de vue sur la conjoncture politique présente en Algérie.

D’emblée, Mohamed Chafik Mesbah a précisé que s’il n’approuvait pas toutes les positions de la chaîne de télévision El Magharibia , réputée – à tort ou à raison- proche de l’ex FIS,il intervenait, néanmoins, sur ses ondes pour illustrer son rejet de principe de l’exclusion politique et son appui à une confrontation d’idées pacifique.

Dressant l’état des lieux actuel en Algérie, Mohamed Chafik Mesbah a mis en exergue, tout d’abord, la situation de blocage de la vie politique, le gel du mouvement associatif ainsi que la démission des élites.

Mohamed Chafik Mesbah est revenu sur sa description du mode de gestion du pays lequel ,avait-il déjà affirmé, se déroule en recourant à la méthode Coué qui permet aux responsables officiels algériens de se livrer à des descriptions mensongères de l’état des lieux à l’intention de l’opinion publique puis, finalement, d’y croire eux-mêmes.

Interrogé à l’effet d’indiquer quels pôles de pouvoir ou quels responsables recourent à cette méthode Coué, Mohamed Chafik Mesbah a indiqué que l’exemple parfait était, sans doute, M. Ahmed Ouyahia, le Chef du Gouvernement.

Invité à dire si le Chef de l’Etat était la source de blocage de cette situation déplorable que connait l’Algérie, Mohamed Chafik Mesbah a indiqué que, conformément à l’usage dans les sociétés musulmanes, il refusait d’évoquer l’état de santé de M. Abdelaziz Bouteflika, ce qui, précisa-t-il, ne l’empêchait pas, cependant, de mettre en cause, expressément, l’entourage présidentiel dont le centre de gravité était bien le frère du Chef de l’Etat, M. Saïd Bouteflika.

Mohamed Chafik Mesbah a diagnostiqué, à la source des dérèglements actuels, un dysfonctionnement du système qui a conduit au blocage de la dynamique tant sociale que politique en Algérie. Ce dysfonctionnement, selon Mohamed Chafik Mesbah, est à l’origine de cette fracture qui divise la société algérienne en deux parties. La société virtuelle, d’une part, composée des appareils et institutions publiques ainsi que les personnels qui les peuplent. La société réelle, d’autre part, qui regroupe la grande majorité de la population et, notamment, les déclassés de la société. Ce sont deux sociétés qui s’ignorent superbement, chacune vaquant à ses occupations, selon son rythme et son mode opératoire. Cette fracture essentielle explique la grande désaffection de la population vis-à-vis des actes politiques officiels et solennels.

Pressé ,sur un autre plan, de confirmer s’il maintenait son affirmation antérieure selon laquelle la véritable feuille de route de M. Abdelaziz Bouteflika consistait à permettre à un parti islamiste puissant d’accéder, par les urnes, au pouvoir, Mohamed Chafik Mesbah a confirmé cette thèse en précisant que, désormais, il manque au Chef de l’Etat le temps et les hommes pour faire émerger ce parti dont il a pu rêver, à l’image du mouvement tunisien Ennahdha ou l’AKP turc. Une hypothèse qui a l’heure de plaire aux Etats-Unis d’Amérique et qui ne provoquera pas de rejet de la nouvelle hiérarchie militaire si les nouveaux élus islamistes respectent les fondamentaux constitutionnels. C’est, faut-il croire, aux yeux de M. Abdelaziz Bouteflika, la meilleure garantie pour un départ volontaire.

Abordant, plus précisément, les prochaines élections législatives, Mohamed Chafik Mesbah considère que ce scrutin est une fausse réponse à un vrai problème. L’Algérie, considère-t-il, est confrontée au défi majeur de la transition démocratique, les responsables officiels algériens proposent des réformes « cosmétiques » pour tenter, non pas d’affronter le défi, mais de le contourner.

Prévoyant un taux d’abstention record, plusélevé que celui qu’il avait pronostiqué -80%- Mohamed Chafik Mesbah estime que les prochaines élections législatives vont déboucher sur un échec déjà annoncé.

Avec un tel résultat, la prochaine Assemblée Nationale Populaire n’aura, naturellement, aucune légitimité. Ce sera un désaveu pour le régime. Mais plutôt que de céder la place, dan le cadre d’une transition démocratique pacifique, c’est, de toute évidence, la solution de la confrontation qui sera choisie.Ce constat conduit Mohamed Chafik Mesbah à prévoir une explosion bien plus grave en Algérie par rapport aux épisodes vécus par les autres pays arabes touchés par « le printemps arabe ».

Mohamed Chafik Mesbah a fait état de sa conviction qu’il n’existait pas d’exception algérienne. Au contraire, a-t-il estimé, il existe, outre les ingrédients objectifs du potentiel d’une déflagration probable, une dimension supplémentaire qui plaide pour cette issue. Il s’agit de la politique du pire que le régime actuel pratique allégrement .Trop prompt à s’appuyer sur ce qui est perçu comme un allié important, les Etats Unis d’Amérique, et la manne financière distribuée à tire larigot ,les responsables officiels algériens refusent de voir les signaux rouges. Pourtant, conclut Mohamed Chafik Mesbah, la déflagration à venir pourrait conduire à la dislocation de la cohésion sociale du peuple algérien et à une amputation de l’intégrité territoriale du pays.



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14 Reponses pour " Mohamed Chafik Mesbah à Al Magharibya : « Les prochaines élections ? Un échec annoncé ». "

  1. Fakou dit :

    La lecture en filigrane, si elle est rapportée avec un sens objectif, dénote qu’un clan du pouvoir veut un changement contrôlé dont l’élection prochaines serait une rupture à la 05 Octobre qui a suivi la mise à l’écart du système de l’économie centralisée. Seulement à cette époque on proposait le libéralisme politique et économique. Or, aujourd’hui, il n y a rien à proposer dans le discours hormis Al Batata, la bouteille de gaz,l’OTAN, le retour des années de sans et du terrorisme pédagogique. Les têtes pensantes de ce genre de solutions nous ont amené à la catastrophe. Ils sont forts en théorie mais piètre en pratique pour la chose politique. Cependant, ils sont très forts, en théorique comme en pratique, dans la gestion de la société par la violence et corruption. Je crois que le système gérontocratique est arrivé à la fin de son cycle de vie, dont le personnel gestionnaire se croit éternel. Il ne peut rien faire contre la nature, une poignée de sénile au pouvoir depuis 50 ans contre une majorité de jeunesse plein de vitalité, de dynamisme et avide de justice, d’égalité et de liberté. Ce système a déjà un pied dans la tombe.

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  2. « Pourtant, conclut Mohamed Chafik Mesbah, la déflagration à venir pourrait conduire à la dislocation de la cohésion sociale du peuple algérien et à une amputation de l’intégrité territoriale du pays. » C’est ce que recherche´ les USA et la France depuis le debut de 1991. Aidez le DRS et les generaux ignars et genocidaire dans leurs logique suicidaire, de guerre contre la population, cree une haine profonde entre Algerien qui amenera l´Algerie a devenir un pays arriere´ et obselete et une population qui ne sait plus comment s´en sortir.

    L´ambassadeur des USA en disant aujourd´hui que son pays ne veut pas de base militaire en Algerie ou en Afrique est un menteur, les faits et agissements nefastes de son pays sont visible pour tous le monde.

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  3. Mohand 42 dit :

    La dislocation de la cohésion sociale du peuple algérien est effective et visible à l’ œil nu. Égoïsme et régionalisme à outrance se sont accentués qui ne font que le bonheur du pouvoir, diviser pour régner est un vieux procédé colonial. La corruption qui fait des ravages. L’élite a fui le pays il ne reste que des rapaces. La société ne peut plus faire face, le peuple est à genoux pour résister à une attaque étrangère. La voie est libre et le cauchemar arrive. L’Algérie était le pays des révolutionnaires devient le pays des soumis. Que reste-t-il de L’Algérie dirigée par une gérontocratie avec une jeunesse en perdition. La malédiction.

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  4. Rachid 16 dit :

    Salam

    je pense contrairement aux autres intervenants que Chafik Mesbah, qui est le porte parole du vrai pouvoir, sait parfaitement que la fin est proche et il évoque le scénario le plus probable à savoir une fin dans le chaos et la violence. La répression que menèrent Saddam Hussein, Assad père et fils ainsi qu’El Gueddafi, ne sont rien comparées à ce qui attend le peuple algérien, surtout au regard des enjeux. Quant aux occidentaux, ils savent que le régime n’a aucun assise, aucune base sociale et que la déstabilisation menera à l’implosion du pays. Les intellectuels néo-colonialistes français, qui se disaient pourtant « amis de l’Algérie », l’ont rappelé récemment, ils demeurent fidèle à la doxa coloniale qui veut qu’il n’existe pas de peuple algérien, mais des algériens, soit une nationalité par région et par villes. Il semble que c’est cette carte que jouent les impérialistes occidentaux.

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  5. TBK dit :

    Il n’y a ni cohésion sociale ni nationale dans le pays par contre M. Mesbah, qui est un ex.militaire, se « trompe » volontairement ou le fait exprès pour avancer que les « militaires », parmi les plus objectifs et les plus capables, vont laisser dériver la situation jusqu’à la « déflagration » qui risque de les balayer ,ils sont peut-être idiots mais surtout pas fous. Quand a la fable du « superparti » « islamique » « voulu » par l’actuel chef de l’état, il faut afficher un minimum de sérieux, il n’y a aucun parti politique digne de ce nom en Algérie et il faut beaucoup de temps pour « fabriquer » un authentique parti politique qui tienne la route et qui ait une réelle assise sociale et cela suppose des réformes extrêmement profondes dans le pays, qui n’ont jamais été réalisées.En ce qui concerne les Etats-Unis, ces derniers ne veulent ni de la dislocation du pays ni de la continuation de la main mise israélo-francaise sur le pays et quand a la France, elle s’accroche comme elle peut mais elle finira par être éjectée plutôt mal que bien.
    La conclusion logique est que les militaires prennent directement le pouvoir et effectuer toutes les réformes nécessaires et suffisantes pour établir un état « viable » susceptible de répondre a la nature réelle et a la culture authentique du pays, c’est a dire musulman sans interférences extérieures.Cela se fera avec difficultés mais les populations seront avec eux et non contre eux.

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  6. Alilou dit :

    Il y aura peut-etre un bain de sang, de la violence, mais l’algerien qu’il soit egoiste ou egocentrique n’acceptera jamais la dislocation de sa nation.
    Il faut vraiment etre naif pour croire que notre nation ne recelle plus d’hommes integres et sinceres et il faut etre borné pour croire que notre jeunesse est nulle a chier pour la traiter de tous les noms d’oiseaux rares, il faut etre aveugle pour criore que la societé algerienne sera gouvernée par une bande de barbues, l’algerie a, est et sera toujours une entité a part en Afrique, dans le monde arabo-musulman et meme europeen, nous sommes une pierre angulaire et geo-strategique, qu’ils nous laisse le chemin libre pour faire de notre nation un phare ou bien il finiront comme Sadame et Guedaffi dans des trous a rats.

    Ils vont degager et tres bientot inchaa allah.

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  7. MAJRORO dit :

    L’Algérie n’a eu que 2 Prez. non militaires. BB et celui-ci. Je suis convaincu que le temps des militaires étant révolu, «élire» un autre militaire ne pourrait que coûter encore plus chèr au pays en termes de déperditions dues aux carences de non-compétences et autres disfonctionnements de la vie de tous les jours qui en résulteront de cet état de fait (déficit déjà perceptible mais plus évident dans l’avenir). Je pense que les algériens ont en assez de payer un aussi exorbitant prix de leur gouvernance. Ils ont certainement autre chose à faire avec leur argent que de le dépenser sur leurs gros ventres galonnés. Surtout pas entendre ni considérer ces opinions qui rappellent drôlement le KGB ou la STASI qui finalement avaient ruiné tout leur bloc anciennement communiste de l’Est. Par contre, les Forces Armées algériennes doivent être minces et efficaces comme l’ALN de l’intérieur durant la guerre (et se défaire une bonne fois pour toute de cette caractérisation d’être de l’extérieur ou de l’ennemi) et faire plus dans la PROTECTION réelle du pays que de la spéculation immobilière ou l’import/export. Ce Monsieur en tant qu’ex-officier devrait se garder d’émettre ses opinions, surtout en vue de ce que l’avenir va ramener au pays, pas plus loin que dans les 2 prochaines semaines. Les algériens étant présentement aux prises avec leur représentation politique et de ses retombées dans leur vie, mais une fois ceci passées se tourneront à tour de rôle aux autres sujets tels que :
    1. Par exemple, le prix de cette représentation mis en rapport avec ce qu’elle peut leur rapporter durant ce prochain mandat. Autrement c’est le divorce ou bien séparation à l’amiable prévalente en ces dernières 50 années mais qui n’est plus acceptable.
    2. Remettre les gens au travail pour redresser la balance n’aurait certainement pas besoin de cette séparation ou divorce pour se réaliser et cette sorte d’opinion n’y est tres évidemment pas favorable, mais c’est plutôt son opposé qui semble être recherché.
    Comprendre c’est bien et c’est le minimum. Agir c’est encore mieux surtout quand on est éduqué, jeune, svelte, dynamique et complètement intégrés dans les réseaux virtuels du monde libre et surtout affamé comme le sont 99.99% de la jeunesse algérienne au pays comme aux 4 coins du monde ; ils sont nombreux et partout et ils en veulent. La Zumba ne fait que commencer.

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  8. NEDJMA dit :

    La différence entre votre passé et votre présent,c’est ce que vous êtes entrain de réaliser!

    La situation de rente qu’offre l’Etat-DRS, ses officines et ses vitrines ne peuvent qu’aboutir à de téls désastres.

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  9. Boualem dit :

    Dislocation de l’Algérie, non l’Algérie ne sera pas disloquer, tant que la France veille pour ses intérêts, si tu disloques l’Algérie c’est que disloque la France,la France n’a jamais quitter l’Algérie,l’Algérie n’a jamais était indépendante,les véritables responsables s’est les déserteurs algériens de l’armée français,les noms sont connu,tous ont des grades de général majors,mais personne n’a le courage de leur dire la vérité en face,je les comprends c’est des criminels qui sont en face,et ils sont prêts à mettre l’Algérie à feu et à sang,avec la bénédiction de la France,si le peuple essaiera de les déloger du pouvoir MAINTENANT IL NE RESTE QUE LA RÉSISTANCE PACIFIQUE,après s’il y aura violence, ils porteront l’entière responsabilité devant ALLAH LE TOUT PUISSANT,et l’histoire.

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  10. IRIS SAMY dit :

    Un ancien chant de soldats français disait : notre mère est la caserne et notre père est le tambour !
    Mr Mesbah est resté fidèle à cette devise et au DRS : même reconverti au civil au beau monde ….il n’oublie pas la « maison » et fait de son mieux pour la démarcher dans le pur style « bcbg » en enveloppant le tout dans le papier cadeau en vogue les « anضlyses » et les « études ».
    Seulement il arrive à ce voyageur nouveau genre , dans son exces de zele , de fabriquer des boulettes ….des petites boulettes qui font douter de tout l’edifice ideologique par lequel il veut servir le « tambour » nommé DRS.
    Mr Mesbah , en passant , dit :
    « Les aspirations à l’autonomie au sein des populations sont une réalité ancienne. Héritées de la période coloniale, elles lui ont survécu et ont même été encouragées par la France. »
    L’auteur atteste que les populations à cheval sur les territoires malien et algerien n’ont jamais admis leur « rattachement » d’office à la France repartie entre l’Algerie-province française et le Mali , autre colonie française.
    Cela remet en question les affirmations de M. Ouyahya lancées à Tamanrasset il y a quelques jours , que les touaregs algeriens etaient loyaux et fideles à la « djoumhouria ».
    Pour semer le doute et rendre la pillule de la verité moins amere pour le regime algerien, Mr Mesbah noie cette evidence dans un cadre plus large : celui de l’eternel « complot » ourdi par la France et relayé par ….le Maroc : tout deux accusés de :
    » Mais la problématique de l s’inscrit dans une perspective bien plus large. Il s’agit de l’émergence d’un Etat libre et indépendant, qui occuperait tout le territoire du Sahel. C’est un projet soutenu par la France et relayé par le Maroc. »
    Ainsi comme par magie mr Mesbah trouve encore un rôle à la France et au Maroc dans la deconfiture du regime algerien et dans celle de l’ideologie inique que ce dernier a toujours defendue bec et ongles : l’intangibilité des frontières héritées de (mama) la colonisation……principe contre lequel le Royaume du maroc a toujours combattu ,seul et sans milliards de petro dollars.
    Comme ça , Mr Mesbah accuse deux pays dont l’un (mama) France qui, avant 1962, avait la possibilité d’emanciper la ‘populations en toute liberté ! et le Maroc qui agissait pour parachever son integrité territoriale et ne pouvait , par consequent , soutenir aucune separation ni aucune cessession dans les parages !
    Mr Mesbah semble avoir le tournis ….celui là même qui semble avoir frappé le regime algerien et surtout l’officine qui lui sert de cerveau : le DRS.
    Balloté de partout le bateau-régime algerien semble se transformer , à defaut d’une nef de fous, en radeau de la Meduse.

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  11. Adel H. dit :

    Le bonheur, c’est connu, est relatif. Quoi que puisse posséder un individu, il se comparera toujours à ses voisins, voisin de palier ou voisin se trouvant dans un autre pays. Il aura toujours dans sa tête une idée préconçue de ce qu’il estimera être sa part de bonheur dans son pays à une époque donnée.

    Pour des raisons historiques connues, l’écrasante majorité des Algériens et des Algériennes est convaincue qu’à l’indépendance, mis à part une infime minorité de « vendus à la France », nous étions tous plus ou moins au même niveau. L’Algérien et l’Algérienne de 2012 acceptent très mal l’enrichissement personnel de certains individus – de plus en plus nombreux –, a fortiori lorsque cet enrichissement n’a aucune commune mesure avec le revenu déclaré de ces personnes. Ainsi, un ex-général, auquel l’État verse un salaire qui ne saurait dépasser 100 000 DA par mois, qui se retrouve comme par miracle à la tête de plusieurs usines, journaux, etc., ou un « petit pharmacien » qui devient au bout de quelques années le patron d’un immense empire comprenant, entre autres, des biens immobiliers considérables, une banque qui attire des dépôts faramineux provenant des entreprises et institutions nationales et une compagnie aérienne qui rivalise avec Air Algérie, ne peuvent que provoquer un haut-le-cœur et susciter un rejet global du système politique qui permet cela et des personnes qui le dirigent.

    C’est ce profond sentiment d’injustice qui a fait bouger la rue en Tunisie, en Égypte, en Libye, au Yémen et en Syrie. Dans tous ces pays, le système qui vient d’être balayé par un soulèvement populaire de grande ampleur avait commencé sa carrière dans les années 50-60 en prônant l’égalité et la justice sociale. Par un imperceptible glissement, 50 ans après, les équipes au pouvoir ou qui gravitent autour de lui se sont retrouvées à la tête d’immenses fortunes pendant que la population se débat dans d’inextricables problèmes et arrive à peine à joindre les deux bouts. Si la dictature dans l’égalité – c’est le modèle communiste stalinien – est déjà difficile à accepter, la dictature accompagnée de grandes inégalités sociales est intolérable et aucun peuple ne peut l’accepter longtemps.

    La politique du tout-État appliquée par Ben Bella et Boumediene avait cassé la bourgeoisie nationale productrice de richesses qui commençait à se développer du temps de la colonisation (dont la famille Tamzali est l’exemple le plus connu). Traquée sans répit et étranglée par toutes sortes de procédés bureaucratiques, cette bourgeoisie a fini par se recycler dans les appareils de l’État (ainsi Wassila Tamzali rapporte dans son livre, Une éducation algérienne, que son frère est devenu cadre supérieur à la Sonatour, un de ses cousins wali, etc.). Il n’y a plus aujourd’hui dans notre pays de classe bourgeoise productrice de richesses. Sa place est occupée par une nouvelle classe bourgeoisie prédatrice qui s’adonne à toutes sortes de spéculations en détournant une grande partie de la rente pétrolière, véritable « butin de guerre » que les nouveaux maîtres de l’Algérie estiment être en droit de piller sans retenue du moment qu’ils l’ont arraché à la France par la force de leurs armes…

    Qui a donc intérêt à voir s’installer dans notre pays un régime démocratique qui permette et garantisse une compétition loyale entre les différents groupes sociaux pour le pouvoir, les honneurs et les richesses? Sûrement pas la nouvelle bourgeoisie prédatrice qui contrôle les leviers du pouvoir par l’intermédiaire des généraux et du DRS. Comme dans les autres pays du Maghreb et du Machreq, ce sont les classes moyennes, appauvries par la libéralisation sauvage et maintenues en marge dans les immenses cités-dortoirs, au même titre que tous les laissés-pour-compte du système – chômeurs, lumpenprolétariat et autres délinquants en tous genres – qui tentent de survivre, au milieu de tous les nouveaux déracinés, dans un environnement « rurbain » de plus en plus hostile et violent, qui sont les grandes perdantes et qui ressentent le plus le sentiment d’injustice et d’humiliation. Horizons bloqués et désespoir poussent de plus en plus de jeunes diplômés à la harga et l’immolation – qui laissent la grande masse indifférente, tant la mort violente a été banalisée dans notre pays par des siècles de tyrannie dans le passé lointain et les années de la toute récente « sale guerre » et ses horribles crimes contre l’humanité.

    Une nouvelle classe bourgeoise qui détient la totalité du pouvoir, tout occupée à amasser le maximum de richesses par le pillage de la rente, la prédation et la spéculation, face à des classes moyennes marginalisées et parquées dans des cités-dortoirs en compagnie de masses toujours plus grandes de miséreux qui luttent quotidiennement pour la survie : voilà le tableau de l’Algérie de 2012. Ce face-à-face explosif dure au moins depuis la crise de 1985 qui a vu le pays crouler sous le poids de la dette et qui a abouti à une confrontation d’une rare violence dans les années 90.

    Quel en sera le dénouement?

    M. Mesbah – ex-politologue en chef du DRS – prévoit un déchaînement de violence. Mais dans quel camp se place-t-il : celui de la nouvelle bourgeoisie prédatrice ou celui des classes moyennes marginalisées et des miséreux qui luttent pour la survie? Ses propos sonnent comme une menace, mais pour qui?

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    • DESESPERADOS dit :

      « la mort violente a été banalisée dans notre pays  » . Cruelle vérité !
      Je n’ai pas encore vu un quelconque président de la république, ou ministre, ou wali, ou président d’APC, ou ambassadeur, ou chef de parti politique compatir, déplorer, regretter ou condamner la mort d’ un algérien suite à une immolation, suite à des attentats criminels ou à des attentats politiques.
      C’est du jamais vu dans aucun pays du monde. Il n’y a qu’à voir comment la société de pays qui se respectent se comporte et imprègne la tonalité et toute l’émotion devant la mort violente d’un de leurs citoyens.
      Nos morts n’ont pas besoin de considération ou de respect. La vie d’un algérien n’a pas de valeur car de toute façon s’il meurt ….. c’est le mektoub qui le veut ..alors ???? !

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  12. Miha dit :

    A Chakib Mesbahn, aux astronautes et à la rédaction

    Il est ckair qu’une fausse réponse à des vrais problèmes ne peut être qu’une fuite en avant dont l’issue ne peux qu’être hasardeuse. Ce comportement est bien ancré dans le pouvoir algérien et ce, depuis toujours. Aucune sonnete d’alarme d’avertissement sur les risques de cette méthode de gouvernance n’a pu secoué le secoué. Dans le livre « Le grand dérapage » de Abed Charef, on voit bien comment le pays a sombré tout doucement jusqu’à des fonds abyssaux. Le problème c’est que jusqu’à présent les conséquences des mauvaises réponses d’alors sont une charge qui, tel le rocher que le roi de Corinthe faisait rouler sur la pente de la montagne finissait toujours par retomber avant d’atteindre le sommet ( légende de Sisyphe). Empêtrés, déjà, par cette peine, nous n’avons pas le droit d’être comdamnés à d’autres peines similaires. Cet appel de Chafik Mesbah est, encore, un autre signal d’alarme, espérons qu’il arrive aux oreilles de ceux qui sont au sommet du pouvoir sinon …..
    Cordialement

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  13. je suis tout a fait d’accord avec Mr CHAFIK MESBAH,c’est quelqun qui a vécu avec ses assassins du FLN(front du catastrophe national)je suis sur qu’il ne regrette pas d’voir était parmi ses loups, je crois qu’il est entrain de se venger aujourd’hui! bref j’ai déja évoqué cette mascarade des élections législative qui vas envoyé le peuple algérien en enfer,le chef actuelle et représentant légale de la mafia algérienne MR BOUTEFLIKA a reussi encore de trompé les algerien,je lance un message à la jeunesse intéligente algérienne de ne pas tombé dans ce piège car je vous le jure que ces criminelles non pas de pitiés et sons capable de tuer trois millions de citoyen,il ont fais la démonstration au par avant,il calcule tout à l’avance et ils sont soutenu par les usa et la france parce que ses deux payes ont peur de l’islam en afrique et surtout en algérie,je nai pas la solution pour l’algérie libre malheuresement!

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