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Crise du PAGS : ASSEMBLÉE D’AOÛT 1990 : COMMENT ON ENTERRE UN DÉBAT AVANT DE L’OUVRIR

HadjerèsIn http://www.socialgerie.net

JUILLET-AOUT 90 : CRISE DU PAGS (SUITE 4)

ASSEMBLÉE D’AOÛT 1990 : COMMENT ON ENTERRE UN DÉBAT AVANT DE L’OUVRIR

lundi 26 juillet 2010, par Sadek Hadjerès

La fin du mois de juillet et le début d’août 1990 ont vu chez les militants inquiétés par la crise de juin, se succéder un renouveau d’espoir, suivi très peu après d’une forte déception.

Comme pour tout ce qui concerne cette crise, le site « Socialgerie » évoque cette évolution dans ses grandes lignes et des aspects partiels.
D’autres précisions et compléments (concernant les acteurs, le déroulement des faits, etc.) figureront dans l’ouvrage plus détaillé qui poursuivra l’entretien réalisé avec moi en 2007 par Arezki Metref dans les colonnes du « Soir d’Algérie ».
Il est possible aussi de consulter dès maintenant les contributions et documents d’époque déjà mis en ligne sur le site depuis un an.

Pour l’essentiel, en juin et juillet, les chances d’ouverture d’un réel débat militant existaient encore.
Tout avait été fait jusque là pour l’empêcher, le réduire à un simulacre en faisant mine d’ignorer la soif d’information et le mécontentement militant.
La majorité de l’exécutif national en place avait en effet publié vers la mi-juillet un nouveau communiqué dans le prolongement du précédent de juin. Sur un fond de proclamations abstraites, il ignorait les interrogations et les doutes exprimés par la base et par les cadres à l’assemblée houleuse de juin, qualifiée de simple assemblée « d’information ».
Plusieurs exécutifs régionaux provisoires avaient même refusé à cette occasion de diffuser le communiqué central.

Il devenait quand même difficile de passer outre à la volonté grandissante d’éclaircissements des militants.

 

ASSEMBLÉE D’AOÛT 90 : REFUS D’UN FRANC DÉBAT ET MÉPRIS ENVERS LES OPINIONS MILITANTES

 

Parmi les raisons qui poussaient à ouvrir enfin des débats utiles, il y avait notamment les faits suivants :
Une partie de l’exécutif central sentait la fragilité de l’argumentation qui avait consisté, à la mi-juin, à sur-dramatiser la situation nationale du moment, déjà elle même assez inquiétante. Aucun évènement grave au cours du mois écoulé n’avait justifié les injonctions alarmistes et l’urgence qui avaient été invoqués pour arracher une décision à l’esbroufe (pas un jour à perdre, disait-on pour forcer la décision, sans doute en conformité avec un scenario et un timing concoctés dans un des cercles ou des officines qui traversaient le pouvoir ).
Chez ceux qui avaient d’abord cédé à un réflexe de panique, un début de clarification et de raisonnement s’opérait.
L’agressivité antidémocratique de la base activiste du FIS, comme les déclarations de plusieurs de ses porte-paroles , étaient bien réelles. Mais justement, nombre de militants PAGS ne comprenaient pas pourquoi des directives émanant de certaines hiérarchies de leur parti leur enjoignaient d’abandonner toute lutte sociale, politique et idéologique au sein de la population, en se bornant exclusivement à revendiquer l’interdiction administrative du FIS par les autorités.

Cela revenait à quoi ? En fait, à inciter l’ensemble des nationaux et de leurs organisations à laisser par des déclarations générales le terrain libre à l’offensive concrète des courants intégristes dans les media et surtout dans leurs activités de proximité intensifiées en direction de tous les milieux.

Il y avait pire : une interdiction du FIS, telle que préconisée dans les conditions particulières du moment (c’est à dire après son agrément officiel et son succès électoral) apporterait aux courants réactionnaires de cette formation un soutien plus grand des milieux, majoritaires dans le pays (bien au delà des cercles et sympathisants islamistes) auprès desquels le pouvoir était discrédité à cause de ses antécédents de gestion autoritaire et répressive.

La pression ouverte ou sourde de la base militante a donc finalement amené une partie de la direction à concéder au moins la tenue d’une assemblée ouverte au débat. Il était peu concevable de fermer cette voie, alors que la perspective d’un Congrès se dessinait (destiné dans l’esprit de ses promoteurs à cautionner dans la précipitation le forcing de juin).

En fait c’est une série de conférences nationales (thématiques et organiques) qu’il aurait fallu d’abord programmer, avec une sérieuse préparation démocratique de chacune d’elles. Néanmoins, avec l’annonce et l’approche de cette assemblée, j’eus l’impression que l’idée d’ouvrir le débat avait progressé et l’espoir semblait renaître chez les militants, même les plus désabusés.

LES TECHNIQUES D’ESCAMOTAGE REMPLACENT L’APPROCHE POLITIQUE

Jusque là tout avait été fait pour que mon point de vue ne franchisse pas les murs de nos bureaux de réunion.
Comment interpréter alors qu’on venait de me proposer de présenter un rapport à cette assemblée dans lequel j’avancerais mes arguments.
J’ai cru sentir à certains signes que les partisans les plus autoritaires de l’alignement sur un clan du pouvoir avaient concédé un repli tactique à d’autres membres de l’exécutif plus réalistes ou plus soucieux de formes démocratiques. Dans leur logique, les membres du groupe autoritaire étaient convaincus que mon point de vue ne tiendrait pas, face au dilemme simpliste auquel ils réduisaient la situation : interdire immédiatement le FIS ou baisser les bras devant ses agissements et sa menace potentielle.

L’occasion était donc opportune d’exposer enfin largement mes points de vue bloqués ou sciemment déformés jusque là.
Mon opinion ne consistait en aucune façon à capituler devant les menaces des dirigeants islamistes ni de suivre aveuglément en tout les injonctions de clans autoritaires du pouvoir guidés par leurs propres intérêts étroits.
Il y avait nécessité, pour faire reculer réellement les tentatives d’intimidation des milieux les plus agressifs du FIS, de sensibiliser une grande partie de l’opinion populaire autrement que par les considérations institutionnelles abstraites qui ne pouvaient convaincre qu’une frange étroite de démocrates politisés.
Il fallait davantage mettre en avant les mots d’ordre concrets les plus rassembleurs et les plus accessibles aux différentes catégories de la population. Le vécu quotidien des dernières semaines montrait que des prises de conscience intéressantes s’opéraient sur cette base dans différents milieux plutôt indécis jusque là. Il s’agissait d’accompagner et d’amplifier ces évolutions.

J’ai pris le temps nécessaire à préparer le rapport demandé, en évitant de nombreuses contraintes protocolaires dont on m’accablait inutilement. J’ai veillé particulièrement à prendre en compte les différentes opinions apparues, afin d’encourager les échanges et le plus d’unité d’action possible entre les points de vue existants.
[Ce rapport est resté à ce jour inconnu des militants et de l’opinion. J’en ferai connaître plus tard le texte intégral).
On comprend que son contenu dérangeait les détracteurs qui n’avaient cessé de présenter une version caricaturale et totalement falsifiée de ma position.
J’ai alors constaté que dans la pratique, l’obstruction se poursuivait par des voies et des obstacles insidieux, inavoués, dans un climat de méfiance artificiellement attisé depuis les précédents débats houleux

Pour éviter que des membres du service technique invoquent des difficultés matérielles pour retarder ou rendre impossible l’impression de ce rapport (c’était devenu une pratique fréquente pour des textes émanant de moi-même ou de quelques autres camarades), je l’ai fait dactylographier par une camarade bénévole (xx). Plusieurs jours se sont écoulés après sa remise aux camarades de l’exécutif, pendant lesquels je leur ai laissé le temps de l’examiner en vue d’une discussion plus fructueuse. J’ai senti alors un flottement, des faux fuyants. Visiblement le contenu du texte gênait.

Mais au lieu de le discuter ouvertement, un prétexte fut trouvé pour tenter de le remplacer par un autre texte portant sur des problèmes plus généraux, préparé des semaines auparavant par un camarade de l’exécutif (je crois me souvenir qu’il s’agissait de (XX), responsable que j’estimais pour son sérieux, sa profondeur et ses qualités humaines).
Je ne me souviens plus du thème et je n’ai pas réussi à ce jour à retrouver une copie de ce document « de rechange ». Dans sa généralité, il avait probablement son intérêt et méritait d’être discuté dans un autre cadre. Mais il avait peu de rapport avec l’actualité brûlante qui interpellait le parti sur des questions précises et exigeait une analyse serrée des faits. Pour l’assemblée prévue, il n’avait pas beaucoup à voir avec ce qui préoccupait concrètement depuis le mois de juin les militants et responsables.
J’ai présenté récemment à des camarades et amis le texte du rapport qui m’avait été confié et dont on avait escamoté même l’existence. Avec le recul du temps, ils ont mesuré avec amertume et révolte le préjudice causé par l’escamotage d’un fructueux échange.
Le document, quelles que soient les diverses opinions, aurait selon eux contribué à sauvegarder l’unité du parti et ses capacités de mobilisation sur le terrain, ainsi qu’une plus large crédibilité auprès d’autres formations politiques et sur la scène publique.

Enterrer le rapport qu’on m’avait expressément demandé, quel qu’en soit le prétexte, n’était pas seulement grotesque dans la forme, c’était inadmissible quant au fond. Les tenants de l’alignement bureaucratique et inconditionnel sur un clan de pouvoir se dérobaient à la confrontation ouverte devant les larges assemblées habilitées à débattre des orientations.
Pourquoi parallèlement n’avaient-ils pas soumis un contre projet réfutant concrètement et point par point l’analyse et les propositions que j’avançais dans le rapport, au lieu de s’en tenir à la trop facile appréciation péremptoire : ce n’est pas conforme à la « ligne » ? Je crois aujourd’hui saisir rétrospectivement une des raisons de leurs réticences. J’ai en effet pris connaissance, parfois des années plus tard, de lettres de militants ou cellules adressées à la direction et qui ne m’étaient pas parvenues. Ces documents, dont certains récemment publiés sur ce site, émanaient de militants et de cadres respectés pour leur engagement et leur sérieux. Il est vraisemblable que la convergence de ces avis avec mon propre point de vue avait fait craindre aux membres les plus sectaires de l’exécutif, une remise en cause massive de la dérive qu’ils avaient amorcée. Tous leurs efforts visaient en effet à faire croire aux militants que le premier secrétaire cautionnait leurs orientations simplistes, cependant que dans des cercles plus restreints, ils déversaient les calomnies de toutes sortes et les déformations de mes points de vue.

Ils préféraient se rassurer en leur cercle de convaincus pour justifier la dérobade : l’exposé n’est pas dans « la ligne » arrêtée par eux en juin juillet.
Mais qui donc était habilité à définir la ligne ? Quand cette ligne avait-elle été débattue ? Quelle légitimité de décision avait l’organisme exécutif provisoire en cette période de retour à la vie légale ?
Et même si un vrai bureau politique avait été élu, n’aurait-il pas été astreint régulièrement à soumettre les orientations proposées aux différents échelons du parti ?

J’ai compris à ce moment que les chances s’étaient amenuisées de parvenir à un vrai débat, à un minimum de fonctionnement démocratique. La suite confirmera que cette obstruction n’était malheureusement qu’un prélude, enrobé dans des prétextes douteux.

Ce qui s’est passé ensuite au cours de l’assemblée, sous des formes moins subtiles, dépassait ma personne et ma fonction. Il a concerné l’ensemble des militants dont on a méprisé ouvertement le droit à l’expression et tout simplement la dignité. J’avoue que dans un premier temps, comme beaucoup d’autres, je n’imaginais pas qu’on puisse dans le PAGS franchir ce pas de l’indignité.

 

INCROYABLE MAIS VRAI

 

J’ assurais la présidence de l’assemblée. Je nourrissais malgré tout l’espoir que, quel que soit le texte servant de point de départ, l’actualité ramènerait au premier plan les considérations et les interrogations de fond, même si les jusqu’au-boutistes des solutions administratives s’acharnaient à les éluder.

C’est bien ce qui s’est passé : quand on veut chasser le fond, il revient au galop. Je sentais dans la vaste salle du « 5 juillet » les militants insatisfaits et impatients face au ronronnement des généralités et des lieux communs qui leur étaient servis.
La langue de bois ne parvenait pas à faire passer les affirmations et points de vue déjà arrêtés, martelés en guise d’analyse.
Brusquement, interrompant ce déroulement de platitudes, je perçus de gros remous qui agitaient l’arrière de l’assemblée. Cris et agitation se sont prolongés un long moment, détournant durablement l’attention générale. A première vue, plusieurs camarades étaient pris à partie pour leurs opinions et battus pour les empêcher de prendre la parole.

Je ne sus que plus tard, à l’interruption de séance qui a suivi, ce qui venait de se dérouler et manifestement continuait à soulever l’émotion et des discussions animées dans la salle. J’apprendrai avec encore plus de détails, le soir et le lendemain, la nature, les motivations et le comportement des protagonistes : la distribution d’un document ou pétition, rédigé par un groupe de camarades qui n’avaient pu jusque là trouver un autre moyen de s’exprimer. Ce document a été reproduit il y a quelques mois sur le site ; il contenait nombre d’analyses pertinentes à côté d’affirmations approximatives mais l’ensemble était un document sérieux, il méritait d’être connu et débattu. Je laisse à plus tard les dessous et les détails de cet incident, grave par ses motivations d’atteinte aux droits militants. C’est progressivement et des années plus tard que j’ai pris connaissance de l’ensemble des chantages indignes qui se sont exercés avant cette Assemblée d’aout et jusqu’à son ouverture pour contraindre au silence des militants et responsables pleins d’abnégation comme Sadek Aïssat et d’autres et les punir du « crime » de n’avoir pas voulu se taire et se soumettre. Ces faits trouveront leur place dans un aperçu des méthodes qui ont été mises en oeuvre contre le PAGS et en son sein pour barrer la route à une transition démocratique au système et à l’esprit du parti unique.

Sans connaître à ce stade la raison de l’incident, j’étais néanmoins déjà certain qu’il n’était pas une diversion marginale, comme il peut s’en produire à l’occasion d’une tension, de malentendus, d’énervements rapidement dépassés entre des assistants surexcités.
Le heurt inadmissible n’était pas « hors sujet ». Il s’inscrivait directement au cœur du problème qui rongeait et frappait de stérilité la vie politique de l’Algérie depuis longtemps.
Cette gangrène rejaillissait dans nos propres rangs alors que durant des décennies nous lui avions payé un lourd tribut pour l’avoir dénoncée et combattue. On cherchait à imposer à des militants venus librement à l’engagement partisan le bâillonnement de l’expression démocratique et de progrès.
On travaillait en somme à entretenir et nourrir l’incapacité à assurer des échanges et un débat bénéfiques, y compris entre militants se réclamant formellement de la même cause. Comme président de séance et premier secrétaire du parti, je ne pouvais admettre et supporter des méthodes que nous étions censés rejeter fondamentalement, quels que soient les points de vue ou les torts des intervenants.
Je le proclamai immédiatement et sans détour devant l’assemblée : je condamne ce genre de comportement ; tant que je présiderai et aurai cette responsabilité dans le parti, tout militant a le droit de s’exprimer librement en respectant le droit à l’expression de ses camarades.

Ce que je venais de souligner avait été accueilli avec soulagement par l’assistance comme le rappel, la reconnaissance d’une norme intangible, la norme d’un « parti de Droit », comme on dirait un « Etat de Droit », à qui le respect des règles de son fonctionnement sont source de confiance et de crédibilité .
Mais pour d’autres, que n’ai-je dit ! La mise au point avait été ressentie comme une déclaration sacrilège, une offense à « l’autorité » ! J’ai constaté à l’interruption de séance qui a suivi, qu’en rappelant ce qui devait être l’ABC d’un parti démocratique, j’avais écorché la susceptibilité de plusieurs membres de l’exécutif.
Ils me l’ont reproché avec véhémence : tu as laissé entendre que tu te désolidarises du reste de la direction !
J’étais stupéfait et répliquai : pourquoi donc ? Je m’attendais à ce que vous me félicitiez et souteniez pour avoir rappelé les normes démocratiques que nous proclamons. Vous auriez du vous mêmes intervenir dans le même sens. Vous avez un avis différent ? Vous approuvez de telles méthodes ?

Rien ne pouvait les dissuader que mon appel à respecter la liberté d’expression des militants était dirigée contre eux. Les plus acharnés ne se rendaient pas compte qu’ils trahissaient ainsi leurs pensées inavouées.
C’était de leur part une façon implicite d’avouer qu’ils approuvaient ces méthodes, s’ils ne les avaient pas eux-mêmes inspirées.
J’eus ainsi confirmation de ce que les semaines précédentes avaient commencé à montrer.
Dans une situation politique du pays fortement instrumentalisée par les enjeux de pouvoir, le mode de pensée de certains s’était cristallisé et figé non seulement sur une conception antidémocratique de la vie du pays mais même sur la raison d’être de notre combat. Ils l’assumaient comme si elle devait devenir la norme naturelle et sacrée d’un parti comme le nôtre.
Il leur était insupportable que cette transgression de nos idéaux soit mise à nu et dénoncée à partir des faits.
La rupture était donc consommée, du moins à notre niveau, car comme on le verra, formellement et dans leur discours envers la base, les repentis de la démocratie révolutionnaire et de la démocratie tout court ne jetteront pas immédiatement le masque au grand jour.

 

DOUBLE LANGAGE, REPENTANCES ET … RÉCIDIVES

 

Je fus aussitôt écœuré par ce que je considérai comme une « hogra » envers des militants sincères en quête de réponses convaincantes à leurs interrogations. Je n’admettais pas que des militants soient considérés « sans opinion » et astreints à l’obéissance au doigt et à l’œil comme si le PAGS devait être un parti de « chefs » ou de « patrons ».
Ma décision fut prise sur le champ. « Je ne veux plus présider l’assemblée en cautionnant des actes comme ceux qui se sont produits. Si d’autres ont cette conception, qu’ils en prennent la responsabilité et l’assument ouvertement ! ».

Je ne me souviens plus qui, devant ma ferme décision, a proposé que (YY) prenne le relai ou si lui-même s’était proposé.
Depuis quelque temps en effet, une rivalité-complicité, une émulation dans la surenchère antidémocratique était apparue entre les quelques responsables qui voulaient se montrer têtes de file ou porte-paroles de la ligne d’une modernité à la carte pour le « salut du pays ». Ils rivalisaient de zèle autoritaire sous les regards passifs ou médusés d’autres membres de l’exécutif qui, même lorsqu’ils avaient leurs propres interrogations, les faisaient taire face à des évènements ou une logique supérieure qui paraissaient les dépasser et leur conseillait la prudence du ’ghir takhti rassi ».
Le responsable de la commission organique semblait séduit et convaincu par la tâche de mater les « rebelles » et les inconscients. Son comportement en général plutôt affable s’était transformé depuis juin, il montrait une hargne particulière envers quiconque « haouess yefhem bezaf » (cherche à trop comprendre). Je n’expose pas ici les ressorts sinueux de cette brusque métamorphose.

A la reprise de l’assemblée, encore sous l’effet de l’indignation, je suivais à peine les paroles du nouveau président de séance. Je apercevais sa silhouette dans la posture et les gestes du tribun intraitable qui veut montrer sa poigne à l’assistance pour obtenir sa soumission. Peu après, des mouvements d’humeur dans l’assemblée ont attiré mon attention puis de sourds grondements entrecoupés de cris ont enflé pour se transformer en une large huée de protestation qui a empli la salle. Le « redresseur » avait probablement outrepassé les bornes du respect et les présents lui renvoyaient la monnaie, indépendamment de leurs opinions sur le fond.

Je reconnus à (YY) l’art de l’esquive puis la souplesse de battre en retraite. Car quand il eût changé progressivement de ton et transformé son attitude arrogante en professions de foi rassurantes , le mécontentement alla en décroissant jusqu’à ce que des applaudissements viennent souligner que la leçon donnée par la salle semblait avoir été bien comprise par son destinataire.

L’avait-elle été vraiment ? J’ai su quand nous nous sommes retrouvés pour le bilan, qu’il s’agissait seulement de la part du groupe d’un repli tactique pour noyer le poisson et terminer l’assemblée par des généralités, sans débat réel ni conclusion.
Je me trouvai ainsi le soir face à un groupe aux convictions autoritaires bien arrêtées, qui ne cherchait même pas à s’interroger sur les conséquences de leurs propres comportements auprès des militants.
Préoccupés avant tout de déverser leur bile contre moi, ils me rendaient responsable du désaveu infligé à leurs méthodes. Ils s’étaient habitués à n’aborder les problèmes rencontrés qu’en termes de manipulations, ils étaient persuadés ou feignaient d’y croire, que j’avais moi-même fabriqué la réprobation qui s’était exprimée envers leurs actes. Affirmation plaisante, alors que j’étais étroitement « marqué » dans chacun de mes gestes et déplacements. J’aurais été heureux si j’avais pu entrer en contact avec la base et les cadres comme je l’aurais souhaité. J’en aurais appris beaucoup de choses que je n’ai su que les jours suivants ou des mois plus tard sur certaines des façons dont ils avaient manigancé l’assemblée.

Au cours de cette rencontre houleuse du soir, les leaders de la conspiration politique ne se sont pas avancés directement pour me reprocher mon manque de « solidarité ».
Ils ont mis en avant deux ou trois de leurs auxiliaires, certains pas très au courant de tous les tenants et aboutissants mais attachés à eux par des liens de différentes natures ou par un profil psychologique sur fond de naïveté ou d’horizons limités.
L’un d’eux, (ZZ), se disait peiné et s’étonnait, sur le registre de la plainte et presque larmoyant, que j’aie rompu en public la cohésion du cercle dirigeant, moi qu’il avait connu comme ayant toujours défendu le droit à l’expression démocratique et la transparence dans les rapports militants !
Incroyable mais vrai ! Je suis resté ébahi par cette salade conceptuelle inattendue.
Curieuse conception du respect démocratique des opinions militantes, qui réduisait ce respect à la complaisance et à la complicité envers les coups tordus perpétrés par des cercles dirigeants qui faisaient tout pour étouffer la voix et jusqu’aux pensées des militants.
« Démocratie » à deux vitesses ! Tout permis au « premier collège » des factions dirigeantes, mais bouche cousue, discipline aveugle et contraintes rigides pour les autres, la « piétaille » militante dont le mérite et l’abnégation se mesureraient à leur capacité de soumission sans une plainte.

Je croyais bien connaître (ZZ), ses élans généreux, son abnégation maintes fois prouvée, sa sensibilité humaine et sa curiosité intellectuelle, desservies néanmoins par la quête mécaniste d’absolus idéologiques ou de tutelles symboliques, à l’ombre d’un chef, un « patron », d’un directeur de conscience, d’une personnalité spirituelle ou culturelle faisant autorité. Une subjectivité frisant parfois la candeur et des ressorts intellectuels déroutants qui l’ont exposé maintes fois à des impairs et des déboires dans ses relations militantes ou humaines, dont il a décrit lui même quelques unes avec sincérité.
Mais cette fois, c’était le comble ! Sa « sortie » aux accents pathétique pour regretter ma prise de position m’a surpris, contrairement aux impairs dont il était coutumier le plus souvent en toute bonne foi . J’ai mieux compris à travers sa réaction les conceptions perverties et les dérèglements provoqués dans des milieux théoriquement marxisants mais environnés et débordés par les réflexes et les effluves idéologiques d’un nationalisme petit-bourgeois et les manigances des appareils d’Etat formés à la chasse aux courants démocratiques et sociaux conséquents.
Comme cela se déroula en Russie, la montée réactionnaire et la crise progressiste ont fait émerger des cercles élitistes, les uns sincères mais dévoyés et d’autres parfaitement conscients, qui ont chevauché abstraitement la « perestroïka » pour marier dans les faits la dérégulation économique libérale sauvage avec l’autoritarisme intérieur absolu et la dépendance servile ou consciemment assumée envers l’impérialisme US. N’a-t-on pas connu dans ce grand pays des leaders à la Eltsine, qui après avoir claironné un communisme « pur et dur », ont fini par faire tirer au canon sur le siège de la Douma dont la majorité des députés protestaient contre son ascension dictatoriale et anti-populaire et réclamaient le plein exercice de la souveraineté parlementaire ? Pas étonnant que ses quelques émules algériens, qui l’ont élevé au rang d’idole, ont été parmi les maîtres à penser et les initiateurs les plus conscients de l’entreprise de dislocation du PAGS. Les premiers à se désoler, au cours de Assemblée qui les avait désavoués, que les militants sincères protestent contre les assauts d’une caporalisation venant de l’intérieur après les décennies de caporalisation que le système de parti unique avait fait subir à la nation. Les premiers aussi à considérer la démocratie comme un luxe pour l’Algérie, tout comme le faisaient à l’autre pôle du champ politique ceux qui diabolisaient la démocratie comme « kofr », un acte d’hérésie et d’apostasie.

Paradoxal et surprenant en apparence fut, après cette assemblée, le comportement de (WW) qui joignit ses invectives (ce n’était pas la première fois) aux partisans du libéralisme et des futurs repentis du communisme, alors qu’il défendait avec ferveur et sincérité les vertus du communisme, non sans dogmatisme toutefois, qui dans ses fonctions ira en s’accentuant au fil des années. Il n’y a en fait pas de paradoxe : la vision foncièrement antidémocratique et bureaucratique de la situation traversée par le pays et le parti le mettait en cohérence avec la caution sans faille d’« ancien »( en pointe même dans certaines besognes) que je n’analyse pas ici, qu’il n’avait cessé d’apporter à l’entreprise de déstabilisation du PAGS depuis janvier 90 et qu’il maintiendra pendant deux ans, jusqu’à ce qu’ après la disparition du PAGS en 1992 il constatera les résultats de son alignement, sans pour autant amorcer le moindre signe d’autocritique pour le zèle aveugle qu’il avait déployé dans cette démolition.

Au total, l’assemblée d’août a marqué un tournant. Il restait à en tirer des leçons quant aux perspectives d’un « Congrès » qui s’annonçait sous des auspices fortement antidémocratiques.



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3 Reponses pour " Crise du PAGS : ASSEMBLÉE D’AOÛT 1990 : COMMENT ON ENTERRE UN DÉBAT AVANT DE L’OUVRIR "

  1. khaled dit :

    Je pense que le débat ouvert par l’auteur doit être élargi pour comprendre comment le pays est arrivé a cette situation terrible.

    Dans la continuité de l’article je reprends une partie de l’interview accordée par l’auteur du livre « l’envol de l’aigle vert » a AW.
    Interview qui rejoint dans le fond l’article de Mr Hadjres.
    —————————————————-
    A.L. : Beaucoup de cadres actuels, dans l’appareil d’État et les entreprises publiques, notamment ceux issus des avatars successifs du PAGS (le parti communiste de l’indépendance), ont été très imprégnés par la culture autoritaire du parti unique.

    Leur formation politique est fondée sur l’observance stricte de la ligne fixée par l’instance de direction.
    A l’origine, longtemps avant l’effondrement du socialisme bureaucratique, c’était une organisation rassurante et prestigieuse, une franc-maçonnerie de substitution. A la fin des années 1960 et au cours de la décennie suivante, phase d’expansion de ce courant, il suffisait de connaître un minimum de vulgate marxiste-léniniste pour avoir de bonnes chances d’être coopté dans l’« avant-garde » plus ou moins clandestine de la révolution.

    Animés des meilleures intentions sociales, sensibles au départ aux inégalités et à l’arbitraire, ce sont des cadres disciplinés, tout à fait prévisibles, habitués à épouser les sinuosités d’une ligne politique qui se décidait au-dessus d’eux et sur laquelle ils n’avaient guère de prise ou d’influence…

    Finalement, le centralisme « démocratique » et le fonctionnement hiérarchique vertical d’une armée ont beaucoup en commun…
    Nombre de cadres dirigeants – pas tous, il faut le souligner – de sensibilité prosoviétique ont toujours été subjugués par l’autorité et le pouvoir, en même temps qu’ils nourrissaient un complexe d’infériorité, une forme de culpabilité, en raison du rôle très secondaire du PCA dans la lutte de libération.

    Je pense d’ailleurs que l’appellation de « Pouvoir » — terme qui laisse transparaître une certaine crainte déférente — pour désigner le sommet de la dictature, trouve son origine dans ces milieux.

    Plutôt habilement, par un mélange subtil d’intimidation, de répression, de corruption et de tolérance « amicale », le régime a su « gérer » cette mouvance de gauche, notamment les étudiants des années 1970 qui forment le gros des cadres actuels, en favorisant l’entrisme et la récupération.

    Ces gens ont formé une partie non négligeable de la technostructure du système, les cadres techniques chargés des affaires courantes, de la gestion administrative, économique et des médias.

    Cette élite, au fil des promotions et des avantages acquis, s’est progressivement coupée de la population et des difficultés rencontrées par le plus grand nombre.

    Ainsi, à partir de la création du FIS en 1989, ses membres considéraient globalement la base du parti islamiste comme des cohortes de « gueux » — ce mot odieux, particulièrement déplacé dans le vocabulaire algérien, revenant couramment — ou de lumpen-prolétaires méprisables.

    Viscéralement antireligieuse, au nom d’une interprétation dogmatique de la lutte contre l’obscurantisme, cette élite a produit des milices, fourni l’habillage théorique, acceptant avec empressement le rôle d’alibi intellectuel de toutes les dérives, y compris les plus criminelles — ainsi l’institutionnalisation de la torture comme mode de gestion « ordinaire » de toute opposition.

    Souvenons-nous par exemple des thèses clairement fascistes du « Front de l’Algérie moderne », le sinistre FAM, qui justifiait au début des années 1990 la politique d’éradication…
    ——————————————————
    L’interview intégrale:
    http://www.algeria-watch.org/fr/aw/itv_lartane.html

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  2. En fait Mr. Sadek Hadjeres n’est pas plus crédible que ses adversaires qu’il prend à partie dans sa contribution. J’avais dénoncé son retournement de veste me concernant lorsqu’il a autorisé la publication sur son site d’un texte virulent me prenant à partie en s’appuyant sur des mensonges que dénonce maintenant Sadek Hadjeres. Mon droit de réponse n’a pas été publié sur le site de Sadek Hadjeres. Que sont devenus les principes démocratiques qu’il proclame dans sa contribution.
    Voilà mon texte :
    Qu’avez-vous fait de votre probité intellectuelle Mr. Sadek Hadjeres ?

    Une fois de plus, je suis pris à partie par des pagsistes staliniens cette fois-ci sous le couvert du site de Mr. Sadek Hadjeres :
    http://www.socialgerie.net/spip.php?article426
    Voir notamment la diatribe de A. Noureddine qui de bien entendu ne signe que de son prénom, alors qu’il s’adresse à quelqu’un, Abdelkrim Badjadja , qui signe tous ses écrits de son propre nom.
    Aux amalgames faciles sans arguments solides, s’ajoutent des mensonges honteux et des procès d’intention avec la bénédiction de Mr. Sadek Hadjeres. J’avais bien envoyé au site un texte en vertu du droit de réponse, mais apparemment la démocratie ne fait plus partie des pratiques de Mr. Hadjeres.
    Qu’avez-vous fait de votre probité intellectuelle Mr. Sadek Hadjeres ? J’avais une certaine admiration pour vous durant les années 1970, lorsque je lisais vos contributions sur les brochures du PAGS, notamment « Saout Echaâb ». Vos papiers étaient signés directement de votre nom complet, alors que vos collègues, moins connus, étaient obligés de recourir aux pseudonymes en guise de signature. J’étais alors sympathisant de votre parti, et j’avais apprécié vos analyses pertinentes, et surtout le ton modéré de vos propos, loin de tout radicalisme, et toujours avec le souci permanent d’apporter une critique positive et constructive à l’évolution de la société algérienne, alors même que vous étiez obligé de vivre dans la clandestinité. Je me rappelle notamment que vous aviez appelé à participer au vote lors des premières élections législatives du mois d’avril 1977. Je me souviens, à moins que ma mémoire ne me trahisse (mes archives ayant été saisies par la SM ), que pour chacune des wilaya vous avez recommandé de voter pour tel ou tel candidat parce que patriote en mesure d’apporter une contribution positive au nouveau parlement, alors même que tous les candidats étaient proposés par le FLN parti unique. Il en était ainsi pour Rabah Bitat, candidat à Bouira, dont vous aviez soutenu la candidature.
    J’avais rompu avec le PAGS en 1981, en raison de l’insistance de ce parti à ce que je passe du statut de simple sympathisant à celui de militant à part entière, en commençant notamment par trahir l’administration à laquelle j’appartenais en me faisant un agent clandestin au service du PAGS, au lieu d’être un fonctionnaire au service de l’état. Donc, je n’ai plus eu occasion de lire les brochures de votre parti depuis cette date.
    Lorsqu’en 2004-2005, j’avais entrepris la rédaction de mes mémoires d’archiviste, dont la période de mon arrestation et ma déportation au Sahara, j’avais cherché à entrer en contact avec vous parmi d’autres pour tenter d’avoir votre propre témoignage sur les évènements de Constantine de 1986, et notamment sur les manœuvres sournoises du PAGS à Constantine afin de m’enfoncer davantage en collaborant implicitement avec la sécurité militaire. Grâce à un ami commun, j’ai pu vous écrire le 27 février 2005, et vous faire part des manigances du PAGS. Ci-dessous pour rappel des extraits de nos correspondances, et s’il vous plait Mr. Hadjeres assumez vos écris et ne cherchez pas à nier une correspondance entretenue amicalement du 27 février 2005 au 4 juillet 2006. Je dispose encore de l’intégralité de vos lettres, n’oubliez pas que je suis archiviste et férocement adversaire de toute pratique de l’élimination des archives.

    Dim 27 février 2005, 14h 56min 47s
    témoignage sur les évènements de Constantine 1986…
    De : abdelkrimbadjadja
    À : sadek hadjeres

    (EXTRAIT DE LA LETTRE )
    Monsieur Sadek Hadjeres,
    Je vous remercie d’avoir accepté un échange de correspondances sur recommandation de notre ami commun. En fait, je n’ai nullement l’intention d’accaparer votre temps outre mesure, mais simplement de solliciter votre témoignage au sujet des accusations qui avaient été formulées à mon encontre par la sécurité militaire à la suite des évènements de Constantine 1986.

    Les faits: j’ai été un sympathisant du PAGS du mois de septembre 1972, soit à l’issue de la première campagne de volontariat pour la révolution agraire, jusqu’au mois d’août 1981, date à laquelle j’avais trouvé du travail hors de Constantine pour le militant qui avait été désigné depuis le début comme mon contact avec le PAGS. Cette offre de travail, qui impliquait un déménagement de ce militant hors de Constantine, n’avait pas été appréciée par ses responsables du PAGS, alors qu’il était au chômage depuis plusieurs années, suspendu par son employeur pour activités syndicales. Selon les dires de mon contact, bien entendu. J’ignore, et jusqu’à ce jour, si ce militant, qui n’avait pas lui non plus apprécié la réaction négative de ses supérieurs du PAGS, avait gardé ou non des relations avec son parti. Et déjà, ce n’est plus mon problème.
    Cela pour dire qu’au moment de mon arrestation par la sécurité militaire, le 22 novembre 1986, suite aux évènements de Constantine, je n’avais plus aucune relation de quelque nature que ce soit avec le PAGS, depuis déjà cinq années. N’ayant rien à voir non plus, ni de prés ni de loin, avec les évènements de Constantine, j’avais joué, naïvement, franc jeu avec la sécurité militaire en endossant ma part de responsabilité dans la découverte, en mon domicile, de tracts et publications du PAGS, mais aussi du PRS, de l’ORP, du MDRA, et autres organisations clandestines, répugnant par nature à la pratique de l’autodafé. Et de toute manière, les brochures les plus récentes, en l’occurrence celles du PAGS, dataient déjà de cinq années. De mon point de vue, je ne risquais pas grand-chose en reconnaissant détenir ces vieilles brochures clandestines, chez moi, parmi mes archives personnelles.
    Toutefois, j’avais été soumis à de fortes pressions, intimidations, et menaces de passer à la torture, pour livrer des informations sur les évènements de Constantine, et pour révéler au moins le nom de mon contact avec le PAGS, parce que selon la sécurité militaire certains documents n’étaient pas diffusés par voie postale comme je l’avais avancé, mais remis de main à main, ce qui était vrai. Même soumis à la torture, et si je devais craquer, je n’avais aucun élément d’information sur les évènements de Constantine, étant en mission à Alger au moment des troubles. Par contre, peut-être aurais-je fini par admettre que j’avais été un sympathisant du PAGS, ce qui ne me dérangeait pas dans la mesure où il s’agissait d’une ancienne relation, mais j’aurais été obligé de révéler les noms des deux seuls militants de ce parti que je connaissais: le premier rencontré lors du volontariat de la révolution agraire en août 1972, qui m’avait présenté le deuxième comme étant désormais mon contact. Et cette perspective de dénonciation me troublait au plus haut point: d’abord je me serais déconsidéré vis-à-vis de moi-même, ensuite j’aurais enfoncé deux citoyens qui certainement n’avaient rien à voir non plus avec les évènements de Constantine, enfin je me serais enfoncé moi-même « pour avoir reconnu mon appartenance à l’organisation accusée d’avoir provoqué l’insurrection de Constantine ». Parce que je me dois de vous préciser que dans le P.V. d’interrogatoire, que j’avais refusé de signer, j’étais accusé de « participation à mouvement insurrectionnel », rien que ça! La menace de torture brandie à maintes reprises n’ayant pas été exécutée, j’ai gardé ces deux noms cachés au fond de moi-même pendant…18 ans, alors que, vous le savez mieux que moi, le FLN durant la Révolution demandait à ces militants de tenir 24 heures!
    Ceci pour vous dire que j’avais été déçu que, lors d’un bref séjour à Paris, le nom de mon contact m’ait été révélé par un chercheur, qui le tenait d’une autre personne, sans que ni l’un ni l’autre n’ait été soumis à une pression quelconque. Cette révélation se voulant une confirmation de mon appartenance active au PAGS au moment de mon arrestation. D’autres signes de cette implication, voulue mais fausse, n’avaient cessé de me perturber, à commencer par ma déportation à Bordj Omar Driss. Mes compagnons de détention, ceux de Constantine et Annaba du moins, qui étaient effectivement des militants du PAGS, m’avaient affublé de deux casquettes:
    1- celle de militant, voire de « responsable important » du PAGS, étiquette à laquelle ils ne croyaient pas bien entendu, mais qu’ils servaient volontiers aux visiteurs du nord, aux agents de la sécurité chargés de nous garder, et autres assignés à résidence, groupe de Tizi Ouzou, groupe des benbellistes;
    2- celle de taupe de la sécurité militaire, dont ils étaient convaincus, en tenant des conciliabules en aparté, à l’issue desquels ils déléguaient l’un de leurs militants pour « bavarder » avec moi, en me révélant sous le sceau du secret des « informations », que la taupe que je devais être était chargée de livrer à la sécurité militaire…Plus débile que ça, tu meurs!
    Pendant ce temps, à Constantine, l’étiquette préfabriquée de « responsable du PAGS », était diffusée de manière concomitante à l’opinion publique, aussi bien par la sécurité militaire, qui avait été créée sur le cadavre de Abane Ramdane pour ce type de magouilles, que par les militants du PAGS, sincères ou non, informés ou non de la réalité des faits. Et pour enfoncer le clou, il avait été enfreint sciemment aux règles minimum de sécurité qui régissent habituellement le comportement des militants d’un parti clandestin: dans le monde entier, les militants d’un parti clandestin évitent comme la peste le domicile d’un suspect arrêté, quelque soit la véracité des motifs de son arrestation; à Constantine, une militante active du PAGS, déjà fichée comme telle, arrêtée puis relâchée, n’avait cessé de s’exhiber devant mon domicile, rendant visite à mon épouse qui ne lui avait rien demandé. Mon domicile, comme celui de n’importe quel suspect arrêté, faisait certainement l’objet d’une surveillance constante par la sécurité militaire, laquelle notait ces allées et venues comme autant de preuves de mon appartenance au PAGS, et merci pour la coopération contre nature PAGS-Sécurité Militaire!….

    Voir mon témoignage complet sur ce site de LQA :
    Témoignage d’un ex-militant : Alliance contre nature Sécurité Militaire – PAGS
    Abdelkrim Badjadja Questionnements autour d’une arrestation… Alliance contre nature Sécurité Militaire – PAGS Pour enfoncer un citoyen qui refuse toute allégeance
    http://lequotidienalgerie.org/?s=badjadja+et+t%C3%A9moignage

    Réponse de Mr. Sadek Hadejres datée du 2 mars 2005 :
    Mer 2 mars 2005, 23h 36min 05s
    RE: témoignage sur les évènements de Constantine 1986…
    De : sadek hadjeres
    À : badjadja99@yahoo.fr

    (EXTRAIT DE LA LETTRE )

    Bonjour Mr Abdelkrim Badjadja ,
    Le problème tel que vous me l’avez exposé m’a touché et ému tant au plan humain que politique. Il ne m’a pas surpris non plus, car malheureusement, sous diverses formes, de nombreux militants et sympathisants, hommes et femmes ont eu à connaître des épreuves similaires quant au fond. J’en apprends au fur et à mesure des rencontres avec d’anciens amis, que la courte période de légalité « pluraliste » ne nous a pas permis de recenser et analyser. Je dirais même qu’une des raisons des machinations baptisées « complots scientifiques » qui ont abouti à l’implosion du PAGS a été d’éviter que soient dévoilés et démasqués les coups tordus dont ont été victimes des camarades honnêtes et leurs activités porteuses dans tous les domaines.
    En fait, votre cas m’incite à entreprendre avec le concours d’autres amis un retour plus systématique sur ce genre d’affaires, que nous nous sommes contentés surtout de constater plutôt que de les élucider et analyser. Ce ne sera pas facile vu la dispersion et les contraintes des amis susceptibles d’y contribuer. Mais c’est une chose utile et nécessaire à bien des égards….

    Dernière lettre reçue de Mr. Sadek pour me notifier son acceptation de la publication de notre échange de correspondance 2005-2006.

    Athènes, le 4 juillet 06
    Cher Mr Badjadja
    Je réponds avec un retard énorme à votre courrier de mars dernier et vous prie de m’en excuser. Je voulais à Paris, où j’étais depuis la mi-mai dernier, retrouver deux fichiers de nos échanges précédents et j’ai eu la mauvaise surprise de ne pas les retrouver, vu un changement d’ordinateur entre-temps. Au lieu de vouloir, par scrupule, trop bien faire, j’aurais dû tout simplement vous confirmer aussitôt mon accord pour publier nos échanges depuis 2005, quitte à apporter ultérieurement sur le même blog ou autrement, des compléments et précisions à ceux de vos lecteurs que ça intéresse.
    A ce propos, pourriez-vous me repréciser les références du blog sur lequel vous publiez, car je ne les avais pas conservées et n’ai pas su les retrouver pour en poursuivre la lecture à partir du n° 36
    Que je vous dise que j’ai apprécié le témoignage humain que vous apportez, d’autant qu’il est agrémenté d’une pointe d’humour et de distanciation envers les mauvais souvenirs que les épreuves vous ont laissé. J’y ai appris aussi le nom d’un de ceux qui ont contribué volontairement ou non à vous « enfoncer » aux yeux des services policiers, ainsi que d’autres détails qui ne seront pas inutiles en les recoupant avec d’autres pour une meilleure vision de cet épisode et d’autres similaires, à l’occasion d’investigations et appels à témoins ultérieurs…
    Je vous remercie donc de la contribution qu’apporte votre témoignage à des éclairages qui en se multipliant, s’avéreront bénéfiques au travail de la société algérienne sur elle-même, ainsi qu’à l’émergence d’un champ politique de progrès où prédomineront les valeurs démocratiques et d’engagement sincère. C’est avec plaisir que je poursuivrai les échanges d’opinion ou de faits avec vous, au fur et à mesure qu’ils s’en présentera de nouveaux.
    Avec ma considération et encore une fois mes excuses d’avoir tardé. S’il vous plaît, rappelez moi aussi les coordonnées de votre blog dans « Le Monde »
    Sadek Hadjeres

    Tout à coup changement de ton et de cap le 2 juin 2007 :

    Dans l’interview accordée par Mr Sadek Hadjeres au journal « Le Soir d’Algérie », du samedi 2 juin 2007, je relève le passage suivant qui m’interpelle directement, page 9, première colonne :
    « Telles furent les grandes manifestations de Constantine en 1986. Rien à voir avec le drôle de récit d’une victime malgré elle de ces évènements, qui dans un blog du journal français Le Monde n’avait comme leitmotiv qu’un plaidoyer voulant convaincre (qui donc ?) que : « Ana khatini el’Pags !* ». *Traduction : « Je n’ai rien à voir avec le PAGS ! ».

    Que s’est-il passé pour que Mr. Sadek Hadjeres en vienne à renier notre échange de correspondances au sujet des agissements sournois du PAGS, dont il avait été victime lui-même, puisqu’il avait été évincé de la direction du nouveau parti. Je cite ses propres termes : « machinations baptisées « complots scientifiques » qui ont abouti à l’implosion du PAGS ».
    Est-ce le décès survenu le 2 août 2005 de son adversaire Hachemi Cherif, auteur des complots scientifiques ? Ou un désir de se rapprocher de ses anciens camarades, et pour cela il lui fallait renier ses correspondances avec Badjadja ? Si c’est de cela qu’il s’agissait, pourquoi n’était-il pas intervenu directement sur mon blog dès la publication de ses lettres en 2006 ? Pourquoi attendre juin 2007 ? C’est à lui de répondre s’il le veut bien, mais force est de constater que nous sommes bien loin de toute probité et rigueur intellectuelles.
    Je lui ai apporté une réponse le 4 juin 2007, réponse non publiée par le journal « démocrate » Le Soir d’Algérie : « …faire remarquer à Mr Sadek Hadjeres que mon blog n’est nullement consacré au « PAGS », loin s’en faut, à peine quelques pages parmi les 573 pages publiées, et que c’est verser dans la caricature facile que de présenter mes travaux comme « leitmotiv ana khatini el Pags ».
    Alors Mr. Sadek Hadjeres, qu’avez-vous fait de votre rigueur intellectuelle pour en venir à vous renier jusqu’à ouvrir votre site à des insanités indignes de votre long parcours de militant intègre ?

    Maintenant, je reprends point par point les textes publiés dans le site de Mr. Hadjeres.

    1- D’abord le titre : « ALGERIE : L’ANTICOMMUNISME COMME HABILLAGE HONTEUX DE VULGAIRES ARRIVISMES. »
    Où voyez-vous qu’il y a une attaque quelconque contre l’idéologie communiste ? Citez-moi une seule phrase, voire un seul mot où je prends pour cible cette idéologie ! A moins que vous ne considériez la dénonciation des manoeuvres honteuses des responsables du PAGS à Constantine suite à mon arrestation comme une atteinte à votre idéologie ? Et si je disais que Mr. Saïd Sadi est un non démocrate qui phagocyte son parti le RCD depuis 22 ans, cela signifiera-t-il automatiquement une attaque en règle de la question identitaire Amazigh ? Et si je présentais Ait Ahmed comme un non-démocrate lui aussi, qui est toujours à la tête de son parti le FFS depuis 48 ans, excluant systématiquement quiconque oserait contester son autorité qui s’exerce depuis Genève, cela sera-t-il interprété comme une attaque du Socialisme, et pire comme une insulte à la Kabylie ? Et si je reprochais à Louisa Hanoune son opportunisme, est-ce une remise en cause des revendications légitimes des travailleurs ? Et si je disais du parti de FLN et de son clone Taiwan le RND, que la plupart de leurs militants sont des khobzistes beni oui oui, est-ce que je vise par là la glorieuse Révolution armée dont ils cherchent à tirer des profits matériels ?
    Où est la probité intellectuelle ? Où est même la simple logique ?

    2- « Le lecteur se fera aisément son opinion : l’intéressé se proclame vierge d’allégeance politique ou s’en invente une nouvelle à chaque fois que la situation nationale, régionale ou internationale risque de compromettre son curriculum et ses ambitions de carrière. »
    De quelle ambition de carrière parlez-vous ? Je suis Archiviste depuis 37 ans maintenant. J’ai été évincé des Archives Nationales d’Algérie en mars 2001, après une carrière professionnelle de 27 ans. Toutes les portes m’avaient été fermées en Algérie, même celle du consulting dans les Archives. Je n’ai trouvé pour issue que les Emirats Arabes Unis qui m’avaient ouvert en 2002 les portes fermées en Algérie en 2001.
    Dans la même diatribe, l’auteur écrit : « il publie des textes pour dire qu’il n’a jamais été pagsiste. On le « comprend » quand il s’était installé dans les pays du Golfe, il n’avait pas intérêt à être ne serait-ce que rose ! »
    Alors là aussi, où est la rigueur ? Je compte 120 publications en arabe et en français, toutes consacrées à l’Archivistique et à l’histoire. Voir la liste sur mon site : http://badjadja.e-monsite.com/

    Un seul texte traite du PAGS, alors s’il vous plait arrêter de caricaturer ! Quant à la couleur rose, vous vous faites des illusions : Aux Emirats contrairement à l’Algérie, on ne juge pas la valeur d’un homme à travers ses opinions ou idéologie fut-elle rose, rouge ou verte, mais en fonction de sa capacité à régler les questions professionnelles sur le terrain, en fonction de la plus value qu’il apporte à l’institution dans les domaines scientifiques et techniques. Point final ! Les seules références qui les ont intéressés en ce qui me concerne, ce sont mes 120 publications et mon expérience professionnelle de 27 ans sur le terrain des archives. Rien d’autre. Ils n’ont probablement jamais entendu parler de vous. Arrêtez de vous donner plus d’importance que vous n’en avez, alors qu’en Algérie même vous n’êtes au mieux que des nostalgiques de la période stalinienne pesant d’un poids insignifiant, d’où votre rejet des élections quelles qu’elles soient qui risqueraient de vous mettre à nue, d’où aussi votre politique de l’entrisme cherchant à surfer sur n’importe quelle vague porteuse à défaut d’en susciter vous-même.

    3- « Le PAGS (Parti de l’avant-garde socialiste) a été traîtreusement dissous il y a près de 20 ans ! »
    Alors là, vous conviendrez avec moi que si vos chamailleries, qui en fait n’intéressent personne hors de votre cercle, ont engendré la dissolution de votre parti, je n’y suis pour rien !

    4- « L’auteur ‘courageux’ de la diatribe voulait signer son attaque sous un pseudonyme : « Ramdani Belaid », malheureusement pour lui, (est-ce le fait du hasard ou la manigance d’un pagsiste toujours vivant ?) le nom de l’auteur réel est apparu à coté du pseudonyme, il s’agit de « Badjadja Abdelkrim, consultant en archivistique ». »
    Absence de rigueur toujours de la part de quelqu’un qui signe avec un simple prénom pour me reprocher à moi de chercher à me cacher derrière un pseudonyme. En réalité, je publie régulièrement sur mon site les textes d’autres auteurs, en prenant à chaque fois le soin de faire suivre les textes par l’identité ou le pseudonyme de leurs auteurs. Et si je rajoute ma propre signature en bas de page, c’est juste pour certifier que je suis le responsable de l’envoi, pas l’auteur. Il en a été ainsi pour les envois des auteurs tels mon ancien professeur et toujours ami Gilbert Meynier, à qui j’ai réservé une rubrique entière, tels aussi les textes reçus de Boudjema Meziane, et Yacine Temlali. Comme je sélectionne de temps à autre sur Internet des contributions dont je partage tout à fait le bien fondé, par exemple Djamel Labidi et Othmane Saâdi sur l’arabité de l’Algérie. Il va de soi que je partage tout à fait la caricature du pagsiste qui a engendré le courroux des staliniens. Il est vrai toutefois que je n’aurais dû la publier que sous le véritable nom de son auteur. Cette omission a fait écrire à des débiles mentaux, couverts par Sadek Hadjeres, que je cherchais à cacher ma paternité du dit-texte dont l’auteur est bien «pseudo : Ramdani Belaid». Mais enfin pourquoi voulez-vous que je cache mon nom sous un pseudo quelconque lorsqu’il s’agit du PAGS, et que je signe de mon nom complet les contributions stigmatisant le DRS que je présente comme étant une organisation criminelle contre l’Humanité ? Est-ce à dire que j’aurais plus à craindre des pagsistes que du DRS ? Plus débile que ça tu meures !

    5- « Effectivement, ce personnage n’a jamais été militant du PAGS, mais pour son malheur, il s’était rapproché de ce parti à Constantine, pour faire comme beaucoup d’intellectuels arrivistes, s’en servir comme tremplin … »
    Alors là, vous m’en bouchez un coin : j’ignorais que le PAGS pouvait servir comme tremplin, mais je ne sais pour quelle carrière, au sein de votre parti peut-être ? Jusque-là je pensais, et je pense toujours que ma carrière dépendait de la qualité et du nombre de mes publications, celle spécifique au PAGS ne pouvant en aucun cas être retenue pour une appréciation scientifique quelconque. En fait, vous ne savez même pas de quoi vous parlez obnubilé que vous êtes par vos fantasmes contre Badjadja, cela avec la bénédiction de Mr. Sadek Hadjeres qui a abandonné ce faisant toute rigueur intellectuelle.

    6- « Mais pour son malheur, encore une fois, à cause d’une écoute téléphonique, il est ramassé, dans les années 80, dans une répression féroce qui frappe les militants du PAGS à Constantine.
    Pour son malheur, cette arrestation lui fait rater une promotion rêvée par lui : être à la tête des archives à l’échelle nationale. »
    Pour votre information, sachez que mon nom avait déjà été évoqué pour le poste de directeur des archives nationales dès le mois de novembre 1977 pour remplacer à ce poste Mr. Redouane Ainad Tabet, l’intéressé pourra vous lui confirmer si besoin est, je ne comptais alors que trois années d’expérience. Puis en mai 1986, j’ai été chargé officiellement du suivi du chantier du Centre des archives nationales aux cotés de feu Abderrahmane Bouchama Architecte en chef, et j’avais été chargé dans le même temps de préparer l’organigramme, le budget, et les aspects opérationnels de l’ouverture du CAN en 1987, cela en attendant ma nomination comme directeur des archives nationales. Mr. Ahmed Noui, actuel SGG, à l’époque SG du ministère de la culture, ainsi que Mr Mohamed Touili à l’époque DG du CNEH, pourront vous le confirmer.
    Maintenant votre affirmation me laisse perplexe : « Pour son malheur, cette arrestation lui fait rater une promotion rêvée par lui : être à la tête des archives à l’échelle nationale ». Cela à l’air de vous réjouir ! Le PAGS aurait-il manœuvré lors de mon arrestation en novembre 1986 pour faire justement capoter une décision prise en mai 1986 pour ma nomination comme directeur des archives nationales ?

    7- « Pendant les jours noirs passés dans les locaux de la police, les militants communistes soumis aux pires tortures ont malgré tout porté à bout de bras Badjadja pour ne pas le laisser s’effondrer comme ‘une poule mouillée’. Ils ont fait leur devoir. »
    Questions à l’auteur de cette affirmation : Comment avez-vous eu cette information ? Etiez-vous officier de la sécurité militaire à l’époque ?
    Seuls les agents de la sécurité militaire connaissaient l’identité des détenus qui étaient placés sous le régime du secret, et dans l’isolement total. En ce qui me concerne, j’ignorais totalement qui se trouvaient dans les locaux de la sécurité militaire.
    Vous affirmez sans citer vos sources : « …porté à bout de bras Badjadja pour ne pas le laisser s’effondrer comme ‘une poule mouillée’ ». Cela n’aurait pu se produire que si nous étions ensemble dans la même cellule, ou au moins si nous avions pu entrer en contact à travers les barreaux des cellules individuelles. Posez la question à mes compagnons de détention : Ali Kechid, Hachemi Zertal, de Constantine, et Nefoussi Mourad, Aliat Hamadi, et Mohamed Boukhari de Annaba. Nous ne nous sommes vus pour la première fois que le 3 décembre 1986 dans l’après midi, après 12 jours d’isolement en ce qui me concerne, lorsqu’on nous a embarqués menottés dans un fourgon pour un long voyage vers le sud du pays. Etant donné l’isolement total, seuls les agents de la sécurité militaire pouvaient témoigner de qui a tenu le coup, et qui s’était effondré. Alors si vous étiez un agent de la sécurité militaire, identifiez-vous pour apporter votre témoignage, sinon taisez-vous, vous êtes en train de vous ridiculiser. Tous ceux qui sont passés entre les mains de la sécurité militaire pourrons vous le confirmer : l’isolement total est la règle justement pour parvenir à casser la résistance des détenus.
    Si comme vous le prétendez j’allais m’effondrer, alors que j’étais seul dans ma cellule, et seule la sécurité militaire pouvait juger de mon moral, pourquoi alors n’aurais-je pas dénoncé les deux militants du PAGS avec lesquels j’avais été en contact : Il s’agit de Abdelhalim Aissaoui et Abdelmadjid Amirèche, enseignants à l’université de Constantine. Posez leur la question à eux aussi : ont-ils été arrêtés, ou inquiétés par la sécurité militaire ? Et plus largement, posez la question à tous vos contacts dans le milieu universitaire de Constantine : Quelqu’un a-t-il été arrêté après le 22 novembre 1986, jour de mon enlèvement ? En tenant le coup face à la sécurité militaire, en ne donnant pas les noms de ces deux militants, j’ai évité au PAGS l’effondrement par effet de la théorie des dominos, voilà la vérité, espèce d’ingrats !
    Dois-je regretter aujourd’hui de ne pas avoir donné ces deux noms, afin d’être libéré et sauver ma carrière ? Non, je ne le regrette pas, même si j’ai découvert depuis peu les trahisons de certains responsables du PAGS. Savez pourquoi MM. Hadjeres et consorts ? Pour une seule raison : Pouvoir continuer à me regarder dans une glace sans avoir honte de moi-même ! Pour avoir protégé vos militants, j’ai sacrifié ma famille qui pourtant vaut mieux et plus que vous tous, même si vous êtes des milliers.

    En guise de Conclusion :
    Pour ce qui est de votre affirmation « Ils ont fait leur devoir », je vous invite à méditer sur « la solidarité » exprimé par vos camarades pagsistes lors de ma grève de la faim entamée à Bordj Omar Driss le 20 mars :
    « Le coup de grâce me fut porté lors d’une grève unilatérale de la faim que j’avais engagée le 20 mars 1987, sans déclaration préalable ni aux autorités militaires chargées de nous surveiller, ni à mes compagnons de détention. En fait, deux mois auparavant j’avais déjà annoncé à mes codétenus que j’engagerai une action le 20 mars 1987, sans préciser laquelle, si je n’étais pas libéré d’ici là. Ils avaient voulu en savoir plus, je m’y suis refusé. Le 21 mars 1987, deuxième jour de ma grève de la faim, tout le monde sut que j’avais engagé l’action annoncée, et au lieu d’une solidarité quelconque je dus subir les récriminations des « pagsistes ».
    Les plus virulents furent Mohamed Boukhari et Hachemi Zertal. Ils me harcelèrent sans relâche pour me reprocher cette action somme toute désespérée pour tout détenu profondément convaincu de son innocence. A la fin, ils finirent par me déclarer avec un regard impitoyable : « Ecoute Abdelkrim, nous voudrions que tu saches clairement que si jamais tu devais mourir à la suite de ta grève de la faim, nous ne verserons pas une larme sur toi. Nous nous en foutons éperdument. La seule chose qui nous inquiète c’est l’opinion que se feront de nous les gens du nord s’ils apprenaient que tu avais fait une grève de la faim seul, et que tu en es mort ! ».
    Le seul codétenu qui tenta de me conseiller utilement, sans pour autant approuver mon action, fut Mokrane Ait-Larbi de la ligue des droits de l’homme initiée par Ali Yahia Abdennour, incarcéré à la même époque à Ouargla pour raison de santé : « Ecoute Abdelkrim, je ne veux pas interférer dans ta décision, c’est ta responsabilité. Mais je te demande si tu as bien réfléchi aux limites que tu fixes à ta grève de la faim : une semaine, un mois, jusqu’à l’épuisement, l’hospitalisation, le coma, ou même jusqu’à la mort ? De plus as-tu informé au préalable les autorités de ton intention, de tes revendications, en leur fixant un délai avant d’engager ton action ? Réfléchis sérieusement à ces questions, et en attendant arrête de t’agiter et de polémiquer avec les autres, économise tes forces au lieu de déployer des efforts dans des discussions inutiles, bouge le moins possible, organise-toi… ».
    Je suivis le conseil de Mokrane : j’avais interrompu la grève de la faim au troisième jour, soit le 22 mars 1987 au matin, puis adressé une déclaration aux autorités militaires, les informant de cette action préliminaire en guise d’avertissement, et fixé un délai d’une semaine avant de reprendre mon action.
    Ma revendication ? Ni libération, ni grâce, mais une réunion en présence de Medjdoub Lakhal Ayat, directeur central de la sécurité militaire, du Colonel Nouredine Benkortebi, chef du département des moyens à la présidence de la république, Ahmed Noui, secrétaire général du ministère de la culture et du tourisme, Hamid Sidi Said, wali de Constantine, Mohamed Touili, directeur du CNEH. Dans quel but ? Ni grâce, ni libération, mais une confrontation afin de connaître les motifs réels de mon arrestation et de ma déportation.
    Voilà la vérité sur le PAGS, telle que je l’ai subie.
    Abdelkrim Badjadja

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  3. bakou dit :

    Bonjour,
    pour ne pas polémiquer, la crise du PAGS avait comme source,les préparatifs du 20 avril 1985 qui avait crée un conflits de taille entre la famille estudiantine du CUTO et la Famille des Travailleurs..
    Je ne sais pas si Mr Hadjres était au courant mais Le Défunt El Hachemi Chérif (Allah Irrahmou) était au courant puisqu`il avait essayé d`apaiser les tensions et je pense que peu de gens savent comment il s`est déroulé le Gala du 20 avril 1985.. des chanteurs vivants étaient témoins sauf Matoub Lounes ALLAH IRRAHMOU…
    Basta,Enough
    Salutations

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