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«En Algérie, on ne peut pas faire d’affaires sans graisser la patte»

32095_1386064905278_1641709808_882989_905819_nCLAUDIO GATTI. JOURNALISTE ITALIEN AU IL SOLE 24 ORE

«En Algérie, on ne peut pas faire d’affaires sans graisser la patte»

El Watan, 4 mars 2013

Claudio Gatti, 57 ans, est l’un des rares véritables journalistes d’investigation italiens. Bien avant que les juges milanais ne parlent avec les chroniqueurs judiciaires italiens, Gatti en savait long sur l’affaire Saipem-Sonatrach.

A partir de son bureau de New York, il a publié les dessous de ce scandale. Correspondant aux USA du très influent quotidien économique italien, Il Sole 24 Ore, il écrit également pour plusieurs journaux américains, comme le New York Times. Il a été le premier journaliste à faire éclater sur le Financial Times le scandale de «Oil for Food», en Irak. En 2003, il a reçu le prestigieux prix journalistique italien Saint Vincent et en 2005 la distinction Premiolino.

- Vous n’avez pas attendu les divulgations de la magistrature italienne pour enquêter sur l’affaire ENI-Saipem-Sonatrach. A partir de quels éléments êtes-vous parti ?

Je m’occupe, depuis des années, de corruption internationale, en particulier de celle qui touche deux secteurs considérés par les experts comme étant les plus à risque : la défense et l’énergie. J’ai commencé à travailler sur cette affaire dès 2010, car mes sources au sein du groupe ENI m’avaient averti que l’enquête ouverte en Algérie allait s’étendre à Saipem, société d’engineering de l’ENI. J’ai consulté d’abord les articles publiés par la presse algérienne, ensuite j’ai «activé» toutes mes sources dans le milieu énergétique et plus particulièrement dans le groupe ENI. Très vite, j’ai eu la confirmation que Saipem était impliquée dans ce scandale. J’ai d’abord découvert que le représentant de Saipem en Algérie, Tullio Orsi, avait été rappelé d’urgence en Italie. Ensuite, j’ai su que l’homme qui avait géré les relations avec les Algériens était Pietro Varone. J’étais déjà à une étape cruciale de mon enquête parce qu’après une vérification à la Chambre de commerce sur le patrimoine de Varone, j’ai eu la preuve de l’existence de liens avérés entre Varone et Bedjaoui. Les deux étaient, en effet, associés dans la société agricole vinicole Ager Falernus Srl.

 

- Est-il concevable que les corrupteurs de Saipem aient agi sans l’aval des dirigeants d’ENI ?

Je peux seulement avancer ce qui est certain, car prouvé par des documents. Primo : Varone a présenté au conseil d’administration sa proposition de signer un contrat d’agence pour le business algérien de Snamprogetti (société qui a ensuite été incorporée par Saipem) avec Pearl Partners Ltd, une société qui n’avait ni expérience, ni personnel, ni bureaux, ni représentation en Algérie. Secundo : le conseil a approuvé le contrat, signé par la suite par Varone. Tertio : Pearl Partners n’a fourni aucun service concret à Saipem, mais a reçu des commissions pour presque 200 millions d’euros. Quatro : chaque année, dans le bilan de Saipem, figurait le chapitre «Coûts d’intermédiation» dans lequel étaient reportés les montants des commissions d’agence payées à Pearl Partners (qui n’était pas citée nommément). Quinto : ces coûts d’intermédiation, qui étaient de 17 millions en 2005, ensuite de 26 en 2006, sont montés jusqu’à 155 millions en 2008. Donc ils ont été multipliés par huit. J’espère que les dirigeants de Saipem ont noté cette extraordinaire hausse et ont demandé des explications. Sexto : les mêmes, identiques, coûts d’intermédiation ont figuré, d’année en année, dans les bilans de l’ENI. Avec les mêmes identiques variations et donc les mêmes énormes augmentations.
ENI a adhéré au pacte onusien anticorruption «Global Compact», ce scandale montre toutefois que cet engagement n’a pas été tenu…
Je suis un journaliste d’investigation, pas éditorialiste. Je me limite à rapporter les faits. Et les faits nous montrent que 200 millions d’euros ont été payés officiellement à une société-écran de Hong Kong pour fournir des services inexistants.

 

- Comment vos sources décrivent-elles Farid Bedjaoui ?

Comme étant l’homme-clé grâce auquel des fonds secrets étaient transférés. On m’a également affirmé que grâce à cette activité, il est devenu richissime. Sa résidence à Paris m’a été décrite comme étant «pharaonique». Il semblerait qu’il collectionne, entre autres, des œuvres d’art très précieuses d’artistes de la dimension de Picasso.

 

- Précisément, quel rôle a-t-il eu dans l’affaire Saipem-Sonatrach ?

A ma connaissance, le rôle de Farid Bedjaoui va au-delà de l’affaire Saipem. Il avait créé une toile d’araignée de sociétés-écrans comme Pearls Partners, qui recevaient des paiements de diverses multinationales pour des services en apparence inexistants. Je sais également qu’il a joué un rôle important dans un système de «financement» d’individus algériens par des sociétés internationales, parallèle à celui des sociétés-écrans. J’entends le système de prestations de services, de sous-traitance surfacturés que de grandes sociétés étrangères utilisaient pour transférer des fonds à des Algériens, mais aussi pour créer des «rétrocessions» pour leur propre avantage.

 

- Pouvez-vous nous éclairer davantage sur ce point ?

J’ai appris que des caisses noires ont été créées à travers la surfacturation de services payés par Saipem à des fournisseurs algériens. Ces fonds secrets ont servi, d’une part, à payer des fonctionnaires publics et des responsables politiques algériens, d’autre part, ils ont été illicitement reversés aux dirigeants de Saipem qui avaient autorisé l’émission de factures portant des coûts gonflés. Ceci est du moins l’une des hypothèses formulées et qui est, je présume, actuellement examinée par les enquêteurs.

 

- Combien d’argent les intermédiaires algériens ont-ils empoché ?

Il a été établi, jusque-là, que Saipem a payé des «commissions» d’agence à partir de la société mère en Italie et de ses filiales française et portugaise pour un total de 197 millions d’euros. Outre l’argent versé par le groupe canadien SNC-Lavalin… Mais, comme je l’ai déjà souligné, j’estime que les capitaux versés sont beaucoup plus importants, mais qu’on n’a pas encore pu les intercepter.

 

- Les Américains n’ont pas encore demandé une commission rogatoire à l’Italie ?

Je sais que la division criminelle du département de la justice de Washington (DOJ) est au courant de ce scandale, mais il n’a pas encore présenté de commission rogatoire aux autorités italiennes ou suisses. Mais j’estime que cela ne saurait tarder car ENI et Saipem ont déjà fait l’objet d’enquêtes pour corruption au Nigeria, aussi bien par le DOJ que par le SEC (Securities & Exchange Commission), l’autorité américaine de vigilance sur les marchés. En juillet 2010, ils ont été condamnés à payer une amende de 365 millions de dollars.

 

- A quelles nouvelles révélations peut-on s’attendre ?

Il y a encore beaucoup de zones d’ombre. Par exemple, on ne sait pas encore qui, en Algérie et en Europe, a bénéficié des pots-de-vin. J’estime par ailleurs que Saipem et Lavalin n’ont pas été les seuls à avoir payé des intermédiaires. Je suis sûr qu’il y a d’autres sociétés internationales qui ont utilisé le même système en Algérie. Si vous me le permettez, je voudrais faire cette observation importante : certaines de mes sources dans le secteur énergétique m’ont affirmé qu’en Algérie, comme dans d’autres pays, on ne peut faire autrement : «Si on veut y faire des affaires, il faut payer des pots-de-vin.» Selon cette philosophie – et c’est ce que l’ex-Premier ministre, Silvio Berlusconi, a déclaré dans une interview télévisée – «dans certains pays, les pots-de-vin font partie des frais de la transaction». Cette opinion est plutôt diffuse en Italie, mais moi je la rejette fermement. Si en Italie aucune personne honnête n’acceptera que quelqu’un mène ses affaires à coups d’«enveloppes», alimentant de la sorte la corruption de la classe politique ou le management public italien, je ne comprends pas pourquoi les Italiens se sentiraient autorisés à faire cela à l’étranger.

 

- Vous, par contre, vous n’avez jamais été condamné malgré les dizaines de procès pour diffamation qu’on vous a intentés, pour les enquêtes publiées à travers vos articles ou dans vos livres. Vous avez soudoyé les juges ?

(Rire). Les personnes, institutions, sociétés… que j’ai critiquées dans mes écrits m’ont réclamé, en tout, autour de 160 millions d’euros de dommages et intérêts. Heureusement, je n’ai jamais été condamné… J’ai un très bon avocat (rire)…
Au fait, si un journaliste observe les règles simples de professionnalisme et de rigueur, il peut publier tranquillement ses «scoops» sans craindre qu’on l’accuse de diffamation. Ce matin, j’ai reçu un avis judiciaire pour une nouvelle plainte me concernant, je ne sais même pas qui me l’a intentée. Par ailleurs, mon avocat m’a appris, hier, que nous avons gagné le procès contre l’ancien gouverneur de la Campanie (Naples), Antonio Bassolino, qui m’avait poursuivi pour diffamation.

Nacéra Benali



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7 Reponses pour " «En Algérie, on ne peut pas faire d’affaires sans graisser la patte» "

  1. le zenete dit :

    Mr CLAUDIO GATTI peut dormir tranquille , s’en est fini de la corruption en Algerie ! Nous avons crée OCRC Office Central de Repression de la Corruption. Nous avons mis à sa tête A.SAYAH un magistrat mondialement connu pour ses competences .Il a été Directeur Général de l’Office National de Lutte Contre la Drogue en 2006 et les résultats obtenus depassent l’entendement !Actuellement la drogue est bellement démocratisée qu’elle se vend dans les cours de recréation , c’est dire la compétence et le savoir faire de l’ex procureur d’Alger;Pour vous donner un avant gout de son programme , voici ses premieres declarations  » Il a, à cet effet, souligné que l’Office est opérationnel à compter de ce jour, et a été mis en place pour permettre de «s’attaquer davantage à la lutte contre ce fléau». «Les textes existent, les moyens existent et la volonté politique existe. Il faut être serein sur cette question, car nous sommes en train de mettre en œuvre ce dispositif pour se charger de gérer ces dossiers et tout sera transmis à la justice, une fois le dossier avéré, conformément à la loi», a-t-il insisté ».
    CQFD (Ce Qu’il Fallait Demontrer)voilà dormez tranquille braves gens l’OCRC veille sur vous !

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  2. [...] LE QUOTIDIEN D'ALGERIE » «En Algérie, on ne peut pas faire d’affaires sans graisser la patte»  [...]

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  3. Si Salah dit :

    J’apprecie beaucoup le journaliste d’El Watan qui
    parle de « l’un des rares véritables journalistes d’investigation italiens »…

    C’est l’université de Benbouzid qui regarde de haut Harvard…

    Vraiment trop drole, comme si chez nous, nous en avions des tonnes de « véritables journalistes d’investigation »…

    Aussi: fallait-il aller tres loin pour decouvrir qu’ «En Algérie, on ne peut pas faire d’affaires sans graisser la patte». Ah si vous, « journalistes » algeriens, mettiez de temps en temps les pieds dehors, et les yeux un peu plus loin que les BRQ de du DRS…

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  4. el amel dit :

    Et les autres, quel journaliste en parlera, du sandouk tadamon à ce jour!

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  5. Miss u mazigh dit :

    Ericsson aurait versé des pots de vin à Djilali Mehri

    La radio publique suédoise, Sveriges Radio (SR), a annoncé, mercredi 21 novembre, que le numéro un mondial des réseaux de téléphonie mobile, Ericsson, aurait versé des pots-de-vin à des hommes politiques à la fin des années 1990, afin de remporter des contrats. Parmi ces derniers, l’homme d’affaires algérien et ancien député Djillali Mehri qui aurait reçu de fortes sommes entre 1997 et 2002, à un moment où ce dernier aurait fait office d’agent pour l’équipementier de téléphonie. Le milliardaire aurait perçu pour la seule année 1999, 20 millions de couronnes de commissions de la part du groupe suédois.

    Djilali Mehri aurait travaillé avec Ericsson autour des contrats dans le GSM avec Algérie Télécom. Des documents et des courriers, découverts par la police suédoise, attestent qu’il jouait à l’intermédiaire pour des projets de plusieurs centaines de millions de dollars au prorata desquels il obtenait de substantielles rémunérations.
    Réagissant aux informations de Sveriges Radio, Örjan Berner, l’un des responsables de l’organisation non gouvernementale Transparency International, a estimé que « s’il a été fait appel aux services de la personne en question (M. Mehri) en tant qu’agent, cela est très inapproprié, car on est à la limite de la corruption ». Ericsson n’a pas souhaité réagir aux accusations.
    ET ,EVIDEMMENT LES SOCIETES CORRUPTRICES,RECUPERE L’ARGENT VERSE A CES « CORROMPUS » EN LE FACTURANT A CELUI QUI PAIE ,ICI ,LE TRESOR ALGERIEN.
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    Cherif rahmani
    ahmani

    Par Anne Vidalie, publié le 27/01/2012 à 09:26, mis à jour à 09:28

    Le ministre algérien Chérif Rahmani et ses proches sont mis en cause par l’un de leurs compatriotes résidant en France.

    Algérie: les bonnes affaires de la famille Rahmani

    Ministre sans interruption (ou presque) depuis 1988, Chérif Rahmani est aussi un businessman avisé.

    Farouk Batiche/AFP

    C’est le pot de terre contre le pot de fer. Hocine Djidel, anthropologue algérien installé en France, accuse Chérif Rahmani, ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, de l’avoir spolié. Une proche de ce dernier aurait, avec sa bénédiction, mis la main sur un local de 500 mètres carrés appartenant à Djidel, dans le centre d’Alger, et l’aurait transformé en très lucratif parking. Excédé par l’interminable guérilla judiciaire en cours devant les tribunaux de son pays, l’anthropologue s’est mis en tête de dénoncer, en France cette fois, les détournements de fonds publics dont Chérif Rahmani et ses affidés seraient coupables, selon lui. Après avoir tenu un blog, il prépare un livre au titre évocateur : One, two, three, voleur de l’Algérie !
    La famille règne sur une galaxie d’entreprises

    L’objet de sa vindicte tutoie le pouvoir depuis des années. Neveu de l’ex-patron de la gendarmerie Ahmed Bencherif, ministre sans interruption (ou presque) depuis 1988, Rahmani, 67 ans, n’est pas né riche. Mais c’est aujourd’hui un businessman avisé, comme en témoigne la galaxie d’entreprises sur laquelle règne sa famille. Ainsi, son épouse, Zoubida, 59 ans, ex-dactylo, est associée ou gérante de trois sociétés algériennes dans des domaines aussi divers que l’immobilier, les installations sportives et les services hôteliers. Elle serait aussi propriétaire d’une boutique de vêtements à l’enseigne Aladin, aux Canaries, et d’un magasin de chaussures aux Bermudes.

    Les enfants Rahmani ne sont pas en reste. Fella, diplômée de l’université de Monaco, est associée à son frère Mokhtar, ancien étudiant à Oxford, dans la SARL Felmo Dounia Sahari, dont les activités s’étendent du commerce de vêtements à la publicité. Elle est également propriétaire d’une pizzeria à Hydra, près d’Alger, et actionnaire d’une société de promotion médicale et scientifique. Son frère Mokhtar, gérant du cabinet de conseil et d’ingénierie Polyfinance Algeria et actionnaire de Bricorama Algérie, est associé à un conseiller de son père au sein de l’entreprise Les Bétons du Maghreb. Il serait aussi à la tête d’une boutique de vêtements Aladin en Thaïlande. Son cadet, Mahdi, lui, s’intéresse à la confection de vêtements, de lingerie et de chaussures, ainsi qu’à l’importation de produits cosmétiques et parapharmaceutiques. Il est actionnaire de trois sociétés qui travaillent dans ces secteurs.
    « Le sommet de la partie émergée de l’iceberg »

    Comme le révélait Le Canard enchaîné le 16 février 2011, les Rahmani ont également investi à Paris en acquérant un appartement de 85 mètres carrés, un studio de 20 mètres carrés et un deux-pièces de 31 mètres carrés dans le très chic XVIe arrondissement. Trois pied-à-terre achetés par des proches du ministre, dont son chauffeur, avant de se retrouver entre les mains de… Mme Rahmani.

    « Tout ceci n’est que le sommet de la partie émergée de l’iceberg, affirme Hocine Djidel. Le ministre est à la tête de nombreuses autres entreprises par l’intermédiaire de membres de sa famille ou de celle de sa femme, ainsi qu’à travers une poignée de fidèles associés en affaires. Reste à savoir quelle est l’origine de l’argent qui a financé ces investissements. » Ces accusations agacent l’avocat parisien de Chérif Rahmani, Me Edgard Vincensini, qui conteste tout détournement de fonds : « Ce monsieur Djidel n’est pas sérieux, explique-t-il. Il n’existe aucun élément de preuve contre M. Rahmani. »
    ————————————————————————————————————————————ABDELAZIIZ BOUTEFLIKA ,SAID BOUTEFLIKA ET LEUR CLAN DE PREDATEURS
    Et la fortune de Bouteflika ?

    Dans son enquête, le magazine Challenge classe la fortune de Bouteflika parmi celles des « invisibles », les moins apparentes car provenant du pétrole.

    On lit, en effet : « Ces autocrates arabes sont tous dotés d’un insatiable appétit de richesses, résume Maud Perdriel-Vaissière. Mais leur façon de s’enrichir dépend des ressources du pays. S’il n’y a pas de pétrole, il faut spéculer sur le foncier, s’arroger des participations ou prélever des commissions. Si l’or noir est là, il suffit de prélever sa part et de placer le cash. Ces dernières fortunes sont les plus liquides, donc les mieux cachées. » Ainsi de celle, en Algérie, du président Abdelaziz Bouteflika, encore en poste malgré la contestation de la rue. Officiellement, il ne disposerait que de deux appartements à Alger. Mais, selon des opposants algériens, il aurait détourné avec les généraux une trentaine de milliards de dollars, placés du Liechtenstein au Brésil »

    Ce que possède officiellement Abdelaziz Bouteflika

    Dans sa déclaration de patrimoine, en février 2009, le président avait écrit ceci :

    «Je soussigné, Abdelaziz Bouteflika, Président de la République, demeurant au 135, rue Cheikh El Bachir El Ibrahimi, El Biar, Alger, candidat à l’élection à la Présidence de la République, prévue le 9 avril 2009. En application de l’article 157 de l’ordonnance 97-07 du 6 mars 1997, modifiée et complétée, portant loi organique relative au régime électoral. Déclare être propriétaire des biens ci-après:

    I- Biens immobiliers :

    Une maison individuelle sise à Sidi Fredj (commune de Staouéli) suivant acte enregistré sous le n° 226 du 11.11.1987.
    Une maison individuelle sise rue de la Rochelle, Alger, suivant livret foncier n° 70-68/07 du 11/12/2007.
    Un appartement sise au 135, rue Cheikh El Bachir El Ibrahimi, El Biar, suivant livret foncier n° 29-39/07 du 26/06/2007.

    II- Biens mobiliers

    Deux (02) véhicules particuliers.
    Déclare qu’il n’est propriétaire d’aucun autre bien à l’intérieur du pays ou à l’étranger.»

    Mais l’opinion fait la moue.

    Elle n’oublie pas que le 22 décembre 1981, Bouteflika fut poursuivi pour « gestion occulte de devises au niveau du ministère des Affaires étrangères» (entre 1965 et 1978) par la Cour des comptes. Dans son arrêt définitif du 8 août 1983, la Cour des comptes donnait son verdict : « M. Abdelaziz Bouteflika a pratiqué à des fins frauduleuses une opération non conforme aux dispositions légales et réglementaires, commettant de ce fait des infractions prévues et punies par l’ordonnance n° 66-10 du 21 juin 1966 et les articles 424 et 425 du Code pénal. ». La Cour des comptes évaluait à « plus de 6 milliards de centimes » (l’équivalent de 100 milliards de centimes actuels) le montant dont Bouteflika restait redevable auprès du Trésor.

    Pour sa défense, Bouteflika invoquera aux magistrats de la Cour des comptes la construction d’un nouveau siège du ministère des Affaires étrangères pour laquelle il destinerait la trésorerie amassée sur les comptes suisses. La réponse de la cour : « Ce motif fallacieux ne peut être pris en considération sachant qu’une opération d’investissement obéit à des règles bien précises qu’aucun ordonnateur ne peut ignorer et que l’éventuelle construction d’un nouveau siège du ministère des Affaires étrangères doit être financée par des crédits normalement inscrits au budget de l’État.»

    De plus, l’opinion sait que les proches de Bouteflika se sont enrichis avec Khalifa, notamment ses frères.

    Les personnes impliquées dans le scandale Sonatrach (Khelil, Hemche), sont des intimes de Bouteflika.

    Personne ne peut croire aujourd’hui que celui qui parlait des 15 chats et qui a su au moment opportun se débarrasser des responsables «encombrants», est complètement innocent de la rapine qui s’est installée dans le pays depuis que les prix du pétrole ont connu une augmentation sensible et que la tirelire de l’Etat est devenue fort alléchante.
    Les scandales financiers se sont succédé à un rythme soutenu, plaçant le pays parmi les pays les plus corrompus du monde. Aucun haut responsable n’a été jugé. Même lors du jugement du hold-up du siècle en Algérie, à savoir l’affaire Khalifa, les ministres dont la responsabilité était avérée sont venus au tribunal de Blida en témoin et reparti en témoin, par la grâce de la juge en charge de ce procès et de la justice de nuit.

    Même le ministre des Finances de l’époque, qui a eu un aveu fort révélateur devant la juge obstinée à épargner les hauts responsables de sa majesté, en disant «qu’il n’a pas été assez intelligent», s’est vu propulser au poste du premier responsable de la diplomatie du pays, une diplomatie dans laquelle continue à activer le plus vieux diplomate du monde, Missoum Sbih et dans une capitale-clé pour l’Algérie (Paris). Missoum Sbih a, aujourd’hui, 82 ans. Le pouvoir n’ayant pas tiré de leçons de l’affaire Khalifa qui a lourdement terni son image, voilà qu’il récidive avec les affaires de l’autoroute, le FNDRA, Sonatrach, des barrages. Le président ne peut pas endosser toute la responsabilité au gouvernement, il est personnellement responsable de la systématisation de la rapine et de la corruption en Algérie. Ce triste épisode de la gestion du président Bouteflika ne peut renvoyer qu’à l’absence de projet ou de stratégie de développement pour le pays qui traverse une période rare d’aisance financière, il a gouverné et continue à le faire sous l’emprise de l’improvisation. C’est là, la triste vérité de 12 ans de règne sans partage.
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    KHALIFA ABDELMOUMENE ET LE CARDINAL AUTOPROCLAME GENERAL D ARMEE ET DE LA CORRUPTION QUI A PLACE BOUTEFLIKA « PRESIDENT »

    La face cachée de l’ »empire » Khalifa

    Le groupe, dont les pertes sont colossales, viserait surtout à moderniser l’image du régime d’Alger.

    Par Florence AUBENAS et Jose GARÇON et Renaud LECADRE et Cédric MATHIOT

    Depuis plusieurs semaines, Rafik Abdelmoumène Khalifa défie la chronique en France. En moins de cinq ans, cet homme d’affaires algérien de 36 ans a construit ce qu’il aime à appeler « le premier empire privé d’Algérie ». Une success story qu’il jure « partie de rien » et affiche aujourd’hui banque, compagnie aérienne, sponsoring avec son nom sur les maillots de l’OM, virées à Alger avec les Depardieu et Deneuve, et bientôt une chaîne de télévision pour laquelle son groupe distribue déjà des antennes paraboliques en kit dans les quartiers populaires de la capitale algérienne…
    Les démêlés de son « ami » Gérard Depardieu avec le député vert Noël Mamère sur son ascension fulgurante et l’origine de sa fortune ont toutefois quelque peu écorné l’image de celui qu’Alger présente comme l’icône d’une nouvelle génération d’entrepreneurs qui veulent réussir. Et qui réussissent. Mais qui n’aiment pas répondre aux enquêtes des journalistes et notamment à ceux de Libération.
    Qui se cache en effet derrière cet « empire » qui, curieusement, perd beaucoup plus d’argent qu’il en gagne ? Pour la rue algérienne, la réponse ne fait pas de doute et entraîne dans les ténèbres du pouvoir militaire : là où se « blanchissent » les milliards de dollars de la rente pétrolière et gazière.
    Si Rafik Khalifa semble surtout être lié au « clan » du président Abdelaziz Bouteflika, la réalité pourrait être plus proche d’une tentative de redorer le blason d’un régime militaire mis à mal par dix ans de « sale guerre ». Quitte à utiliser aussi le groupe pour quelques opérations financières rentables liées aux futures privatisations en Algérie.
    Ce serait un groupe « immense, puissant, comme celui de Bill Gates », avec une compagnie d’aviation, une banque, une chaîne de télé, explique à Washington un diplomate algérien. A sa tête, il y aurait « un type formidable, un jeune qui fait rêver, qui prouve qu’en Algérie tout est possible pour qui veut réussir. Un peu comme Bernard Tapie », raconte en France un homme d’affaires d’Oran. Ce serait beau comme le Festival de Cannes, avec des stars partout, des Patrick Bruel, des Gérard Depardieu ou des Claudia Schiffer. Ce serait enthousiasmant comme un Mondial de football, avec le sponsoring de grands clubs, comme l’Olympique de Marseille. Ce serait féerique comme Disneyland, avec une ville, Sidi Abdallah, surgie de la pierre et des broussailles à 130 kilomètres d’Alger et qui deviendrait, d’ici à 2005, la nouvelle capitale. Ce serait « l’icône de l’Algérie nouvelle », ouverte sur le monde. Et comme par magie, dans ce pays à genoux après dix ans de guerre et près de 200 000 morts, où plus rien ne fonctionne pas même le réseau d’eau potable, là où trouver une place d’avion nécessite des relations de ministre, « un jeune entrepreneur de 36 ans, Rafik Abdelmoumène Khalifa, a réussi à créer en moins de dix ans le premier empire privé diversifié du pays », explique son dossier de presse. Rideau.
    Maire de Bègles, le député vert Noël Mamère a été le premier à écorner publiquement le conte de fées, le 27 septembre, refusant d’assister « pour des raisons politiques » à un match de l’équipe de rugby de Bègles, dont Khalifa vient de devenir un des sponsors. « Il est allié des généraux algériens avec lesquels il a fait sa fortune, allié de ce pouvoir algérien qui contribue à la barbarie, qui assassine et torture ». Il a demandé une enquête parlementaire sur le groupe Khalifa.
    Selon une note confidentielle du gouvernement français, rédigée depuis que le groupe cherche à s’implanter dans l’Hexagone, ce serait surtout le montant des pertes de l’ »empire » Khalifa qui serait exceptionnel : 500 millions d’euros par an. Chiffre toutefois « invérifiable », précise le texte. A la DGSE, les services de renseignements extérieurs, même étonnement. « Les financements et passe-droits dont profite Khalifa pour asseoir sa stratégie de croissance, alors même que les avis répétés d’experts du transport aérien lui prédisent une faillite prochaine, laissent perplexes. (…). Le maintien en vie et même la bonne santé apparente du groupe ne peuvent donc s’expliquer que par un soutien financier extérieur et/ou par des activités autres que celles officiellement mentionnées. (…). Le groupe ne compte que sept actionnaires, tous issus de la famille Khalifa. Ces derniers ne disposent cependant pas de la réalité du pouvoir et ne servent que de prête-noms », détaille un document interne.
    « Nous sommes arrivés au moment où sonne le douzième coup de minuit, estime un policier des renseignements généraux (RG). Juste avant de savoir si le carrosse va se transformer en citrouille. »

    1 Khalifa Airways « La Compagnie des fils et des filles de… »
    Dès le départ, le carrosse a pourtant étrange allure. En 1999, un an après sa création en Algérie, Khalifa Airways débarque en France, sollicitant un agrément pour desservir l’aéroport Charles-de-Gaulle auprès du ministère français des Transports. Tous ceux qui approchent le groupe racontent le même choc. « Quand quelqu’un se présente pour une société avec une telle surface, on s’attend à une équipe costaud », raconte ce consultant français à qui Khalifa demande ses services. Rendez-vous dans l’un des restaurants les plus chers de Paris. « Ils sont arrivés à six. Le plus âgé n’avait pas 30 ans. Aucun n’a parlé affaires. La seule chose qui les intéressait, c’était un carnet d’adresses, décrocher des appuis. Une question revenait sans cesse : « Et au ministère de l’Intérieur ou à la présidence, vous avez une touche ? » Ils m’ont raconté avoir payé un intermédiaire 50 000 francs pour un rendez-vous avec Gayssot (le ministre des Transports de l’époque, ndlr). J’étais soufflé par leur méconnaissance totale de l’aérien : quand on démarche pour un agrément, on obtient de toute façon un rendez-vous. »
    Plusieurs fournisseurs français se lancent dans l’aventure. Tout fonctionne dans l’urgence, sans facture, sans bon de commande. L’un d’eux relève : « Ces jeunes gens semblent savoir mieux dépenser de l’argent qu’en gagner. » Des hôtesses jusqu’aux directeurs, toutes les grandes familles algériennes ont casé là leur descendance. Du coup, on surnomme Khalifa « la Compagnie des fils et des filles de… ». Mais dès qu’il s’agit de se faire payer, plus personne. Au bord de la faillite, un créditeur proteste. « Je vais appeler « Moumène » (le surnom du patron, ndlr) », lui répond un des jeunes gens. Il revient quelques jours plus tard. « Vous me devez 2 000 francs pour le coup de fil. »
    Au-delà de ce premier cercle, ceux du second « se reconnaissent au même manteau de cachemire », poursuit un autre. « Des cadres compétents mais le turn-over est vertigineux. » Un chef de service algérien relève : « Dans cette entreprise, aucune hiérarchie n’est possible. Dès qu’on signale un manquement, on est cassé. »
    En 1998, à bord d’un jet privé pour Alger, un entrepreneur français se souvient d’avoir remarqué « un jeune type, vêtu de la marque GAP du pantalon à la casquette. Pas mondain, il ne s’exprimait pas facilement ». Il lui est présenté : « le président » Rafik Abdelmoumène Khalifa. A l’époque, son passeport, plein de visas des pays du Golfe et du Maroc, le domicilie à Vitrolles (Var).
    Quand on arrive à l’aéroport Houari-Boumediene, à Alger, « le plus frappant, ce sont les avions Khalifa « bétonnés », c’est-à-dire rangés au sol. Or un long courrier doit voler de quinze à dix-huit heures par jour pour être amorti. Là, ils en sont très loin », explique un spécialiste. Pour les lignes intérieures et européennes, le coefficient moyen de remplissage est inférieur à 65 %, sous le seuil critique des 70 %. Là encore, l’argent fonctionne comme un étrange alliage. Parfois, il semble couler à flots. Plusieurs petits avions de courrier domestique viennent ainsi d’être achetés à Eads. Cash, ce qui n’est pas commun. Parfois, il sert juste de paravent. En 2000, Khalifa claironne une commande de 18 Airbus pour 1,6 milliard d’euros. Mais l’avionneur affirme que, depuis la lettre d’intention, « aucune commande ferme n’a été passée ».
    Un policier français des RG poursuit : « Chaque fois que Khalifa doit fournir des informations sur une de ses sociétés, il montre un contrat de location de bureau, le nom de dix directeurs et des autorisations ou plutôt des demandes d’autorisation. Bref, des dossiers de 3 tonnes mais jamais aucun chiffre. Comme un décor de théâtre. »

    2 Khalifa Bank Une coquille vide… mais très « protégée »
    Dans la banque, même fonctionnement. En France, Khalifa Bank n’a pas déposé de demande d’agrément auprès de la Banque de France, se contentant d’ouvrir un « bureau de représentation » à Paris, non soumis à autorisation. Simple structure de liaison, il n’a pas le droit d’exercer une activité bancaire : sa seule obligation est de se déclarer à la tutelle. Ce qui n’a toujours pas été fait. En Algérie, Khalifa Bank revendique 700 000 clients et 74 agences, un record quand la Banque nationale d’Algérie (BNA) n’en compte qu’une centaine. Mais aucun nom d’actionnaire, aucun bilan en cinq ans : « fonctionnement absolument opaque », souligne la DGSE.
    « En Algérie, l’inefficacité économique est remarquablement organisée : l’Etat ne contrôle rien, sauf lorsqu’il s’agit de sanctionner ou de couler quelqu’un. Dans ce cas, le fisc et les lois sont utilisés dans un rôle inquisitorial de nuisance, explique un expert. Notre pays est aussi le meilleur des paradis fiscaux, même si les étrangers l’utilisent peu faute de confiance dans le système. On peut déposer 10 millions sans en déclarer la provenance. » Dans ce paysage, Khalifa Bank concède, à la tête du client, des prêts à court terme à des taux exorbitants . Là aussi, « sans les perfusions de la Banque centrale, Khalifa Bank aurait explosé depuis longtemps », poursuit l’économiste, tandis que le rapport de la DGSE avance : « Ce soutien pourrait en expliquer le financement mystérieux. »
    En Algérie, la rue ne parle évidemment que de ça. Mais avec 40 % de chômeurs, qui a les moyens d’être regardant ? Une phrase revient sans cesse : « Peu importe d’où vient l’argent, lui au moins n’oublie pas son pays. » Depuis son apparition, le groupe fait figure de loterie nationale. « Quand on le voit arriver, c’est le gros lot. L’espoir fait vivre, non ? », rigole un garagiste. En moyenne, les salaires y sont trois fois plus élevés qu’à Air Algérie ou dans les banques nationales. Le mythe est entretenu avec soin. Quelques opérations ciblées, largement diffusées sur la chaîne publique, le confortent. En juin 2001, l’ »empire » offre, « un bus à l’équipe nationale de football, un avion spécial et prospecte à travers son réseau relationnel pour conclure des matchs amicaux », se félicite El-Watan. Dix millions de dinars sont distribués après les inondations de Bab el-Oued, il y a un an. Et pour le prochain ramadan, des restaurants ont été loués pour l’opération « F’tour (repas de rupture du jeûne, ndlr) pour tous ».
    « Il est amusant de voir comment une société aussi endettée et mystérieuse s’échine à se rendre la plus visible possible, note un banquier algérien. Comme si leur première bataille était celle de l’image et des apparences. » L’affaire de Khalifa TV (KTV) est, à cet égard, significative (lire ci-dessous).

    3 Une famille liée aux militaires « Pour situer le fils, cherchez le père »
    En Algérie, Khalifa affiche 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, 200 millions de bénéfices et 12 000 employés. Pourtant, ce fleuron national, « symbole de l’avenir du pays », loue absolument tout, jusqu’à ses bureaux d’Alger. « Comme s’il voulait pouvoir plier boutique du jour au lendemain », note un économiste. Quelle que soit la manière dont on tente d’agencer les pièces du puzzle, il y en a toujours une qui ne colle pas. Et l’éblouissante aventure plonge soudain dans les rouages secrets du pouvoir algérien.
    Dans sa version officielle, un mot est sans cesse brandi pour éclairer la saga Khalifa : la chance. L’hagiographie du jeune homme, publiée l’an dernier (1), raconte ainsi une succession abracadabrante de miracles qui lui auraient permis de décrocher autorisations bancaires ou aéronautiques là où « d’autres n’ont plus d’ongles à force d’essayer d’entrouvrir la porte d’un puissant », selon les termes d’un cadre algérien.
    Car la construction de l’empire conduit dans la pénombre des antichambres du pouvoir où l’élite algérienne ne se renouvelle que par cooptation. « Pour situer le fils, cherchez le père. » Celui de Rafik s’appelle Laroussi et on pénètre avec lui dans une dimension qui va bien au-delà de la simple réussite financière. Il va lui léguer quelque chose qui, en Algérie, n’a pas de prix : plus qu’un nom, une appartenance.
    Car Laroussi est l’un des organisateurs de ce qui deviendra, après l’indépendance, la Sécurité militaire (SM), la toute-puissante police politique, ce cercle fermé qui constitue toujours la colonne vertébrale du régime. Pendant la guerre, on le retrouve en effet à Tripoli, en Libye, où est basé le Malg (ministère de l’Armement, des Liaisons générales et des Communications), l’ancêtre des « services » algériens. Il y devient directeur de cabinet d’Abdelhafid Boussouf, le « patron » du Malg, l’un des hommes forts des appareils militaires qui vont présider aux destinées de l’Algérie. A Tripoli, Khalifa père dirige aussi l’Ecole des cadres, d’où sortiront les chefs de la SM, surnommés les « Boussouf’s Boys ». « La rapide croissance de Khalifa illustre la puissance du réseau constitué par les anciens du Malg », résume la DGSE.
    Dans les premières lueurs de l’indépendance, à l’été 1962, alors que militaires et politiques se déchirent, Laroussi garantit son avenir. Il choisit son camp : les militaires, emmenant avec lui les meilleurs des « Boussouf’s Boys ». Après avoir négocié le statut des futures concessions pétrolières, il devient ministre de l’Industrie, puis patron d’Air Algérie. Sa carrière se termine sur deux ans de prison : tentative de coup d’Etat manqué en 1967. A la tête des putschistes: le colonel Tahar Zbiri, qu’on retrouve aujourd’hui « comme un des protecteurs du groupe Khalifa », note la DGSE.
    Quand Laroussi meurt en 1990, on ne lui connaît pas de fortune. Mais il est vrai que la culture du silence voilait, dans l’Algérie « démocratique, populaire et socialiste », tout ce qui touche aux affaires. Que l’argent ne doive pas s’afficher, ne signifie toutefois pas qu’il soit absent. Officiellement, le père ne laisse en tout cas au fils qu’une pharmacie dans un quartier aisé d’Alger, officine qui va prendre une place considérable dans l’histoire officielle de l’ »empire ».
    La fable paraît grosse. D’où vient cet argent, flambé en champagne et jets privés, « distribué » en retentissantes opérations de prestige ou caritatives ? Sans hésiter, la rue répond : « les généraux », ce petit cercle qui détient la réalité du pouvoir. « Nous sommes un peuple des plus pauvres dans un des pays les plus riches, s’amuse un étudiant. Aussi étrange que cela puisse paraître, on se sent presque soulagé de savoir enfin, avec Khalifa, où passent les dollars. »

    4 Une façade de modernité Une tentative de lifting des circuits de corruption
    Mais en Algérie, depuis que le pétrole est pétrole, les circuits ne manquent pas pour blanchir la rente de l’or noir et du gaz. « Les généraux possèdent hôtels et immeubles à Paris place des Ternes, avenue Marceau. En Suisse. A Monaco », énumère un des meilleurs économistes algériens. « Une gestion dans la pierre, à la paysanne. Ils disent : « Quand j’ai un peu d’argent, j’achète une brasserie. Quand j’en ai plus, j’en achète deux. »" L’idée d’avoir besoin de Khalifa pour recycler la rente fâcherait même les hauts gradés. Face à cette rumeur insistante, l’un d’eux a récemment explosé : « Depuis le temps, on a l’habitude quand même. On n’a pas attendu un jeune de 36 ans pour ça. »
    La sortie de l’économie socialiste dans les années 90 a posé un problème plus inédit. Si les circuits et leur contrôle basculent du public au privé, « comment va-t-on transmettre le pays à nos enfants ? », soupirait un responsable militaire. En Algérie, où tout est importé, depuis les grands hôtels livrés clés en main jusqu’aux oranges, la fin du monopole d’Etat sur le commerce extérieur a fonctionné comme l’esquisse de privatisations. Un premier dispositif a été mis en place avec la loi 78/02 : pour importer, vers l’Algérie, les entreprises étrangères ne peuvent pas faire appel à ce qui est pudiquement appelé « les intermédiaires extérieurs ». Autrement dit, non agréés par le régime. « Cela permet une gestion centralisée de la corruption, chaque secteur, des céréales aux médicaments, se retrouve ainsi sous la coupe d’une ou deux petites sociétés très contrôlées, qui servent d’interface, explique un spécialiste. Qui ne passe pas par ces réseaux voit ses marchandises bloquées en douane. »
    Même si elle ne fait encore que s’ébaucher, cette libéralisation suppose des circuits plus larges, d’autant qu’Alger réclame à cor et à cri la venue des investisseurs étrangers. « Les partenaires étrangers du régime lui ont donc conseillé de changer au moins de méthodes, de soigner les apparences et de créer une tête de pont plus crédible, plus acceptable à l’extérieur, explique un policier français du « renseignement ». On ne peut plus gérer un pays comme une salle de jeu clandestine. »
    Cette tentative de lifting s’appelle-t-elle Khalifa ? Derrière la façade clinquante de la modernité, pas un bilan réel n’est disponible pour aucune des sociétés du groupe. Le trou noir. Pas même le nom des actionnaires. « La compagnie est présentée soit comme une société uninominale, propriété de Rafik Khalifa, soit comme une société mixte de sept actionnaires, tous issus de la famille Khalifa (…). Mais ces derniers (…) ne servent que de prête-nom », estime la DGSE. Dans ce contexte, le choix du fils Laroussi est « un coup de génie », affirme un policier français. « Quand l’entreprise a commencé à vouloir s’implanter en France, nous avons demandé des renseignements. Mais pour enquêter sur un Algérien, nous passons par les services là-bas. Or comment récolter du sérieux sur quelqu’un qui est en quelque sorte « de la maison », puisque son père est un ancien du Malg ? En entendant le nom « Khalifa », les types d’Alger sont déjà morts de trouille. Dans ce dossier, nous n’avons même pas eu une fuite. »

    5 Les généraux en embuscade Une entreprise de « blanchiment d’image »
    Derrière ce théâtre d’ombres émergent pourtant quelques figures et se dessinent des pistes. « Le vrai numéro 2 de la compagnie n’est autre que Abdelghani Bouteflika, frère du Président » et avocat, détaille la DGSE. Ou Saïd, « un autre de ses frères, affairiste notoire ». A la fois « ancien du Malg » et très lié au président Bouteflika, Abdelkhader Koudjiti, richissime homme d’affaires est « associé également au capital du groupe ». Considéré comme le parrain du régime, le général Larbi Belkheir est « lié à certains des projets » de l’ »empire ». Il y a quelques mois, un déjeuner à la présidence algérienne, où se trouvait également Gérard Depardieu, avait placé Rafik Khalifa à côté de Larbi Belkheir. « Il ne bougeait pas une oreille. Face à lui, il avait l’air d’avoir 12 ans », se souvient un des hôtes.
    Tous ces noms tracent les contours d’un des clans du pouvoir algérien, même si cela n’exclut pas les réseaux annexes. Par exemple, les vieux amis du père, comme le général Attaïllia, en qui les services français voient « un des militaires les plus corrompus d’Algérie et un des actionnaires réels principaux ». Mais, au-delà, « Khalifa est surtout et aussi une arme de guerre pour préparer la deuxième candidature de Bouteflika en 2004″, estime un responsable français. L’indéfectible alliance qui soude les généraux pour préserver la pérennité du système n’empêche pas une concurrence féroce. Indice qui indiquerait que Khalifa se trouve au milieu de cette lutte d’influence, les déclarations du général Mohamed Touati, ennemi juré du « clan présidentiel » en dépit de son statut de « conseiller à la présidence ». Acceptant pour la première fois une interview télévisée le 24 octobre, il loue, sur TV5, Khalifa, « jeune chef d’entreprise dynamique ». Avant de planter une banderille assassine : « Certains craignent que ce succès rapide ne soit pas durable en raison d’aspects qui leur échappent. Ils aimeraient bien être éclairés sur cette question. »
    Tout bien compté, il ne s’agit pas seulement d’argent avec Khalifa. « A l’échelle des sommes gigantesques brassées par les hydrocarbures ou les circuits de corruption classique, Khalifa paraît bien médiocre, si ce n’est pour des profits ou du blanchiment à la marge », constate un économiste. Là, l’aventure industrielle tourne au roman noir. « Plus que du blanchiment d’argent, il y a un souci immédiat de blanchiment d’image », poursuit cet économiste. Les accusations d’exactions portées contre l’armée inquiètent sérieusement le régime. Il y a deux ans, le général Nezzar fut contraint d’écourter précipitamment une visite dans la capitale française en raison de plaintes pour « tortures » déposées contre lui. Si celles-ci débouchèrent finalement sur un non-lieu, l’ancien homme fort d’Alger fut à son tour débouté d’une plainte contre un sous-officier, qui témoignait des « massacres » de l’armée, après un effrayant déballage public sur les méthodes des militaires algériens devant un tribunal parisien. « Cette vieille génération qui tient tout, le pouvoir, le pétrole, se retrouve soudain frappée du syndrome Pinochet. Alors, elle se demande : « Mais où va-t-on mourir ? », raconte un juriste algérien. Les vieux réseaux de la guerre de libération et les moyens traditionnels de l’Etat algérien ne suffisent plus à redorer son blason et à mobiliser des soutiens extérieurs. Vous pensez que s’ils invitaient Catherine Deneuve à dîner, elle viendrait ? »
    Pour Khalifa, elle est venue. C’était à l’occasion d’un match de l’équipe nationale algérienne contre l’OM, dont l’ »empire » est devenu sponsor en juin 2001. Aujourd’hui, les rapports, les rumeurs de plus en plus insistantes, la demande d’une commission d’enquête, ont voilé les sunlights. Une fête qui s’annonçait somptueuse fin octobre à Paris a été annulée. « Et si ça tournait mal ? », s’inquiète un proche du régime lors d’une réunion sur ce dossier à Alger. Un gradé : « En France, il peut faire toutes les bêtises. En Algérie, s’il bouge de travers, il est mort. Après tout, le commerce, c’est privé. Il prend ses risques. »

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  6. el amel dit :

    La fête des cinéastes dans telle ville, les chants dans un autre pays, les rencontres et avec toujours les mêmes,contrats et créations d’entreprises. A croire que les héritiers fêtent l’indépendance avec leurs amis.
    Parlez nous du sandouk atadamoun, qui a pillé nos mères, Elles ont droit à cette vérité, c’est le cinquantenaire de l’indépendance!

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  7. tlemceni dit :

    sandouk ettadamoun a été pillé par benbella et khider

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