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19 March 2019

Mater l’opposition, terroriser les voix discordantes

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Zerhouni5El Watan le 30.05.13 

Son créateur, Noureddine Zerhouni, voulait avoir entre les mains un véritable instrument de pouvoir. En le dissolvant dans la totale discrétion, le pouvoir ne voulait pas laisser de trace d’un appareil répressif dont les pratiques sont quasiment au-dessus des lois.

Le Centre opérationnel national d’aide à la décision (Conad), créé en octobre 2003, vient d’être dissous par décret exécutif (n°13, 156) publié le 15 avril dernier au Journal officiel. Aucune explication n’a été donnée à la décision prise par le Premier ministre Abdelmalek Sellal. Beaucoup de questions ont été posées sur l’utilité d’un tel organisme, une véritable «police parallèle» dotée d’un corps opérationnel qui agissait dans l’ombre. Les institutions de l’Etat, tous corps de sécurité confondus, étaient-elles incapables d’assurer des missions de renseignement, de prévision et de prévention des crises pour mettre en place d’autres structures ? Pour certains observateurs, l’ancien ministre de l’Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, «très proche du clan présidentiel», mettait, en créant ce centre, entre les mains de celui-ci, un véritable instrument de pouvoir. Selon certains membres de la classe politique, il avait surtout «pour mission de mater l’opposition et terroriser les voix discordantes».

Officiellement et d’après le décret d’octobre 2003 promulgué en pleine compétition politique de l’élection présidentielle de 2004, cette structure, «un service extérieur de l’administration centrale» était chargée auprès du ministère de l’Intérieur de «recueillir et d’exploiter toutes les informations se rapportant à la vie du pays, susceptibles de prévenir et de faciliter la gestion d’événements de portée nationale risquant de générer une situation de crise et nécessitant pour son règlement une coordination intersectorielle et une prise de décision immédiate». Pas seulement. Ce service avait aussi pour mission de récolter «auprès des parties concernées les informations et les éléments nécessaires aux actions de prévention et de protection des personnes et des biens ; d’informer en permanence le ministre chargé de l’Intérieur de tout événement pouvant déclencher la mise en place d’un dispositif d’intervention et de secours». Le hic et ce qui renforce les appréhensions des militants des droits de l’homme, cet organisme avait un organigramme dirigé par un directeur général assisté de quatre directeurs d’études – et selon des sources concordantes, ses effectifs étaient essentiellement recrutés dans la police –, que personne ne connaît. Jusqu’à ce jour, l’identité des responsables de ce centre est cachée.

Ce qui indéniablement accentue l’inquiétude que Noureddine Yazid Zerhouni avait mis en place une structure de l’ombre agissant en véritable police parallèle pour terroriser les opposants. L’on se rappelle d’ailleurs de certaines opérations de barbouzes menées à cette époque-là contre des militants politiques. Citant les plus spectaculaires, par exemple, celui qui avait ciblé l’avocat Rachid Ouali, qui a été menacé dans l’enceinte même de l’hôtel El Aurassi. Les barbouzes l’avaient humilié en lui déchirant son pantalon. Dernièrement, c’est le syndicaliste et militant du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), le docteur Tahar Besbas, qui  avait fait les frais de ces menaces sordides. Son fils a été approché par des individus se revendiquant des services en envoyant un message clair de menaces au père. Est-ce le service en question qui a été l’auteur de ces agressions ? L’énigme qui entoure son fonctionnement, la clandestinité dans laquelle il agissait font peser beaucoup de soupçons sur son implication dans des opérations coup-de-poing contre des membres de l’opposition. S’il a été créé, ce n’est certainement pas pour chômer.

Le gouvernement doit tirer au clair le fonctionnement clandestin de ce centre. Quel a été le travail qu’il a effectué ? Quelle est l’identité des personnes qui l’ont dirigé ? Des explications doivent être données, en tout cas pour éclairer l’opinion publique. La question est de savoir pourquoi le Conad a été créé et pour quelle raison il a été dissous. 

Said Rabia

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13 Commentaires sur cet article

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  • HAKIM93
    30 mai 2013 at 15 h 04 min - Reply

    Affaire du Kidnapping de Mr Belmouhoub…

  • Afiri Salima
    30 mai 2013 at 15 h 04 min - Reply

    plutôt pour mater les quelques opposants et les voix discordantes. Car il n’y a pas d’opposition réelle. Celle qui existe est très occupée à la mangeoire.

  • Révélations ou simples manœuvre des clans
    30 mai 2013 at 15 h 49 min - Reply

    […] Mater l’opposition, terroriser les voix discordantes (el watan 30 05 […]

  • Rochdi
    30 mai 2013 at 16 h 52 min - Reply

    il faut plutôt dire « CONAR » Centre opérationnel national d’aide à la répression, n’est ce pas ce qui est vrai dans leur subconscient.L’algérie puante invente toutes les puanteries inimaginables.

  • Mohammed J.
    30 mai 2013 at 18 h 13 min - Reply

    Il ne peut y avoir d’opposition dans la mesure ou il n’a qu’une démocratie de façade. Le parti qui se déclare et qui devient « légal » ne peut finalement que se mettre au service du pouvoir et l’aider en y trouvant des intérêts ou disparaitre. Il n’y a pas d’autre alternative. Il ne peut faire de l’opposition, même s’il le voulait. Alors arrêtons d’en vouloir aux partis, ils sont devant un cas de force majeure après leur création. Mais deux questions deumeurent, pourquoi les a ton créé d’une part et d’autre part ne peuvent ils pas s’auto-dissoudre ? Pour la poremière question je ne peux répondre. Mais pour la seconde je peux dire : Eh ben non, quand on s’habitue à certains délices, difficile par la suite de faire une diète, même si c’est important pour les principes et parfois même pour la santé, y a qu’a voir les obèses la haut sur la colline. L’habitude crée le besoin, c’est connu depuis Pavlov pour les réflexes conditionnés et bien avant pour le reste.

  • Ouas Ziani
    30 mai 2013 at 20 h 06 min - Reply

    @ Mohamed J.
    Salam
    Said Rabia, l’auteur de l’article, n’a jamais manqué d’inspiration. Egale à lui même, sa prose est toujours un régale. Cependant, une question m’intrigue. Si ce centre était un service parallèle si puissant que ça, pourquoi n’a t-il pas flairé l’attentat de Batna ? Est-ce parce que le méridien n’était pas là où il fallait ?
    http://elwatan.com/actualite/crime-contre-l-intelligentsia-26-05-2013-215114_109.php

  • FARID
    31 mai 2013 at 6 h 45 min - Reply

    j suis deçu de voir ici des voix vqui nous presente la pegre du drs comme une entite qui nousprotege alors que c grace au drs securite militaire que les francs macons du fln ont sevi comme une pieuvre mafieuse avec leurs satellits qui nous flicaient college lycee fac bureaux depuis 62
    alors arretez par decence de nous dire n’importe quoi

    • meghress19
      2 juin 2013 at 5 h 19 min - Reply

      @ Farid
      Bonjour,
      Il n’y a pas a etre decu. Ce n’est pas en utilisant des formules islamo-amazigh de politesse et en ecrivant en majuscules qu’on convaincra les gens de ce web qui sont tres conscients.

  • Zawali
    1 juin 2013 at 18 h 51 min - Reply

    Est-ce que Zerhouni a abattu Tounsi ?
    Puisqu’il est dit, qu’il a pris des dossiers.

  • hasenbadi
    2 juin 2013 at 0 h 56 min - Reply

    Monsieur SAID RABIA et son journal auraient du nous informer de la création de cet police parallèle en son temps et non nous informer 10 ans après de sa dissolution. Qu’els drôles de journaleux non avons et a bon entendeurs salut

  • meghress19
    2 juin 2013 at 5 h 13 min - Reply

    @ Mohand Ou Yidhir

    Vous dites que le DRS va mettre a la place de la secte de Oujda des AUTHENTIQUES Algeriens. Essayez-vous de nous tromper en faisant l’apologie du DRS?
    Un fossoyeur ne peut devenir un batisseur et vous ne pouvez nous faire avaler cette pillule. Le salut de l’Algerie vient d’abord par la dissolution de cette police politique. Bouteflika tomberait après, si ce n’est pas deja le cas.

  • still
    2 juin 2013 at 20 h 03 min - Reply

    Le DRS et le CONAD sont deux organismes secrets qui ont pour mission officielle la protection de l’état et de la Nation. Or, depuis sa création, le premier, à ma connaissance, n’a déjoué aucun complot contre la nation ni contre un président ou un autre haut responsable. Au contraire, son palmarès est riche en assassinats et autres brutalités extrajudiciaires, son dernier coup spectaculaire étant l’assassinat du président Boudiaf. Peut-être que ce dernier coup n’est pas étranger à l’idée de créer le CONAD ,une structure parallèle au DRS, histoire de parer à ses coups fatals. En sus, il aurait pour mission le « monitoring » en temps réel et la prévention de toute insurrection populaire. A ce propos, la carte d’identité « biométrique » dont sa version originale –que zerhouni avait initiée -était en réalité un dossier sociométrique ( une sorte de fichier de police) que le citoyen lui-même se chargeait de constituer sur sa propre personne.

    DRS et CONAD ne sont pas de bons samaritains au service du citoyen. S’ils l’étaient ils n’agiraient pas dans le secret total car le secret est le propre des sectes dangereuses. En réalité Ils se concurrençaient l’un pour garder, l’autre pour l’arracher, le centre de décision politique, le centre ou transite et se repartit toute la richesse du pays. Ainsi, le DRS n’a détruit le CONAD que pour jouir de ce privilège en exclusivité.
    A défaut de pouvoir reformer le DRS et de l’assigner a sa mission telle que définie par la constitution,Bouteflika a voulu créer son propre monstre pour s’installer et installer définitivement sa fratrie au centre de décision politique et de distribution des richesses.
    Pour être au service de la Nation et du peuple, et quelle que soit leur dénomination, les Services Secrets doivent impérativement dépendre d’une autorité civile élue au suffrage universel.
    En conclusion, le monstre a détruit un autre monstre .Il reste toujours un monstre a neutraliser.

  • khaled
    10 juin 2013 at 20 h 14 min - Reply
  • Congrès du Changement Démocratique