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21 November 2018

FFS : de l’opposition à la cooptation

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HAAEl Watan le 14.06.13

Ni la maladie du Président ni la guerre de succession, qui a lieu actuellement au sein du pouvoir, n’ont fait sortir le plus vieux parti de l’opposition de sa torpeur. Un silence qui en dit long sur sa nouvelle stratégie politique.

«Que ceux qui ont entendu le FFS critiquer le pouvoir depuis deux ans lève la main !», plaisante Yazid, un militant du parti. «Avant, le FFS était un TGV, à l’avant-garde de toutes les contestations. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un wagon arrimé à la locomotive du pouvoir», lance, désabusé, un militant du parti sous le couvert de l’anonymat. Alors qu’au niveau de la classe politique, le débat tourne essentiellement autour de la santé du Président et sur la situation du pays, le plus vieux parti de l’opposition semble aphone. Ce silence est perceptible sur le site du parti, où ne sont évoquées que les activités de ses responsables. Ou encore dans «Algérie-politique», un blog dans lequel le député et responsable de la communication, Chafaâ Bouaiche, sous le pseudonyme d’El Mouhtarem, avait l’habitude de vilipender le pouvoir et de s’en prendre aux adversaires du FFS, là aussi plus rien n’est publié depuis le 7 mai.

Idem pour le journal en ligne La Nation, que dirige Salima Ghezali, qui depuis 2000 a intégré le cercle des proches de Hocine Aït Ahmed, dont elle devient conseillère, est en mode stand-by. La dernière mise à jour du journal remonte également au 7 mai. «En décidant de participer aux élections législatives de l’année dernière, le parti n’est plus en mesure de tenir le même rôle qui a toujours été le sien. Comment un parti qui légitime ce pouvoir pourrait-il en même temps s’en prendre à lui ? C’est impossible», résume un ancien cadre du parti. Le FFS, qui vient de mettre en place un présidium  pour remplacer le vieux leader Aït Ahmed et nommer un nouveau premier secrétaire, Ahmed Betatache, lors de la tenue de son 5e congrès, avait déjà donné un aperçu de son repositionnement politique.

Mutisme

En choisissant pour thème principal «La reconstruction d’un consensus national», à la place du traditionnel mot d’ordre «du changement radical du système», les responsables du parti avaient donné un aperçu du changement de cap opéré par Hocine Aït Ahmed, qui se lit déjà dans les positions officielles du parti sur les questions nationales. Même la demande d’une «Assemblée constituante», cheval de bataille de la formation politique depuis sa création en 1963, semble avoir été jetée aux oubliettes lors du dernier congrès. «Le paradoxe actuellement avec le FFS, c’est que tous les mots d’ordre qui ont fait sa force, comme l’alternative démocratique, sont délaissés au profit d’autres plus consensuels, analyse Saïd Khelil, ancien numéro deux et figure historique du FFS. D’autre part, le parti a mis en berne ses thématiques habituelles au profit de thématiques nationalistes qui se veulent rassembleuses. Le parti veut faire croire aux militants que la situation nationale et régionale est tellement préoccupante, qu’elle demande le rassemblement de toutes les forces de la nation.»

Le mutisme actuel du parti vient conforter tous ceux qui soupçonnent celui-ci d’avoir négocié avec le pouvoir. En première ligne de ces accusations le «cabinet noir», composé de Mohand Amokrane Cherifi, Ali Laskri, Rachid Halet, Aziz et Karim Baloul et Saïda Ichlamène, objet de toutes les critiques. Soupçonné d’être le cheval de Troie du pouvoir, ce cabinet noir est également accusé d’avoir fait main basse sur le parti en profitant de l’âge avancé du leader du FFS.

Garanties

«C’est peu probable que Hocine Aït Ahmed soit resté en dehors des décisions qui ont été prises par le parti, estime un ancien secrétaire du parti. Même s’il donne l’impression de ne plus s’intéresser aux affaires, rien ne peut se faire sans son approbation.»  Ce groupe est accusé d’avoir détourné le parti de sa mission originelle qui est de refuser toute «compromission avec le pouvoir», comme tient à le rappeler un militant, et de lui avoir tracé une nouvelle politique. «On n’est pas contre des négociations avec le pouvoir et la participation aux législatives, estime Saïd Khelil. Mais cette participation doit s’accompagner de garanties. Aujourd’hui le FFS est décrédibilisé et ses députés qui devaient faire de la politique autrement se comportent comme ceux des autres partis.»

A ce groupe, il faut ajouter le rôle que joue la journaliste des années 1990, Salima Ghezali, proche de l’ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche. Elle pousserait en interne le parti à soutenir l’ancien Premier ministre de Chadli, au cas où il serait candidat à la présidentielle de 2014. Cette option semble avoir l’accord des membres les plus influents du parti qui avait adressé une invitation à l’ancien chef du protocole de Chadli, qui n’a pas donné suite. «L’ancien Premier ministre ne veut même pas de leur soutien, constate, avec une pointe de cynisme, un ancien cadre. Il connaît l’état des lieux et ne veut pas s’encombrer d’un parti qui ne représente plus que la Kabylie, Béjaïa et Bouira.» Lors d’un meeting à Béjaïa, Karim Tabbou, ancien secrétaire national du parti, écarté, a émis de graves accusations  contre la direction actuelle et son leader, sans que ses propos soient contredits.

Grand écart

L’ancien député du FFS a expliqué que la stratégie du parti, après les événements de 2011, était d’initier des rassemblements dans les quartiers populaires d’Alger et dans plusieurs wilayas du pays, avant qu’une marche nationale ne soit organisée à Alger, à laquelle Hocine Aït Ahmed devait participer. «La direction du parti a subitement changé de programme, quand le pouvoir a décidé de contacter le FFS, révèle-t-il. Ben Salah et le général Touati sont allés négocier avec le FFS, des négociations auxquelles je me suis directement opposé, ce qui m’a valu d’être écarté du parti.» Au cours de son histoire, le FFS a souvent été contraint de faire le grand écart, mais il avait jusqu’à maintenant toujours refusé toute forme de compromission.

En 1997, Aït Ahmed décidait de la participation du parti aux élections législatives, alors qu’en 1995, il signait le contrat de Rome. Cette décision avait déjà brouillé son message auprès des militants. «Pour moi, 1997 est la date butoir, indique Saïd Khelil. Cette année-là, Aït Ahmed décide de participer aux législatives, alors qu’il venait deux ans plus tôt de signer la plateforme de Rome, qui fustigeait le pouvoir en place. Il y avait un hiatus.» Au lendemain de cette participation et devant le faible score obtenu par son parti, le leader du FFS, invité de la chaîne d’information française LCI, s’en prendra aux services de sécurité, qu’il accuse d’avoir volé son parti. «Le Président nous avait promis 20% et ce sont les services de sécurité qui ont réduit cela à 7%», affirme-t-il.

«Le parti s’est jeté dans les bras du pouvoir parce que la relève n’a jamais été envisagée par Aït Ahmed, reconnaît un cadre du parti. C’est le plus grand échec du zaïm qui a toujours fait en sorte que les cadres qui pouvaient lui succéder soient ou marginalisés ou écartés. Aujourd’hui, le parti n’est plus qu’un appareil qui a perdu la plupart de ses cadres.» Face à la possibilité de voir son parti ne pas survivre après sa disparition, Aït Ahmed a décidé de lier le FFS au régime pour assurer sa pérennité. «Il est clair que dans l’attitude d’une certaine connivence avec le pouvoir se joue l’après-Hocine, analyse un ancien cadre du parti. Je pense que Hocine estime qu’il n’a plus les hommes qu’il faut pour tenir le parti et le faire exister politiquement. Il a préféré l’associer au pouvoir que de le voir disparaître.»

Salim Mesbah

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8 Commentaires sur cet article

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  • Ouas Ziani
    14 juin 2013 at 12 h 28 min - Reply

    il a refusé de participer à un fictif coup d’état proposé par Ait Mesbah et c’était Krim Belkacem qui a mordu au leurre; il a refusé la présidence du HCE et c’était Boudiaf qui avait gobé la mouche. Cette fois-ci c’est avec armes et bagages qu’il se livre à ses adversaires. C’est une abdication ? Non,c’est pire, il a livré ses partisans au moment où l’adversaire est justement faible. Quel mystère !!!!!




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  • omar
    14 juin 2013 at 12 h 33 min - Reply

    de kel cooptation du ffs ait ahmed a negocie avec les decideurs le ffs change de cap mais le ffs doit etre juje paraport a ces positions politike et non a des supputation pour mr tabbou une simple kestion il denonce le parlement de khoroto mais jamais il a remis son mandat de depute




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  • Mhend
    14 juin 2013 at 18 h 54 min - Reply

    Je pense que le parti FFS a eu son AVC politique aussi.

    Ait Ahmed,notre respectable historique, a raté, à cause de son Zaimisme propre, l’histoire récente de son parti en empêchant la relève par des jeunes.

    Finalement ce parti n’est pas aussi organiser qu’on le prétendait, car dès que da el Ho a faibli physiquement, ce parti désépaississait de jour en jour.

    Karim Tabou paraissait comme un leader possible mais la machine du parti l’a broyé. Je ne sais pas ce qu’à ce Karim pour être écarté de la sorte mais il me paraissait tenir la route pour prendre le chemin de la relève.

    Moi je ne respecte da el Hocine que pour ce qu’il a fait pour la révolution avec certains autres, mais il m’a immensément déçu depuis déjà quelques années déjà.

    A mon avis, il faudra beaucoup d’année encore pour que ce parti (qu’on ne peut plus targuer …de plus grand et ancien parti d’opposition) relève la tête pour arrêter sa descente aux enfers !

    Le FFS a fait pshuuuuut comme un ballon de baudruche trop gonflé!




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  • rak
    14 juin 2013 at 20 h 45 min - Reply

    Slm Azul Bsr

    S’etant rendu compte que la profondeur du mal est abyssale dans notre societé et que l’Algerie et son peuple a raté le coach en ne saisissant pas l’opportunité du printemps arabe pour diverses raisons d’une part.
    D’autre part le changement ne viendra surement pas de derriere nos ecrans et de l’exil en plus pour la plupart.
    un autre constat qu’il a du faire aussi c’est que l’affrontement frontal avec ce regime en leur prometant les potences sur les places publiques est voué a l’echec vu leurs « puissances  » a tout point de vue et l’ampleur de leurs troupes et de leurs clienteles.
    Aussi je pense a mon avis, qu’il a fini par se rendre a l’evidence, meme si ca lui coute, en appliquant l’adage suivant:
    « La politique est l’art du possible »
    En esperant qu’il puisse arriver a faire avancer le schmilblik avec le concours des hommes et femmes du pouvoir integres et honnetes.

    Cordialement




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  • Mohamed
    14 juin 2013 at 21 h 18 min - Reply

    Le FFS n’est plus ce qui l’était. D’ailleurs, il doit commencer par changer son nom (front des forces socialistes). Mais de quelles forces socialistes parle-t-il? tout ça est révolu. De plus, il a toujours éviter d’agir en se contentant seulement de critiquer et de boycotter tout ce qui bouge.
    Un tel parti aurait du soulever des montagnes dans une pareille période.




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  • meghress19
    15 juin 2013 at 8 h 07 min - Reply

    Le FFS, le seul parti democrate d’opposition, a ete ghettoise en Kabylie par le pouvoir algerien. Malgres l’aura et l’integrite d’Ait Ahmed ,les intellectuels arabophones anestesies par le DRS ne lui ont pas prete main forte pour l’ancrer au niveau national.
    Maintenant ce parti s’est range du cote du pouvoir. Il est du devoir de tous les algeriens de l’extraire des griffes du DRS.




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    • salim
      15 juin 2013 at 18 h 42 min - Reply

      @meghress19
      Mon ami on a pas besoin d extraire un partie des griffes du DRS ni le fln ni le ffs .. faut avoir un nouveau front avec des objectifs bien determine changer le system de la meme facon que 1954 .. sa va arrive le jour on a arrete de parle de nous et vous … va etre just nous les algerian quelque soit votre region. laisse derrier nous tout les histoire de vous&nous est avance pour un vrai changement ..




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  • Rédaction LQA
    22 juin 2013 at 11 h 48 min - Reply

    In http://ait-benali.over-blog.com/r%C3%A9action-%C3%A0-l%E2%80%99article-au-vitriol-de-salim-mesbah-contre-le-ffs

    22 juin 2013
    Réaction à l’article au vitriol de Salim Mesbah contre le FFS.

    Il y a une semaine, dans son édition « week-end », le journaliste d’El Watan, Salim Mesbah, se livre, sans fard ni acrimonie, à un véritable réquisitoire à l’égard du FFS. D’emblée, pour que les choses soient claires, il n’est nullement répréhensible de remettre en cause les choix du FFS. Car, un parti, qui a combattu sans relâche le règne du parti unique, ne peut pas se plaindre du débat contradictoire. En revanche, là où le bât blesse, c’est qu’en parcourant l’article-réquisitoire, il résulte que l’auteur a plus envie de discréditer le parti que de relater objectivement le parcours du FFS. En fait, bien que les militants du FFS n’attendent pas de lui qu’il comprenne les choix du FFS, il aurait pu au moins faire preuve d’un peu d’impartialité.

    En tout état de cause, on n’a pas besoin d’être formé dans la même école que lui [il parle au nom de Hocine Ait Ahmed sans qu’il soit son porte-parole], il est clair que ses interprétations ne tiennent pas la route. Bien qu’il prenne soin de citer un tel ancien cadre du FFS –s’ils trouvent une délectation à se renier, qu’ils ne portent pas atteinte à celui qui a consacré sa vie à l’Algérie –, l’authentique militant du FFS ne peut que s’inscrire en faux lorsque le journaliste affirme que Hocine Ait Ahmed « a décidé de lier le FFS au régime pour assurer sa pérennité. » D’où il tient ces déclarations ? Hélas, il les tient des gens qui ont déclaré la guerre au FFS depuis qu’ils ont quitté le parti. Et c’est là justement que l’on ne peut pas accorder le moindre crédit à l’article de Salim Mesbah.

    Cependant, l’acharnement de la presse à déstabiliser coute que coute le FFS ne date pas d’aujourd’hui. En tout cas, il est un secret de polichinelle que cette presse a abandonné son rôle d’information depuis des lustres. Et si tel n’est pas le cas, pourquoi le journaliste d’El Watan, s’il veut parler objectivement du FFS, ne parcourt pas les différents messages de Hocine Ait Ahmed énonçant les positions du FFS ? Puisqu’il ne veut pas le faire, on peut lui rappeler succinctement les positions et la stratégie du FFS depuis l’avènement du multipartisme.

    Durant les vingt-quatre ans d’existence légale, le FFS ne cesse de lutter pour la restitution du pouvoir au peuple. Convaincu que les institutions ne peuvent être bâties solidement qu’avec le concours effectif du peuple algérien, le FFS est le seul parti à défendre la démocratie en toute circonstance. Pour lui, l’intérêt de l’Algérie réside dans la mise en place des institutions démocratiques. Contrairement à ceux qui confondent l’intérêt du régime avec celui de l’Algérie [dès que le régime s’est trouvé en difficulté en 1991, les pseudos démocrates ont remué ciel et terre pour le sauver], le FFS place l’intérêt de l’Algérie au dessus des intérêts privés. Au jour d’aujourd’hui, ceux qui critiquent le FFS sont les mêmes personnes, notamment les responsables de la presse de l’époque, qui ont applaudi l’arrêt du processus démocratique. Et c’est là justement que se situe la frontière entre le FFS et les démocrates de circonstance.

    Cela dit, pour le FFS, bien que son opposition au régime soit sans ambages, la situation de l’Algérie le préoccupe et l’interpelle continûment. Ainsi, tout au long de la crise des années 1990, le FFS œuvre sans répit pour sortir l’Algérie de ce cycle infernal. Et si les faux démocrates ne s’étaient pas amusés à saper toutes les initiatives du FFS, notamment les propositions contenues dans la plateforme de Sant Egidio, dont l’idée phare est le rejet de la violence pour accéder ou pour se maintenir au pouvoir, l’Algérie aurait transcendé la crise depuis belle lurette.

    Cependant, le rejet de toute solution politique par le régime et ses acolytes éradicateurs annihile, depuis au moins vingt ans, les chances de voir le peuple décider de son sort. Est-ce une sanction pour avoir voté contre le régime en 1991 ? La violence quotidienne que subit le peuple algérien prouve, si besoin est, la répugnance des éradicateurs à toute idée d’associer le peuple algérien dans le processus démocratique. Quant au FFS, à chaque fois que l’Algérie est en danger, il intervient tout en montrant du doigt les responsables de la crise algérienne. En 1997 par exemple, bien qu’il ne croie pas à l’engagement du régime consistant à organiser des élections libres, il utilise la campagne électorale comme tribune [donc sans fixer d’objectif chiffré] pour poser les problèmes politiques. Du coup, quand Salim Mesbah trouve contradictoire le fait de participer à la conférence de Rome et aux élections législatives deux plus tard, il démontre encore une fois son parti pris en vue de salir l’image du FFS. À partir de là, on peut dire que son but n’est pas de parler du FFS, mais de se livrer à une campagne machiavélique à l’encontre du parti d’Ait Ahmed.

    De toute évidence, le climat de guerre savamment entretenu par le régime, aidé par une milice qui rappelle les moments sombres de la période coloniale, réduit l’exercice des libertés à des proportions infimes. Cependant, en 2011, le vent de changement souffle enfin sur l’Afrique du Nord. Cela dit, est-ce la raison pour que le peuple algérien fonce tête baissée dans l’arène ou doit-il opter pour un combat pacifique ? Quoi qu’il en soit, le choix appartient aux Algériens. Ce que l’on peut affirmer en revanche, c’est que les appels aux manifestations à la place du 1er mai n’ont pas l’écho escompté. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la place du 1er mai est loin de ressembler à la place El Tahrir au Caire.

    De toute façon, bien que les ingrédients soient immanquablement les mêmes dans l’ensemble des pays de l’Afrique du Nord, les réponses répressives du régime algérien à toute revendication politique sont à l’origine de cette désaffection populaire. Et si le peuple algérien avait imité ses voisins, on aurait assisté plus à un scénario à la libyenne qu’à un scénario à la tunisienne. Pour Hocine Ait Ahmed, « c’est pour que l’Algérie n’ait plus jamais à payer un tel prix pour la maitrise de son destin qu’il incombe aux Algériens, dans la diversité de leurs convictions et de leurs appartenances, d’indiquer clairement la voie de la construction politique en alternative à la voie de la confusion et de la violence. »

    Par ailleurs, cette voie est-elle l’unique solution ? Contrairement à ceux qui souhaitent le départ de Bouteflika, mais qui revendiquent le recours au coup d’État contre le choix du peuple, le FFS respecte les autres choix. Pour Hocine Ait Ahmed, le seul adversaire est le régime atteint de cécité. « Cela fait des décennies que nous vous disons que votre démarche conduit le pays à sa perte ! Et vous venez maintenant nous dire que le pays est en danger… Notre démarche, depuis le congrès de la Soummam, se distingue de la vôtre par l’option stratégique de la primauté que nous accordons à la construction politique. La primauté du politique [et non pas la culture du coup d’État que semble apprécier le camp de Salim Mesbah] parce qu’il signifie l’organisation de la société autour de la défense de ses intérêts », écrit Hocine Ait Ahmed en mars 2012.

    En tout cas, bien que le FFS prenne part aux élections législatives de mai 2012, Hocine Ait Ahmed rappelle ce qui sépare le FFS du régime. « Notre conception de la participation n’est pas la même que la leur : nous nous investissons dans la mobilisation des citoyens en vue d’une finalité politique collective alors qu’ils s’investissent dans la promotion des clientèles en vue d’un intérêt privé », argue-t-il. Malgré les pronostics de la presse faisant état de l’entrée du FFS dans les rangs, il n’en est rien. Qui peut d’ailleurs imaginer le FFS cautionner une démarche qu’il a condamnée depuis un demi-siècle ?

    Quant à la situation actuelle, la lecture du FFS concorde avec sa vision globale de la situation politique. En effet, bien que Bouteflika ait une part de responsabilité non négligeable dans la détérioration de la situation du pays, son départ, comme l’exigent ceux qui lui reprochent de ne pas être assez éradicateur [d’où l’opposition de certains à Bouteflika et non au régime en général], ne résoudra pas le problème. « Changer un président par un autre, un parlement par un autre ou un gouvernement par un autre ne modifiera pas la donne », répond Ahmed Betatache à la question du journaliste d’El Khabar.

    En somme, pour le FFS, le responsable de la crise algérienne est identifié. Le régime actuel, qui s’était installé par un coup d’État en 1962 et qui s’est maintenu trois décennies plus tard grâce à un autre coup d’État, est le seul responsable de la tragédie algérienne. Tout au long de son existence, le FFS ne cesse de rappeler cette évidence. Bien que le régime ait voulu maintes fois l’amadouer, la réponse de Hocine Ait Ahmed a été et est un refus catégorique. Pour lui, seul le peuple algérien est habilité à définir le choix de la politique du pays. Cette conviction est partagée par tous les militants du FFS. Quant à ceux qui ont quitté le FFS, ils sont libres de changer d’opinion. Ce qu’ils n’ont pas le droit de faire, c’est de donner des leçons à ceux qui sont restés fidèles aux idéaux du FFS. Enfin, il suffit de voir les médias qui les accueillent avec une délectation particulière pour se rendre compte de leur démarche revancharde envers leur ancienne formation politique. Le meilleur exemple est celui de Karim Tabbou. Or, si le FFS est si mauvais que ça, pourquoi tu ne rends pas le mandat que les militants du FFS t’ont confié ?

    Par Ait Benali Boubekeur




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