Édition du
21 November 2018

Aller au fond des vrais problèmes, pour rompre le cycle des logiques de terreur

HadjeresSadek Hadjerès

L’Algérie indépendante avait connu dans les années 90 le piège et l’enfermement dans un cercle infernal de terreur et de massacres. Le cycle a duré une décennie, à une échelle infiniment plus massive (par dizaines de milliers de victimes) que ce qu’a vécu le France après la vingtaine d’assassinats liés à l’attentat contre les journalistes de Charlie Hebdo.

La différence entre les deux situations, porteuse ou non d’évolutions moins dramatiques selon que les vraies leçons en seront ou non tirées, c‘est qu’en France presque aussitôt et pour de multiples raisons, une immense clameur populaire s’est élevée au grand jour. Sa signification principale à mon avis, a été qu’à différents niveaux d’expressions et de contenus, s’est exprimée une façon d’exorciser en groupe les sentiments de peur, d’indignation et d’incompréhension. Sentiments humainement compréhensibles, liés à l’aspiration largement partagée à un « vivre ensemble » dans la paix et le respect mutuel. Mais aussi sentiments sourdement contrecarrés par les méfiances, les a priori idéologiques, les réels conflits d’intérêt avec leur cortège de manipulations et de récupérations politiciennes.

En fait, un nombre considérable de citoyens français se sont découverts brusquement face à un risque énorme dont ils avaient sous-estimé jusque-là en général  la proximité et la dangereuse ampleur possible. D’autant plus que la signification et les racines de ces dangers leur étaient grandement masquées par les émissions télévisées concernant des pays plus lointains.

Bien installés devant leurs postes à grand spectacle, ils étaient en majorité peu conscients des considérables problèmes sous-jacents à l’émergence et à l’essaimage des actes terroristes. Comme si ces derniers ne concernaient que les autres peuples écrasés sous les bombes, les missiles, les drones et les attentats ! Comme si « l’exportation » par les armes des modes de démocratie à l’occidentale ne pourrait jamais être sans conséquence sur le confort et la sécurité des citoyens paisibles d’Europe.

Cette libération des sentiments et des aspirations  à l’échelle  de millions de manifestants diversement motivés, aura-t-elle à terme des effets bénéfiques à la hauteur des souhaits légitimes ? Concrètement, suffira-t-elle à modifier positivement les mentalités, les comportements et les  décisions des gouvernants, des sociétés et des acteurs politiques ?

La question est cruciale, car depuis trente ans, le fléau des terrorismes, qu’ils soient d’Etat ou d‘organisations et de groupes non étatiques, n’a fait que s’amplifier, essaimer et s’aggraver. Parce que l’ensemble des acteurs, volontairement ou involontairement, n’en ont pu ou voulu maîtriser toutes les racines, croyant dans le meilleur des cas en atténuer les effets au lieu de s’attaquer simultanément et radicalement à leurs causes économiques, sociales et géopolitiques. Illusion aussi grossière et meurtrière que celle qui prétendrait guérir une maladie grave en atténuant la fièvre et les douleurs par doses massives d’aspirine.

A ceux qui par intérêt financier ou de pouvoir cherchent à entretenir cette illusion et cette impasse, nombre de dirigeants, d’intellectuels, de mouvements sociaux et politiques, en Europe ou hors d’Europe ; ont opposé courageusement les voies de la raison, du réalisme, de la communauté d’intérêts, pour faire triompher les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité dont il ne suffit pas de se gargariser dan les éclarations officielles ou les manifestations à coups de décibels et de panneaux d’affichage.

Même certains experts ou des hauts responsables de « l’establishment » capitaliste comme Villepin  et tant d’autres, ont dressé un constat sévère envers ceux qui, prétendant combattre les terrorismes, leur ont ouvert un boulevard de plus en plus large. La défaillance principale dans la lutte contre les effets ravageurs des terrorismes au cours des décennies écoulées, ne réside ni dans les insuffisances supposées ou réelles du renseignement, ni dans celles des interventions sécuritaires sur le terrain : les unes et les autres ont bénéficié de moyens considérables, avec les résultats que l’on connait. Entre les deux, il y a une faille béante, celle de l’évaluation politique pertinente, avec l’irremplaçable instrument que sont pour tous les protagonistes  les instructifs « retours d’expérience » et les jugements sur résultats.

Ce n’est pas un hasard si cette exigence élémentaire a été bafouée par nombre de décideurs, emprisonnés dans leurs stratégies et calculs de profits immédiats,d’ intérêts étroits de classe et de clans prédateurs, d’hégémonismes militaires, économiques et de pouvoir sur les sociétés et les nations. Leur obsession du « tout sécuritaire » tue ou affaiblit les capacités politiques et le potentiel démocratique  de résistance anti-terroriste. Pour paraphraser Einstein, la  grande folie serait pour  résoudre les problèmes, de compter naïvement sur ceux qui ont les ont créés.

C’est donc au prix d’efforts appropriés, difficiles et de long terme, dans le cours des luttes de libération nationale et sociale globales (la lutte anti-terroriste n’étant qu’un des éléments), que reculeront les incitations sinistres à l’islamophobie et à toutes les formes d’intolérances, de racismes, d’intégrismes et de diktats de quelque nature qu’ils soient, qu’ils émanent d’injonctions néolibérales ou de fetwas takfiristes !.

Le RESPECT  des justes droits et aspirations des peuples, de leurs sensibilités culturelles, religieuses et philosophiques, c’est le maître-mot, la clef des luttes communes souhaitables vers un avenir de paix et de mieux-être pour tous*.

 

Sadek Hadjerès, 13 janvier 2015

 


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3 Commentaires sur cet article

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  • Mahhiedine
    14 janvier 2015 at 20 h 53 min - Reply

    @Hadjeres Sadek

    Ya si Sadek , j’ai un immense respect pour vous mais il faut qu’on se rende tous à l’évidence que la conscience et la culture politique de notre peuple n’est plus comme avant !

    Aujourd’hui on mobilise soit disant «le peuple» contre le pouvoir avec des ersatz ou des succédanés ! Le problème du pays est autrement plus grave que les gaz de schistes, même si on sait que la protection de la santé des populations et l’environnement c’est très important ! Il y a des super puissances qui polluent et qui s’en foute éperdument de l’environnement même si on nous parle à longueur de temps de …. « Conférence mondiale pour préserver l’environnement » ou autres stratagèmes de ce type ! Nous on a même pas de démocratie, de liberté de pensée, de liberté de culte,de liberté de conscience, on n’a même pas de justice, on n’a même pas d’Etat de droit mais on se soulève contre … les gaz de schistes! Le monde à l’envers quoi ! Les Etats Unis s’en contre fiche de l’environnement, mais nous tout seul, on veut protéger la planète ! Et avec çà, je ne suis pas sûr que plus de 3 % de la population d’In Salah (ou du pays) sait de quoi çà retourne cette histoire de gaz de schistes ! Mais bon c’est ainsi !

    Moi, je ne comprends plus rien ya si Sadek , on arrive à mobiliser beaucoup de monde pour les gaz des schistes mais rien contre Bouteflika ! Il y a un problème ya si Sadek que je suis incapable d’expliquer : Je sais qu’on a des «spécialistes» qui nous expliquent tout çà mais moi je me perds dans leur explications ! Est-ce que qu’il existe une intelligentsia dans le pays ? Est-ce que l’enseignement, l’école et l’université forment des hommes qui raisonnent, et-ce qu’ils forment de homme pour la maîtrise du savoir et de la connaissance ??? J’en doute !

    Ya si @Sadek, laa3hzigh , sans vouloir vous conseillez (hachaa) , mais moi je pense que c’est mieux pour vous que vous vous occupiez de votre santé ou de même de vous mettre à l’écriture , c’est mieux à mon avis ! Vous, votre devoir vous l’avez déjà fait et très bien fait d’ailleurs, mais ya si sadek , nous n’avons plus de peuple politisé au sens noble du terme pour s’époumoner pour lui ! Notre peuple est un devenu un zombie, un mort qui se croit vivant ! Il ne lui reste plus d’ailleurs que la religion comme encrage de salut et de mobilisation mais est-ce suffisant pour l’avenir du pays à l’heure d’une mondialisation impitoyable et d’une domination de plus en plus marquée des pays arabo-musulmans ????

    Mais , un grand salut quand même à toi cher ami Sadek et bon courage !!!




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  • l’éveillé
    20 janvier 2015 at 8 h 44 min - Reply

    d’accord avec vous ya si sadek, allons au fond des vrais problèmes pour rompre le cycles des logiques de terreur . 1) votre ancien parti le pags a été infiltré , manipulé et enfin liquidé dés la fin des années 80 pour justifier le putch de 1992 , et applaudir les sinistres éradicateurs . 2) et si on revenait à nos moutons . on ne doit comparer que ce qui est comparable . la France n’est pas l’algerie et vice versa . si la démocratie française est bien installée et la légitimité de la gouvernance ne se pose pas et ou l’alternance fait partie des mœurs politiques , ce n’est pas le cas de l’algerie ou le choix du peuple est à chaque fois confisqué . depuis 1962 le peuple s’est exprimé librement 2 fois pour se voir à la fin violenté , agressé … le referendum de 1962 et les élections de 1992 . pourquoi le choix du peuple gene ? et pourquoi les putchistes trouvent toujours des « intéllos » pour justifier sa répression . l’algerie est bloquée non pas à cause des choix de son peuple mais bien à cause de la maffia d’élmouradia et malheureusement de cette intelligentsia aliénée et qui le trahit à chaque rendez vous . kateb yacine , moufdi zakaria , malek bennabi ne vous auraient jamais rejoint dans votre trahison des choix populaires .




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    • Merouane
      20 janvier 2015 at 14 h 00 min - Reply

      @l’éveillé

      Cher compatriote, ne raisonnez pas avec l’émotion çà ne vous mènera pas loin ! Beaucoup de citoyens algériens voyaient que le projet du FIS n’est pas la solution ! On est certes un pays arabe et musulman mais il faut vous mettre dans la tête qu’un pays ne peut pas fonctionner en 2014 avec la « charia » !

      Et en plus, quand vous dite à Si Saddek : ….. « votre ancien parti le PAGS a été infiltré , manipulé et enfin liquidé dés la fin des années 80 pour justifier le putch de 1992 , et applaudir les sinistres éradicateurs » …., vous vous mélangez complètement les pieds, vous êtes dans un incohérence historique totale et vous mélangez tout !

      Cher compatriote, l’histoire du PAGS vous ne la connaissez pas très bien je le devine à votre façon d’en parler. De plus, vous devez savoir, vous qui me paraissez être un intellectuel, que de toute façon les sympathisants ou les militants de ce parti communiste, comme beaucoup de « non communistes » d’ailleurs, ne peuvent pas accepter que ce soit la religion qui gouverne un peuple, une société, même si pour vous islam et politique sont un seul et même mot ! En 632, c’était certes possible, mais c’est impossible aujourd’hui car le monde évolue et la grande qualité et intelligence de l’homme c’est de s’adapter à cette évolution inéluctable !

      D’ailleurs si vous connaissez très bien le Coran et que vous l’avez bien assimiler, il est possible de vivre en vrai et authentique musulman sans imposer d’une manière autoritaire la « dictature religieuse de la charia » à l’ensemble des citoyens !

      Cordialement et respect cher @l’éveillé, mais se serait bien que vous vous éveilliez de temps en temps !




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    Congrès du Changement Démocratique