Édition du
5 December 2016

L’énigme du Clan au Pouvoir

Partage du gateau Algérie« Au début de la révolution, pour se ravitailler auprès des paysans, les vrais moudjahidines se contentaient du peu de galettes et  de dattes qui leur étaient offertes. Peu d’années après, certains (les faux) voulaient festoyer ».

Témoignage innocent de ma mère

La physique est une science magnifique. Elle étudie les phénomènes naturels depuis l’infiniment petit jusqu’à l’infiniment grand. Cependant, ce que je trouve particulièrement magique dans cette science c’est ce génie qu’ont les physiciens de pouvoir prédire de temps à autre ces découvertes merveilleuses par le simple jeu du raisonnement et du calcul mathématique avant même toute observation ou confirmation expérimentale. Un cas historiquement remarquable est la prédiction de l’existence de la planète Neptune à partir de l’analyse du comportement de ses planètes voisines au moyen du calcul mathématique avant son observation ultérieurement au télescope. Un autre cas est la prédiction de certaines particules élémentaires qui ont été d’abord conçues par la théorie et puis confirmées plus tard par l’observation. En physique subatomique, une particule nommée Boson de Higgs, conçue et prédite en 1964; a été très activement recherchée depuis lors par les expérimentateurs dans les accélérateurs de particules. Elle n’a été détectée que récemment en 2012, soit un demi-siècle plus tard. Les physiciens s’attendent à ce qu’elle révèle des secrets ultimes sur la création et la constitution de l’univers.

Devant ces succès de la physique, je trouve dommage que l’on ne puisse pas faire de même en sciences sociales pour mettre en lumière certains faits inexpliqués, certains « vides » ou énigmes de l’histoire que l’on aimerait bien comprendre. Ibn Khaldoun a traité quelques questions reliées à la véracité des récits historiques. Il préconisait de filtrer les légendes et les récits en les analysant logiquement et en les confrontant autant que possible par rapport au réalisme pour en déterminer le degré de crédibilité. En archéologie; en exploitant les manuscrits, les vestiges, et les fouilles; de nombreuses découvertes ont permis de lever le voile sur quelques énigmes des civilisations anciennes. Mais en politique, pour tenter de lever une énigme, on utilise la compilation de documents historiques et les témoignages qui restent malheureusement influençables par le facteur humain. Cela rend la mission plus complexe comme d’ailleurs en physique quantique ou l’agent observateur altère le comportement de l’objet observé.

Oui, c’est dommage car il y a une énigme fondamentale à lever à propos de l’histoire moderne de l’Algérie. En effet, au vu des sacrifices consentis par les Algériens pour acquérir leur indépendance, mais surtout au vu de l’évolution négative de l’Algérie depuis l’indépendance à ce jour; il est nécessaire de questionner sérieusement l’histoire et les historiens sur ce groupe qui s’est organisé pour l’usurpation et le maintien a n’importe quel prix du pouvoir. Le comportement de ce groupe, sa façon de contrôler sans partage le pays et ses ressources, sa répression des citoyens rendent sa présence à la tête du pouvoir non seulement suspecte mais responsable de la déchéance de ce pays. Depuis l’indépendance, ces néocolonialistes déguisés en remplacement des colons avec la compétence et le travail en moins se sont permis de verrouiller ce pays pour en faire tout simplement une affaire prive.

Mais comment en est-on arrivé là ?

Certains documents historiques nous apprennent que le mouvement nationaliste Algérien a commencé à émerger progressivement et a précisé sa revendication de l’indépendance dès les années vingt. Profitant d’un milieu syndical, l’étoile nord-africaine fut constituée en 1926 à Paris. Messali El Hadj, en 1937 créa le parti du peuple algérien (PPA). L’homme devenait la figure emblématique de ce mouvement qui revendiquait l’indépendance de l’Algérie, pas moins. Afin de briser cet élan, la France usa d’un islam politique depuis Paris au moyen, entre autres, d’un fervent homme de main du nom de Kaddour Benghabrit, à qui elle confia la Grande mosquée de Paris avec la mission de freiner l’appétit grandissant des indépendantistes.

Cependant, une autre forme d’islam politique ayant pour base le sol algérien se propageait revendiquant le caractère arabo-musulman des indigènes. En réponse au déni de l’existence de l’Algérie par la France; un des membres de l’association des oulémas Cheikh Embarek El Mili rédigea un ouvrage intitulé « l’Algérie de l’antiquité à nos jours », dont le premier volume parut en 1928 où il défendait l’existence de l’Algérie et de son histoire. L’ouvrage a été préfacé par le président de l’association des oulémas algériens Abdelhamid Ben Badis qui a mesuré toute l’importance de l’œuvre. Dans la préface, il écrivit « Si en Islam, Allah stipule: celui qui sauve une vie humaine c’est comme s’il a sauvé toute l’humanité. Qu’en est-il de celui qui (par ce livre) sauve toute une nation? « .

Mais il n’y a pas de raison de s’étonner, le colonialisme à lui aussi l’habitude de bien marier la religion et la politique. Au début de l’invasion de l’Algérie et pour faciliter son expansion; la France a utilisé l’islam politique en enrôlant à ses côtés quelques chefs religieux. Comme elle utilisa d’ailleurs le christianisme politique avec un « embedded » religieux du nom de Monseigneur Lavigerie, chef de file des pères blancs, qui s’est donné pour mission de rechristianiser l’Algérie.

Dans cette période d’entre les deux guerres. Ferhat Abbas en nihiliste et assimilationniste, du moins à cette époque, renia publiquement par un texte paru le 23 février 1936 l’existence de l’Algérie et son histoire. Il jura qu’il incarne sa mère-patrie: la France comme Bouteflika, bien plus tard, prétendra avec arrogance qu’il incarnait l’Algérie.

Néanmoins, c’est surtout après la seconde guerre mondiale que le vent de la décolonisation s’est fait sentir. C’est dans une telle confusion des rôles et dans de telles extrêmes contradictions que le mouvement nationaliste Algérien a dû unir les différentes tendances et prendre son élan. Les 8 mai 1945, alors que la France célébrait la victoire des Alliés sur l’Allemagne; en Algérie, des manifestants scandant « vive l’Algérie indépendante ! » furent massacrées et emprisonnées.

Parallèlement, une vague de répression toucha les trois principales tendances politiques nationales algériennes qui s’étaient unies au sein des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML). Celles-ci furent dissoutes, par les autorités françaises, le 15 mai. Messali Hadj fut déporté à Brazzaville, Ferhat Abbas alors dirigeant des AML fut envoyé en prison ainsi que le Cheikh Bachir El Ibrahimi le président de l’association des oulémas [1].

Chose incompréhensible, ce même scénario s’est reproduit juste après l’indépendance, ou les trois leaders des différentes tendances nationalistes se sont retrouvés dans l’isolement par ce clan usurpateur. Messali El Hadj se trouva totalement isolé et écarté. Ferhat Abbes sera utilisé puis placé en résidence surveillée. Un peu plus tard, le représentant de l’association des oulémas El Bachir El-Ibrahimi se trouva placé en résidence surveillée.

Comment lever cette énigme ?

Abdelouahab Zaatri

[1 ]  Youssef Girard, « Le 8 mai 1945 dans le Nord-Constantinois : retour sur un massacre », posté le 07 Mai 2012  au site:http://oumma.com/12704/8-mai-1945-nord-constantinois-retour-un-massacre

 


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5 Commentaires sur cet article

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  • Bourourou
    3 mars 2015 at 10 h 12 min - Reply

    Merci pour cet article riche d’enseignement, clair et concis .

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  • SAID
    31 mars 2015 at 18 h 38 min - Reply

    A mon avis, il n’y a pas d’enigme. L’histoire et l’evolution du mouvement national depuis l’etoile nord-africaine jusqu’au 1ier Nov 54, l’explique.
    Pour aboutir à la revendicaton principale qui est l’independance, il a fallu serrer les rangs et unir tous les algeriens dans un front « unique ».
    Le refus de Messali Hadj de reconnaitre le FLN ou à la limite de negocier avec lui, a abouti aux massacres fratricides que tout le monde connait. Cette experience douloureuse de la revolution a fait croire aux dirigeants de la revolution, que toute opposition est un danger !!
    Comme on dit, l’appetit vient en mangeant, aprés 62, il fallait garder le pouvoir pour soit, (ceux qui ont les fusils).
    et ça continue. Qui dit opposition, dit « main de l’etranger ».

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  • k Seddiki
    8 avril 2015 at 17 h 41 min - Reply

    Ferhat Abbas en nihiliste et assimilationniste, du moins à cette époque. C’est une expression imbécile et l’auteur aurait dû se renseigner d’avantage avant de s’en prendre à ce grand homme qui a voué sa vie à l’Algérie.Son combat a été précurseur et si ,à l’époque, il a été suivi et soutenu,les algériens ne seraient pas actuellement en train de se coucher pour obtenir un visa et l’Algérie ne ressemblerait pas à un désert .
    KS,

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    • zaatri
      8 avril 2015 at 20 h 11 min - Reply

      L’auteur, aussi imbécile qu’il puisse être, ne s’en prend pas du tout a cet homme. C’est cette homme qui a écrit: La nation algérienne?
      Le point de vue de Ferhat Abbas.
      Si j’avais découvert la nation algérienne, je serais nationaliste et je n’en rougirais pas comme d’un crime. Les hommes morts pour l’idéal patriotique sont journellement honorés et respectés. Ma vie ne vaut pas plus que la leur. Et cependant je ne mourrai pas pour la patrie algérienne parce que cette patrie n’existe pas. Je ne l’ai pas découverte. J’ai interrogé les vivants et les morts, j’ai visité les cimetières, personne ne m’en a parlé [ … J. On ne bâtit pas sur le vent.

      Ferhat Abbas, avril 1936, cité dans Ch.-A. Julien, L’Afrique du Nord en marche, Julliard, 1972.

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  • Halim
    8 avril 2015 at 21 h 52 min - Reply

    Moi ce que je remarque ce n’est pas le texte mais la photo qui accompagne l’article!

    Regardez bien l’acharnement de ces prédateurs et dinosaures à découper …. le pays …!!!

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