Édition du
11 December 2016

Hommage à notre frère Aîné Me Mahmoud KHELILI, militant impénitent des Droits Humains

A la mémoire de Mahmoud Khelili

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02Il y a 12 ans, le 06 mars 2003 décédait notre frère aîné et compagnon de lutte, Me Mahmoud KHELILI, Rahimahou Allah. Ancien maquisard de la guerre de libération nationale et militant impénitent des Droits Humains, il mènera durant toute sa vie un dur combat contre l’injustice sous toutes ses formes et pour le respect de la dignité humaine, bafouée par les bravaches qui confisquèrent l’indépendance du pays et les libertés des citoyens.
Avec abnégation et  désintéressement il sera de toutes les luttes au service de l’opprimé. De la sinistre  Cour de Sûreté du régime (et non de l’Etat) des années 80 aux iniques et scandaleuses  Cours d’exception (pompeusement appelées cours spéciales) des années 90, il sera auprès et au service de tous les opposants au régime imposé par la force des armes, qu’ils soient islamistes, berbéristes, benbellistes, gauchistes, membres de la ligue (illégale aux yeux du régime illégitime) ou autres, loin de toute sélectivité d’ordre idéologique ou partisane.

Douze ans après sa disparition, qui se souvient de ce militant, parmi ses confrères et « amis » ? Il est pratiquement ignoré par notre jeunesse.

Si Mahmoud, par son engagement et ses sacrifices, a été un exemple pour notre génération. Douze ans après sa disparition, nous sommes hélas loin de cet esprit humaniste qui animait ce militant. Les Droits de l’homme sont devenus aujourd’hui pour certains opportunistes, un juteux fonds de commerce pour le tourisme droit-de-l’hommiste et  un tremplin pour d’autres, pour faire carrière en boulitique, carrière éphémère et factice.
La prétention, l’opportunisme, les intrigues, les privilèges et le zaimisme ont hélas pris le dessus sur les principes de la Dignité Humaine,  des Libertés et du sacrifice pour les causes justes au service des Humbles.
Que cette commémoration soit l’occasion pour notre jeunesse de replonger dans la vie de ce militant humble, courageux et sincère. Qu’il puisse leur servir de Guide et de référence, loin du droit-de-l’hommisme ambiant des salons, des intrigues et des voyages.

من المؤمنين رجال صدقوا ما عاهدوا الله عليه فمنهم من قضى نحبه ومنهم من ينتظر وما بدلوا تبديلا

Salah-Eddine SIDHOUM
Alger le 06 mars 2015
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HUMAN RIGHTS WATCH

On the passing of Maître Mahmoud Khelili of Algeria On behalf of all my colleagues at Human Rights Watch, I wish to express my sorrow at the passing on March 6 of Mahmoud Khelili and convey our condolences to his family, friends, and colleagues. Me. Khelili nobly served the cause of human rights in Algeria through his defense of clients before the courts, through the frequent bulletins that he sent to the news media and to civil society organizations, and through his voluminous documentation of human rights violations. He persisted in his devotion to the cause despite great pressures exercised against him and members of his family, and in disregard for the increasing fragility of his health. I feel honored to have known Me. Khelili, and fortunate to have been graciously received by him as recently as November 2002, at his law office in el-Harrach. The human rights community has lost one of its pillars. Eric Goldstein March 13, 2003

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Mahmoud Khellili, Menschenrechts-Anwalt

Süddeutsche Zeitung, 22 mars 2003

Geboren 1935 in El Harrach bei Algier / Gestorben am 6. März 2003 auf dem Pariser Flughafen Charles de Gaulle

Als junger Mann war er Partisan im algerischen Befreiungskrieg. Mit der Unabhängigkeit seines Landes wurde er 1962 Polizeikommissar. Doch Mahmoud Khellili nahm weiter Anstoß an Ungerechtigkeit und Korruption, legte sich mit der neuen Nomenklatura an und wurde 1973 kurzzeitig verhaftet. Im Jahr darauf quittierte er enttäuscht den Polizeidienst.

Khellili studierte Jura und ließ sich als Anwalt nieder. Schnell machte sich der eloquente Jurist einen Namen. In den achtziger Jahren war er bei allen politischen Prozessen Algeriens präsent, verteidigte Berber, „Benbellisten“, Kommunisten und Islamisten. 1989, in Zeiten politischen Tauwetters, gründete er den Anwaltsverein Syndicat national des avocats algériens. Als er öffentlich Korruption in der Justiz anprangerte, wurde er für zwei Jahre beruflich kaltgestellt.

1990 organisierte er eine Kampagne gegen die Todesstrafe. In den kriegerischen Jahren nach dem Putsch 1992 kämpfte Khellili gegen Folter, Sondergesetze und –gerichte und warf sich für die Opfer der Sicherheitskräfte, die Verhafteten, Verschwundenen und Massakrierten in die Bresche. So wuchs Khellili zur wichtigsten Stimme der Menschenrechte in Algerien. Dabei war der Anwalt, von verängstigten Kunden verlassen, zu einem sehr bescheidenen Lebensstil gezwungen. Sein kleines Büro, prall mit Akten gefüllt, war bald Pflichtadresse für Journalisten und Menschenrechtsaktivisten aus aller Welt. Er wurde selbst zum Objekt von Einschüchterung, Schikanen und Morddrohungen. 1994 verhafteten Staatsorgane seinen Sohn Farid wegen „terroristischer Aktivitäten“. 1998 fielen Polizisten und Militärs über seine Wohnung her, misshandelten seine Familie und verhafteten zwei Söhne.

Khellili starb, aus Algier kommend, auf dem Pariser Flughafen an Herzversagen. Seine Freunde und Mitstreiter verfassten viele bewegende Nachrufe auf den „großartigen und kühnen Löwen“.

Tim Murphy

Weitere Nachrufe:
A la mémoire de Me Mahmoud Khelili

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Message de M. Said Ait Abdallah

18 mars 2003

L’Algerie vient de perdre en la personne de Maitre Mahmoud KHELILI l’un de ses fils les plus prestigieux tant il incarnait les grandes valeurs de l’humanité.
Sa détérmination d’empêcher l’assassinat de son peuple à huit clos fera de lui la cible priviligiée du système et de ses relais?.
Il n’a pas attendu les recommandations d’un certain touriste pour rentrer dans l’arène ou seul les vrais lions pénètrent pour relever des défis où malgré tous les monstres que le système a fait défiler, le lion des opprimés n’a jamais cessé de rugir.
Le destin a tenu à ce que ce soit dans ce lien symbolique ( aéroport de Roissy) que vienne s’éteindre l’homme humble et génereux pour que son peuple et le monde s’inprègne davantage sur l’oeuvre immortelle puisé dans la conscience d’un géant.
En partageant leurs douleurs , je présente mes plus sinceres condoléances à la famille de Mahmoud Khellili, un homme que j’ai tant aimé et tant respecté.
Said AIT ABDALLAH

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Honte à Paris et à Alger…

A la mémoire de Maître KHELILI …par Marina Ladous, réalisatrice

Paris, le 9 Mars 2003

Mon téléphone a sonné trop tôt pour un samedi matin, une voix triste a sonné l’immense tragédie, votre mort Maître, d’un coup du cœur sur le tarmac de Roissy…
Honte à ma France qui n’avait pour vous aucun cortège d’honneur, juste le bras de votre femme qui n’a pas pu lutter contre cette attaque.
Maître, vous êtes mort comme vous avez vécu, dignement et debout, c’est votre ultime coup de maître à la vie.

Honte à moi qui n’eut pas assez d’influence pour faire crier votre voix, notre film parce qu’il est autant le mien que le vôtre, jusqu’à ce triste jour de 2003, notre film ne vit que sur des grands-écrans, mais je vous jure maître que bientôt le petit écran se fera l’écho de vos batailles.

Honte à mon président qui a trop écouté le vôtre sans vouloir entendre le peuple.
Honte aux organisations qui ont gardé leur porte close à votre veillée funèbre.
Mehdi, votre ami et le mien, ce rescapé de l’inaudible, ce témoin vivant des portés disparus vous pleure aujourd’hui comme tous ceux qui n’avaient que vous pour défendre leur malheur, tous ceux qui dans cette rue d’El Harrach veillaient sur vous et sur la sécurité militaire.
Je pense à eux aujourd’hui et j’ai peur pour leur juste cause, j’ai peur que personne n’ait le cœur à votre combat, votre mort me fait peur maître, je vous l’avoue.
« Tu as ici un vieillard et une jeune femme, mon fils baisse ton arme parce que si tu tires, c’est toi que tu condamnes… » Le soldat n’avait, Dieu merci, pas tiré et j’avais beaucoup pleuré dans vos bras, merci encore pour ce jour là, un jour de Mars 2000, ou de 1999 ou de 1998…

Depuis toutes ces années et trois arrêts clandestins à Alger, en votre compagnie, j’ai entendu, filmé et admis, les tortures, les actes de barbarie, les portés disparus, les noms des corrompus corrupteurs qui saignent votre peuple. Depuis toutes ces années, votre instinct de justice a porté mes rencontres et mes images portent votre combat.
Merci Maître de m’avoir tendu la main sur le chemin de la vérité, celle des gens de cœurs comme vous…

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Algeria-Watch, 9 mars 2003

Mahmoud Khelili est décédé le 6 mars 2003. Un symbole de la lutte contre l’injustice, le mépris et la hogra nous a quitté, un doyen des défenseurs des droits humains s’est éteint.

Tous ceux qui ont connu ou côtoyé Mahmoud savent de quelle trempe il était. Devant toute injustice, tout abus de pouvoir, il se levait et agissait. Il a défendu toutes les causes justes, sur tout le territoire, à tout moment.

Au plus fort des années de sang, il a bravé les forces de l’ordre et agents de la Sécurité militaire pour dénoncer les détentions arbitraires, la torture, les disparitions forcées, les massacres, les procès inéquitables, la corruption.

Infatigable travailleur, il a assisté les victimes et leurs familles, couru les administrations et les tribunaux, interpellé les autorités algériennes et alerté l’opinion publique internationale. Si la tragédie algérienne a été révélée au-delà des frontières de l’Algérie, c’est aussi grâce aux appels et à l’action incessants de Mahmoud Khelili.

Il a connu intimidations, menaces, filatures, harcèlements administratifs, descentes au cabinet, arrestation et torture de ses fils, etc. Chaque coup porté contre lui a renforcé sa détermination à combattre l’injustice. Sa force et sa constance ont été d’un soutien existentiel pour les familles souvent désespérées et impuissantes face à une machine de guerre semblant omnipotente et omnipuissante.

Ces dernières années, ses problèmes de santé se sont accrus. Malgré les recommandations de ses amis et médecins, il ne s’est pas ménagé et n’a cessé de travailler et de défendre les victimes de l’arbitraire. Son cœur fragile, n’a pas tenu. Mahmoud a été rappelé. Qu’il repose en paix.

En rendant l’âme dès son arrivée à l’aéroport de Paris, Me Mahmoud Khélili accomplissait son dernier acte de résistance à la tyrannie des généraux algériens qu’il n’a cessé de dénoncer et de combattre toute une vie de militant des droits de l’Homme durant. Le président Jaques Chirac n’a pas dit un seul mot à toutes ces victimes du régime, à tous ces militants des droits de l’Homme, emprisonnés, harcelés, menacés de mort, à toutes ces mères de disparus qui couraient le long de son cortège à Alger ou à Oran pour l’interpeller. L’Algérie lui envoie une de ses figures de lutte pour les droits de l’Homme les plus imposantes pour expirer sur la terre des droits de l’Homme, sur le tarmac du même aéroport français qui l’a accueilli à son retour.

Le peuple algérien saura se souvenir de lui et veillera sur sa mémoire.
Le noble combat de Maître Mahmoud Khelili sera continué par d’autres femmes et hommes d’Algérie et mené jusqu’à la libération.

Lahouari ADDI, Farid AISSANI, Hocine AIT-AHMED, Abdennour ALI YAHIA, Yahia ASSAM, Madjid BENCHEIKH, Omar BENDERRA, Sofiane CHOUITER, Nacera DUTOUR, François GÈZE, Mohamed HARBI, Ghazi HIDOUCI, Anne JOUBERT, Anouar KOUTCHOUKALI, Ahmed MANAI, Salima MELLAH, Mehdi MOSBAH, Marguerite ROLLINDE, Abderrahmane Amine SIDHOUM, Salah-Eddine SIDHOUM, Habib SOUAIDIA, Fatiha TALAHITE, Brahim TAOUTI, Nesroulah YOUS, Fatima YOUS

Le parcours d’un véritable combattant

Mahmoud Khelili est né en 1935 à El Harrach (Alger).

Ancien maquisard de la guerre de libération nationale (dans la wilaya 4), il a débuté sa carrière au lendemain de l’indépendance, dans la police (1962-1974). Il a fait partie de la première promotion des commissaires de police de l’Algérie indépendante (promotion Ali Chérif), puis a été commissaire principal et contrôleur général. Révolté déjà par certaines pratiques (injustice, corruption), il sera arrêté et séquestré en 1973 durant plusieurs jours à l’ex-caserne Pelissier, siège de la direction générale de la police. Il échappera à une tentative de liquidation de la part de directeurs généraux de la police de l’époque. Son crime était d’avoir instruit des affaires de corruption touchant des membres de la nomenklatura de l’époque.

Il démissionne de la police en 1974, poursuit des études de droit et s’inscrit au barreau d’Alger en octobre 1976.

Dans les années 1980, il assure la défense de nombreuses personnes poursuivies dans les grands procès politiques de la période (berbéristes, benbellistes et islamistes). Devant la cour de sûreté de l’Etat, il dénonce les persécutions pour délit d’opinion dont sont victimes ses clients et n’hésite pas à citer des noms de généraux qu’il accuse de crime de torture. Il fait alors partie des avocats des droits de l’Homme qui ouvrent le chemin de la lutte officielle des droits de l’Homme.

Durant l’ouverture démocratique en 1989, il crée le Syndicat national des avocats algériens (SNAA) ce qui déplaira non seulement aux autorités mais aussi au barreau. Lors d’un débat télévisé sur la justice, il dénoncera la dépendance de cette dernière et la corruption y régnant. Il sera suspendu durant deux ans de ses fonctions d’avocat pour avoir essayé de casser ce tabou.

En 1990 il engage une campagne de sensibilisation et de mobilisation pour l’abolition de la peine de mort. Il organise à Alger la première marche contre cette peine.

Après le coup d’État de janvier 1992, l’instauration de l’état d’urgence le 9 février et surtout la promulgation en septembre 1992 du décret de lutte contre le terrorisme, il sera parmi les premiers avocats à dénoncer les procès expéditifs des tribunaux d’exception et leurs dérives, à l’occasion notamment du scandaleux « procès Nouh » en mars 1993 (cinquante accusés, sept condamnations à mort, qui seront exécutées). Tout au long de cette période, il assurera avec courage la défense de très nombreux accusés — quel que soit leur bord politique — déférés devant les juridictions d’exception (procès des dirigeants du FIS, procès Nouh, procès des auteurs présumés de l’attentat de l’aéroport, procès des « ravisseurs » des agents consulaires français, procès de la « mutinerie » de Serkadji, procès des assassins présumés de Matoub Lounés, procès de l’assassin présumé de Hachani…)

En 1994, les « services » tenteront de le faire taire en s’attaquant à sa famille et en arrêtant son fils Farid sur la route de Boufarik, l’accusant de participer à des « activités terroristes ».
En 1995, il sera parmi les premiers avocats à dénoncer le massacre de Serkadji, fera partie du collectif des avocats constitués et adressera au nom du SNAA un appel à la solidarité et au soutien des avocats du monde. Il participera activement avec son syndicat, à la rédaction du rapport préliminaire sur le carnage de Serkadji, publié le 3 juillet 1995. < http://www.algeria-watch.org/mrv/mrvrap/serkadji.htm >. Il recevra quelques jours plus tard une lettre du mystérieux « GIA » le condamnant à mort.

En février 1998, à la veille de son départ en Europe pour participer à un colloque sur la situation des droits de l’homme en Algérie, une vingtaine de policiers et de militaires font irruption à 21 heures à son domicile. Après avoir brutalisé les membres de la famille et saccagé les lieux, ils procèdent à l’arrestation de deux de ses enfants, Hakim et Farid. Farid est libéré quelques heures plus tard après avoir été sauvagement agressé. Hakim, malade traité pour des troubles mentaux, est séquestré au commissariat de Cinq-Maisons (El Harrach). Il ne sera libéré que quatre jours plus tard.

En 1999, il est parmi les tous premiers défenseurs des droits de l’homme en Algérie à demander la traduction des généraux putschistes, auteurs de crimes contre l’humanité, devant un tribunal pénal international.

Il était une adresse obligée pour tous ceux qui travaillaient sur les droits de l’homme en Algérie, notamment les journalistes étrangers et les représentants des organisations internatio-nales de défense des droits de l’homme (comme Amnesty International, FIDH, Human Rights Watch), à qui il mettait à disposition tous ses dossiers et présentait des victimes. Il participera à de nombreux meetings internationaux en Europe (Paris, Marseille, Barcelone…) pour dénoncer les atteintes aux droits de l’homme en Algérie.

Très tôt il expose des cas concrets de disparitions forcées et s’inscrit dans la marche de mobilisation des familles de disparus. Grâce à sa contribution, une liste de 3 700 cas de disparition et une autre de 1 100 cas d’exécutions sommaires ont pu être établies en janvier 2002 par le Dr Sidhoum et Algeria-Watch : Algérie : les disparitions forcées (1992-2001)
< http://www.algeria-watch.org/mrv/2002/liste_disparitions/disparitions_liste_a.htm > et
< http://www.algeria-watch.org/mrv/2002/1100_executions/1100_executions_A.htm >

Membre de la LADDH (Ligue algérienne de défense des droits de l’homme) et du Réseau euro-méditerranéen, il a souvent collaboré avec l’association Algeria-Watch. Il est l’un des membres fondateurs, en mai 2001 à La Haye, de Justitia Universalis (JU), organisation internationale de lutte contre l’impunité.

En novembre 2002, il est l’objet ainsi que son fils d’une campagne de menaces de mort par téléphone. Son cabinet est encerclé durant tout un après-midi par des civils armés à bord de véhicules banalisés. Me Khelili revenait d’Oran, où il avait assuré la défense d’un haut fonctionnaire local, déféré devant la justice pour avoir mis en cause un général, chef de région militaire, dans un vaste trafic de drogue dans l’Oranie.

Tout au long de ces années il a rédigé de nombreux appels et comptes rendus dont voici quelques titres :
* « Cas de torture documentés par Me Mahmoud Khelili », 1998, < http://www.algeria-watch.org/mrv/mrvtort/khelili1.htm >.

* « Kidnapping et exécution sommaire de Youcef Zenati », 15 janvier 1999,
< http://www.algeria-watch.org/mrv/mrvdisp/zenati.htm >.

* « Une affaire d’espionnage lourde de conséquences », 18 mai 1999, < http://www.algeria-watch.org/mrv/mrvref/khelili4.htm >.

* « Les disparitions suite à des enlèvements par les forces de sécurité», allocution lors de la tournée d’information sur l’évolution la situation des droits de l’homme en Algérie qui a eu lieu en France, Suisse et Grande-Bretagne fin octobre-début novembre 1999, organisée par Hoggar à Genève en association avec la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH) et le Syndicat national des avocats algériens (SNAA), < http://www.algeria-watch.org/farticle/aa/Khelili.htm >.

* « L’affaire Hachani : tentative de mener un procès “clandestinement” », 24 novembre 2000, < http://www.algeria-watch.org/farticle/hachani/Hachani_khelili.htm >.

* Disparitions forcées et torture en Algérie, recueil de témoignages rédigé avec Amina Kadi, Commission arabe des droits de l’homme, Éditions Eurabe, 2000.

* « La justice mise à l’épreuve », 28 mars 2001, < http://www.algeria-watch.org/farticle/justice/snaa.htm >.

* « La torture en Algérie (1991-2001) », publié en octobre 2001 sur le site d’Algeria-Watch. < http://www.algeria-watch.org/mrv/mrvtort/torture_khelili.htm >

* « Crime contre forfaiture », 16 novembre 2002, < http://www.algeria-watch.org/mrv/mrvrepr/leulmi.htm >.

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Cas de torture documentés par Maître Mahmoud Khelili
(Président du Syndicat National des avocats algériens et membre du réseau euro-méditerranéen desDroits de l’Homme)

Benail Enalia, grand handicapé, pensionné de l’Etat à 100%, logé dans une baraque en tôle dans un bidonville avec sa femme et ses deux enfants en bas âge. Arrêté le 8 mars 1997.

Il a été violenté chez lui devant sa famille, puis emmené au commissariat du PCO de la cité Hayet où il fut détenu arbitrairement durant 11 jours, 7 sans manger, et soumis à des actes de torture après avoir été attaché nu sur le dos sur un banc en bois, les mains attachés derrière le dos. On lui a fait ingurgiter de l’eau sale à travers un chiffon qu’on lui faisait évacuer en lui marchant sur le ventre.

Il a déclaré en outre que les policiers ont déshabillé sa femme devant lui, outragée et craché sur elle et injuriée. Un des policiers se prénommait « Azzedine ». Ils n’ont même pas tenu compte de sa carte d’invalidité qu’ils avaient entre les mains. Il n’y a eu aucune suite judiciaire.

Benail Said, marié, deux enfants en bas âge dont l’un est né après son arrestation, logeant dans une baraque en tôle du bidonville.

Arrêté le 8 mars 1997 (en même temps que son frère) et placé dans la même cellule pendant 14 jours. Les deux ont un beau-frère (frère de sa femme) qui a été abattu dans un attentat « terroriste » et un autre blessé, actuellement « patriote ».

Said a également été soumis à des sévices pendant sa détention dans les locaux de police mais la justice l’a acquitté. Il a été placé sous mandat de dépôt 22 mars 1997 et jugé le 19 février 1998. Ecrou n°: 86.336.

Barar Kamel: enlevé de son domicile par des policiers cagoulés au petit matin du 16 septembre 1997 à 6h30 alors qu’il dormait encore.

Un nombre impressionnant de policiers cagoulés fit irruption dans son domicile ce jour-là sans rencontrer la moindre résistance. A part Kamel, il n’y avait que trois femmes dont une était enceinte de 7 mois, toutes terrorisées et traumatisées par l’incursion musclée des policiers et la perquisition bruyante qui s’en est suivie.

Arraché de son lit, Kamel fut jeté à l’arrière d’une R19, la tête enveloppée dans sa propre chemise et coincée entre deux « gorilles », tête plaquée face au plancher du véhicule pour l’empêcher de repérer l’endroit où il allait être emmené. Aucun policier ne souffle mot des raisons de cette arrestation arbitraire qui a toutes les apparences d’un kidnapping.

Le cortège de véhicules anti-terroristes « Nissan » bondés de policiers cagoulés s’ébranle direction sûreté de Daira de Hussein-Dey où il y eut transbordement d’otage (Kamel) dans la malle arrière d’une autre R19 (tourisme) dans laquelle il sera « promené » 3 heures durant pour le déroutage avant d’être finalement conduit au commissariat des Annassers (les sources), cagoule et les mains attachées derrière le dos avec position accroupie sur le côté en raison de l’exiguïté de la malle. Il risquait à l’évidence d’être intoxiqué par les gaz d’échappement du véhicule.

Dans ce dernier commissariat il fut sauvagement torturé au chiffon et eau mélangée au grésil, après avoir été « saucissonné » sur un banc en bois. Il a déclaré aussi avoir été frappé sur toutes les parties du corps pendant environ une heure et demie avant d’être jeté dans une cellule d’un mètre sur deux., dotée d’un trou sanitaire et une porte blindée.

Il restera ensuite 3 jours et deux nuits sans subir de violence et ne sera présenté au parquet que le jeudi matin sans la moindre visite médicale, même demandée au procureur de la république qui l’invita à se présenter à lui le samedi matin.

Le registre d’écrou du commissariat aurait été falsifié en portant la mention selon laquelle kmel avait été conduit dans ce service seulement à 17 heures, alors que son supplice avait commencé à 6 h 45. Ce jour là.

Présenté devant la section correctionnelle du tribunal de Hussein-Dey, il a bénéficié d’un jugement de relaxe.

Il était pourtant sans antécédents judiciaires et de bonne famille: son père est un ancien Moudjahid, son frère, inspecteur de police, blessé en service commandé en période sécuritaire (75 jours dans le plâtre), 14 ans de service.

Les sévices subis par Kamel et constatés par un médecin expert:

  • plaie à la région lombaire
  • plaies multiples du cuir chevelu
  • contusions thoraco-abdominales
  • traumatismes divers

Le tout donnant lieu à une incapacité temporaire totale de 13 jours.

Takarli Mohamed Amine, détenu à la prison d’El-Harrach, écrou n°: 90.808.

Arrêté le 6 décembre 1997 par des militaires et embarqué dans un fourgon sans visibilité. Il a été conduit dans un lieu non déterminé où il a été soumis à une torture sauvage: nuit et jour à la gégène, supplice du chiffon trempé à l’eau sale, coups sur toutes les parties du corps au moyen de tuyau en caoutchouc, séance de sévices corporels jusqu’à ce que Monsieur Tarkali soit victime d’une crise nerveuse suivie d’évanouissement entraînant une injection intra-veineuse d’un produit non-identifié. Remise en cellule jusqu’à la reprise de conscience. Répétitions des tortures trois à quatre fois ce même jour, puis trois jours après, puis une semaine plus tard.

Après 22 jours de détention arbitraire, il fut présenté au parquet par des « civils » le 28. 12.97.

A noter qu’il s’agit d’un malade atteint d’affections psychologiques traité régulièrement par des spécialistes avant son arrestation. Il possède un dossier conséquent, connu des services, d’où les injections au cours des séances de torture. Sa mise sous traitement médical à la prison a nécessité mon intervention auprès de l’administration pénitentiaire.

Khider Mohamed: détenu à la prison d’El_Harrach, écrou n°: 71.721, jugé le 20.11.97 par le tribunal criminel d’Alger et condamné à 15 ans de réclusion criminelle.

Arrêté à son domicile le 2 mars 1994 à 1h00 du matin par la police de Dellys où il passa la nuit, puis transfert à la S.M. à Blida où il séjourna pendant 37 jours. Il a subi des sévices atroces:

Complètement nu, il a été attaché les mains derrière le dos sur une table et torture au chiffon imbibé d’eau sale et fut forcé d’ingurgiter ce liquide infecte alternant avec des pressions sur le ventre pour provoquer le vomissement pendant des séances répétées jusqu’à perdre connaissance. Suit la gégène avec des électrodes pincées sur les parties intimes et le lobe des oreilles. Ce fut après, la pendaison par les parties intimes au moyen d’une corde fine entraînant des urines de sang.

En outre, 04 hommes détenus comme lui ont été en sa présence passés par les armes sommairement et sans aucune forme de procès. Il s’agit de:
Lamri Rabah (marie, une fille),
Bentouati Malik,
Benchiha Rabah (marie, huit enfants),
Rachdi Ali (celibataire).

Arab Malek détenu a El Harrach, écrou n°: 86.511, atteint de névrose.

Il a été arrêté en mars 1997 et détenu un mois durant a Chateuneuf. Il y a subit une torture barbare inhumaine. Complètement nu, les mains attachées derrière le dos sur un banc de bois, fut trempé d’eau et torturé a la gégène (une boite de couleur beige de marque russe avec boutons de réglage d’intensité, genre appareil électrocardiogramme. Alternant avec la gégène, le chiffon imbibé d’eau sale suivi de sévices sexuels à l’aide d’une barre de fer chrome à section carrée introduite dans l’anus avec répétitions sadiques ayant entraîné le saignement abondant par l’anus et son hospitalisation au CHUA Mustapha Bacha Alger, service des urgences et de réanimation.

En cours de séance de torture, il est réanimé après chaque évanouissement par un des tortionnaires prénommé Djamel. Ils sont tous cagoulés et un simulacre d’exécution par arme a feu lui est appliqué pour mieux le terroriser. La mère du supplicié a été frappée chez elle et menacée d’incendie de la maison par les policiers venus arrêter son fils avec injures et grossièretés. Elle a reçu aussi des coups de poing ayant touché une petite fille de 02 ans qu’elle tenait à la main. Le fils nu devant sa mère, les mains attachés avec du fil de fer fut couché à plat ventre et intimidé par des tirs de pistolet en l’air. Avant de se retirer du domicile, les policiers ont cassé l’armoire qu’ils ont fouillée de fond en comble.

La famille a du déserter le domicile du fait de harcèlements incessants de la police. Toutes les autorités ont été alertées par leur avocat. A ce jour il n’y a eu aucune suite.

Ghedhab Mohamed, détenu à la prison d’El Harrach où il purge une peine de 09 années de réclusion criminelle arbitrairement et sans la moindre preuve. Ecrou n°: 83.887

Ghedhab vivait en Suisse ainsi que toute sa famille. Le 16 Septembre 1996 il rentra en Algérie dans le vol d’Air Algérie: AH 2049. Il fut kidnappé dès sa descente d’avion et au pied de celui ci par 04 hommes armés en tenue civile et fut conduit manu-militari au centre de détention de Chateauneuf où il fut séquestré pendant 15 jours durant lesquels il fut soumis à des actes barbares et inhumains de torture au moyen de toute la panoplie en usage dans ce triste et macabre domaine (gégène, chiffon imbibé d’eau sale, coups de pieds, coups de poing, tuyaux de caoutchouc sur toutes les parties du corps nu, électrodes pincées sur les parties génitales et sur le lobe des oreilles, menottes aux poignets et mains derrière le dos etc..).

Le supplicié a été présenté au parquet le 05 Octobre 1996 alors que sa famille en Suisse n’avait aucune nouvelle de lui et s’en inquiétait énormément. Sur la base d’un faux dossier monté de toutes pièces rapportant des faits fallacieux, il a été inculpé des chefs d’inculpation: appartenance a un groupe terroriste, soutien à ce groupe, agression, constitution de forces armées, détention d’armes de guerre. Rien de tout cela n’était vrai.

La vérité est que les services algériens avaient récupéré chez un policier suisse indélicat des documents subtilisés frauduleusement aux services de sécurité suisse: ministre de l’intérieur de ce pays. Ces documents représentaient un travail de recensement préventif des étrangers maghrébins susceptibles d’être des islamistes en relation avec le terrorisme intégriste. Parmi les noms figurant dans ces documents, il y avait celui de Ghedhab Mohamed auquel les autorités suisses n’avaient rien à reprocher. C’est en exploitant frauduleusement ces documents volés que les enquêteurs algériens ont donné libre cours à leur imagination en préfabriquant un dossier mettant en évidence un soit-disant réseau terroriste en Suisse dont la direction a été attribuée à Ghedhab, auquel on a ajouté des noms de suspects recherchés par la sécurité algérienne.

Ce subterfuge était à l’évidence destiné, au plan international, à confondre certains pays européens dont la Suisse, et au plan national, obtenir la condamnation par contumace des suspects dont les plus médiatisés, le fils Abassi Madani, et Dhina Mourad. Mais les autorités suisses s’étaient rendues compte du vol de documents et avaient identifié les auteurs: le policier suisse Léon Jobe et son complice algérien Abdelkader Hebri. Ils décidèrent d’ouvrir une information judiciaire avec comme chef d’accusation « espionnage au profit d’un pays étranger ».

A la demande de Ghedhab avant de quitter le territoire suisse, le ministère de l’intérieur de ce pays l’avertit par écrit du danger qu’il courait s’il partait en Algérie. La lettre est arrivée trop tard à son destinataire. Un avocat suisse a été constitué par la famille (Maître Garbade) qui prit contact avec moi concernant l’affaire d’espionnage dans laquelle Ghedhab était partie civile.

J’ai aussitôt saisi le juge d’instruction M.Djebarni Cherif auprès duquel il déposa une demande de main levée de la détention de leur mandant ainsi que de l’interpellation de l’officier de police judiciaire qui avait diligenté la procédure d’Alger et signé le faux dossier. Le magistrat promis de faire diligence d’autant plus qu’il n’y avait dans ce dossier aucune preuve et qu’il avait lui même insisté auprès des services de sécurité pour le versement des pièces à conviction dans le dossier sans quoi il les avait menacé de libérer Ghedhab.

Ma requête a été rejetée sans motif légal, rejet confirmé par la chambre d’accusation qui a été mise au fait de la falsification de procédure lors de ma plaidoirie soutenue par un mémoire écrit. Le juge d’instruction Djebarni a été relevé de son poste et affecté à la section des mineurs. Sa secrétaire, Mlle Boughaba Nedjoua et la sour de celle ci Boughaba Naima ont été kidnappées alors qu’elles se rendaient à leur travail (tribunal d’El-Harrach), et ce presque le même jour. La famille du mandant a déconstitué et retiré l’affaire pour la confier a un autre avocat que leur aurait recommandé le juge.

Dans le même ordre d’événements, la juridiction suisse devant laquelle il était convenu que je plaide en qualité de partie civile aux côtés de Maitre Garbade, décida subitement qu’il ne m’était pas permis de plaider en tant qu’étranger mais offrait des frais de séjour et de déplacement si j’acceptais de comparaître comme témoin.

Le 27 Octobre 1997 le tribunal fédéral suisse jugea les auteurs de l’âcre d’espionnage et les condamna à des peines symboliques de 18 mois et de 15 mois de prison avec sursis. Le 15 Novembre 1997 Ghedhab fut jugé par le tribunal criminel d’Alger et fut condamné a 09 années de réclusion criminelle, décision déférée à la cour suprême un pourvoi en cassation formé par le prévenu, n°: 197830.

Les 02 sours Boughaba sont toujours portées disparues.
A noter que Naima était secrétaire du procureur de la République.

Kara-Ahmed Abdelkader (Ecrou n°: 76.576 EH)

Enlevé le 26 Mars1995 par trois hommes armés en tenue civile qu’il prit pour des terroristes et auxquels il essaya de fuir entraînant des tirs de sommation de leur part. Dès qu’il s’arrêta, il fut violemment embarqué à l’arrière d’une 404 bâchée, visage plaqué au sol (plancher) et rué de coups de pieds sur le visage et sur toutes les parties du corps. Il a été piétiné durant tout le trajet qui séparait le lieu d’arrestation et les locaux de détention et de torture (Chateuneuf).

Pendant un mois et cinq jour passé dans la cellule, il fut soumis à des actes de torture affreux et inhumains: lapidé à coups de poings et de pieds alors qu’il avait les mains menottées derrière le dos avant d’être torturé par le chiffon mouillé d’eau sale, et l’électricité. Ces actes de torture étaient accompagnés de gestes et de propos attentatoires à sa dignité: harcèlement et menaces sexuels par un des policiers en état d’ivresse surnomme HAFID (moustachu). Des menaces de mort par des cris: « tue-le ». Il fut empêché de dormir par des jets d’eau sur le corps et des hurlements atroces venant des cellules voisines. il pense même qu’il y a plusieurs autres victimes, y compris des personnes âgées qui auraient été exécutées de la même manière.

Les sévices commencent a 08h pour s’arrêter a 17h. Dans sa cellule d’autres suppliciés ont gravé sur le mur « ici Chevalier », ce qui correspond au lieu de détention appelé aussi bien Chevalier ou Chateuneuf. Il portait des traces de menottes sur les poignets lors de ma visite à la prison. Toutes les autorités: présidence, exécutif, judiciaire, ont été saisies sans qu’ils aient donné suite aux requêtes, y compris l’ONDH. Une demande de liberté provisoire du 06 Juin 1995 a été rejetée par le magistrat instructeur.

Amoura Mahmoud

Ex-policier agent de recherche, signalé comme disparu A/C du 24.05.95, reparaît après le 06 Aout 1995, date de présentation au parquet de Bir Mourad Rais, 2eme chambre d’instruction et sa mise sous mandat de dépôt a la prison d’El-Harrach, écrou n°: 77.775. Toutes les autorités ont été alertées pour cette disparition. Seule l’ONDH répondit par une lettre du 17 Juin 1996 n°:443/96 signalant qu’elle avait saisi les services de sécurité en Juin 1995 lesquels ne lui a pas répondu, or Amoura avait été présenté a la justice le 06.08.95.

Il a été arrêté dans un barrage militaire en date du 24.04.95 et conduit au lieu dit Chateuneuf où il fut jeté par des policiers dans la malle arrière d’une voiture Daewoo et promené dans la ville pour perdre toute idée du lieu de torture puis enfermé dans une cellule sans qu’il sache où il était. Le soir même une vingtaine de policiers se sont livrés sur sa personne à des actes ignobles de torture au moyen de la gégène et de chiffon trempé dans l’eau sale nauséabonde lui faisant perdre connaissance, qu’on lui fit reprendre par des jets de seaux d’eau à plusieurs reprises. Il fut ensuite isolé dans sa cellule pendant 03 mois et 16 jours, nourrit seulement par un bout de pain et une demie bouteille d’eau par jour sans la moindre précaution d’hygiène. Sous l’effet atroce de la torture il a été contraint de dénoncer ses propres amis injustement.

A noter qu’ayant moi-même lancé des recherches suite à sa disparition, c’est par le biais d’une convocation du procureur de Bir Mourad Rais que j’ai appris qu’Amoura était détenu a la prison d’El-Harrach.

El Harrach, 19 septembre 1997

Lazreg Nacera

Lazreg Nacera épouse Koudri a été arrêtée à son domicile le 05 Décembre 1994 a 01 heure du matin par des policiers du commissariat de Bourouba.

Voici le témoignage d’une source bien informée:

Madame Lazrag Nacera a été sommairement exécutée par ses tortionnaires, plus précisément par le commissaire OULD-AMI lequel a été lui même tue par la suite.

Nacera a été horriblement torturée et mutilée avant d’être achevée et jetée à la décharge publique d’Oued-Smar où elle fut découverte et signalée comme cadavre féminin en décomposition. Ce crime lâche et crapuleux aurait été commis une nuit du mois de Janvier 1995 environ un mois après son enlèvement par les services de police de Bourouba qui ont au même moment arrêté le nommé Nouah Youcef dans des conditions identiques. Avant son exécution, elle a été affreusement mutilée avec son oil gauche sorti de sa cavité crânienne à l’origine d’une importante hémorragie à ce niveau.

La suppliciée a été après sa découverte transportée à la morgue de Bologhine (ex Saint-Eugene), puis enterrée dans une fosse réservée aux victimes non identifiées sous l’indication de « ..X Algérienne.. ». Les services incriminés étaient parfaitement au courant de l’identité de la défunte dont l’inhumation a été facilitée par un médecin complaisant du nom de BELHOCINE, exerçant au CHU de Mustapha.

A noter que Nouah Youcef a lui aussi été découvert parmi les 5 cadavres d’un charnier situé a 1000 mètres environ du commissariat de Bourouba. Il repose au cimetière d’El Alia sous l’épithète « X Algerien », mort le 4 Mars 1995, fosse n°: 305, enterré le 18 Mars 1995. Cette découverte macabre de feu Nouah Youcef n’a pas empêché le tribunal criminel de le juger par contumace et de le condamner à la peine capitale sur la base d’un arrêt de renvoi de la chambre d’accusation qui le porte comme étant en « fuite ».

Au cours de ce procès, ou j’ai défendu le beau-frère de Nacera, le nommé Kouidri Abderrezak, arrêté dans les mêmes circonstances par les mêmes service de police et torturé tout aussi sauvagement, je n’ai pas manqué d’attirer l’attention de ce Tribunal sur la triste découverte du charnier, il n’en a pas tenu compte…

Nawal Zemzoum

Arrêtée à son domicile près d’Alger le 15.10.97 par des hommes en civil qui l’ont conduite dans un véhicule banalise vers une destination inconnue. Sa mère l’a rechercha au commissariat mais sans résultats. Ce n’est que le 10.11.1997 qu’elle réapparut. Elle raconte:

Des hommes armés sont venus à mon domicile situé près d’Alger, m’ont embarquée dans une voiture de marque Daewoo. Après plusieurs kilomètres de trajet on est arrivé dans un grand immeuble surveillé par des policiers (pendant tout le trajet il m’était interdit de voir et je gardais constamment la tête entre les genoux).

Ensuite ils m’ont conduit dans un bureau pour me questionner sur mon mari. Comme je persistais à dire que je ne savais rien, deux hommes m’ont couvert les yeux avec un tissu et m’ont emmenée dans une autre salle de torture. Dès lors qu’on est arrivé, ils m’ont attaché les mains avec une corde et m’ont versé de l’eau et du savon dans la bouche et dans le nez a plusieurs reprises, et m’empêchaient de respirer en mettant sur la bouche et les narines un chiffon sale qui dégageait une odeur et un goût nauséabonds. Cette manière de torturer vous met dans un état ou vous franchissez la frontière de la mort chaque fois que vous perdez complètement le souffle jusqu’à asphyxie totale et votre bourreau joue avec la vie et la mort en mettant et ôtant le chiffon et en déversant des quantités inimaginables d’eau a sa guise.

Devant mon silence à leurs questions dont je ne connaissais pas les réponses, ils me brûlèrent la main gauche avec des cigarettes. Les deux hommes m’injuriaient, me menaçaient de mort et me disaient des mots que je n’oserai raconter. Le lendemain, ils m’ont mis dans une cellule ou je suis restée quatre jours avant d’être présentée à un tribunal. Le juge a refusé d’informer ma famille et je ne sais pour quelle raison on me priva de ma liberté jusqu’au 10.11.97 où j’ai enfin pu voir ma famille et surtout ma fille âgée de deux mois et dont j’étais très inquiète car elle allaitait de mon sein.

Djouaidia Mabrouk né le 18.11.68, fils de Moudjahid à Souk Ahras.

Il fut arrêté le 08.03.97 par la brigade de gendarmerie de Ouallel prés de Souk Ahras. Il fut soumis à la torture: chiffon trempé dans l’eau sale, gégène, coups de bâton occasionnant fracture de la mâchoire, coups à la tête. Il a signé un PV sous la contrainte et sans lecture dont le contenu est faux. Le supplice a duré 08 jours.

Il fut ensuite transporté à Blida (SM) ainsi que ses compagnons d’infortune, à bord d’un avion spécial où il sera retenu pendant 60 jours sans subir de mauvais traitement, puis ramené à Souk Ahras où il fut remis en liberté et a pu reprendre son travail. 05 mois après, un mandat d’arrêt est lancé contre lui et ses copains et entraîna une seconde fois son arrestation et sa présentation auprès du parquet d’El-Harrach. Il sera de nouveau incarcéré mais dans la prison d’El-Harrach. Déféré devant la section correctionnelle du tribunal d’El-Harrach, il a été condamné a 18 mois fermes de prison. Sur appel interjeté par son avocat, la cour d’Alger rendit en sa faveur un jugement de relaxe en date du 28.03.98, l’ayant reconnu innocent.

05 de ses compagnons d’infortune n’ont donné aucun signe de vie après leur déplacement forcé sur Blida:
Azzouzi Ahmed,
Azzouzi Abdelkader,
Mahmoudi Touffik,
Mahmoudi Youcef,
Abdellali Djillali.

Ces 05 prévenus sont portés dans la procédure en cours de procès comme étant en « fuite ».

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Sa dépouille a été rapatriée de Paris, hier après-midi

Mahmoud Khelili enterré à El-Harrach

Quotidien d’oran, 13 mars 2003

L’avocat et défenseur des droits de l’homme a été enterré, hier en fin d’après-midi, au cimetière de Belle-Vue (El-Harrach), en présence d’une foule nombreuse constituée essentiellement de ses proches, voisins et amis, ses confrères ainsi que des parents de disparus. Terrassé par une crise cardiaque, jeudi passé, à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, le défunt avait quitté quelques heures auparavant, contre l’avis des médecins, l’hôpital de Hussein Dey.

Il a fallu attendre jusqu’à ce mardi pour que lui soit faite l’autopsie. Sa dépouille est arrivée, hier, à Alger en milieu d’après-midi après plusieurs heures de retard. Aucun officiel n’a été au cimetière et aucune oraison funèbre n’a été prononcée. L’homme public a été enterré presque en privé, n’était-ce la présence des représentants du bureau national du bâtonnat, des dirigeants du FFS et du PT, des avocats et défenseurs de droits de l’homme, comme Ali Yahia Abdennour et Me Mechri, ainsi que du SG de l’association RAJ.

Peu de journalistes ont également couvert l’enterrement. Sa famille avait connu des difficultés pour son rapatriement et il a fallu la contribution d’un avocat algérien installé à Paris, ami du défunt, pour que les choses rentrent dans l’ordre. La Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) avait rendu, hier, un dernier hommage à ce «grand défenseur des droits de l’homme algérien» dont elle salue la mémoire. Pour la FIDH, «Me Khelili a fait preuve d’un courage admirable, notamment depuis 1992, alors que son pays traversait une grave crise des droits de l’homme. Il a été parmi les premiers à dénoncer les graves dysfonctionnements de la justice, la torture, les disparitions forcées, les détentions arbitraires et les exécutions extra-judiciaires». L’organisation présidée par le Marocain Driss El Yazami «tient tout particulièrement à saluer son action en faveur des familles de disparus», et surtout à celui qui, de par «son acharnement», «n’a cédé ni aux intimidations, ni aux menaces», et aura largement «contribué à la prise de conscience internationale des violations graves et systématiques des droits de l’homme en Algérie».

Salim Bouakkaz

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Algérie : décès de Me Khelili, avocat des droits de l’homme

Par Jose Garçon, Libération, mercredi 12 mars 2003

Amis, médecins lui répétaient ­ en vain ­ de se ménager. Le 6 mars, à Roissy, son coeur a lâché alors qu’il débarquait d’Alger. Avec Mahmoud Khelili, 68 ans, l’Algérie perd l’un de ses ­ rares ­ avocats défenseurs des droits de l’homme. Au plus fort de la «sale guerre», cet ancien maquisard de la guerre de libération à l’itinéraire atypique, a passé outre le harcèlement de la Sécurité militaire pour dénoncer tortures, disparitions forcées… C’est dans la police que Mahmoud Khelili débute sa carrière après l’indépendance. Révolté par l’injustice et la corruption, il en démissionne en 1974 après avoir été séquestré à la direction de la police. C’est le début d’une carrière d’avocat, au cours de laquelle sa mise en cause de la dépendance de la justice lui vaut deux ans de suspension. Après le coup d’Etat de 1992, il est parmi les premiers avocats à dénoncer les tribunaux d’exception ou le massacre de la prison de Serkadji. En 1998, à la veille d’un voyage en Europe, une vingtaine de policiers envahissent son domicile. Saccageant les lieux, ils arrêtent deux de ses fils. Violemment agressé, Farid est libéré quelques heures après. Hakim, traité pour troubles mentaux, est séquestré quatre jours. Le corps de Me Khelili quitte, à 11 heures ce matin, Roissy pour Alger

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Disparitions
MAHMOUD KHELLILI, L’AVOCAT DE LA DEFENSE DES DROITS DE L’HOMME EN ALGERIE

Le Monde, mercredi 12 mars 2003

L’AVOCAT algérien Mahmoud Khellili est mort, jeudi 6 mars, d’une crise cardiaque à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, alors qu’il venait d’arriver d’Alger. Il était âgé de 68 ans.
Avec lui disparaît un avocat que tous les journalistes étrangers travaillant sur l’Algérie des « années noires » se devaient de connaître. Mal fichu, criant misère, encombré de dossiers, son cabinet était un lieu de rendez-vous obligé.
Me Khellili fut l’un des rares à avoir osé défendre les islamistes alors même qu’il ne partageait pas leurs convictions. Il dénonça aussi les enlèvements et les disparitions opérées par les forces de sécurité au mépris de toute légalité, critiqua les dérives de la justice de son pays, et fustigea dans ses plaidoiries les « décideurs » avec une colère qui n’était pas feinte.
Il le fit par conviction et en paya le prix fort. Déserté par les clients ordinaires apeurés, son cabinet vivotait, contraignant l’avocat à mener un train de vie des plus modestes.
Les autorités tentèrent à plusieurs reprises de l’intimider. En 1998, alors qu’il s’apprêtait à participer à un colloque sur les droits de l’homme en Europe, des policiers et des militaires firent irruption à son domicile, à Alger. Après avoir brutalisé les membres de la famille et saccagé les lieux, ils procédèrent à l’arrestation de ses deux enfants, dont l’un, Hakim, allait être séquestré dans un commissariat pendant quatre jours. Hakim était soigné pour des troubles mentaux.
Le plus étonnant chez Me Khellili était son parcours. Lui, le dénonciateur de toutes les turpitudes des forces de sécurité, avait commencé sa carrière comme commissaire de police de l’Algérie tout juste indépendante. Les injustices et la corruption l’amenèrent à démissionner en 1974.
Devenu avocat après avoir repris ses études de droit, Mahmoud Khellili s’était inscrit au barreau d’Alger en 1980. Dès lors, son chemin était tracé. On le retrouva à tous les procès politiques que l’Algérie a connu. Des « berbéristes » aux islamistes en passant par les «benbellistes », Me Khellili était à la barre, incarnant la noblesse d’une profession qu’il a honorée jusqu’à la fin.
Jean-Pierre Tuquoi

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Oraison funèbre

Par Ahmed Manaï- Mardi 11 mars 2003

Traduit de l’arabe.

Allahou Akbar…Allahou Akbar…Allahou Akbar.

Bismillahi Arrahmani Arrahim

 » Très certainement. Nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim et de diminution de biens, de personnes et de fruits. Et fais la bonne annonce aux endurants qui disent, quand un malheur les atteint : certes nous sommes à Allah et c’est à Lui que nous retournerons « . Le Saint Coran.

Grand frère Mahmoud

Ainsi tu nous abandonnes et tu nous quittes si vite, à un moment où nous t’attendions tous et que nous avions tant besoin de toi !

Nous t’attendions avec impatience pour t’entretenir du seul sujet qui t’importe vraiment depuis de nombreuses années, mais voilà que tu as préféré à notre rencontre, celle de ton Créateur. Mais tu as bien raison, qui donc pourrait refuser Son appel. Tu nous précèdes dans cette voie et nous te rejoindrons tous.

Nous sommes ici quelques uns de tes amis, de tes collègues et de tes admirateurs, rassemblés à la hâte dans ce pays d’exil pour te rendre hommage et te faire un dernier adieu.

Dans quelques heures, tu seras reçu comme tu le mérites par la foule de tes amis, de tes collègues et de tes admirateurs, sur le sol de ton pays auquel tu as tout donné. Eux sauront te faire l’accueil dont tu es digne, te rendre l’hommage que tu mérites, t’accompagner jusqu’à ta dernière demeure et te confier à cette terre que tu as tant aimée.

Allahou Akbar…Allahou Akbar…Allahou Akbar.

Grand frère Mahmoud !

C’est avec une immense tristesse que nous te faisons nos adieux, mais nous savons que quelque part, une foule de gens, attend ton arrivée avec impatience et qu’elle va t’accueillir avec des chants, dans la joie et l’allégresse.

Ce sont les milliers de disparus, enlevés par les despotes, auxquels tu as consacré les meilleures années de ta vie, dépensé des trésors d’ingéniosité, d’intelligence, de patience et de courage pour mettre des noms sur leurs cadavres et leur éviter de mourir deux fois.

Des milliers de disparus, leurs nombreuses familles et d’autres plus nombreux encore, témoigneront devant Le Tout Puissant que ta vie n’a pas été pas été vaine et en pure perte et qu’elle fut au contraire faite d’effort continu, de travail acharné, de don de soi et de générosité pour que cesse l’injustice et qu’enfin justice soit faite !

Mahmoud, Noble Chevalier !

C’est avec des cœurs lourds et attristés que nous te faisons nos derniers adieux. Ton départ nous prive d’un très cher ami mais aussi d’un vénérable maître. Tu nous a appris, ainsi qu’à toute une génération, par tes convictions profondes, la sincérité de ton combat et ton témoignage quotidien, le véritable sens de la vie. Tu nous as appris notamment que la vie n’a point de sens, ni de goût ni d’odeur, si elle n’était consacrée au service désintéressé de l’humanité et surtout des gens les plus démunis et si elle ne visait à consacrer les idéaux sans lesquels l’existence n’a plus de sens.

Mahmoud, mon ami !

Ta réputation nous est parvenue dans notre exil au début des années quatre vingt dix avec les premiers signes du drame qui continue encore à endeuiller la vie des algériens. Nous avons reconnu très vite en toi un noble et preux chevalier, qui, enfourchant pour simple monture la loi, surgît au secours des humiliés, des laissés pour compte, des victimes de l’iniquité et de la Hogra ainsi que de leurs familles, pour redresser les torts, faire la vérité et consacrer le règne de la justice sans laquelle on ne peut concevoir de société humaine viable.

Pendant des années, nous parvenaient les échos de ton combat Antarien avec les juges, les procureurs, la police et les services …et nous avions peur pour toi.

Pendant des années, nous parvenaient aussi les échos de vos plaidoiries devant les diverses juridictions, civiles et militaires, normales et exceptionnelles, mais toutes drapées dans la même iniquité…et cela augmentait notre inquiétude mais nous rendait encore plus admiratifs.

Pendant des années enfin, nous parvenaient tes attaques ciblées contre les véritables responsables du drame algérien et ceux qui l’ont alimenté pour mieux en profiter…et cela nous emplissait d’angoisse.

Tu étais, pour moi et pour tous ceux qui ne t’avaient pas encore connu directement, une espèce de taureau en furie, qui, au moindre geste, bondit sur l’ennemi pour le terrasser à l’aide de ses cornes faites de codes de la loi.

Quelle fût ma surprise quand je t’ai rencontré pour la première fois il y a six ans, de découvrir en toi, en lieu et place du taureau en furie, un superbe et fier lion n’inspirant que sérénité et sagesse. Tu m’a conquis par ton immense douceur, ta grande sensibilité et ta capacité d’écoute, ce qui constitue sans doute le caractère d’un homme sûr de lui.

Allahou Akbar…Allahou Akbar…Allahou Akbar.

Grand frère Mahmoud,

Je serais bien incapable d’énumérer toutes tes qualités et encore moins tes bonnes actions. Mais n’aies pas crainte, elles sont toutes consignées dans un Livre, tenu soigneusement par Le Meilleur Comptable.

Nous te disons Adieu grand frère et nous te faisons la promesse sincère des véritables croyants, que, tant que nous vivrons, nous cultiverons ton souvenir et nous resterons fidèles à la voie que tu nous as tracée. Nous défendrons les humiliés, les Moustadafines et toutes les victimes du despotisme à une époque où ce dernier, plus arrogant que jamais, semble se généraliser aux dimensions de la planète.

Mahmoud !

 » Ô toi, âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée, entre donc parmi Mes serviteurs et entre dans Mon paradis « . Le saint Coran.

Suit une prière.

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Lettre d’Adieu

Anne Joubert, 12 mars 2003

Chers amis,
Je n’ai malheureusement pas pû me joindre à vous pour rendre hommage à Mahmoud Khelili.
Mais je tiens à témoigner à tous ses proches, de mon émotion et de ma tristesse à l’annonce de son décès.
Ce grand Monsieur m’a fait comprendre beaucoup de choses sur la situation de l’Algérie actuelle, et m’a aidé à transmettre cela à un grand nombre de Français, obnubilés par la diabolisation de l’islamisme, l’assimilation de celui-ci au terrorisme, et qui avaient grand besoin d’être éclairés sur ce régime de dictature, produisant lui-même terrorisme d’état, et terrorisme tout court. Et il me semble que sur ce plan, un large travail de prise de conscience s’est effectué, même si nous pouvons être profondément choqués
par la façon dont le voyage de Chirac a été organisé et relayé par la presse et dont le silence persiste sur le problème des « Disparus ».
J’ai eu l’honneur et le plaisir d’accueillir plusieurs fois Mahmoud dans ma maison et je n’oublierai jamais ces discussions graves et animées mais aussi ces moments de chaleur et de rires auxquels plusieurs d’entre vous ont participé.
C’est grâce à tout cela et à une action partagée, que ma « conscience algérienne » s’est éveillée et le restera, entretenue par le travail extraordinaire d’information que produit algéria-watch, que je suis au jour le jour et m’empresse de faire partager autour de moi.
Bien à vous tous
Anne

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SYNDICAT de la MAGISTRATURE
B.P.155 75523 PARIS cedex 11 PARIS, le 12 mars 2003,
tel:01 48 05 47 88
fax:01 47 00 16 05
e.mail: syndicat.magistrature@wanadoo.fr
site: www.syndicat-magistrature.org

COMMUNIQUE en MEMOIRE de Maître KHELLILI, AVOCAT ALGÉRIEN

Le Syndicat de la Magistrature salue la mémoire de Me Khellili, avocat, grande figure de la lutte pour les droits de l’homme en Algérie, qui vient de mourir.

Le Syndicat de la Magistrature rappelle que Me Khelili s’est totalement dévoué à la défense des familles de disparus en Algérie (environ 10 000 disparus), à la lutte contre l’impunité et pour l’indépendance de la justice.

Nous savons que son combat n’a pas été vain et que de nombreux avocats et magistrats algériens continueront à lutter contre la corruption et l’assujettissement de la justice au pouvoir exécutif Ils sont assurés de notre solidarité.

Le bureau du Syndicat de la Magistrature

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Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH)

Hommage à Maître Khelili

Paris, le 11 mars 2003.
La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) a appris, avec une grande tristesse, le décès le 6 mars de maître Khelili. Elle tient à exprimer à sa famille, à ses proches et à tous ses amis ses sincères condoléances.

La FIDH salue la mémoire de ce grand défenseur des droits de l’Homme algérien. Maître Khelili a fait preuve d’un courage admirable notamment depuis 1992, alors que son pays traversait une grave crise des droits de l’Homme. Il a été parmi les premiers à denoncer les graves dysfonctionnements de la justice, la torture, les disparitions forcées, les détentions arbitraires et les exécutions extra-judiciaires.

La FIDH tient tout particulièrement à saluer son action en faveur des familles de disparus. Il a assité les familles dans leur démarche et les a aidé à se regrouper pour réclamer vérité et justice. Interlocuteur privilégié des organisations internationales de défense des droits de l’Homme, il a contribué à créer un large mouvement de soutien à la lutte des familles. A chacun de leurs déplacements en Algérie, en 1997 et en 2000, les chargés de mission de la FIDH ont été accueillis par maître Khelili qui a, à chaque fois, contribué de manière significative à la réussite de leurs missions.

Son acharnement, qui n’a cédé ni aux intimidations, ni aux menaces, a contribué à la prise de conscience internationale des violations graves et systématiques des droits de l’Homme en Algérie.

La FIDH s’incline avec respect devant sa mémoire.

Sidiki Kaba
Président

Driss El Yazami
Secrétaire général

Patrick Baudouin
President d’honneur

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MAHMOUD, MON FRERE

Salah-Eddine SIDHOUM, Algeria-Watch, 9 mars 2003

Tu viens de nous quitter et de mourir comme tu l’as toujours souhaité : DEBOUT.

Ton combat pour la Dignité et la Justice que tu as commencé dans les maquis de la wilaya 4, durant la guerre de libération nationale, tu le poursuis depuis 1962 contre les nouveaux maîtres illégitimes de l’Algérie. Tu nous parlais souvent d’indépendance inachevée. Tu assistais impuissant, au lendemain de la souveraineté territoriale recouvrée, à l’assassinat de tes anciens compagnons d’armes par l’armée des frontières lâchée par les imposteurs d’Oujda et de Ghardimaou.

Tu as servi dignement ton pays dans le combat libérateur et tu ne voulais pas te servir après l’indépendance. Incorruptible, tu avais refusé d’être acheté comme certains bravaches, par un bar, un commerce ou une licence d’importation pour te faire taire.
A peine intégré dans tes nouvelles fonctions de commissaire de police, au lendemain de l’indépendance, ta conscience commençait à être ébranlée par ce que tu voyais comme dérives et déviances. La torture, à peine sortie, revenait à grands pas. Tu me racontais comment d’anciens « indigènes » collaborateurs « repentis » de l’administration coloniale et certains « révolutionnaires » du MALG se donnaient la main pour « questionner » les opposants. Toi, l’ancien maquisard, tu ne pouvais admettre cela. Au début des années 70 tu te révolteras contre certaines pratiques dans ta corporation et contre les « intouchables » de la nomenklatura naissance. Cela te vaudra ton arrestation par tes chefs et ta séquestration dans les sous-sols de la caserne Pélissier, siège de la direction de la sûreté nationale. Ils ont failli te liquider physiquement mais l’heure du Destin n’avait pas encore sonné.
Tu démissionneras de la police pour t’inscrire au milieu des années 70 au barreau d’Alger avec toujours le même idéal qui a guidé ta vie combattante : lutter contre l’injustice et pour le respect de la dignité.

J’étais jeune étudiant en médecine dans les années 70. J’assistais à une audience au tribunal de Boufarik que présidait mon regretté père. Et c’est là que j’avais fait ta connaissance pour la première fois. J’étais frappé par ton éloquence, ta hargne et ta sincérité dans la défense de tes mandants.
A la fin de l’audience, je rejoignais mon père dans la cour du tribunal et tu es passé, nous saluant au passage. Je disais toute mon admiration pour toi à mon père, suite à ta plaidoirie. Et c’est là qu’il me dira : « C’est Me Khelili, l’un des rares avocats que je respecte. Il n’est pas de ceux qui oublient leurs mandants dans leurs cellules et qui étudient pour la première fois leur dossier dans la salle d’audience ». Je ne comprenais pas. Ce n’est que vingt ans plus tard, lorsque je fus arrêté pour mes activités politiques par les putschistes d’Alger que j’ai compris le sens de la phrase du père. De jeunes détenus, tant du droit commun que politiques, me raconteront dans leurs cellules de la prison d’El Harrach, comment certains avocats véreux les avaient abandonnés après avoir subtilisé des « honoraires » astronomiques à leurs familles et venaient bâcler leur affaire le jour du procès. Tu n’étais pas de ceux-là. Bien au contraire.

Durant les années 80, tu as participé à tous les grands procès politiques de la décennie. A la sinistre cour de sûreté de l’Etat de Médéa, la ville de tes aïeux, tu avais défendu tous les opprimés et opposants à ce régime honni, qu’il s’agisse de berbéristes, de communistes, de benbellistes ou d’islamistes. A beaucoup de victimes de cette hogra, tu ne prendras pas un centime.
Je me rappelle, lors de la récréation démocratique, du débat télévisé sur la « justice » où tu asséneras courageusement certaines vérités sur la dépendance criarde de cette dernière et sur la corruption y régnant. Tu venais de dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. La sanction ne tardera à tomber. Tu seras suspendu du barreau durant près de deux ans. Et bien sûr, les « barons » de ta corporation, comme tu aimais les appeler, ne lèveront pas le petit doigt, khobza oblige.

Tu étais respecté par tes mandants car tu les écoutais. Tu ne les oubliais pas au fond de leur cachot pour expédier leur affaire le jour de l’audience. Je me rappelle d’une mutinerie au début des années 90, à la prison d’El Harrach. Les prisonniers soumis à un régime carcéral bestial, voulaient eux aussi, à l’instar de la société, leur part de démocratie. Des dizaines de fourgons de police encerclaient les « Quatre hectares », prêts à intervenir. La force, toujours la force ! Les jeunes mutins réclamèrent ta présence pour exposer en toute sécurité leurs doléances et réintégrer leurs cellules. Tu as immédiatement répondu à l’appel et tu les as écouté et ils ont à leur tour écouté tes sages conseils en mettant fin à leur mouvement de protestation, sans dégâts ni pertes humaines.

La guerre imposée à la Nation depuis janvier 1992 t’avait révolté. Tu été sollicité par des centaines de familles de citoyens victimes d’une répression aveugle. Tu seras parmi les tous premiers avocats à dénoncer les tribunaux d’exception pompeusement appelés Cours spéciales, leurs procès iniques et leurs jugements expéditifs. Tu exploseras de colère lors du procès Nouh, une affaire criminelle de droit commun, qu’on a voulu politiser et en faire une affaire de « terrorisme ». Tu dévoileras, à travers la presse les tenants et les aboutissants de cette affaire où de malheureux citoyens seront « sacrifiés sur l’autel de l’impératif sécuritaire» comme tu aimais le répéter aux journalistes. Tu seras parmi la poignée d’avocats qui appellera au boycott de ces tribunaux d’exception qui bafouaient les droits les plus élémentaires de la défense. Hélas, encore une fois, les « barons » de ta corporation, les insatiables khobzistes, casseront ce mouvement. Les victimes de la répression constituaient pour eux une source bénie d’enrichissement. Tu fus écœuré par le comportement lâche de cette minorité agissante et influente. Comme tu me le disais à juste titre : «El Khobza a pris le dessus sur El Mebda » (le principe).

Je me rappelle de cet après-midi d’été de l’année 94. Nous étions ensemble dans ton modeste cabinet, envahi de dossiers poussiéreux et nous écoutions attentivement le témoignage d’un vieux citoyen de Bachdjarah, ancien fidaï de la guerre de libération nationale et ancien condamné à mort, nous raconter les affres de la torture qu’il venait de subir au commissariat de Bourouba. Il venait d’échapper miraculeusement à la mort dans un centre d’où l’on sortait rarement vivant à cette époque. Il avait été arrêté et torturé car son fils en fuite été accusé d’activités « terroristes ». Il nous racontait comment un officier tortionnaire avait aménagé une chambre dans ce centre, près de son bureau pour sodomiser les jeunes prisonniers et violer les jeunes filles détenues. Il terminera son poignant témoignage par cette phrase lourde de sens : « Les paras de Massu qui m’ont torturé en 1957 sont des enfants de chœur devant les tortionnaires de Bourouba ». Je voyais tes yeux s’embuer à cette triste comparaison. C’est la première fois que je te voyais pleurer. Confus, j’avais le cœur serré et je comprenais ce que tu ressentais à une telle douloureuse évocation. J’avais saisi ce jour-là la profondeur de la tragédie de notre pays et j’appréhendais les rouges jours qui se profilaient à l’horizon.

Le massacre de Serkadji en février 1995 t’avait révulsé. Un massacre à huis-clos de plus de cent détenus sans défense qui réclamaient la venue de quelques avocats pour discuter et comprendre ce qu’il leur arrivait en cette journée de Ramadhan. Ceux qui avaient planifié ce crime contre l’Humanité, parmi tant d’autres, ne voulaient pas de témoins. Il fallait que la machination aboutisse. Et les charognards crieront victoire. Tu feras partie de la poignée d’avocats qui se dévouera corps et âme pour obtenir la liste des victimes de ce drame. Tu alerteras avec d’autres militants, tant les organisations internationales que l’opinion publique sur l’ampleur du massacre. Et tu participeras activement à l’enquête et à la rédaction du rapport préliminaire sur le carnage de Serkadji, un document de haute facture, truffé de preuves irréfragables qui servira demain à la commission nationale de vérité dans l’instruction de cet épisode des plus sombres de cette tragédie.
Tu étais de tous les procès politiques de cette guerre : du procès des responsables du FIS au procès de l’assassin présumé de Hachani, en passant par les procès des auteurs présumés de l’attentat de l’aéroport d’Alger, des « ravisseurs » des fonctionnaires du consulat de France, de Hachani, de la « mutinerie » de Serkadji, des assassins présumés de Matoub, des affaires Chalabi et Birem….).

Rien ne t’arrêtera dans ton combat pour le respect de la Dignité humaine et pour dénoncer les atteintes généralisées aux droits de la personne humaine. Ni les intimidations ni les machinations. Ton téléphone sera mis sur écoute et ton fax sous contrôle. Te rappelles-tu de la fameuse lettre de menace de mort des mystérieux « GIA » que tu avais reçu ? Tu en riais en nous la montrant, tellement c’était grossier.

Ton fils Farid sera arrêté en 1994 par les « services » sur la route de Boufarik. On l’impliquera dans une affaire de « terrorisme ». Une affaire montée de toutes pièces pour te faire taire et qui se terminera par un non-lieu. En février 1998, ils récidiveront, à la veille de ton voyage en Europe sur invitation d’ONG pour parler de la situation des droits de l’homme. Une vingtaine d’hommes armés feront irruption à ton domicile pour arrêter tes fils Farid et Karim. Ce dernier, en traitement pour troubles mentaux sera séquestré durant quelques jours et sauvagement tabassé. A sa libération, ses troubles s’aggraveront. Mais rien n’y fera. Le lendemain de cette lâche provocation, tu prenais l’avion et tu dénonçais la politique de terreur imposée à la population algérienne.

Ton bureau ne désemplissait pas de journalistes et correspondants de la presse internationale. Dossiers, photos et témoignages de survivants de la terreur à l’appui, tu étalais les preuves de la politique d’éradication qui s’abattait sur notre pays.
Cette tragédie nationale ne te faisait pas oublier la tragédie sociale qui découlait de cette guerre meurtrière.
Avec une poignée d’avocats et de militant(e)s des droits de la personne humaine, tu organisais les familles de « disparus » au sein d’une association et tu les aidais à se faire entendre tant à l’intérieur auprès des autorités qu’à l’extérieur auprès des ONG pour réclamer le droit à la vérité sur le sort de leurs enfants enlevés par les services de sécurité.

Tu t’attaqueras aux expulsions intempestives de citoyens de leurs logements précaires et de leurs baraques, en créant l’association SOS-Expulsions. Appareil photo au cou, tu sillonneras les quartiers populaires de Birkhadem, Maqaria, Gué de Constantine…., à la rencontre de la détresse humaine « logeant » dans des carcasses de véhicules abandonnés ou des containers et que les autorités locales voulaient chasser de leur « territoire », après tant d’années d’incurie. Tes actions médiatiques freineront sensiblement cette campagne d’expulsions.

Ta générosité et ton humanisme étaient sans limites. J’ai été très touché lorsque j’ai appris que tu avais pris la fille de ton confrère de Sidi Moussa, kidnappé par une bande de criminels en 1998, sous couvert des « GIA », comme avocate-stagiaire dans ton cabinet et que tu considérais comme ta propre fille, en l’absence de son père « disparu ».

De simples citoyens, des policiers, commissaires, militaires venaient te voir dans ton cabinet pour te déballer ce qu’ils avaient vu comme horreurs et vécu comme hogra. Ils venaient de partout. Du nord, de l’est, de l’ouest, du sud. Tous affluaient vers toi, l’avocat qui « n’avait pas peur de la houkouma » comme ils te surnommaient.

Ta dernière grosse affaire fut celle du malheureux fonctionnaire de la direction de l’action sociale d’Oran, durant l’automne dernier, qui accusait un général, chef de région militaire, d’être impliqué dans un vaste trafic de drogue dans la région. Gravement malade, tu feras le déplacement et tu réclameras la comparution de ce général à la barre. Ce fut l’affolement. Tu venais de toucher à un point sensible du système. Les menaces téléphoniques de mort pleuvront sur toi et ton fils. Non contents de cela, ils n’hésiteront pas à faire encercler ton cabinet durant tout un après-midi par des civils armés à bord de véhicules banalisés. Les vives réactions internationales tempéreront un tant soit peu les ardeurs criminelles des lâches.

Mais la fourniture de tels efforts a un prix. Malade depuis fort longtemps, cette dépense incommensurable d’énergie finira par retentir sérieusement sur ta santé déjà précaire. Les crises d’angor à répétition et l’instabilité de ton diabète étaient de sérieux avertissements. Mais tu ne voulais pas nous écouter. Tu continuais à travailler jusqu’à une heure avancée de la nuit. Ton but : amasser le maximum de témoignages pour traduire les criminels, tous les criminels devant un tribunal pénal international. Tu fus le premier à le clamer publiquement à Paris à la fin des années 90. Tu as pu alimenter de manière substantielle l’organisation internationale contre l’impunité siègeant à la Haye, Justitia Universalis dont tu étais membre fondateur et membre du bureau directeur, de centaines de dossiers et de preuves.

Mais il serait malhonnête pour moi de décrire tes grandes qualités sans évoquer l’autre versant de ton caractère. L’âge, la maladie et ce travail harassant et sans limites t’ont rendu impulsif et coléreux depuis quelque temps. Tu t’emportais pour une futilité, contre tous, même contre tes ami(e)s les plus proches. Nous, qui te connaissons depuis fort longtemps, supportions sans broncher tes accès de colère et tes bouderies, le temps du passage de la tempête et ta bonté et ta générosité reprenaient le dessus, comme si de rien n’était. Tu avais pratiquement démissionné de toutes les ONG (commission arabe des droits de l’homme, réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme, LADDH). Tu as préféré ces deux dernières années poursuivre ton combat en solo.
Tes détracteurs, ceux que tu dérangeais par ton franc-parler et les vérités que tu assénais, exploitaient à fond ce petit côté difficile de ton caractère pour te discréditer et pour semer la fitna (discorde). C’est ce qui s’est passé lorsque de petits janissaires de la plume de ce qui reste de la presse éradicatrice, t’ont piègé, à une période de lassitude et de tension, où tu as explosé et fulminé contre certaines associations de disparus et certains militants des droits de l’homme. Ils n’hésiteront pas à revenir à chaque fois à la charge, profitant de ton goût immodéré des médias, allant jusqu’à réchauffer d’anciennes interviews datant de plusieurs mois pour enfoncer le clou de la fitna, après t’avoir traité d’ « avocat des terroristes » et de « complice des égorgeurs ». Des mesquineries à la hauteur de leur servilité. Mais comme disait ton confrère Jacques Vergès : « On ne peut empêcher des chiens d’aboyer au passage d’un Homme dans la rue, comme on ne peut empêcher des nains d’uriner au pied d’une statue ».

La stratégie des « services » et de leurs boys était claire : il fallait, à l’ère du TPI et de la CPI et devant l’accumulation des preuves et des témoins, diviser les militants des droits de la personne humaine et faire éclater les associations des familles de disparus.
Mais grâce aux volontés sincères et désintéressées, d’une part et à la sagesse des uns et des autres d’autre part, la fitna n’a pas eu lieu. Tu avais fini par comprendre le piège et les esprits se sont calmés. Et le combat de toutes et de tous pour la Vérité et la Justice se poursuit, au grand dam des intrigants. Il y a deux mois, lors de notre dernier entretien téléphonique, tu avais reconnu les faits et tu m’avais promis de mettre un terme à tout cela. Et tu as tenu ta promesse.
Sache, mon cher Mahmoud, que ceux que tu avais écorchés dans tes accès de colère, t’ont pleuré, jeudi en apprenant la triste nouvelle.

Au cours de ce même entretien téléphonique et alors que je te demandais des nouvelles de ta santé, et comme d’habitude, tu éluderas la question pour me parler de la situation des droits de l’homme. Je sentais cependant la fatigue dans ta voix. J’avais retenu une seule phrase : « J’ai peur, Salah-Eddine, de partir sans assister à la traduction de ces criminels devant un tribunal pénal ». Une prémonition.

Gravement malade, tu continuais à travailler, ton habituel sachet de médicaments à tes côtés. Tu as été hospitalisé pour la dernière fois à Parnet, un modeste hôpital de la banlieue d’Alger. Tu n’as pas eu droit aux hôpitaux de la Nomenklatura. Tout comme tu n’as pas eu droit à une prise en charge à l’étranger ni à un avion médicalisé d’Europ-Assistance. Tu as pris l’avion le plus normalement du monde, accompagné de ton honorable épouse, avec une glycémie à plus de trois grammes et des artères coronaires en partie obstruées. Arrivé à Roissy, après quelques mètres de marche, ton myocarde a lâché. Et tu es mort comme tu le souhaitais : Debout.

Bien sûr, tu n’auras pas droit aux condoléances officielles et aux hypocrites éloges dithyrambiques des larbins du système. Mais tu recevras la Miséricorde d’Allah et les prières des Humbles et c’est le plus important.

Mon cher Mahmoud,
Nous avons choisi comme toi, le chemin difficile de la Dignité et de l’Honneur au service des Humbles et des opprimés et nous poursuivrons sur cette voie jusqu’à ce que la Vérité, toute la Vérité éclate et que Justice soit rendue. Et nous continuerons aussi notre combat politique que nous avons mené ensemble depuis fort longtemps pour une Algérie de Dignité, de Justice et des Libertés Démocratiques. Nous serons, comme nous l’avons toujours été, patients devant l’épreuve et persévérants dans la lutte. Ce n’est qu’une question de temps. Car nul droit ne se perd tant qu’existe un revendicateur.

Repose en paix, Cher Mahmoud. Que Le Tout-Puissant t’Accorde Sa Sainte Miséricorde et t’Accueille en Son Vaste Paradis.
A Dieu nous appartenons et à Lui nous retournerons.

Ton frère
Salah-Eddine Sidhoum.

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Maître KHELILI tel que je perçois

Par Amina Kadi, Paris le 26 octobre 1999
J’ai connu Maître Mahmoud KHELILI en décembre 1997. Nous avons tout de suite commencé un marathon de discussions autour de L’Algérie dès que nous avons mis pied dans l’avion Paris-Barcelone. Cela a duré quatre jours. Maître KHELILI n’a pas de temps à perdre. On sent que pour lui, transmettre l’information, relève du devoir. La situation est très grave, et la loi du silence enserre le pays. Il tient à apporter ses témoignages sur la torture érigée en système, la pratique des disparitions forcées, les exécutions extra-judiciaires…De par sa fonction d’avocat, il était au cœur de la tragédie humaine que faisait subir, à toute la population, les tenants jusqu’au-boutistes du tout sécuritaire et ceux de la violence. La douleur, il la palpait tous les jours avec ceux qui ont souffert dans leur chair et ceux dont l’âme ne peut connaître de répit avant que la vérité sur leurs proches disparus ne se fasse. Doté d’une excellente mémoire, il vous raconte une à une et par le détail, les cas de torture de disparitions… Il ne cache pas sa révolte devant tant d’injustice. Il insiste pour qu’à notre tour, on témoigne et on dénonce.

J’ai été frappée par son courage et beaucoup impressionnée par sa ténacité. D’autres parleraient d’entêtement. Longtemps soumis à d’incessantes pressions et intimidations, il continue, imperturbable, son combat. Très tôt, les médias algériens lui collent l’identifiant « avocat du FIS ». Il est rare les fois où la presse le cite sans ajouter cette petite phrase assassine à son nom. Dans l’environnement suspicieux qu’a connu l’Algérie, mais aussi en dehors de celle-ci, une telle étiquette est lourde à porter. Le journaliste François David raconte qu’en « gravissant les marches inégales qui mènent à son bureau (celui de Khelili), on s’attend confusément à voir apparaître un look islamiste ». A l’évidence, on a voulu décrédibiliser le remarquable travail qu’il accomplit.

Avec sa famille, il a été constamment l’objet d’harcèlements et de provocations de la part des services de sécurité. Fax et téléphone coupés ; perquisition à son domicile suivie de violence à l’encontre de sa famille ; préfabrication d’une affaire de terrorisme contre son fils Farid. L’épée de Damoclès sera brandie à tout écart jugé exagéré.

Généreux et ouvert, il ne pratique pas la rétention d’informations et n’hésite pas à ouvrir ses dossiers ceux qui veulent s’investir dans la recherche de la vérité . C’est plutôt une qualité rare dans beaucoup de milieux.

L’ambiance dans son cabinet est conviviale et familiale. Ses assistantes ont avec lui un rapport de filles à père. Elles lui font la bise en arrivant avec beaucoup de respect et je dirais aussi d’affection. On est souvent interrompu par des visiteurs ou par le téléphone. Une famille passe et lui fait le compte-rendu de la marche des familles de disparus vers la Présidence (on était le jeudi 29 juillet 99).

Rendez-vous est pris pour le lendemain. J’avoue que je ne m’attendais pas à travailler sérieusement par temps caniculaire et de surcroît le vendredi, jour de repos chez nous. Je m’y fais rapidement face à la volonté de Maître Khelili. Il me désigne la pile de dossiers de disparus. Nous entrecoupons le travail en échangeant nos idées par rapport à certaines questions qui préoccupent les défenseurs des Droits de l’Homme. La loi sur la concorde civile, l’impunité, la commission d’enquête internationale… Il qualifie la première de loi « rahma-bis pénalisée par un dispositif répressif encore plus rigoureux ». Il ne comprend pas que ceux-là même qui ont orchestré la répression durant ces années de plomb soient ceux qui examinent les situations individuelles et accordent le pardon. Il qualifie les membres des commissions de probation de « représentants de tous les appareils qui ont servi à la répression du terrorisme pendant toutes ces années et qui sont affublés du coup du rôle de juge et partie ». Concernant les disparitions forcées, il s’élève contre la politique de l’oubli que prône le président Abdelaziz Bouteflika « il n’est pas acceptable d’oublier et de considérer comme mortes ces personnes, qui, en ce moment même, sont toujours séquestrées quelque part, ou toutes terrées ». Pour lui, il ne peut y avoir de concorde civile si on ne fait pas la lumière sur les disparitions forcées « il faut encourager toutes les actions qui permettent de redonner la vie à ces milliers de disparus. La concorde civile doit passer par là, sinon, ce ne sera qu’un échec de plus pour l’Algérie». Il juge sur mesure cette loi qui amnistie une bonne partie des responsables politiques et les traditionnels décideurs. « La concorde civile et l’amnistie dont parle Bouteflika sont un échappatoire formidable pour eux. C’est là que le bât blesse ». Aujourd’hui, il considère qu’après avoir mis en cause les institutions sécuritaires, il est temps de « s’attaquer aux responsables des enlèvements nommément ». Maître Khelili reste l’une des rares voix à demander qu’une commission d’enquête internationale soit diligentée en Algérie. Il se bat pour que les exactions commises en Algérie soient reconnues comme crimes contre l’humanité. Son combat pour la promotion des Droits de l’Homme lui impose de la réserve sur le plan politique.

Je ne peux clore sans signaler deux caractéristiques que j’apprécie beaucoup chez Mahmoud Khelili. Son sourire et un très grand sens de l’humour.

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Il s’est effondré à Roissy jeudi dernier

Me Mahmoud Khellili, l’avocat des Moustadifine, est mort

Par El Kadi Ihsane, Quotidien d’Oran, 8 mars 2003

S’il existe un avocat des pauvres, c’est lui. Me Mahmoud Khellili a clôturé jeudi en marchant, un magnifique parcours de droiture et une époustouflante quête de justice.

Sa mort ne doit rien au hasard. Maître Mahmoud Khellili, 68 ans, est subitement tombé devant le guichet de la PAF à l’aéroport de Roissy à Paris, jeudi à 11 heures à son arrivée d’Alger. Il n’aurait pa dû se trouver là. En fait, si. Il voulait rester actif jusqu’au bout. Il avait subi, quinze jours plus tôt, une attaque cardiaque. Hospitalisé à Parney dans un état critique, il se mit, dès qu’il se sentit mieux, à harceler son entourage pour sortir. «Il parlait de faire le mur», raconte sa fille. Me Khellili, en permission la semaine dernière, devait revenir à Parney pour une coronographie mais il décida subitement de prendre l’avion pour Paris où des amis l’avaient invité à poursuivre ses soins intensifs. Zoulikha, son épouse, l’accompagnait dans ce dernier voyage.

Moudjahida comme lui de la wilaya 4 où ils s’étaient connus et mariés, elle répond, dans un portrait de son mari signé de Ghania Mouffok dans Libre Algérie à l’autonome 1998, à la question de savoir quel était le trait de caractère qui le distinguait le plus: «Il est têtu». Pourtant le parcours romanesque de ce coureur de fond de la justice ne manque sûrement pas d’autres qualités. Décoré pour actes se bravoure durant la guerre de libération nationale, il était exceptionnellement courageux. Radié des effectifs de la DGSN en 1972 parce qu’il y dénonçait toutes sortes de dérives, il était totalement incorruptible. Engagé corps et âme dans la défense des droits de l’homme et des pauvres en général, il n’a jamais pris d’argent pour les affaires de «hogra», il était infiniment généreux. Me Khellili était connu pour l’avocat qui ne refusait jamais une affaire d’atteinte aux droits humains, aux libertés.

Pour Me Ali Yahia Abdenour, président de la Ligue de défense des droits de l’homme (LADDH), qui l’a connu en 1991, son confrère «s’est tout simplement sacrifié pour les droits de l’homme. Il a pris sa tâche à coeur. Il ne s’est jamais ménagé. Il était diabétique mais il passait des journées entières au tribunal, ne mangeait pas aux heures. Il a dépensé des sommes énormes à aider les gens en fax et en déplacements. Il ne prenait jamais d’argent pour ces affaires-là. Il a lutté sur tous les plans, celui du fonctionnement de la justice, des atteintes de l’administration, de la défense de la liberté de la presse. Il faut garder de lui le souvenir d’un homme qui a lutté jusqu’à son dernier souffle pour la dignité humaine».

Le destin de Mahmoud Khellili est une caricature de fusion avec l’histoire ulcérée de son pays. Né à El-Harrach, près d’Alger, le 1er février 1935, «il rêvait à 18 ans de devenir musicien ou homme de théâtre», comme le rapporte son portrait de 1998. Il sera combattant de la révolution à partir de 1958 et officier de liaison et de renseignement à l’indépendance. La maison familiale est plastiquée par l’OAS en 1962. «C’est par devoir», qu’à l’indépendance, il s’engage dans la police. Très vite, il se distingue par son intransigeance sur le respect des lois de la République. La nuit du coup d’Etat du 19 juin 1965, il refuse de remettre le commissariat du Cavaignac, à Alger centre, aux gendarmes. «Je me soumettrais demain à l’autorité légale qui se présentera» leur dit-il. Ahmed Draïa, le patron de la DGSN, lui fera le reproche d’avoir failli compromettre le «redressement révolutionnaire» dont il était un membre actif. Plus tard, commissaire principal à Alger, Mahmoud Khellili découvrira que la police est retournée aux pratiques de la torture. Il affiche sa désapprobation et se retrouve muté à El-Asnam (Chlef). Sa vie professionnelle est très mouvementée car nulle part il accepte de fermer les yeux sur les dérives de l’Etat. Il dénonce des enrichissements illicites dans l’administration et la police, se retrouve séquestré par des hommes de Ahmed Draïa et obtient sa libération par un coup d’éclat digne de l’impénitent baroudeur qu’il est alors: «J’ai avalé un tube de médicament devant mes responsables. Le ministre de l’Intérieur Ahmed Medeghri l’a appris et a ordonné que l’on me relâche». Mahmoud Khellili finira par être radié de la DGSN en 1972 mais non sans avoir entraperçu sa nouvelle voie dans la vie. En effet, il a été, lors de l’une de ses multiples affectations «punitives», envoyé à la délégation judiciaire de la police. «Ce travail le passionne. Et c’est là qu’il pense devenir avocat». Il prête serment en 1976 et se lance dans son nouveau métier avec la même quête de justice qui le soulève. Ses engagements sont alors à la mesure de son incroyable énergie. Il est de tous les combats pour le droit. Il se bat dans la profession afin de faire respecter les droits de la défense et lance le premier syndicat des avocats. Il est de plus en plus souvent l’avocat des citoyens qui ont subi un déni de justice. Services de sécurité, administrations, ministères: les institutions de l’Etat n’avaient qu’à bien respecter la loi qu’elles étaient censées incarner. Son parcours atypique le met en dehors des mouvances politiques qui sont à l’origine de la naissance des ligues des droits de l’homme. Mais Me Khellili s’avère plus endurant pour traquer la torture et les atteintes. Lorsque les événements se compliquent à partir de 1991, et que de nombreux démocrates désertent trop facilement le camp de la défense des droits de l’homme car l’heure est à la répression des islamistes, Me Khellili, lui, se révèle égal à lui-même. Il n’y a pas de sous-citoyen. Ni l’affaire Bouyali ni la défense des dirigeants du FIS ne le désarçonnent de ses convictions. C’est d’ailleurs le moment de son rapprochement de la LADDH de Me Ali Yahia. Me Khellili conserve toutefois un permanent caractère d’indépendance. Il travaille à l’instinct. Celui d’un homme d’une sensibilité à fleur de neurone à l’injustice.

C’est donc naturellement que son cabinet d’El-Harrach deviendra à partir de 1996 l’un des deux points de refuge des familles de disparus à Alger. Il était déjà celui des licenciés économiques. La fin du tabou sur les disparitions forcées lui doit beaucoup. Il transmettait les dossiers qu’il avait recueillis à toutes les ONG humanitaires «sans autre calcul que celui de faire la lumière sur des drames humains». Avec Me Mohamed Tahri à Kouba et avec l’aide de la LADDH, Me Khellili deviendra durant plusieurs années, emblématique de la recherche de la vérité et de la justice pour des centaines de parents de disparus. C’est d’ailleurs elles, avec sa famille qui, les premières, souffrent aujourd’hui de sa disparition.

Mme Bouabdellah, la mère du journaliste de El-Alem Essiassi enlevé en 1996, a évoqué en terme de «catastrophe» le sentiment de détresse qui s’est abattu, à l’annonce de sa disparition, sur ceux qui savaient combien Me Khellili était précieux pour leur quête.

Au tournant de la décennie, Me Khellili a désavoué l’évolution organisationnelle du mouvement des familles de disparus. Il a notamment critiqué le fonctionnement de S.O.S. Disparus. «L’intrusion des ONG internationales a enfanté des tensions supplémentaires dans ce mouvement», explique Daïkha Dridi, notre consoeur, qui a beaucoup travaillé sur ce dossier. Me Khellili a dénoncé les ingérences. Mais pas un militant des droits de l’homme, pas un parent de disparu ne lui en a un jour tenu rigueur. Il était respecté comme une icône.

Une icône qui refusait le piédestal qui lui était promis. Me Khellili a marché jusqu’au bout, son cabinet toujours plein de ces gens pauvres qu’il aimait, qui étaient son humanité. L’hiver dernier encore des familles aux revenus modestes étaient expulsées de leur location à Alger. La presse s’en était émue. Qui était leur avocat ?

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Droits de l’homme / Décès de Mahmoud Khelili

El Watan, 8 mars 2003

Une des voix de défense des droits humains en Algérie s’est éteinte. Mahmoud Khelili, 68 ans, avocat au barreau d’Alger et président du Syndicat national des avocats algériens (SNAA), est décédé jeudi après-midi d’une crise cardiaque à son arrivée à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle à Paris.

Selon l’Agence France presse (AFP), il était accompagné de son épouse. Me Khellili avait été pris de vertiges en quittant l’avion, mais avait continué à marcher. Il s’est ensuite effondré dans l’aérogare de Roissy, foudroyé par un arrêt cardio-respiratoire.

Selon des sources aéroportuaires, citées par l’AFP, la mort a été immédiate. Le corps a été transporté à la chambre funéraire de Gonesse (Val-d’Oise, région parisienne), où s’est rendue une délégation de l’ambassade d’Algérie à Paris. Hier, la mort de ce célèbre avocat n’a suscité aucune réaction ni de condoléances officielles. Membre du réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme et de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), Mahmoud Khelili était un homme engagé dans la lutte contre l’impunité qui entoure les disparitions forcées, les exécutions sommaires, la torture et la détention illégale.

«Précurseur du mouvement des familles des disparus, j’ai rassemblé ces familles, je les ai instruites juridiquement pour qu’elles comprennent leurs droits et qu’elles les réclament avec force. J’ai été au premier rang des premières manifestations de ces familles. J’ai couru les capitales du monde pour faire valoir leurs revendications. Certains m’ont accusé de tous les maux à tort, je les laisse à leur conscience», avait-il confié à un journaliste. Il avait rassemblé de nombreux documents sur des cas de torture pratiquée dans les lieux de détention relevant de la police, de la gendarmerie ou du DRS en Algérie. En novembre 2002, il a fait l’objet de menaces de mort à travers des messages téléphoniques.

Ces menaces persistantes revenaient lorsque Me Khelili avait décidé de défendre l’ex-directeur de l’action sociale d’Oran. Cet ex- responsable a dénoncé «l’implication de hauts responsables militaires dans un trafic de drogue international». Il a été poursuivi pour diffamation par le ministère de la Défense nationale. Me Khelili a été également menacé d’expulsion de son cabinet professionnel forcé de régler de prétendus loyers impayés. Plusieurs ONG avaient condamné cet acte qualifié d’abusif. Me Khelili avait, à maintes reprises, dénoncé les incessantes coupures de téléphone de son cabinet et de son domicile et les interminables surveillances policières.

Par Fayçal Métaoui


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3 Commentaires sur cet article

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  • Dria
    6 mars 2015 at 22 h 16 min - Reply

    Allah yarahmek , je ne te connaissais pas, mais tes actes et les nombreux témoignages en ta faveur ici bas, aprés ton départ te serviront dans la vie de l’au-delà…je plains ce qui te combattait et qui finiront par te rejoindre comme tous les mortels que nous sommes… Seul la vérité régnera.

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  • said ait abdallah
    7 mars 2015 at 10 h 19 min - Reply

    IL faudrait inventer un autre vocabulaire dans toutes les langues du monde entier pour trouver des mots justes à la mesure de l’immensité de cet HOMME d’exception au service de son PEUPLE OPPRIME.
    Son OEUVRE restera éternelle dans la conscience des hommes bien au delà de nos frontières,CELLE qui inscrira SON COMBAT TITANESQUE pour la défense des idéaux et des valeurs de l’humanité.

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  • sI MEFTAH
    9 mars 2015 at 22 h 24 min - Reply

    Allah yerrahmek ya Si KHELLILI bi rahmat Allah !!! Un trés grand homme et un VRAI fils de l’ALGÉRIE…

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