Édition du
5 December 2016

En Syrie, les photos de César commencent à parler

Après avoir provoqué un choc par ce qu’elles confirmaient – plus qu’elles ne révélaient – des pratiques barbares du régime de Bachar al-Assad, les photos prises et rendues publiques par l’ancien photographe de la Police militaire syrienne surnommé César ont commencé à parler. Chaque jour plus nombreux, des noms sont mis sur les visages déformés par la douleur ou émaciés par la faim.

L'une des milliers de victimes anonymes photographiées par César

Encouragés par l’initiative de « l’Association syrienne pour les disparus et les détenus d’opinion » (SAFMCD), qui a entrepris de mettre progressivement en ligne – 3 709 l’étaient au 13 mars courant – les moins choquants de ces terribles documents, en regroupant les victimes, pour en faciliter l’identification, en fonction du service demoukhabarat ou de la branche des services de sécurité qui les avait enlevées, les habitants de Daraya ont annoncé avoir reconnu parmi elles plusieurs dizaines de leurs concitoyens. Vingt trois ont été clairement identifiés. Une dizaine d’autres, dont les traits ont été altérés par les coups, les souffrances et les privations, seraient également originaires de cette grosse municipalité de la proche banlieue de Damas.

Association pour les Disparus et les Détenus d'Opinion

Parmi eux figurent le cheykh Nabil al-Ahmar, imam de la Mosquée Anas bin Malek, qui avait encouragé les jeunes de la ville à manifester, et un important activiste répondant au nom d’Ahmed Olayyan, dont l’influence sur les protestataires pacifiques avait été considérable. Tous deux avaient été arrêtés lors de l’attaque de la ville menée en août 2012 par les forces régulières. Cette attaque s’était soldée par plus de 800 morts, parmi lesquels des femmes et des enfants, et par des centaines de blessés. Cette affaire – « le plus grand massacre depuis le début de la guerre« , selon L’Express – n’avait pas suscité beaucoup d’émoi, le régime ayant mobilisé tous les moyens habituels de sa propagande pour tenter d’imputer aux rebelles, comme à Houla quelques mois plus tôt, les méfaits de ses soudards. Aujourd’hui, près de 10 000 habitants de Daraya, parmi lesquels des femmes, sont encore emprisonnés.

D’autres victimes photographiées par César ont ailleurs été identifiées. C’est le cas du jeune Fadi al-Qoudaïmi, originaire d’al-Rahiba, un gros village situé au nord du gouvernorat de Damas campagne, dont l’histoire met en lumière le cynisme des agents du régime. Jeune marié, l’intéressé avait été enlevé lors d’une rafle menée dans le village le 9 mars 2013. Après avoir saccagé la maison familiale et l’avoir violemment battu sous les yeux de sa femme et de sa mère, les forces de sécurité l’avaient emmené avec elles en compagnie de son père, de son frère, de proches et de voisins. Son père et son frère avaient été libérés quelque temps plus tard. Dans l’espoir d’obtenir aussi sa libération, sa femme avait payé une forte somme d’argent à un intermédiaire qui prétendait pouvoir le faire sortir de prison. Avec des complices, il avait tiré tout ce qu’il pouvait de cette famille, dont le chef était malade et qui manquait de moyens.

Ses proches avaient fini par entendre dire que Fadi était mort en détention. Mais ils n’étaient parvenus à obtenir ni la restitution de sa dépouille, ni l’acte de décès dont sa femme avait besoin pour régulariser à la fois son mariage et la situation de la petite fille qu’elle avait mise au monde après l’arrestation de son mari. Alors qu’elle avait dû se résoudre encore une fois à graisser la patte à un fonctionnaire, elle avait entendu dire que, peut-être…, finalement…, son mari pourrait être encore en vie dans l’une des geôles du pouvoir. Cela pouvait évidemment expliquer le refus des autorités de restituer à sa famille le corps du jeune homme.

Malheureusement, la famille avait dû se rendre à l’évidence en découvrant, comme des dizaines d’autres familles de disparus à travers toute la Syrie, la photo de celui qu’elle recherchait parmi celles des milliers de victimes mises en ligne sur le site de l’Association pour les Disparus et les Détenus d’Opinion.

Quelques jours après le début de cette opération, ce sont près de 90 victimes qui ont été identifiées dans le seul gouvernorat de Damas campagne. Outre Daraya (36) et al-Hasiba, elles étaient originaires des villes ou des quartiers de Doummar (17), Zabadani (15), Qatana (8), Kanaker (7), Ma’damiyet al-Cham (5) et Qoudsaya (1). Mais ces chiffres sont encore loin d’être définitifs, ne serait-ce que parce que seul un tiers des clichés a pour l’heure été posté.

D’autres associations ont été créées en Syrie et des pages ouvertes sur Facebook pour aider les familles à retrouver leurs proches, comme « Disparus et morts anonymes« ,

Disparus et Morts anonymes

qui s’est fixé pour objectif de publier les photos des Syriens et Syriennes enlevés et tués par les services de renseignements dans le secret de leurs prisons et celles de leurs compatriotes non identifiés après leur décès. D’autres espèrent, en contribuant à la diffusion des photos de César, pousser les Etats démocratiques et les organisations de défense des Droits de l’Homme à tout mettre en œuvre pour « stopper la machine à tuer de Bachar al-Assad« .

Stopper la machine à tuer de BAA

Ou, mieux encore, pour que justice soit faite et obtenir la mise en accusation du « traître qui tue son peuple » devant une cour pénale internationale pour « crimes contre l’humanité ».


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3 Commentaires sur cet article

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  • Larbi Anti-DRS
    14 mars 2015 at 12 h 47 min - Reply

    Les occidentaux ont comme ont l’a prevu depuis le premier jour des manifestations pacifiques en Syrie, les occidentaux vont tout faire pour detruire la Syrie et les Syriens. Ils ont reussi avec leurs services de securites a envoyer des jeunes musulmans occidentaux combattre en Syrie pour pousser le Hizb Allah a intervenir. Ensuite, ils utilisent ses jeunes qui sont partis pour creer un climat de peurs et psychose au sein des pays Europeens et USA. Cela fait des budgets et restrictions de libertes civiques supplementaire.
    Les politiciens occidentaux sont des hypocrites qui essayent de faire comme si ils ne savent pas comment le monde fonctionne et quels est le role des gouvernements et du conseils de securites des nations unies pour aider des peuples en danger et meme avec utilisations des armes de destructions massives tel les armes chimique interdite et avec une organisations Onusienne pour cela.

    Les services occidentaux et les politiciens occidentaux jouent maintenant les victimes avec les jeunes (quelques centaines sont devenu les boureaux) qu’ils ont eux-meme envoyer en Syrie dans des organisations qui assassines que les services occidentaux controlles en Syrie, tous cela pour faire oublier le genocide et la destructions de la Syrie et les millions de refugiers Syriens dans le monde.

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  • gabriel
    14 mars 2015 at 17 h 26 min - Reply

    Il semble que les Israéliens se soient révolus à s’accommoder au maintien du président syrien Bachar al-Assad au pouvoir, après l’échec des tentatives effrénées de leurs alliés occidentaux.

    « L’éventualité que le président syrien Bachar al-Assad soit renversée fait désormais partie du passé et n’est plus possible, sauf dans un seul cas, celui de son assassinat », a écrit Amos Harel le chroniqueur militaire du Haaretz dans son édition de vendredi, traduite par le journal al-Akhbar.

    « Le changement du régime et de son président n’est plus une priorité ni même un besoin pressant pour l’Occident, depuis que ce dernier a découvert que ses ennemis ne sont pas moins cruels et sauvages, voire qu’ils se vantent de leur cruauté et leur barbarie », poursuit le journal.

    Selon Hareel, il n’existe pour le moment aucune perspective pour une solution définitive en Syrie, ce qui n’est pas sans servir les intérêts d’Israël.

    «La poursuite des combats en Syrie, comme cela se passe depuis quelques mois est le moindre mal pour Israël entre une panoplie d’alternatives exécrables», a-t-il estimé. Selon lui, la paralysie qui s’est instaurée l’an dernier entre les belligérants était très compatible avec les intérêts israéliens. « Israël ne voulant ni le retour de l’armée syrienne à son état précédent, lorsqu’elle était l’armée la plus gênante pour Israël, ni que les extrémistes ne contrôlent la totalité des territoires syriens,…, car au long terme, c’est le protagoniste le plus difficile à en prévoir les actes ».

    Or les évolutions militaires qui se déroulent à la frontière dans les régions syriennes frontalières du sud ne sont pas sans inquiéter les Israéliens, reconnait le quotidien israélien, surtout après les deux offensives menées par l’armée syrienne et le Hezbollah contre les repaires des miliciens à proximité de la frontière avec la Palestine occupée.

    « C’est vrai que les soldats syriens et des milliers d’éléments du Hezbollah n’ont pas attaqué les insurgés avec fougue et se sont contentés d’avancer lentement et d’agir à feu doux, mais le Hezbollah semble résolu à fortifier la nouvelle situation instauré à la frontière avec le Liban et la Syrie et qui constitue pour lui une ligne de front contre Israël », estime le Haaretz.

    Le journal estime aussi que la présence des éléments iraniens des Gardiens de la révolution dans cette région est aussi un fait irréversible. « Si Téhéran penche pour conclure un accord avec l’Occident sur la question nucléaire, en échange l’Iran a trouvé le moyen de dissuader Israël de près », met en garde Harel qui a dit s’attendre au renouvellement des combats la semaine prochaine

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  • A.Hocine
    14 mars 2015 at 22 h 46 min - Reply

    Tel père tel fils disait l`adage.Le monde se souvient encore des massacres opérés par Hafed El Assad pour garder son fauteuil de Président .
    Ce digne fils de son père a été a bonnes écoles: Celle de son père et celle des Usa,il fallait battre le record de son père il l`a fait.

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