Édition du
5 December 2016

Comment Alger a tenté de convertir le Forum social mondial de Tunis au gaz de schiste

image: http://s1.lemde.fr/image/2015/03/30/768×0/4605681_7_9e99_un-manifestant-oppose-au-gaz-de-schiste_6f7919c3995075132b31d19051220a6d.jpg

Un manifestant opposé au gaz de schiste, devant le consulat d'Algérie à Marseille, le 7 mars 2015.

Renversement de stratégie. En 2013, le gouvernement algérien avait bloqué des autobus de militants altermondialistes en route vers la première édition à Tunis du Forum social mondial (FSM). Deux ans plus tard, Alger semble avoir au contraire rempli des autobus. A l’édition 2015 du FSM, la délégation algérienne est la plus nombreuses – et comprenait de nombreux supporters du président Bouteflika.

Des associations proches du gouvernement algérien et la Sonatrach, le groupe pétrolier public algérien, ont même tenté de défendre à Tunis l’exploitation du gaz de schiste, alors que l’écologie est l’un des piliers du FSM et qu’au sud de l’Algérie, les premiers forages de puits de gaz de schiste a déclenché un mouvement de protestation sans précédent.

En costume cravate marron et petite moustache, Mahmah Bouziane, qui se présente comme un expert des énergies renouvelables et du développement durable, aligne chiffres, courbes et schémas pour démontrer que l’exploitation du gaz de schiste ne présente aucun danger pour l’environnement. Pour éviter l’utilisation de produits chimiques, il propose d’utiliser l’hélium, un gaz rare, pour remplacer la fracturation hydraulique.

Des rires éclatent dans la salle de la faculté des sciences de Tunis ce vendredi 27 mars. « Mais où est-ce que vous allez chercher ces chiffres ? », s’écrie Siouar, un jeune militant anti-gaz de schiste. Un ingénieur de la Sonatrach est alors appelé à la rescousse par le conférencier pour donner plus de détails techniques. Khelil Kartoubi a dirigé le premier forage en Algérie. « Bravo ! Vous devez en être fier », ironise la salle. « Laissez le parler, nous voulons entendre les experts », proteste un homme debout à l’arrière de la salle. « Montrez votre casquette pour qu’on sache qui vous êtes », lui répond Fateh, un Algérien d’une trentaine d’années qui milite au sein d’une organisation politique, l’Action citoyenne pour l’Algérie.

Massive délégation officielle algérienne

La délégation algérienne officielle au FSM compte plus de 1 200 personnes. Tous portaient en arrivant des casquettes vertes. Selon plusieurs témoins, des personnes, portant des casquettes et des T-shirts aux couleurs de l’Algérie ont par ailleurs agressé plusieurs stands tenus par des associations marocaines en criant des slogans en référence au Sahara occidental.

Dans la salle dédiée au débat sur le gaz de schiste, l’ambiance devient électrique. Les militants écologistes prennent tour à tour la parole. Ils avancent des chiffres et des arguments techniques sur les conséquences environnementales de cette pratique. Ils parlent aussi de répression, de censure, d’absence de débat et du refus du gouvernement algérien d’écouter les populations concernées. « Le gaz de schiste est une technologie terroriste, il faut lui appliquer la loi antiterroriste » renchérit un militant. La salle crie : « Nous sommes tous In-Salah ! Non, non au gaz de schiste ! ».

Mouhad est originaire d’Ouargla, une ville proche d’In-Salah. Il explique que la campagne anti-gaz de schiste a commencé avant la promulgation en janvier 2013 de la loi qui permet l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels. Dès les premiers forages, une campagne de porte à porte par des opposants a alerté les habitants d’In-Salah sur les risques que représente, selon eux, le gaz de schiste. La mobilisation a touché toute la population, même les femmes à qui Mouhad ne manque pas de rendre hommage.

Pour les militants présents, le forum social est pourtant une occasion unique de discuter avec représentants de la Sonatrach. « Jamais un tel débat n’aurait été possible en Algérie », affirme un activiste algérien. Pour lui, comme pour ses amis, la résistance continue.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/03/30/comment-alger-a-tente-de-convertir-le-forum-social-mondial-de-tunis-au-gaz-de-schiste_4605682_3212.html#GhQDiKS2hCCQ0RgH.99


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UN COMMENTAIRE

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  • said
    2 avril 2015 at 19 h 37 min - Reply

    le pouvoir a acheté toute cette populace comme on achete des moutons, hchouma, triste pays.

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