Édition du
8 December 2016

25 avril 1961 : retour sur l’échec du dernier coup d’État français.

 

Salan jouhaud Challe Zeller« Un pouvoir insurrectionnel s’est établi en Algérie par un pronunciamiento militaire… Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d’officiers, partisans, ambitieux et fanatiques », discours du général de Gaulle, le 23 avril 1961.

De toute évidence, compte tenu de la gravité de la situation, la teneur du discours présidentiel est alarmiste. Et paradoxal que cela puisse paraitre, ce coup de force rappelle celui qui a été perpétré trois ans plus tôt par quasiment les mêmes auteurs. Cette fois-ci, leur but est de réaliser le coup d’État en sens inverse, c’est-à-dire en destituant le général de Gaulle, porté au pouvoir en juin 1958. Cela dit, s’il était plus facile de provoquer la chute de Pierre Pflimlin –l’armée disposait des pouvoirs spéciaux, votés par le gouvernement de Guy Mollet en mars 1956 –, il n’en est pas de même du plus prestigieux des dirigeants français, le général de Gaulle.

Quoi qu’il en soit, pour qu’il puisse mettre en échec un mouvement insurrectionnel d’une telle ampleur –en quelques heures, les putschistes deviennent maitres de la colonie –, le général de Gaulle adopte la stratégie suivante : « le général pulvérise le fondement de leur programme en reprenant pour son compte la défense de la grandeur de la France qu’ils lui reprochent de menacer », écrit Olivier Dard, dans « voyage au cœur de l’OAS ». Ainsi, bien qu’il ait mis tous les moyens en œuvre pour venir à bout de la révolution algérienne entre 1958 et 1960, dans son esprit –un jeu probablement caché pour ne pas provoquer le courroux des ultras –, la solution devrait passer, selon le général de Gaulle, par la décolonisation des territoires occupés. Pour y parvenir, en revanche, il doit composer avec les ultras, les opposants à toute évolution du statut de l’Algérie.

En tout cas, tout commence au lendemain du discours présidentiel, le 16 septembre 1959, sur le droit des Algériens à l’autodétermination. Machinalement, les ultras rejettent cette politique dans le fond et dans la forme, comme diraient les éradicateurs algériens trente ans après l’indépendance. Ce sont évidemment les militaires qui montent les premiers au créneau. « À la question de savoir si de Gaulle a une « vision claire de cet avenir », Massu [le général qui a conduit la bataille d’Alger et qui a président le comité de salut public en mai 1958] répond : je ne sais pas. Et s’il en a une, ce n’est surement pas la nôtre », écrit Olivier Dard. À partir de là, les hostilités sont uniment lancées.

Évidemment, dans ce bras de fer, la politique du général de Gaulle suscite beaucoup d’adhésion, car elle se fait en s’appuyant sur le peuple français. « Un référendum sur l’Algérie fut soumis au suffrage populaire, le 8 janvier 1961, afin de faire ratifier par les Français la politique d’autodétermination », écrit Michel Winock, l’auteur de « l’agonie de la IVème République ». Dans le même temps, il est inutile de rappeler que celle des putschistes est diamétralement opposée à celle du général de Gaulle. Car, bien qu’ils se disent républicains, ces derniers ne reconnaissent ni le vote majoritaire des Français (75% pour la politique prônée par le général de Gaulle), ni le droit du peuple algérien à vivre sans carcan.

Du coup, bien que la crainte soit réelle, grâce à la fermeté du général de Gaulle, cette ultime tentative de coup d’État se termine sur un échec cuisant. C’est tant mieux pour la France. Car, « ce groupe et ce quarteron possèdent un savoir-faire expéditif et limité. Mais, ils ne soient et ne comprennent la nation et le monde que déformés à travers leur frénésie », déclare-t-il le 23 avril 1961. Deux jours plus tard, le général Challe, l’un des cerveaux du putsch, se rend. En tout, leur entreprise n’a duré que trois jours. Ce cas mérite d’être médité dans le monde, car il est très dangereux de confier les affaires du pays à des aventuriers. Enfin, cette victoire sur les putschistes ouvre la voie à la résolution du conflit algérien. Hélas, malgré la fin du conflit avec la France, l’Algérie ne retrouve jamais la paix, et ce, à cause de l’accaparement du pouvoir par le clan régnant jusqu’à nos jours.

Ait Benali Boubekeur


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