Édition du
9 December 2016

ALGÉRIE, LE GRAND DÉBALLAGE JUDICIAIRE DE L’AUTOROUTE EST OUEST

– Publié le

Cinq milliards de pots de vin, des milliers d’élus arrosés, les ministres de Bouteflika jugés responsables, mais non coupables. Le vrai faux procès qui s’achève le dimanche 3 mai à Alger, ne s’en est pris qu’aux seconds couteaux malgré la guerre judiciaire féroce que se sont livrés les clans au pouvoir.

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Crédit photo: Tous droits réservés d.r.

L’autoroute Est Ouest aura été le plus formidable hold-up de ce début de siècle en Algérie. Décidé en 2006 par le président algérien Abdelaziz Bouteflika, ce chantier, évalué au départ à 3,5 milliards de dollars, coutera finalement …17 milliards. Cinq milliards de dollars de bakchich – soit  deux fois la facture alimentaire annuelle de l’Algérie – furent détournés au profit de milliers d’élus de l’est à l’Ouest du pays.

Une poignée de militaires du DRS (services algériens), des ministres influents et des amis du régime, protégés, ont mis les doigts également dans le pot de confiture.  Pourtant, seuls quelques chefs de chantiers, intermédiaires douteux et fonctionnaires de second rang seront finalement inculpés et certains sans doute condamnés, lorsque tombera le verdict dimanche 3 mai dans la soirée.

Fin de règne

Aux milliards de la corruption, s’ajoutent les fonds engloutis dans des rallonges budgétaires provoquées par une gestion hasardeuse et la nécessité de nourrir les amis de la Présidence, qui ont bénéficié de nombreux marchés publics. Le résultat, on le connaît, l’autoroute est Ouest est un vrai danger public: des travaux inachevés, des tunnels qui s’effondrent, des glissements de terrain ou encore des centaines de kilomètres qans la moindre station d’essence (1)…

« Le projet du siècle » s’est révélé  le symbole du régime finissant du président Bouteflika, qui allie une piètre gouvernance, une corruption galopante, dérégulée.  Voici l’Algérie, pays riche en réserves financières et en compétences, condamné à faire appel  à des sociétés chinoises et japonaises (qui comparaissent durant le procès comme personnes morales…pas très morales). Terrible symbole, ces groupes ont choisi comme intercesseur à Alger le fameux  intermédiaire, Pierre-Joseph Falcone, dont le père dirigeait, avant  l’indépendance de l’Algérie, « la conserverie Papa Falcone ».

Héros du scandale de l’Angolagate, où l’on vit Charles Pasqua, son fils, Jean Charles Marchiani et quelques bandits corses condamnés sévèrement par la justice française, Pierre Falcone s’est révélé l’intermédiaire clé entre l’Algérie et la Chine. Dans le dossier judiciaire pourtant, Pierre Falcone ne fit l’objet que d’un « mandat d’amener » par le juge d’instruction. Ce qui le laisse couler des jours heureux entre Pékin, Luanda et Paris où il représente l’Angola à l’Unesco..

Le scandale dans le scandale

Monsieur Falcone n’est pas le seul à être passé à travers les gouttes judiciaires, loin de là. Le procès à grand spectacle que le public algérien a suivi haletant, convaincu qu’enfin justice serait faite, a tourné à une véritable mascarade. Des milliards de dollars ont été détournés, des caisses noires et d’obscures fiduciaires dénoncées à Singapour, au Luxembourg et jusqu’en Israel, des milliers d’élus locaux arrosés avant le troisième mandat de Bouteflika par cette corruption Est-Ouest. Mais seuls quelques seconds couteaux, généralement proches du DRS, sont finalement mis en cause par le réquisitoire du Procureur dans la soirée du vendredi 1er mai. Seul notable à être poursuivi, un obscur colonel des Services algériens a été sacrifié dans la mêlée générale.

En revanche les proches d’Abdelaziz Boutefliak et de son frère Said,,  comme l’ancien ministre en charge des travaux publics et donc du chantier de l’autoroute, Amar Ghoul sont jugés responsables…mais pas coupables, malgré les liens tissés avec certains inculpés dans la pêche comme dans les Travaux publics.

Des islamistes gourmands

Après le grand déballage… le grand pardon. Pas un dignitaire du régime qui ne soit condamné. Pas un ne sera même entendu comme témoin. Le Procureur se contentera de lire les réponses convenues du ministre Ghoul. Ce ministre qui représente les Frères Musulmans au gouvernement a compris les règles du jeu depuis l’avènement de Bouteflika qui a imposé la concorde nationale avec les islamistes. Sur fond d’attribution de marchés. .

L’Algérie qui possède 12OO kilomètres de cotes maritimes importait en 2014 pour 300 millions de sardines congelées et conditionnées (sans parler des 36 millions de dollars de mayonnaise). Cherchez l’erreur ! Au début de la présidence de Bouteflika et alors qu’Amar Ghoul était ministre de la pêche,  de nombreux islamistes ont financé des chalutiers dont le produit était revendu en haute mer à des Espagnols, avant d’être conditionné puis réexporté en Algérie. Promu au ministère des Transports malgré la gestion calamiteuse du dossier de l’autoroute, ce sait homme de Ghoul peut songer désormais à à de nouveaux marchés mirifiques comme le renouvellement de la flotte d’Air Algérie. Pendant les affaires, les affaires continuent.

Nous reviendrons, après le verdict du procès de l’autoroute est Ouest qui doit tomber le dimanche 3mai dans la soirée, sur les grandes étapes de cette affaire d’Etat qui voit depuis une dizaine d’années, les principaux clans algériens, notamment la Présidence et le DRS, se lancer sans tendresse des Scuds judiciaires dans ce qui reste la plus lourde affaire de corruption (mal) jugée en Algérie.

 

(1) Voici la description que le journal El Watan a fait de l’autoroute est Ouest dans son édition du 3 avril: « Le tronçon qui mène du centre du pays vers l’Est est dans un très mauvais état et est devenu un vrai cauchemar. Celui situé dans la wilaya de Bouira, précisément entre Lakhdaria et Laâdjiba, est dans un état critique (…)La construction de deux tunnels et d’un grand viaduc situés au niveau des communes de Aïn Turc et Djabahia a été respectivement confiée à une entreprise turque et à un groupement mixte algéro-italien. A proximité des deux tunnels de Aïn Chriki, un gigantesque éboulement de terrain a été enregistré il y a plus de deux ans. Une partie de la route avait été emportée par le glissement de terrain qui menaçait même des habitations ».


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4 Commentaires sur cet article

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  • Dria
    4 mai 2015 at 0 h 31 min - Reply

    Des autoroutes qui ménent en enfer , en bon citoyen et vu qu’on est encore en réconciliation national , on leur pardonne evidemment et qu ils nous promettent seulement qu’au cinquiéme mandat ils vont tous réfectionner…
    Il parait qu’ils vont nous ramener des agriculteurs francais , enfin s’ils peuvent dénicher un président français pourquoi pas…au lieu de faire srmblant de nous présider ….

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  • Zaouali Toujours
    4 mai 2015 at 16 h 54 min - Reply

    A mon humble avis, il n’y a eu ni déballage, ni ammi Ali, ni quoi que ce soit, dans ce simulacre de procès puisque:

    1/- la justice n’a pas réussi à convoquer les premiers responsables directe de la gestion des projets qui ont rendu possible la corruption ! Il y a même des responsables islamistes qui sont dans cette galère et pour eux c’est bien plus grave que pour les autres poltrons puisque, eux, ce sont des musulmans qui frottent leur front au sol 5 fois par jour et qui ont fait le Hadj ou la Omra plusieurs fois !

    2/- aucune preuve matérielle concrète (relevé bancaire, bandes son, enregistrements sonores, écrits etc…) n’a été révélé par le procureur général pour porter l’accusation des présumés! Ce qui est bouffon et absurde dans ce procès c’est qu’on s’accuse mutuellement l’un , l’autre mais personne n’avance des preuves matérielles précises et tangibles, même si on sait que la corruption a été féroce dans ces projets !

    3/- aucune velléité d’enquête n’a voulu être engagée ou diligentée par la justice pour l’affaire des tortures de certains présumés subies dans les locaux des services du DRS

    4/- la justice algérienne a prouvé qu’elle est un clown parfait (qui ne fait pas rire du tout) car elle est incapable de convoquer un ministre de la république ne serait-ce que pour qu’il s’explique devant le juge et l’assistance pour répondre aux questions du juge au même titre que les autres présumés!

    Moi je crois qu’on continue à se foutre de nos gueules, nous les citoyens. C’est ainsi que les journalistes, le gouvernement, les médias, les responsables de partis politiques, les députés, les sénateurs, les juges, les procureurs, les avocats continue de nous prendre pour …. des canards sauvages !

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  • Nordine
    6 mai 2015 at 14 h 40 min - Reply
  • A.Hocine
    7 mai 2015 at 16 h 16 min - Reply

    Un vieux proverbe Algérien dit: MENDEBA KBIRA OUAL MYATE FARE.
    Enfin de compte,le procès n`a rien démontré et n`a pas atteint l`impact attendu. Qui a t`il de neuf et quelle conclusion en tirer du déballage.Il s`agit a priori d`une mise en scène pour un règlement amiable sans plus.

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