Édition du
5 December 2016

Les pays nord-africains sont-ils condamnés à vivre sous la dictature ?

 

Maghreb1Quatre ans après les révoltes nord-africaines, le bilan –et c’est le moins que l’on puisse dire – est plus que mitigé. En effet, seule la Tunisie a pu conduire sa transition démocratique jusqu’à son terme. En plus, avec le retour de Béji Cadi Esebsi, il n’est pas exclu que les pratiques de l’ancien régime refassent surface. Cela dit, malgré toutes les carences, ce petit pays est désormais le seul à avoir réussi là où les autres ont échoué. Mais, d’où vient cette exception nord-africaine ? Il faut admettre que la Tunisie ne constitue pas un enjeu stratégique. En fait, bien que ce peuple vaillant n’ait pas démérité, force est de reconnaitre que les puissances occidentales ne se livrent pas de batailles féroces pour le contrôle de ses richesses.

Sur le plan politique, jusqu’au mois de juillet 2013, on peut dresser le même constat sur l’Égypte. Mais, après le coup d’État militaire contre le président légitime, Mohamed Morsi, l’Égypte renoue avec son passé sombre. Et pourtant, comme l’écrit Alain Gresh, du 25 janvier 2011 au 3 juillet, la ferveur démocratique était au rendez-vous. Et pour cause ! « Pour la première fois depuis 1952, les Égyptiens ont participé de 2011-2013 à des scrutins législatifs et présidentiels ainsi qu’à des consultations référendaires dont les résultats n’ont pas été concoctés dans les bureaux du rais et de la sécurité d’État », écrit-il.

Quoi qu’il en soit, bien que certains analystes mettent en exergue le fait que les Frères musulmans soient incapables d’apporter les solutions idoines à la double crise, politique et économique, cela justifie-t-il la fin du processus démocratique ? Et s’ils doivent garder la même cohérence, pourquoi ces mêmes spécialistes ne posent pas la question de savoir quelles sont les améliorations palpables depuis 2013 ? À moins qu’ils veuillent cacher le soleil avec un tamis, les reproches, qui ont été avancés pour déposer Mohamed Morsi, sont toujours d’actualité.

Pire encore, le nouveau régime pénalise les Égyptiens en recourant en plus à une répression inouïe. Du coup, l’interrogation d’Alain Gresh, dans la conclusion de sa formidable contribution, de savoir comment « sortir du dilemme auquel on veut condamner le monde arabe entre dictature militaire et dictature islamiste », ne peut avoir de solution définitive que lorsque deux conditions seront réunies : la fin du soutien occidental aux régimes archaïques au nom de la raison d’État et, sur le plan intérieur, l’acceptation du choix du peuple, et ce, qu’il soit laïc, islamiste ou archaïque.

Pour conclure, il va de soi que les dérives postrévolutionnaires, en Lybie, en Syrie, au Yémen, en Égypte, n’incitent pas les autres pays à aller vers le changement. En Algérie, cet argument est devenu un leitmotiv. Et pourtant, le statu quo est tout autant mortifère. Mais, à choisir entre tous les modèles révolutionnaires explorés, celui de la Tunisie est le plus équilibré, et ce, dans la mesure où la majorité des forces politiques acceptent le jeu démocratique. Pour cela, faut-il que le verdict des urnes soit le seul choix déterminant?

Ait Benali Boubekeur


Nombre de lectures : 6318
4 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • supplicié
    3 mai 2015 at 14 h 57 min - Reply

    Les-pays ………………… arabes et les pays-nord-africains-sont–condamnes-a-vivre-sous-la-dictature ! ! il faut donc ajouter arabes dans le titre, c ‘est plus juste ..Pourquoi sommes nous condamnés a vivre dans le deshonnneur et l humiliation ? Parceque plus cupide plus hypocrite ,on ne trouve pas mieux sur cette terre, je dirais meme ,c’ est dans nos genes,Quel est le peuple lucide qui peut accepter docilement les version, les informations d’un pouvoir qu’ il sait malhonnete et criminels sans prendre soin de les verifier ? Quels est ce peuple sain d’ esprit qui a recours en meme temps à la delation, à la denonciation et à la condamnation au profit d’ un pouvoir qu il sait predateur et machiavelique sans qu’ il ne s’assure auparavant des vrais auteurs des crimes? Comment accepter de tuer des gens dès lors qu’ il existe des tribunaux ? La raison accepte elle que l’ on tue des gens juste pour de l’ argent ou pour le pouvoir? Conclusion: les arabes sont les peuples les plus stupides et le plus cupides de la planete.

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 8

  • Si MEFTAH
    3 mai 2015 at 18 h 12 min - Reply

    Tous les peuples qui font la Révolution redoutent la phase post révolutionnaire car elle est la plus sanglante. J’en veux pour exemple:

    La révolution française et la période de la terreur.

    La révolution américaine et la guerre civile qui s’en est suivie.

    La révolution bolchévique et le meurtre de Trotsky à Mexico par Staline.

    La révolution algérienne et tous les meurtres de nos valeureux dirigeants tels: Abane, Krim, Khider, Chaâbani et plus proche de nous Boudiaf et ça va encore continuer…..

    La Lybie, la Tunisie et la Syrie avec ce qui s’y passe et on peut même ajouter les cas spécieux et spéciaux de l’Iraq et du Yemen qui ont tous faits l’objet de déstabilisation par ceux qui poussent des cris d’Orphée….. Il y a un agenda fixé bien à l’avance par qui de droit qui a pour mission de détruire de l’intérieur les pays musulmans au profit de qui vous savez….. c’est clair.

    Personne ne veut ni ne peut ni encore moins se risquer de prôner l’immobilisme et le statuquo mortel pour notre peuple et notre pays. La cause est claire et entendue.

    Il s’agit de bien réfléchir avant d’agir. Car nos anciens nous ont toujours appris qu’il fallait toujours très bien RÉFLÉCHIR AVANT D’AGIR.

    ILS (les Anciens) nous enseignaient la maxime suivante:

    MIYAZ Q’BAL MA T’NAGUEZ!!! Réfléchit avant de sauter….. (dans le vide).

    Alors, qui osera allumer la mèche le premier? Le peuple ou l’armée???

    Ce ne sera très certainement pas: la société dite « civile » très fortement encadrée ni les « pseudo partis » coquille vide car tous soumis à ceux qui les ont créés par décrets…

    Mais il ne faut pas désespérer. La solution est proche car Bouteflika partira….. CETTE ANNÉE!

    Et toute sa clique d’Oujda avec ainsi que les pauvres hères qui gravitent autour de lui….. qu’ils soient du « gouvernement » ou pas.

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 5

  • IDIR
    3 mai 2015 at 18 h 56 min - Reply

    Rendez vous demain 4 MAI avec nos amis français : «Mediapart organise les «Six heures contre la surveillance». Le débat c’est une chose, la bêtise en est une autre.

    http://b. logs.mediapart.fr/blog/la-redaction-de-mediapart/240415/4-mai-mediapart-organise-les-six-heures-contre-la-surveillance

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 1

  • Malek Benselama
    5 mai 2015 at 18 h 17 min - Reply

    Après la chute des régimes déspotiques et dictatoriaux, il y a toujours le chaos. L’apprentissage de la démocratie demande du temps. Comme cela a été cite, la démocratie française a pris des décennies pour s’établir. L’Algérie a fait l’expérience de la dictature et de l’islamisme sanguinaire. La prochaine révolte sera la bonne.

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 0

  • Congrès du Changement National

    Galeries photos