Édition du
10 December 2016

Bref rappel de l’affaire Si Salah

 

Si SalahLe 10 juin 1960 a lieu une rencontre entre le conseil de la wilaya IV historique, conduit par son chef Salah Zaamoum, et le général de Gaulle. Mise à part l’histoire officielle qui n’en fait nullement mention, cette affaire donne lieu à deux versions antinomiques. La première, de surcroit simpliste, fait état de la trahison pure et simple du conseil de la W4 et l’autre, plus raisonnable, relate les faits en les rapprochant autant que faire se peut de la réalité.

De toute évidence, bien que le discours du 16 septembre 1959 –où le général de Gaulle parle du droit du peuple algérien à l’autodétermination –ait un poids considérable dans le processus de la prise de décision, il n’en demeure pas moins que les raisons sont davantage endogènes à la révolution algérienne. En fait, la mésentente entre le conseil de la W4 et l’organisation extérieure atteint son paroxysme vers janvier 1960.

Lors du conseil de wilaya, Si Salah reproche amèrement au GPRA son mutisme aux appels de détresse qui lui sont lancés par les maquisards de l’intérieur. Dans un rapport rédigé par Boualem Seghir, les chefs de la W4 dressent un tableau noir de la situation. « Le peuple a trop souffert… Le peuple est en voie de nous abandonner », constatent-ils. Selon Gilbert Meynier, dans « histoire intérieure du FLN », « ce fut à qui fulminerait le mieux contre le GPRA et les planqués de l’extérieur qui avaient abandonné les combattants à leur triste sort. »

Cependant, à l’époque des faits, la révolution vit au rythme d’une crise interne sans précédent. En effet, sous le règne des 3B (Belkacem Krim, Abdelhafid Boussouf et Abdellah Bentobbal), la révolution allait à vau-l’eau. Cela dit, bien que les organismes issus du CNRA (16 décembre 1959 – 18 janvier 1960), lui-même précédé de la réunion des dix colonels (11 aout – 16 décembre 1959), soient un pur dosage entre les forces en présence, une décision capitale est tout de même prise : le retour des forces combattantes, stationnées aux frontières marocaine et tunisienne, à l’intérieur du pays. Ce qui correspond, de façon sous-jacente, aux desiderata des combattants intérieurs.

Hélas, le CNRA commet une erreur irréversible en confiant le commandement militaire unifié à Houari Boumediene. Alors que les maquis de l’intérieur sont pris en étau, le chef de l’état-major général se projette dans l’après-guerre. Du coup, ne voyant rien venir, le conseil de la W4 revient à la charge, en mars 1960, en accusant les chefs extérieurs d’opportunistes. « Les vieux griefs contre Boumediene le voleur d’armes resurgirent à propos d’un contingent de 17000 armes promises à la 4 et qui auraient été accaparées par la 5 et l’armée des frontières du Maroc », écrit Gilbert Meynier.

Ce sont, sans doute, ces divergences internes qui ont motivé les combattants de la W4 de se rendre à l’Élysée en vue de rencontrer le général de Gaulle. « Nous ne voulons plus que notre million de martyrs serve de slogan publicitaire… en connaissance de cause et en qualité de responsables des combattants, il nous est plus permis de laisser mourir un seul algérien en plus. Dans l’intérêt supérieur du peuple et de l’armée de libération, il est urgent de cesser le combat militaire pour entrer dans la bataille politique », écrivent les membres du conseil de la W4.

Enfin, dans son ultime tentative d’infléchir la position du GPRA, Si Salah écrit une lettre, le 15 avril 1960, dans laquelle il se montre intransigeant. « Vous avez interrompu radicalement tout acheminement de compagnie et de matériel de guerre depuis 1958… Nous ne pouvons plus en aucune manière assister les bras croisés à l’anéantissement progressif de notre chère ALN », écrit-il.

Concomitamment à ces remontrances, le conseil de la W4 noue des contacts avec des responsables français. Prenant les choses au sérieux, le général de Gaulle envoie deux émissaires : Bernard Tricot et le colonel Mathon. Après moult conciliabules, ces rencontres aboutissent à la rencontre du 10 juin 1960 à l’Élysée. Enfin, bien qu’ils jugent leur démarche responsable, les chefs de la W4 demandent à ce que leur accord soit soumis au GPRA ou à l’approbation des chefs historiques emprisonnés.

Pour conclure, il va de soi qu’une action séparée, dans un mouvement de libération nationale, est improductive. Cela dit, si jamais une telle action devait être condamnée, il faudrait condamner les causes qui l’ont produite. Enfin, s’il y a un point sur lequel les membres du conseil de la W4 ne sont pas trompés, c’est la mise à nue du système militarisé se profilant à la fin de la guerre. Du coup, condamner de façon simpliste leur action revient à cautionner l’emprise du groupe de militaires sur la souveraineté nationale.

Ait Benali Boubekeur


Nombre de lectures : 4866
6 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • Ouas Ziani
    12 juin 2015 at 16 h 59 min - Reply

    Le colonel Zaamoum était sans doute l’un des rares à avoir compris l’ampleur de l’incurie tant du G.P.R.A que de l’E.M.G

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 11

  • Ali sbih
    13 juin 2015 at 14 h 28 min - Reply

    L’histoire de la W4 n’est pas prête d’être écrite.

    Seules quelques faits d’armes sont soigneusement et épisodiquement révélés .Pour le reste les petites et grandes batailles perdent tous les jours de leur dimension historique faute de témoins .

    Entre le 20 aout et le 09 septembre 1962 ,une page peu glorieuse a été écrite par les chefs militaires de l’armée des frontières ouest lors de leur marche sur Alger en traversant le territoire de la W4.

    Des compagnies de la W4 ont tenté de stopper en divers endroits et notamment prés de Ouled Ben Abdelkader -ex Masséna (Chlef) ce déplacement de troupes ,mal leur en prit , n’eut été l’intercession du Colonel Youssef Elkhatib qui a évité un massacre inéluctable de ces maquisards fatigués ,usés et sous équipées face à des troupes bien armées et d’une grande fraîcheur.

    Le bilan de cette tuerie oscille entre 300 et 400 ,les premiers martyrs d’une guerre qui dure depuis, rien dans la région ne rappelle cette tragédie ,les affres de la batailles ont été gommées ,les mémoires ont été purgées .

    05 ans plus tard Le Colonel Tahar Zbiri s’élance à la « conquête » du pouvoir à partir du fief de l’ex W4,un mauvais service rendu à cette Wilaya !

    Tous les pouvoirs qui se sont succédés ont « perpétué » leur obligation de méfiance , de réserve et de suspicion de tout ce qui a eu trait à cette Wilaya et du peu de considération pour les hauts faits d’arme des chefs de cette Wilaya.

    Plus tard ,Il est devenu dans les mœurs et d’une grande normalité , à tête reposée, de jeter l’opprobre sur d’authentiques chefs militaires et de vrais patriotes, de les salir ,les discréditer bref un exercice devenu habituel presque banal de dresser la potence ,juger et exécuter mettant en place un mode de gouvernance unique au monde qui a donné des dizaines de self made men frappés du label de la grande distribution et de la fourberie .

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 5

  • radjef said
    15 juin 2015 at 10 h 51 min - Reply

    J’ai juré de ne jamais intervenir dans les journaux en ligne, mais me voici, en lisant la contribution de mon ami A B Boubekeur, contraint de le faire…
    La décision de si Salah d’aller à la rencontre des plus hautes autorités françaises pour négocier « la paix des braves » n’ est pas un acte isolé…Avant de rencontrer De gaulle, Si Salah a fait part de son projet à tous les colonels de wilaya…Aucun parmi ces colonels n’a tenté de le dissuader en lui montrant la fausseté de sa démarche….Tous l’ont approuvé. Si cet aspect est déjà connu par beaucoup d’algériennes et d’algériens, il reste néanmoins un autre que certains veulent taire à tout jamais: le rôle de Krim, Bossouf et Bentobal dans l’action du colonel Med Zammoum…Les grands perdants lorsque l’état major unifié est tombé sous la responsabilité du colonel Boukharouba, sont les trois »B ». Tout en encourageant A B Beukeur pour le travail qu’il fournit, il appartient à l’historien d’assumer ses responsabilités historiques…Si Salah a été bel et bien encouragé dans son action par les trois « B »…

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 7

    • Said Radjef
      16 juin 2015 at 19 h 19 min - Reply

      La responsabilité des trois « B » dans la démarche du colonel Med Zammoum, « la paix des braves » qui a fait accélérer les négociations pour l’indépendance du pays, en ramenant à de meilleurs sentiment l’état major…. semblent ne pas intéresser nos intellectuels…Ils réagissent à toutes les conneries, à toutes les âneries, sauf aux questions essentielles, celles qui engagent le destin de la nation et qui angoissent tout un peuple…Ils prennent Rachid Boudjedra et ses semblables qui vivent du plagiat tels des parasites pour des intellectuels, ils surveillent la couleur du slip de Salah Gaid, ils courtisent le caporal du coin en croyant qu’il fera d’eux de futurs chefs d’État, ils se dénigrent à longueur de journée, ils combattent avec férocité et cruauté le génie, le talent et l’art, ils ne savent pas distinguer entre le bien et le mal, entre la vérité et le mensonge…Tout ce qui les intéresse c’est comment garder leurs places et prospérer…Des élites très démocratiques qui ne se posent pas tellement de questions morales. Regardez les parler, chaque leader, chaque journal mériterait une étude approfondie pour mettre en lumière les nouveaux visages de la propagande. Et on peut espérer que les écoles de journalisme, les vraies écoles, mettront à l’étude le comportement terroriste des intellectuels algériens pour décortiquer le mensonge ordinaire proféré sous l’habillage de la démocratie, de la liberté, de l’Islam, des droits humains…

      Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 3

  • Nordine
    15 juin 2015 at 15 h 26 min - Reply

    si les tunnels avaient été construit afin de permettre de faire parvenir les aides nécessaires (armes, assistances médicales, médicaments nourritures, hommes etc etc) aux valeureux moudjahidines de l’intérieur sciemment abandonner par les chefs de l’armée des frontières basé en Tunisie.il n’y aurait pas eu d’affaire si salah …
    un document qui normalement paraitra une fois son authenticité reconnu il s’agirait d’un accord signé par naçer le président égyptien de l’époque, autorisant l’envoie de deux ingénieurs spécialiste en construction de tunnels afin d’apporter une aide conséquente qui aurait à coup sûr changer le visage de la guerre et surtout d’éviter des catastrophe du genre la rencontre sii salah – deguaulle .
    ces deux ingénieurs ont disparu sans même avoir commencé leurs missions, après avoir rencontrer boumedienne …….??????
    attendons la véracité de ce ou ces documents.

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 3

  • Mohamed de Bechar
    18 juin 2015 at 13 h 52 min - Reply

    Quelques historiens dont j’ai parcouru les livres disent grosso-moddo que Si Salah et 2 de ses officiers ont fait une offre de négociation de paix séparée, bien sûr, sur la base de l’autodetermination qui mènera à l’independance, dans le cadre du discours prononcé par le général De Gaulle promettant l’amnistie à « tous les rebelles qui déposeront les armes » opération nommée « PAIX DES BRAVES ». Une rencontre secrète a lieu et un accord est conclu entre Si Salah et les militaires français, sur le désarmement de l’ALN (ce qui signifiait la victoire militaire francaise contre la solution politique de l’ independance). Le 10 juin 1960 le chef de la wilaya IV et ses adjoints sont reçus à l’Élysée par De Gaulle. Ce dernier explique qu’il va aussi contacter les autres groupes du FLN. Ces négociations ont lieu en dehors des contacts avec le GPRA et à son insu, lui qui a tjr été hostile à l’idée d’accepter la défaite militaire. la prise de contact et rencontre secrète du 10 juin avec Si Salah a été éventée par une « fuite » voulue, Krim Belkacem en aurait pris connaissance dès la fin du mois de mars, donc au début de la prise de contact entre les responsables de la Wilaya IV et les représentants de De Gaulle. Ce même De Gaulle ne s’est pas contenté de cette reddition partielle En fait, De Gaulle voulait que toutes les wilayas soient d’accord. Les conséquences ont été que Si Salah a été convoqué par le GPRA et fut liquidé en cours de route (Mechdallah w3) par ceux qui l’éscortaient en prenant soin de maquiller leur acte par un accrochage avec l’ennemi, le 2ème officié jugé en W4 puis exécuté par strangulation et le 3ème ( commandant Halim) il se « suicida » en menant seul un assaut contre un poste militaire francais de Blida. Ne maquillons pas l’Histoire !

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 1

  • Congrès du Changement National

    Galeries photos