Édition du
9 December 2016

Les premiers guillotinés de la guerre d’Algérie : les cas de Ferradj et Zabana.

 

Zabana« Dès lors qu’on avait arrêté quelqu’un, il fallait qu’il soit coupable. Quand une bombe avait éclaté, si on attrapait un type et qu’on trouvait qu’il avait la tête du client, on ne s’en embarrassait pas plus », témoignage de Jean-Claude Périer, membre du conseil supérieur de la magistrature (CSM) en 1956.

De façon générale, sous la IVeme République, 142 Algériens sont guillotinés. Les 80 autres subiront le même sort après le retour du général de Gaulle au pouvoir, en juin 1958. Ces exécutions arbitraires commencent un certain 19 juin 1956. Les premières victimes sont Abdelkader Ferradj Ben Moussa et Ahmed Zabana (inscrit Ahmed Zahana dans le dossier du CSM).

Bien que ce dernier soit connu des services de police pour son engagement politique au sein du PPA-MTLD (parti du peuple algérien-mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques), le premier est un inconnu des services jusqu’à ce qu’il soit arrêté pour la mise à feu d’une maison des colons, le 7 mars 1956. Quant à Ahmed Zabana, grièvement blessé au moment de son arrestation,  il lui a été reproché sa participation à l’attaque d’une maison forestière, le 4 novembre 1954.

De plus, l’engagement révolutionnaire de Ferradj, selon plusieurs témoignages, est sujet à caution. « Pour son supérieur, le capitaine Martini, Ferradj donnait satisfaction et rien ne laissait prévoir qu’il était en liaison avec des hors-la-loi. Les autorités de son village, en revanche, estiment qu’il est anti-français, de mauvaise tenue et aime semer le désordre et la panique », écrivent François Mayle et Benjamin Stora, dans « François Mitterrand et la guerre d’Algérie ».

Cela dit, au bénéfice du doute et quand tenu de l’état de santé de Zabana –monseigneur Duval parle de l’exécution d’un infirme –, la condamnation à mort est antinomique avec les principes républicains voire avec l’esprit de l’état de droit. Or, pour la France, l’année 1956 est l’année où la République vacille sous les coups d’estocades des ultras. « Une justice soumise à une terrible pression des européens d’Algérie, des militaires, des tribunaux d’exception installés à la suite de la promulgation des décrets d’application des pouvoirs spéciaux, mais une justice qui a décidé d’entrer en guerre à son tour. Et son arme, c’est la guillotine », écrivent-ils.

Dans ce cas, le débat au sein du CSM est biaisé par le chantage permanent du lobby colonial pour que le gouvernement frappe très fort. Bien que le CSM soit collégial, deux personnages importants –François Mitterrand, ministre de la Justice et René Coty, président de la République –veillent à ce que les décisions ne déstabilisent pas la République. Selon les deux historiens, « sur quarante-cinq dossiers d’exécutés lors de son passage place Vendôme, François Mitterrand ne donne que huit avis favorables à la grâce (…) On peut le dire autrement : dans 80% des cas connus, il a voté la mort. » Et tout ça, pour ne pas avoir à dos les ultras qui ont, pour rappel, humilié le président du Conseil quatre mois plus tôt à Alger.

Pour conclure, il va de soi que les premières exécutions, le 19 juin 1956, représentent un clin d’œil aux ultras. Ainsi, malgré les engagements électoraux de Guy Mollet en faveur de la paix en Algérie, à son arrivée au pouvoir, il change littéralement de cap. En fait, tout commence lors de la journée des tomates, le 6 février 1956, quand le président du Conseil s’illustre par son recul face au chantage des ultras. Dans la foulée, les choses vont s’accélérer à travers le vote des pouvoirs spéciaux en mars 1956, les exécutions en juin 1956 et enfin le rapt aérien de la délégation extérieure du FLN en octobre de la même année.

Pour ces raisons, on peut dire que Guy Mollet n’a pas respecté le mandat que les métropolitains lui ont confié. Mais, sous la IVeme République, un président de Conseil peut-il se mesurer à la coalition ultras-militaires de carrière ? En tout cas, à chaque fois que l’un d’eux suggère une voie libérale, sa chute survient aussitôt. Du coup, toutes les mesures tendant à rassurer les ultras sont de nature à prolonger la durée de vie de leurs gouvernements.

Aït Benali Boubekeur


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2 Commentaires sur cet article

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  • lyes laribi
    19 juin 2015 at 16 h 32 min - Reply

    Bon sang d’bon sang, on nous demande de les oublier, d’oublier leurs combats et leurs souffrance et surtout leurs sacrifice. On nous demande d’oublier les 132 ans de colonialisme. On nous demande d’oublier les grandes maladies, la misère, les KHAMESS et surtout les FATMA. On nous demande d’oublier les opérations Challe et jumelles, les SAS, la torture et aussi la guillotine et les guillotinés. On nous demande de déchirer cette page. Une page écrite par du sang des meilleurs d’entre nous. Oublier pourquoi il y a eu soulèvement, révolte puis la prise des armes. Oublier le 1 novembre et ses principes. Oublier qui était traite et qui était moudjahid. Oublier c’est quoi l’honneur. Oublier, oublier, oublier…pour que les traites d’hier deviennent les CAPI de la nouvelle Algérie et qui ont pour mission de soumettre une nouvelle fois le peuple Algérien à l’ancienne colonie par correspondance. Leurs rendre hommage c’est aussi combattre l’oubli.
    Gloire à nos martyrs oualou kariha al mounafiqone (père en fils)

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  • Benbrik
    17 juillet 2015 at 12 h 33 min - Reply

    Oui mais Fendi Mohamed, l’organisateur de l’ALN en Oranie et recruteur chef du colonel Othmane et le commandant Abbas. Fendi a été exécuté le 20 décembre 1955. Six mois avant l’exécution de Zabana.
    Fendi est l’arrière petit fils de Fendi Abdellah chef de l’armée de l’Emir Abdelkader..Toute la documentation et les pièces justificatives en notre possession.

    Deux grands martyrs de l’Algérie combattante, oubliés et abandonnés à Toulon (France). Il s’agit de Fendi Abdellah ould Sidi Slimane Bousmaha, chef d’état major de la résistance Algérienne au temps de l’Emir Abdelkader et son adjoint Amar le Kabyle, deux grandes figures de la résistance, demeurent dans les oubliettes, ou plutôt complètement ignorés par les Algériens que soient les instances officielles ou les organisations et parti telle l’ONM, le FLN entre autre.
    L’histoire de nos deux héros de l’armée Algérienne, remonte au 5 juillet 1830, date de l’agression terroriste de la France coloniale qui a débarquée ses soldats à la côte de Sidi Fredj (Alger). La fuite des ottomans a mis les Algériens en alerte, pour défendre leur patrie de cette occupation française. L’Emir Abdelkader organisa la défense à travers son chef d’état-major Fendi Abdellah et son adjoint Amar la Kabyle.
    Ces deux combattants à la tête d’une armée dont le gros de la troupe constituée de l’Ouest du pays de la Kabylie ont bien donné du fil à retordre aux colonialistes, les généraux français, dans leurs différents rapports, ont reconnus l’héroïsme des Algériens et la défaite des troupes françaises dans plusieurs opérations, la dernière bataille a eu lieu en Oranie appelée ‘’ la bataille de la Macta’’, dans laquelle les troupes d’occupation ont perdus plus de 800 hommes et des blessés et disparus. Dans cette bataille, le chef fendi Abdellah blessé et son adjoint Amar le Kabyle, fût prisonniers. Les deux combattants transférés en France, jugés et condamnés. Fendi à la peine capitale et son adjoint à la perpétuité. Le combattant Fendi Abdellah fût exécuté en 1872 à Toulon (France). En apprenant l’exécution de son chef, le combattant Amar le Kabyle se donna la mort.
    Avant cette bataille, un document précisait que Fendi Abdellah avait demandé l’aide du roi du Maroc, mais ce dernier culbuta sa demande et ne prêta aucune assistance ni aide aux combattants Algériens.
    Fendi Abdellah, selon un acte notarier délivré par le tribunal d’Oran en 1990, avait acquis un vaste terrain près de Boufatis au prix de 20 kg et demi d’or, payé au sieur Moulay Smain.
    Fendi Abdellah et son adjoint Amar le Kabyle, deux héros qui se sont sacrifiés pour leur patrie, demeurent dans les oubliettes, Ils ne sont même pas cités quelque part à l’occasion des festivités nationales ou journées du moudjahid ou du chahid, et cela par ignorance flagrante d’une partie de l’histoire et qui nécessite l’écriture de l’histoire de l’Algérie combattante….
    Ces deux martyrs de l’Algérie combattante, dorment probablement dans une des cimetières du bagne deToulon, n’ont jamais fait l’objet de recherche ou de transfert vers l’heure patrie. Leur histoire est très longue, nos modestes recherches depuis 1986, n’ont aboutis qu’à une petite partie bien documentée par des archives officielles. Une petite partie d’un long feuilleton Algériens, que la nouvelle génération de l’indépendance ignorée et malheureusement, elle ignore qui a fait quoi durant les 132 années d’occupation colonialiste française et avant cette période. L’Algérie, n’a pas enfantée que des héros et combattants, elle a aussi enfanté des traitres, des collabos issus selon les documents et archives coloniales ‘’de familles très dévouées à la cause française en Algérie’’.
    « …..Il s’agit de FENDI Abdallah ould Sidi Souleimane Bousmaha et Amar le Kabyle. Le premier est le chef suprême de l’armée algérienne au temps de l’Emir Abdelkader, le second Amar est son adjoint. Il rejoint l’Emir à la tête d’une importante troupe de combattants venus de la Kbaylie. Selon les documents officiels, Fendi Abdallah, né à Saint Louis aujourd’hui Boufatis à une trentaine de kilomètre à l’Est d’Oran, frère de lait de l’Emir Abdelkader, il organisa la défense armée de l’Algérie et devint chef de l’état major de l’armée, son adjoint Amar le Kabyle, un algérien de la Kabylie combattante de tous les temps. Les deux hommes ont combattu côte à côte contre l’invasion française à partir du 3 juillet 1830.
    Pour pouvoir entrainer son armée, Fendi Abdallah et son adjoint, ont créé plusieurs institutions, à travers le territoire algérien et surtout à Constantine, l’ancien jardin du Bey, transformé en institution militaire et pour une grande caserne, Fendi Abdallah n’hésita pas à acquérir de son propre argent une grande terre dans la commune de Boufatis appelée à nos jours terres de Moulay Smain, selon l’acte de propriété enregistré au tribunal d’Oran, dont nous avons pu obtenir en 1990 une copie de l’achat de ce terrain contre la valeur de 20 kilos et demi d’Or, remis par Fendi Abdallah acquéreur à Moulay Smaïn vendeur. C’est au dit terrain qu’a eu lieu la célèbre bataille d’El Macta pendant deux jours dans laquelle l’armée d’occupation a enregistré de lourdes pertes : plus de 800 soldats tués et autant de blessés. Fendi Abdallah tenant le coté Ouest et Amar le Kabyle le côté Est. C’est dans cette bataille que les généraux français ont déclaré leur défaite à Paris.
    Voir facsimile du document reproduit tel qu’il a été rédigé par l’autorité d’occupation à cette époque. Sur l’extrait du registre-matrice sont inscrits les observations suivantes :’’ Fendi Abdallah chef d’une armée rebelle, fondateur et chef d’état major de l’armée de l’Emir Abdelkader, né à legrand, il défendit l’Algérie contre les français sous les ordres de l’émir Abdelkader de 1812 – 1847, il voulait exterminer les français. Après l’arrestation de l’émir, il souleva une deuxième armée contre le général De Lamoricière 1847-1849, puis contribua à la défaite de l’armée française. Le général lui-même échappa à plusieurs attentats, il avait anéanti la planification militaire en Algérie et jeta le trouble à l’intérieur des officiers du général de Lamoricière. Fin 1849, il demanda de l’aide au roi marocain mais celui-ci avait culbuté sa demande, blessé et arrêté avec son lieutenant Amar le Kabyle à El Macta, interné à Versailles (…) condamné à mort, après le 1er prairial, il fut exécuté sur ordre militaire à Toulon. Amar le Kabyle, se donna la mort en apprenant l’exécution de son chef’’.
    Des héros parmi les héros Algériens d’une époque que nous avons tous oubliée et dont les ‘’historiens’’ occultaient et ne parlaient jamais.
    Après l’assassinat des deux patriotes algériens, Fendi et Amar, le fils Fendi, Abdelkader reprendra la lutte, beaucoup de kabyles se sont joint à lui, mais hélas, sans aide extérieure, surtout que les marocains avaient combiné avec les colonialistes français de maintenir un siège du coté de la frontière Ouest. Fendi Abdelkader fut arrêté, jugé et condamné à mort à l’âge de 31 ans. Sa sœur Aïcha comme l’indiquait l’observation des autorités d’occupation :’’ ‘’Elle épousa son cousin, belle et spirituelle, elle joua après l’exécution de son frère un rôle actif, elle lutta contre les infidèles de sa famille, mais sans succès, elle s’enfuit à Damas….. » Mohamed Fendi, enfant d’Abdelkader, est l’organisateur de l’ALN à Oran, il était aussi le recruteur, parmi ses recrues, Benhadou Bouhadjar qui devient le colonel Othmane, le commandant Abbes, premier chef de la 2ème région militaire d’Oran à l’indépendance. Fendi Mohamed arrêté par l’autorité d’occupation le 14 février 1954, jugé et condamné à mort, exécuté le 20 décembre 1955, dans le secret le plus absolu, laissant un fils unique, Lakhdar Fendi, qui rejoint l’ALN en 1957 après avoir exécuté plusieurs opérations à la région d’Oran et à Sidi Bel Abbes, où il soulagera la population algérienne, d’un officier légionnaire très cruel et raciste, il le mettra hors d’état de nuire le jour du Souk de la ville. Lakhdar, arrêté à Oran, torturé au 2ème bureau par un collabo (musicien d’une troupe d’Oran). Officier de l’ALN et de l’ANP, il quitte la vie militaire en 1966. Il décédera le mois de septembre 2013.

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