Édition du
6 December 2016

Le 19 juin 1965 : le jour où l’espoir républicain a été assassiné.

 

Benbella2« Pendant notre guerre de libération, c’était au peuple de choisir sa voie. Ceux qui l’ont privé de la parole, qui l’ont empêché d’exercer ses responsabilités, avec l’arrière-pensée de vivre comme des rois et de régner sur l’Algérie, ont commis une faute grave », Ferhat Abbas, dans « l’autopsie d’une guerre ».

L’acte qui entérine définitivement cet état de fait est indubitablement le coup d’État du 19 juin 1965. Bien que le chef déposé, en l’occurrence Ahmed Ben Bella, ne soit pas un modèle à regretter, dans la mesure où il rêvait du même pouvoir personnel, il n’en reste pas moins que le successeur ne le fait qu’exacerber. Comment se fait-il que les deux hommes, qui ont scellé une alliance en 1962 pour écarter le peuple algérien et son représentant légitime, le GPRA (gouvernement provisoire de la République algérienne), ne se supportent plus une fois la situation normalisée ? La réponse est toute simple. Aucun régime dictatorial n’a à sa tête deux chefs. Et si, à un moment donné, ils ont conjugué leurs efforts dans un projet de conspiration, cette alliance ne pouvait être que temporaire.

D’ailleurs, de 1962 à 1965, Ben Bella a essayé de s’emparer des postes clés en vue de marginaliser son concurrent. À quelques jours de son éviction, il concentrait entre ses mains les pouvoirs suivants : président de la République, ministre de l’Intérieur, ministre de l’Information, secrétaire général du FLN, ministre de la réforme agraire. En outre, bien qu’il ait un droit de regard sur la diplomatie, Ben Bella projette de déposséder son titulaire, Abdelaziz Bouteflika. Ainsi, au moment où le peuple algérien est livré à lui-même, ses dirigeants se battent pour des postes. D’après plusieurs versions, c’est la perspective de la mise à l’écart de Bouteflika qui déclenche les hostilités. « Il faut écarter définitivement le spectre des renversements militaires, assurer avant la conférence afro-asiatique la primauté du pouvoir civil et prouver au pays son aptitude à trancher les conflits », résume Jean Daniel la stratégie de Ben Bella qu’il compte mettre en œuvre après ladite conférence, prévue à Alger le 29 juin 1965.

Par conséquent, il commence alors, des deux côtés, une course contre la montre. En fait, pour Boumediene et ses amis, la seule question qui les taraude est de savoir à quel moment il faudrait organiser le putsch ? Sous la houlette de Boumediene, une réunion, regroupant Abdelaziz Bouteflika, Ahmed Medeghri, Cherif Belkacem, les commandants Chabou et Hoffman, a eu lieu à Alger, deux semaines avant le coup de force. Le groupe s’est entendu sur la nécessité de renverser Ben Bella avant la tenue de la conférence afro-asiatique.  Le 19 juin 1965, à 2h25 du matin, Ben Bella est arrêté. Dans la foulée, un communiqué, au nom du conseil de la révolution, est lu à la télévision vers midi. La teneur du discours résume le fossé, ou plutôt la rivalité, entre les deux hommes, Ben Bella et Boumediene.

Dans le fond, rien ne les différencie. Leur soif de pouvoir est, pourrait-on dire, identique. En revanche, l’atout de Boumediene, comme le décrit si bien Abdelkader Yafsah, est inhérent au contrôle de l’armée. « Le président du conseil de la révolution, ministre de la Défense, chef du gouvernement, Boumediene, s’était imposé comme chef d’État et cumulait de ce fait, comme son prédécesseur, tous les postes importants. À ce titre, il se confondait avec l’État, le parti –tout comme Ben Bella –, mais avait en plus de ce dernier, et pour lui seul, l’armée », écrit-il.

Pour conclure, il va de soi que la propension de certains dirigeants pour ériger un pouvoir personnel en Algérie est la principale cause de son sous-développement. D’ailleurs, si le pouvoir personnel –générateur de corruption, d’injustice, etc. –était un bon modèle, les autres pays copieraient volontiers notre système. Hélas, depuis 50 ans, l’Algérie continue à être gérée de la même façon. Et pour ceux qui croient que l’Algérie a évolué, ils n’ont qu’à demander le bilan financier de l’actuel chef de l’État, Abdelaziz Bouteflika. À vrai dire, ces gens-là n’ont pas de comptes à rendre, car ils ne tiennent pas leur mandat du peuple.

Aït Benali Boubekeur


Nombre de lectures : 7483
13 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • hamid
    22 juin 2015 at 21 h 52 min - Reply

    Oui c’est sa benbella est aussi démocrate que Djamel Abdenasser?! arrêtons le Festi.

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 2

  • Salah-Eddine SIDHOUM
    22 juin 2015 at 22 h 23 min - Reply

    Non, mon cher Boubekeur, l’espoir a été assassiné le 09 septembre 62, quand l’armée des frontières de Boukharouba, après avoir écrasé les survivants de l’ALN, est entrée « triomphalement » à Alger. C’était le honteux Coup d’Etat contre le Gouvernement provisoire. Ce qui s’est passé le 19 juin 65, n’était que le complément du putsch de 62. Boukharouba termina son sale boulot commencé à Ghardimaou, en ôtant la façade politique provisoire que représentait l’autoproclamé « zaïm » Ben Bella qu’il avait lui-même intronisé, le temps d’une mission.

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 28

  • BENMAKHLOUF
    23 juin 2015 at 13 h 06 min - Reply

    Je suis d’accord avec Aït Benali Boubekeur et Monsieur Sidhoum pour dire que : le « pouvoir absolu personnel » est le mal absolu de notre pays. Le « zaimisme » est d’ailleurs ancré dans plusieurs pays arabo-musulman.

    La matrice du pouvoir algérien est d’essence « machiavalico-personnel » ! Après il y a derrière toute la construction idéologique basée soit sur les « constantes nationales arabo-islamiques », soit sur « la légitimité révolutionnaire » ou « le droit divin coranique » , mais çà çà vient en arrière plan !

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 20

  • HANI GHORAB
    24 juin 2015 at 17 h 08 min - Reply

    un dictateur c’est quelqu’un qui se regarde dans le miroir et qui se dit je suis l’etre parfait . donc un malade en puissance, mais le lugubre de l’histoire c’est ses serviteurs éclairés qui de par leurs conseils et félicitations à tout moment en font une marionnette qui s’infatue de sa personne, et eux profitent de sa superficialite pour faire du pays ce qu’ils veulent, donc il suffit d’un applaudimètre fourni et un aplaventrisme exemplaire pour que tout soit reglé à bon escient.

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 2

  • Ait Benali Boubekeur
    24 juin 2015 at 19 h 04 min - Reply

    Je partage entièrement d’accord avec toi cher Salah-Eddine! J’ai travaillé plusieurs fois sur la crise de l’été 1962. A chaque, je parlais du duo Ben Bella-Boumediene. Or, en 1965, Boumediene n’a pas qu’exacerber en pire la situation. Cela ne veut pas dire que la période 1965 était meilleure. Saha Ftour de tous les lecteurs de LQA.

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 0

  • fateh
    25 juin 2015 at 1 h 52 min - Reply

    Le 19 juin 1965,souvenir noir, dans notre histoire. C’est un jour ou la lachete et l’hypocrisie ont pris place. C’est le jour ou boukharouba qui ne sait meme pas ce qu’est un banc d’universite, donc quelqu’un qui ne croit pas a l’effort intellectual pour reussir, qui a voulu sceller le people a sa botte avec la complicite de sa bande dont helas parmi elle figure d’illustres noms de la THAWRA…..
    Ce qui est etonnant c’est qu’a ce jour il y a des gens qui se posent encore la question, s’il s’agissait d’un coup d’état ou d’un redressement revolutionnaire.
    Si boukharouba a voulu redresser la revolution qui a derive avec ben bella, il aurait du rappeler tous les strateges de l’ALN ET DU FLN. Mais helas, il n’a fait que les menancer de se soumettre a lui ou de s’exiler et parfois de les assassiner….
    MOI JE LANCE UN APPEL A CEUX QUI ONT SERVIT CE CRIMINEL DE NOUS EXPLIQUER POURQUOI SE SONT ILS RANGES DERRIERE LUI ET L’ONT DEFENDU BEC ET ONGLE SANS AUCUNE HONTE????
    QU’ILS SOIENT POUR UNE FOIS DES HOMMES AYANT UNE CONSCIENCE DE JUSTICE ET D’EXPLIQUER CE SILENCE QUAND AUX ASSASSINATS QU’IL A COMMIS.????
    RAMADHAN MOUBARAK A TOUS

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 5

  • NAIT CHALLAL M’hand
    25 juin 2015 at 20 h 34 min - Reply

    Mr Abdelkader DEHBI, Dr Mohamed MAIZ, Dr Salah-Eddine SIDHOUM et tout le Comité de Coordination du CCD

    Vous qui êtes à l’origine de l’appel pour un compromis politique historique pour la création d’un Front du Changement National, vous qui êtes des intellectuels musulmans éclairés, vous qui êtes pour la liberté et les droits de l’homme , est-il possible que vous interpelliez les Hamadache and Co, les Ali Belhadj and Co , la clique du pouvoir des Tagarins , d’El Mouradia, de la police et du DRS pour qu’ils foutent la paix à des algériens qui font ramadhan dans la discrétion et dans des établissements clos sans emmerder les autres musulmans !

    Vous vous élevez contre la hogra, les passe-droits, contre le non respect des libertés syndicales et politiques, vous vous élevez contre l’injustice et contre l’autocratie et la dictature, vous vous élevez pour la liberté et la démocratie, n’est-ce pas !!???, alors pourquoi vous ne dîtes pas au pouvoir, à Ali Belhadj , à Hamadache , au DRS et au commissariats de police des quartiers et des villages de foutre la paix aux citoyens « non-carrémisants » qui mangent d’une manière discrète et sans provocation envers … les carémisants.

    Est-ce que vous pouvez expliquer, vous qui êtes écoutés, aux musulmans algériens pour leur dire qu’il existe aussi , dans NOTRE PAYS, des algériens arabes chrétiens, des algériens arabes athées, des algériens kabyles musulmans, des algériens kabyles chrétiens, des algériens kabyles athées !

    Je vous en supplie faites un effort pour organiser un appel dans ce sens. Merci. Je fais appel à vous car je ne peux pas le dire à Ali Belhadj et vous comprenez pourquoi !

    Merci, merci du fond du cœur !

    POUR UNE ACTION SOLIDAIRE, AGISSONS AUJOURD’HUI ET MAINTENANT !

    Le titre de cet article est aussi un bon prétexte , non ??!!! :LE 15 JUIN 1965, LE JOUR Où L’ESPOIR REPUBLICAIN A ETE ASSASINE !

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 14

  • tayeb
    25 juin 2015 at 22 h 26 min - Reply

    Si vous manger discrètement personnes ne vous emmerde! concernant les hamadouche belhaj etc..ils ont le droit de s’exprimer à l’instar des opposant au ramadan au hallal etc..en France o* ailleurs à l’instar de Marine le pen estrosi les prière dans la rue et toute la polémique qui suivait bref : on ne peut en aucun cas d’empêcher les gens de s’exprimer….

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 2

    • Salim Yahyaoui
      26 juin 2015 at 13 h 50 min - Reply

      Monsieur @tayeb

      Ce n’est pas vrai ce que vous dîtes cher ami du NET puisque moi-même j’ai été victime de l’intolérance et du fanatisme religieux !

      Sachez Monsieur que j’ai perdu mon emploi dans une entreprise publique (j’ai été licencié) parce qu’un « islamiste salafiste » , qui était d’ailleurs dans le syndicat de l’entreprise, s’est rendu compte que dans mon bureau où je m’enfermais, je prenais mon casse-croûte de midi ! Il a grimpé sur un escabeau pour voir à travers la vitre au haut de la cloison de mon bureau que je mangeais !

      Donc, même si on est discret on n’est pas à l’abri … et nulle part … des extrémistes religieux ya kho !!!

      Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 12

  • Malek HADDAD
    26 juin 2015 at 13 h 24 min - Reply

    @tayeb

    Effectivement, vous avez entièrement raison pour dire que Hamadache, Belhadj et même les chefs de guerre d’obédience islamo-salafiste ont absolument le droit de s’exprimer et de nous faire part de leur idéologie, de leur politique , de leur stratégie et de leur philosophie de la vie.

    Il faut simplement qu’ils n’appellent pas au meurtre, à l’emprisonnement, à l’assassinat ou à la vindicte populaire ceux qui ne pensent pas comme eux ! Ils ont le droit d’exprimer leurs idées mais pas de demander la condamnation à l’emprisonnement de ceux qui ne croient en la religion musulmane comme eux ou qu’ils se donnent le droit de vie ou de mort sur l’apostat ou l’athée.

    La religion est une croyance et le Coran n’est pas un code pénal. Si vous êtes un bon connaisseur du Coran, vous savez qu’il n’y a que Dieu qui a droit de vie ou de mort sur un être humain qu’il a d’ailleurs créé lui-même d’après ce livre révélé et pas quelqu’un d’autre, … pas même le prophète lui-même (QLSSSL)

    Il faut enfin que l’on sache, tous comme nous sommes et définitivement, qu’il existe des arabes chrétiens et que « arabe » ne veut pas dire obligatoirement et nécessairement « musulman » ! Il faut qu’on sache tous qu’il existe des algériens qui ne font pas ramadhan, pas des kabyles seulement ! Je connais des tas d’amis qui sont Sétifiens, Bordjiens, Annabis, Constantinois, Bishri etc..etc… qui ne font pas ramadhan. Je vous promets. Faut-ils les éliminer alors que pour beaucoup d’entre eux, ils n’ont pas fait de mal même à une mouche !

    Bon courage et à tous, bon ramadhan et saha f’tourkoum à tous les carémisants!

    Je rêve d’une Algérie qui respecte tous ses enfants quelqu’ils soient et quelque soit leur croyance ! J’ai horreur de la pensée unique ! La haine et le rejet de l’autre sont alimentés par les propagandistes dictateurs (militaire, monarque ou théocrate) pour regner d’une manière absolue sur leur peuple ! Dieu n’a jamais demander ni voulu çà !

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 15

  • ABBES Halim
    28 juin 2015 at 13 h 51 min - Reply

    @Malek HADDAD

    Vraiment, en ce qui me concerne, vous me comblez d’un point de vue intellectuel par votre pertinence, votre franc parlé, votre vision des choses et votre tolérance ! La bonne direction , c’est à mon avis la vôtre ! C’est bien !!

    Mais hélas, on est loin de tout çà ,cher compatriote, et je dirais même très, très, très, très loin ! Car on est depuis …1962 déjà, dans un pays de censure, un pays de « pensée unique » dont je n’ai pas besoin de révéler la matrice idéologique, de dictature militaire dissimulée dans un faux pluralisme politique, dans le mépris des minorités, dans un pays où la culture, la science, la connaissance, l’ouverture, le progrès et le développement sont les derniers des soucis de « nos » dirigeants et pour certains c’est même presque carrément « kofr » tout çà.

    Alors, cher internaute @Malek HADDAD , que pouvons-nous faire, en plus, avec ce tas de scories et de couches sédimentaires formées par les vagues d’hommes qui se sont succédés depuis 1962, ces hommes de pouvoir haineux, larbins, complices, fiers de leurs actes et carpettes sans honte.

    Cette couche géologique n’a fait que conforté le pouvoir et ce n’est pas un individu du type Hamadache ou le drabkiste qui peut les gêner !

    NB : nous ne sommes pas un pays de débats, de culture, de démocratie et de tolérance ! Et en plus, nous sommes un pays arabo-musulman, ne l’oublions pas !!!

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 8

  • Omar Bensalem
    29 juin 2015 at 15 h 30 min - Reply

    Il faut savoir que si les djihadistes fondamentalistes arrivent un jour au pouvoir dans notre pays , et ce n’est imposssible et pourquoi pas, ils n’auront même pas besoin de décréter l’Etat Islamique ou la Charia dans notre pays puisque l’intolérance est déjà enraciné partout que ce soit à l’école, à l’université, au FLN, sur les trotoirs réservés aux pietons, dans toutes les chaînes de télévision et de radio et même, tenez vous bien, à l’aéroport international d’Alger qui porte le nom d’un « grand homme » , symbole de la liberté et de la démocratie …. en l’occurrence Houari Boumediène.

    Et bien ya el khaoua, d’après des témoignages, ceux qui voyagent durant ce mois sacré de Ramadhan, constateront que tous les espaces de restauration de cet aéroport sont fermés durant la journée.

    Tant pis pour les « non musulmans » kofars qui doivent passer par cet aérogare international ! Tant pis pour eux, car ils doivent savoir que Le Coran et Dieu nous commande à tous sur la planète terre d’être des musulmans (Inchallah) et de s’astreindre à la diète comme tout le monde durant notre Ramadhan !

    NB : je n’ai pas voyagé dans un avion d’Air Algérie durant le Ramadhan, mais je voudrais bien savoir si on sert des repas à ceux qui veulent manger ! A moins que ce soit posssible mais sur présentation du passeport, sait-on jamais !!!

    Ya el khaoua, laissons de côté ces questions de démocratie, de liberté , d’alternance etc… etc… tous ces mots bizarres car ce n’est pas le problème ni la préoccupation des gouvernants , ni même des citoyens pays arabo-musulmans !

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 3

  • amimoh
    5 août 2015 at 18 h 41 min - Reply

    Je ne comprends pas, l’article évoque un sujet et le débat s’articule autour d’autre chose.
    Il me semble que le débat autour du rapt de l’indépendance en 1962 est le plus important et je ne pense pas que l’on puisse sortir de notre marasme si on occulte ce thème.
    Les autres sujets comme la tolérance, la démocratie, le respect des uns envers les autres se clarifieront facilement surtout s’ils ne sont pas utilisés « pour noyer le poisson »

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 3

  • Congrès du Changement National

    Galeries photos