Édition du
4 December 2016

La crise, des tributs à payer et des attributs à dépoussiérer

1383819_646477578730670_1691959942_nAbdelhamid Charif
Professeur, King Saud University
La crise c’est le temps de la récolte amère et insalubre, où on paye rétrospectivement les bêtises commises en période de prospérité. La crise c’est aussi un apprentissage à la dure pouvant éveiller des dons et qualités insoupçonnés ou inactivés, et offrir ainsi une opportunité et un espoir de redressement et de changement de cap. Une crise n’atteint son pic qu’à l’issue de la période d’incubation permettant alors de libérer et déclencher les défenses immunitaires, ou ce qui en reste. Et c’est précisément au niveau de la durée de cette incubation même que réside toute la complexité d’une faillite collective. Un problème sociétal non résolu est forcément un problème mal posé, sinon carrément renié et non appréhendé par ceux qui, à la conduite du gouvernail, sont censés le faire. Autrement dit la véritable crise c’est celle que l’on est incapable d’anticiper et reconnaitre, prolongeant ainsi gauchement ou obstinément sa période d’incubation, et ce faisant, intensifiant son acuité. D’où le cinglant et bref énoncé d’Einstein : « La seule vraie crise c’est celle de l’incompétence. » Celle de l’inaptitude multiforme des gouvernants, y compris leur incapacité de sentir les braises sous les pieds des gouvernés.

La crise d’origine politique est due à une combinaison, d’une part d’erreurs planifiées et contrôlées, inhérentes à la logique et la nature même du pouvoir, et d’autre part des bourdes et scandales arbitraires et imprévus, résultant de l’incohérence, faiblesse et corruption du système. Une des causes principales de la persistance d’une crise politique c’est le déphasage tragi-comique dans son appréciation, conséquence absurde de l’irresponsabilité. Pendant que certains jugent être en plein dedans, d’autres trouvent que le pire est soit passé ou bien à venir, alors que les plus causalement concernés nient catégoriquement son existence, parfois béatement et sincèrement, et peuvent même aller jusqu’à plaider farouchement l’inverse.

Une crise ne peut donc être effectivement infléchie qu’à son apogée lorsqu’elle finit par imposer un consensus cruel et indiscutable, et se mettre ensuite à faire le grand ménage autour d’elle pour propulser en avant de nouveaux acteurs censés amorcer la reconstruction. Et cette nouvelle et délicate étape de pansage des blessures et réédification ne peut pas être menée par les principaux matelots du naufrage, ni ceux qui se contentent des lamentations et pleurs sur les ruines, ni par les casse-pieds marchands du pessimisme, ou ceux qui attribuent leurs propres échecs à la crise et ses responsables. La reconstruction exige une nouvelle mentalité de positivisme résolu et digne, solidaire et plaidant audacieusement la responsabilité collective. Ce nécessaire formatage de positivisme, ne signifie pas refuser de voir les faces négatives, mais simplement s’interdire de s’attarder et s’immobiliser dessus. « S’obstiner à pleurer sur sa ruine, c’est préparer un mauvais mortier pour la reconstruction« , Anne Barratin.

La reconstruction et le redressement de l’Allemagne et du Japon au lendemain de la deuxième guerre mondiale, avec les seules ressources humaines et sans richesses naturelles, resteront des modèles universels édifiants de nation-success-story. En plus évidemment d’une classe dirigeante compétente et entrainante, et d’un système éducatif performant, la fierté et la vanité nationales, d’autant plus authentiques qu’elles sont discrètes et non affichées et célébrées, de ces deux peuples ont joué des rôles prépondérants. La sacralité du travail, la culture de l’enthousiasme et du sens de l’initiative, et la confiance en soi basée sur la seule intelligence humaine, authentique ou délibérément amplifiée, se sont avérées déterminantes et amplement suffisantes.

La confiance en soi surmonte des obstacles et craintes inutiles, stimule et réanime le potentiel inexploité et révèle des dons insoupçonnés ; et peut ainsi doper et augmenter les compétences et facultés intellectuelles. Ceux qui en sont dépourvus ne tirent jamais profit de toutes leurs capacités et demeurent ainsi misérablement toujours en deçà d’eux-mêmes.

La confiance en soi permet aussi de tempérer et positiver l’opinion et l’admiration qu’on a pour ceux qui réussissent. L’émerveillement face au succès des autres doit stimuler et encourager, et non inhiber et causer des doutes en soi. Ceux qui réussissent le font surtout parce qu’ils pensent à l’avance fermement pouvoir le faire.
L’avenir d’une société dignement dirigée par l’exemple dans la persévérance de la confiance en soi, tend toujours à épouser l’image ambitieuse qu’elle se projette d’elle-même.

Ces valeurs et recettes de réussite ont été confirmées et testées avec succès dans d’autres pays tels le Singapour, Corée du Sud, Brésil, et aussi la Malaisie et la Turquie. Ces préceptes sont d’autant plus faciles à prêcher que la nation possède des fondations historiques glorieuses, et peuvent en fait être inculqués à toute population pourvu qu’elle dispose des dirigeants qu’il faut, qui, entre autres, conduisent le gouvernail lucidement dans le sens des poils et remparts culturels et spirituels de la société.


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