Édition du
6 December 2016

Peut-on gouverner un pays par des messages écrits ?

 

lettre ouverte1L’action du chef de l’État, Abdelaziz Bouteflika, se limite désormais à quelques messages lus à l’occasion des célébrations des dates historiques. Dans la réalité, même si le régime voulait les célébrer en grande pompe, les Algériens n’adhéreraient pas. Ainsi, bien que la fête d’indépendance doive être la plus démonstrative –les défilés et les feux d’artifice dans les pays où l’osmose est réelle entre gouvernants et gouvernés font de ces moments un grand rendez-vous national –, en Algérie, on a l’impression que les Algériens ne se sentent pas indépendants. Pour eux, si la libération du territoire est en effet incontestable, il n’en est pas de même des individus.

Pour mieux comprendre cette désaffection des Algériens, il faudrait revenir, il ne serait que de façon succincte, à la violence qui a accompagné la prise du pouvoir en 1962. Alors que les Algériens étaient prêts à soutenir tous les efforts de développement, voire à soutenir n’importe quel président de la République élu, le régime, incarné par le duo Ben Bella-Boumediene, a préféré construire un mur infranchissable entre lui et le peuple. Depuis cette date, l’Algérie vit en permanence sous la menace de coups de force.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que depuis 1962 on a vu de toutes les couleurs : entrée en force de l’armée des frontières, « redressement révolutionnaire », coup d’État scientifique, démission-déposition du « président » Chadli, assassinat de Boudiaf et enfin le maintien à la tête de l’État d’un homme très malade. Faut-il préciser, par ailleurs, que la maladie ne doit pas être un motif d’exclusion dans la mesure où le chef dirige véritablement. De Roosevelt au ministre actuel allemand des finances, l’histoire nous offre une multitude d’exemples. Qu’il en déplaise aux partisans du IVeme mandat, Bouteflika ne peut pas en faire partie.

Cependant, en cassant volontairement la dynamique issue de la mobilisation révolutionnaire de 1954 à 1962, la classe dirigeante brise, par la même occasion, le rêve de tout un peuple. D’ailleurs, il ne faut pas être un grand analyste pour dire que tous les pays qui ont opté pour le même système de gouvernance ont des difficultés semblables. Car, ce système est générateur des défauts dévastateurs pour la stabilité des pays, à l’instar de la corruption généralisée, l’abus du pouvoir, etc. Du coup, en dépit des 1000 milliards de dollars que l’Algérie a engrangés depuis l’arrivée de Bouteflika au pouvoir en avril 1999, certains analystes n’excluent pas l’imminence d’une crise économique de grande ampleur. Les plus pessimistes la comparent à celle de 1986.

Hélas, bien que la situation du pays se dégrade ostensiblement, le peuple algérien ne mesure pas le degré de la gravité. Telle une autruche, il cache sa tête en croyant que les problèmes disparaitraient s’il ne voyait pas la réalité en face. Ainsi, ce qu’il ignore ou feigne d’ignorer, c’est qu’en cas de crise, il est le premier à payer les pots cassés. Quant à des dirigeants peu scrupuleux, le pays ne les intéresse que lorsque la rente pétrolière assure leur bien-être. Pour ne pas prendre de risque en cas de coup dur, ils ont acheté des biens immobiliers dans les grandes capitales occidentales. C’est pour ces raisons que la prise de conscience s’impose plus que jamais.

Pour conclure, il va de soi que le maintien du statu quo est mortifère pour le pays. Toutefois, le changement ne veut pas dire le recours à la violence. Au XXIeme siècle, les peuples sont assez intelligents pour ne pas provoquer une effusion de sang. En plus, exiger des comptes, la séparation des pouvoirs, l’égalité des Algériens en droit et en devoir sont des revendications minimales. Bien évidemment, le régime va tenter de court-circuiter la dynamique en traitant les porteurs de la revendication de changement d’atteinte à la stabilité de l’État. C’est là justement où le peuple devra déjouer le piège en haussant le niveau du débat.

Aït Benali Boubekeur


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