Édition du
10 December 2016

Ghardaïa, des Algériens sont morts, l’Algérie est blessée

 http://www.huffpostmaghreb.com/

ghardaia

À Ghardaïa, tous les morts sont des Algériens. Les auteurs des violences également. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises victimes. Il n’y a pas de bons ou de mauvais violents. On doit le redire avec d’autant plus de force que ceux qui diffusent les informations, parfois à leur corps défendant, se retrouvent à faire le tri entre les victimes et les violents.

Les journalistes doivent faire leur travail avec une rigueur décuplée, s’assurer des informations, mettre en évidence les sources. Les mozabites ibadites sont chez eux, les chaâmbis malekites aussi. Ils sont tous Algériens. Ils sont tous victimes d’un État qui est bien malade.

La crise à Ghardaïa dure depuis plus de 20 mois et cette durée suscite déjà un grand malaise. Dans le bilan de l’année 2014, Ghardaïa était déjà une blessure grave à l’idée de la nation algérienne, un très sérieux avertissement.

Ghardaïa, lit-on dans un éditorial daté du 31 décembre 2014, dans les colonnes duQuotidien d’Oran est « l’avertissement supplémentaire et normalement définitif que la fiction institutionnelle a atteint ses limites ». Ghardaïa est le signe que les ersatz de représentations que le pouvoir a mis en place ne sont d’aucune utilité en temps de crise.

Une synthèse colossale

« Ghardaïa n’est pas une spécificité, mais une alerte grandeur nature de ce qui peut arriver un peu partout dans le pays si les modalités de représentation et de gestion sociale ne changent pas. Des risques encourus si la gouvernance du pays ne change pas, si l’État ne cesse pas d’être une entité extérieure pour devenir, enfin, celui des citoyens.

Ghardaïa a été pendant de longs mois, en modèle réduit, l’expression d’une évolution alarmante possible qui guette le pays. Une situation d’anomie générale où le seul « dialogue » est la confrontation violente entre jeunes ou entre jeunes et policiers… Ghardaïa a été une synthèse colossale. Un grand signe pour celui qui veut voir et qui ne s’aveugle pas ».

Sept mois après ce constat, la situation s’est aggravée. Des Algériens se sont entre-tués dans une Ghardaïa à la dérive. Et c’est toute l’Algérie qui en est profondément blessée. Le plus terrifiant est qu’il s’agit d’une dérive annoncée et que les mises en garde n’ont pas manquée.

Le problème, on ne le dira jamais assez, est d’abord dans l’État, dans sa défaillance sidérale qui fait le lit des plus violents et des plus sectaires.

Ghardaïa qui a été le point de départ d’une mutinerie policière sans précédent en Algérie est une illustration des effets destructeurs d’un système autoritaire et clientéliste qui finit par obstruer l’espace-nation à ses jeunes pour les pousser au repli vers l’infiniment petit, vers le clan, la tribu. Vers la désespérance.

La gestion par la violence, plus ou moins remplacée par l’argent, ne marche plus. Les vieilles structures sont dépassées, celles censées être plus « modernes » fabriquées par les pratiques clientélistes aussi.

Le déploiement des services de sécurité n’a pas été dissuasif. Les instruments traditionnels, les services de sécurité et l’argent, peuvent même devenir des facteurs aggravants dans un monde dangereux où la sécurité nationale ne peut se passer de l’adhésion, vraie et non fictive, des citoyens.

Le discours officiel développe des arguments anxiogènes à partir de ce qui se passe en Libye et même en Tunisie pour refuser le changement et créer une peur du changement. C’est un jeu d’autant plus dangereux que la pratique des représentants officiels et officieux du régime est d’une terrible légèreté.

Ghardaïa n’est en effet pas une spécificité, c’est l’Algérie qui nous est préparée si le régime ne change pas. Si ceux qui détiennent les leviers du pouvoir n’entendent pas les appels à la raison de ceux qui préconisent un changement de cap « consensuel » pour rendre le pays aux Algériens. Pour leur donner l’État qu’ils méritent et pour lequel les aînés ont combattus.


Nombre de lectures : 2481
PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

Congrès du Changement National

Galeries photos