Édition du
4 December 2016

Qui attise le feu dans la vallée du M’Zab ?

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OMAR BENBEKHTI

Tous les acteurs impliqués dans les conflits de la vallée du M’Zab ont apparemment échoué à rétablir l’ordre et la sérénité dans les esprits. Depuis plus de deux ans, on a laissé pourrir une situation qui n’est pas, comme on veut le faire croire, un affrontement causé par des conflits ethniques, entre Arabes et Berbères, ou religieux, entre Malékites et Ibadites. Cette région est devenue le théâtre de heurts récurrents. Le conflit a éclaté une première fois de manière sanglante en 2013. Qui a intérêt à détruire l’entente séculaire et la tolérance légendaire qui caractérisent cette région ?

Le commandant de la 4e région militaire a été chargé de «superviser l’action des services de sécurité». Ce qui va l’exposer à une situation pour laquelle l’armée n’est ni formée et ni préparée. Mais dans ce pays où le système a pris le dessus sur l’Etat, ce «conflit» préfabriqué par  des puissances hostiles à la coexistence pacifique et l’harmonie des croyances, démontre l’échec cuisant de ceux qui dirigent les services de renseignement, de la police et de la gendarmerie.

Le pays est-il coincé et handicapé au point où folie meurtrière et vacance de l’autorité ont mené à de telles violences entre populations avec autant de morts et de blessés? Comment, dans ce pays où la police est omniprésente, de tels heurts peuvent-ils finir en conflits sanglants qui risquent de se transformer en dérapages dangereux pour la stabilité du pays? La réponse aux troubles s’est toujours limitée à un traitement policier. Le fait d’avoir ordonné à l’armée d’intervenir, est qu’incontestablement, les responsables de la DGSN et ceux de la Gendarmerie nationale ont échoué dans leur mission. Et pourtant, un tel échec ne conduit à aucune démission.

Des questionnements multiples surgissent lorsqu’on observe ces événements effrayants qui se reproduisent dans une région réputée pour sa grande sagesse. Face à cela, la violence se renforce jour après jour et les forces dites de sécurité semblent tout à fait incapables d’assurer la sécurité ou alors ne sont-elles plus que des forces de répression aux yeux de populations qui ont perdu confiance en leurs pouvoirs publics?

Le problème de Ghardaïa n’est pas ethnique, il est d’abord économique. Et c’est ensuite une affaire liée à la gouvernance, à la mal-gouvernance. Le pouvoir centralisé qui a fermé la porte à toute forme de prise en charge régionale et locale des problèmes, se trouve piégé par ce jacobinisme de basse facture, concentrant toute la décision à Alger, et cela malgré un régionalisme malsain qui caractérise la nature de ce pouvoir. Actionnant la peur et la violence à travers la répression, ce pouvoir ne veut rien lâcher en matière d’émergence d’autres élites que celles que lui choisit et reconnaît comme telles!

Partisan de la pensée unique, de la vision unique et de la voix unique, il se mord la queue depuis toujours car il ne peut admettre le débat contradictoire et l’enrichissement des points de vue. Il est le seul à avoir raison et toujours savoir quelle est la voie à suivre. Tous les autres n’ont qu’à applaudir et suivre. Démiurge permanent mais incontinent, seuls ceux qui le servent croient savoir ce qu’il est juste de faire. Et c’est pourquoi ce sont toujours les mêmes que l’on retrouve aux commandes. Depuis des dizaines d’années, ce sont les mêmes Premiers ministres et les mêmes chefs de Gouvernement, les mêmes ministres nommés, tournant dans les postes comme dans un manège infernal…N’existe-t-il pas d’autres cadres compétents dans ce pays que ces vingt ou trente responsables que l’on retrouve recyclés au fil des remaniements et autres promotions que ne justifie aucun critère de compétence sinon celui de l’obéissance servile! Les généraux de notre armée sont les plus vieux du monde…en poste jusqu’à quatre vingt ans et nommer à la tête des forces armées des septuagénaires en devient pitoyable dans un pays composé d’une majorité de jeunes! Mais plus grave encore, ceci montre que le pays est livré à lui-même dans une vacance de pouvoir aggravée par l’absence de crédibilité qui a atteint ses limites. Si tant est qu’il existe une limite à la crédibilité…

O.B.


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