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10 December 2016

L’arme auto-dissuasive, Guerre et Paix revisitées

Paix1Abdelhamid Charif

 

Il n’y a aucun dilemme ni paradoxe « guerre ou paix », comme celui de « la poule ou l’œuf ». Même si certains belliqueux et faucons pensent qu’une guerre préventive peut accoucher de la paix, cette dernière, quant à elle, tout en étant à la fois plus âgée et plus fertile et féconde, et pourvu qu’elle soit saine et juste, ne risque jamais de pondre des conflits. De parents non identifiés, ou plutôt de géniteurs quelconques, la guerre a anarchiquement proliféré, au point où la paix ne représente désormais que des essoufflements entre les conflits armés.

Comment alors se nourrissent ces deux demi-sœurs ennemies ? Ont-elles autant besoin de munitions l’une que l’autre, ou bien suffit-il de s’enrôler dans la course infernale à l’armement dissuasif pour imposer sa propre vision de la paix ? Peut-on réellement parler d’arsenal militaire de dissuasion quand on fait son marché des armes chez autrui ?

Des défenses remontant à l’âge de pierre et autres rudiments de bord, ne permettent-ils pas régulièrement aux habitants de Gaza, de défier un embargo inhumain et d’affronter bravement des guerres injustes et inégales, contre un Etat hors-la-loi et surarmé, réglant en toute impunité ses différends politiques et menant ses campagnes électorales par bombes interposées sur Gaza ?

Comment se laisser leurrer et berner par ceux qui prétendent n’avoir ni amis ni ennemis permanents, mais seulement des intérêts permanents, quand c’est Israël même qui constitue le principal intérêt permanent, stratégique et sacré ?

Que reste-t-il de la sagesse et de la raison humaine, quand les rapports de force constituent les principaux critères décisifs pour le recours aux guerres dites préventives, violant la paix tout en prétendant mieux l’assurer ? Autrement dit, n’a-t-on pas tendance à appuyer trop facilement sur la gâchette quand l’ennemi est faible et désarmé ? Et sous embargo comme à Gaza ?

Pour Victor Hugo, les réponses à ces interrogations sont très claires, et seule la paix peut se targuer de disposer de munitions effectivement dissuasives, pourvu que l’on sache en faire usage : « La guerre c’est la guerre des hommes ; la paix c’est la guerre des idées. »

La paix réelle est une confrontation d’idées et de visions antagonistes, menées sans répit, mais assidûment modérées par le génie de la sagesse et de la raison. Les croisades apaisées d’idées ne font aucune victime et ne connaissent pas de vaincus ; la victoire est générale, y compris, voire surtout, pour les déserteurs qui changent mûrement et librement de camp.

Ainsi, même si la faiblesse d’un adversaire peut effectivement constituer un facteur incitant et favorisant, c’est, avant tout, la pénurie d’idées qui serait le principal moteur des guerres et générateur de munitions.

La dissuasion objective et fructueuse

Une arme stratégique, authentiquement pacificatrice, doit impérativement d’abord être moralement auto-dissuasive, autrement dit aussi défensive qu’anti-agressive.

« Vous avez votre religion, j’ai la mienne ! » Par religion, il est aussi fait allusion dans ce verset à l’athéisme, et autres doctrines, et croyances.

Ce bref verset coranique est une sublime arme auto-dissuasive de la paix ! Et qui sied à toute autre idéologie. C’est en fait seulement chez ceux qui doutent et ne sont pas confiants en leurs idées, religions ou irréligions, qu’il y a potentiellement problème. Et aucune de ces croyances n’en est prémunie ; elles peuvent toutes servir de couverture à des fanatismes prônant des radicalismes violents, principalement pour compenser les doutes et les incertitudes. Il est toutefois vital de souligner qu’en dépit des fixations qu’elles suscitent, les religions n’ont en fait causé que très peu de conflits armés.

A l’issue d’une récente et profonde investigation couvrant une période de 3500 années [1-5], consignée notamment dans l’Encyclopédie des Guerres [2], l’éminent anthropologue franco-américain Scott Atran, expert en terrorisme et religions, affirme, contre vents et marées en période peu propice (2012), que la plupart des guerres de religion n’en sont pas, et que seulement 123 des 1763 guerres majeures recensées, soit 7%, sont attribuables à des causes religieuses explicites. Cette audacieuse étude démolit ainsi un terrible invariant de l’inconscient collectif, selon lequel l’origine confessionnelle prépondérante des guerres était indiscutable. Cette supercherie collective est imputée aux campagnes radicales et répétées des « nouveaux athées » tentant de discréditer les religions et croyances, considérées dangereuses pour l’humanité. Dés qu’on apprend par exemple que l’Académie des sciences des Etats-Unis compte plus de 90% d’athées parmi ses membres, l’origine de cette imposture immorale devient alors très claire [1,4]. Ce brillant savant Scott Ätran, qui ne cache pas son athéisme et son refus de la religion, reconnait à cette dernière sa capacité d’immunisation morale, de fédération, et de résolution des conflits sociaux. Son honnêteté scientifique se démarque singulièrement et bravement de certains de ses collègues qui, comme lui, sont tombés sous le charme de l’irréligiosité, tels Durkheim et d’autres disciples des sciences humaines, dites fragiles et vulnérables [6].

Les guerres ont le plus souvent éclaté pour des visées et desseins expansionnistes, disputes territoriales, conflits d’ordre racial ou ethnique, rivalités militaires, ou désaccords commerciaux [1,4]. En se prolongeant, ces conflits voient ensuite souvent la religion s’en greffer en renfort, surtout du côté du plus faible, injustement agressé, ou croyant ainsi l’être.

Il n’est par ailleurs pas exclu que les rares guerres attribuées aux religions, soient principalement fomentées par de mauvais disciples, sinon carrément par des tyrans incroyants manipulant la religion comme un fond de commerce.

Injustement accusée, la religion contribue en fait à apaiser les esprits et résoudre les conflits, plutôt qu’à les déclencher. Dans les trois religions monothéistes, le simple salut entre deux personnes est un « Echange de Paix ». Et tout désaccord éventuel dans un débat intellectuel quelconque peut être paisiblement clos par : « Vous avez votre religion, j’ai la mienne ! »

Il est tout à fait légitime de vouloir prêcher pacifiquement son idéologie – religieusement c’est même une obligation, toutefois très conditionnée – mais sans aucune obligation de résultat ; et la force, contrainte ou violence, n’ont aucune raison de s’immiscer dans cette bataille pacifique d’idées.

La religion, la paix, et la légitime-défense

Une guerre religieuse ne peut être que défensive. Le pacifisme de la religion est sacré mais n’est toutefois pas naïvement illimité, le jihad et le sacrifice pour défendre l’honneur et la patrie sont des obligations sacrées. On comprend maintenant mieux pourquoi la religion, tout en étant initialement non impliquée dans le déclenchement des conflits, finit ensuite parfois par s’en mêler, et presque toujours en position de faiblesse.

De quels préjugés ou partialité peut-on accuser Tony Benn, l’emblématique politicien de la Gauche britannique, quand il déclare : « On est prêt à mourir pour une foi et prêt à tuer pour une doctrine. Là est toute la différence ».

Les versets du Jihad sont bien présents, et dans des contextes purement défensifs, même si des campagnes de dénigrement accusant l’Islam d’agressivité et criminalité injustifiées ne cessent d’être vainement relayées. Campagnes et attaques diffamatoires vaines, et parfois même contre-productives, tel ce fameux film anti-Islam, qui, après avoir causé l’ébullition du monde musulman, s’est tout simplement achevé par la conversion à l’Islam de son réalisateur. Certaines batailles échappent complètement au contrôle humain et à la logique et stratégie militaires, avec des issues que seule la foi peut saisir et percevoir. Ces évènements miraculeux, rares mais périodiques, sont par ailleurs mystérieusement zappés par les médias, dits libres et démocrates, qui façonnent à leur libre guise l’opinion générale, et auxquels certains intellectuels musulmans continuent hélas de rester fidèlement scotchés jusqu’à l’hypnose.

Les batailles menées et dirigées par le Prophète (Prière et Salut sur Lui) ont toutes été défensives. Les expansions ultérieures de l’Islam ont été majoritairement pacifiques, et si certaines ont authentiquement enfreint la règle, il est du devoir et de l’honneur des musulmans de s’en démarquer. Les versets et instructions divines sont plus sacrés que les pages historiques, aussi glorieuses et triomphantes puissent-elles être.

Les trois religions monothéistes disposent d’un important socle de moralité commune et ont cohabité pacifiquement pour de longues périodes. A travers ses diverses contraintes morales, la religion peut-elle déranger et se trouver en conflit avec d’autres doctrines ?

La réponse est malheureusement affirmative, notamment avec les « non-doctrines », ces nouvelles formes modernistes de l’irréligion, qui poussent la haine et la provocation des religions jusqu’à encourager toutes les perversions, au nom de la liberté. Les regrettables conflits qui en résultent leur donnent parfois satisfaction, puisque des intellectuels musulmans, en panne de souffre-douleur, ne proposent sérieusement pas moins que de mettre la religion au congélateur temporel.

Tout comme les nombreuses vertus et faiblesses, l’agressivité et la criminalité sont nées avec l’être humain responsable et libre de ses actes, et se sont manifestées dés les premières lueurs de la vie avec Abel et Caïn. Le bien et le mal continueront de s’opposer sous différentes formes jusqu’au Jugement Dernier, quand tous les conflits et litiges connaitront leur épilogue et tous les bilans finiront par être dressés et jugés.

 

Références :

[1] : Scott Atran and Jeremy Ginges « Religious and Sacred Imperatives in Human Conflict », Science 336, May 2012, pp. 855-857

[2] : C. Phillips, A. Axelrod, « Encyclopedia of Wars », Facts on File, New York, 2007

[3] : http://foreignpolicy.com/2012/08/06/god-and-the-ivory-tower/

[4] : http://www.savoirs.essonne.fr/sections/actualites/guerre-et-religion-quand-le-sacre-simmisce-dans-les-conflits/

[5] : http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5185308&archive_date=2013-07-18

[6a] : http://www.hoggar.org/index.php?option=com_content&view=article&id=3916:science-et-influence-en-haute-ou-basse-voltige-il-suffit-de-peu-pour-basculer&catid=652:charif-abdelhamid&Itemid=36

[6b] : http://lequotidienalgerie.org/2014/04/28/science-et-influence-en-haute-ou-basse-voltige-il-suffit-de-peu-pour-basculer/

 


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2 Commentaires sur cet article

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  • Zidane ZIZOU
    16 juillet 2015 at 18 h 28 min - Reply

    Khouya Abdelhamid Charif

    Je ne cache pas que j’ai été pris d’un fou rire que j’ai retenu quand j’ai lu cette phrase dans ton article :

    « Les religions n’ont en fait causé que très peu de conflits armés »

    et pour nous convaincre tu cites l’anthropologue franco-américain Scott Atran qui estime que les sur les 1763 guerres recensées (dans sa propre étude) il n’y aurait que 123 qui sont vraiment recensées comme étant des guerres religieuses ! 1762 guerres recensées !!!????, trop maigre comme échantillon à mon humble avis, si on compte depuis la première existence d’une religion monothéiste c’est-à-dire l’hébraïque.

    Mais c’est quoi ces résultats statistiques maigres ou insignifiants, surtout que son étude porte sur une période de 3500 ans, donc à peu près depuis le début du calendrier juif si on sait que l’année hébraïque marque le chiffre de 5576 et que nous somme en 2015 du calendrier grégorien ou chrétien.

    çà veut dire que ce sacré anthropologue est au courant de ce qui s’est passé depuis 3761 avant jésus christ , c’est-à-dire près de quatre millénaires avant la naissance de Jésus christ et plus de deux millénaires après sa naissance ! 5576, ce n’est pas rien, mon frère !

    Cela veut dire qu’il a été le seul à être au courant de toutes les guerres religieuses (ou assimilées ) depuis la phase Hébraïques (qui commence à partir de – 3761) , en passant pas la phase pharaonique, la phase gréco-latines, la phase gréco-romaine, la phase chrétienne et la phase musulmane ! Et encore si je ne parle que des guerres atroces entre catholiques, protestants, orthodoxes etc… sur le théâtre du continent européen, des croisades assorties de plusieurs guerres dont la première débute en 1096 et la quatrième se situe au environ de 1204 avec la prise de Constantinople qui s’est dévoyée en une guerre lancée par le pape de l’époque contre des opposants chrétiens et des païens et que j’ajoute ensuite les guerres religieuses entre les arabes eux-mêmes ( arabes musulmans et arabes chrétiens, sunnites, chiites , kharidjite etc….et) et toutes les guerres des leaderships religieux (guerre des califats, guerre pour la de succession du prophète etc…etc…), il y en a cher mais, çà dépasse le chiffres 123 à mon avis de profane ! Et je ne parle pas de ce qui s’est passé en Asie, en Amériques etc… etc.. comme guerre de leaderships religieux ou de guerres des croyances !

    Je ne conteste pas le fond de l’article car je ne suis pas spécialiste, mais dire que 7 % seulement du totales de toutes les guerres sont des guerres religieuses, çà me parait pas réaliste !

    Permets-moi de te dire cher Abdelhamid Charif à mon tour : le problème de l’humanité provient d’abord et avant tout de la religion qu’elle soit païenne, hébraïque, chrétienne, musulmanes ou bouddhistes ….. ensuite il y a des déclinaisons multiples comme occupation des pays et des territoires, colonialisme, néocolonialisme, impérialisme, conquêtes et conversions de pays entier dans le giron de la religion importées …etc…etc …

    Pardon de confronter mon propos de profane et de non expert, celui du tiens plus académique et rechercher !

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    • Dr b. rahmani
      24 juillet 2015 at 2 h 20 min - Reply

      Avis judicieux logique et tres objectif, la modestie de l’auteur met en exergue des connaissances affinées, raffinées et pointues.
      J’espere de Charif une réplique cartésienne au vu de l’importance du sujet.

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