Édition du
9 December 2016

A qui profitent les événements de Ghardaïa?

M'zabComment peut-on rester impassibles face à cette tragédie de Ghardaïa? Comment ne pas dénoncer cette mise à mort déloyale de l’esprit solidaire, fraternel et humain qui animait nos compatriotes depuis des millénaires? Il y a péril en la demeure et pas âme qui vive pour dire «non» à cet énième déraillement de la locomotive algérienne. Pour quelle direction? Personne ne le sait pour le moment, hélas! Sans l’ombre d’un doute, cela démontre l’échec patent de ceux qui sont à la tête de l’Etat et, inévitablement, de tout ce qu’ils ont entrepris à tous les niveaux depuis l’indépendance : échec de la culture de gestion, du vivre-ensemble, de la citoyenneté, de la gouvernance, des cadres, des élites, des mentalités, etc.
Pour preuve, ce conflit intercommunautaire dans la vallée de M’zab couvait déjà depuis longtemps sur fond de rivalité confessionnelle et aucun plan de sortie de crise d’envergure n’a été mis en œuvre afin de le contenir. Mais pourquoi? La réponse n’a guère besoin de grandes analyses pour être trouvée : manque de perspectivisme politique d’une part et volonté délibérée du pourrissement de la situation d’autre part. C’est d’ailleurs ainsi que l’on a pris en haut lieu l’habitude de gérer tous les dossiers sensibles en rapport avec la démocratie, c’est-à-dire, de façon aléatoire et selon les intérêts en jeu du moment. Mais revenons au vif du sujet : Quelle est la part du hasard? Celle de l’accident ou du destin dans ces derniers événements ayant coûté la vie à plus d’une vingtaine de personnes? Un massacre sous d’autres cieux. Il serait tôt d’en prononcer un jugement définitif quoique les données qui en ressortent confirment que notre carte territoriale subit à l’heure présente les retombées d’une centralisation chauviniste excessive, érigée en dogme coercitif par cette nomenclature gérontocrate aux commandes. De plus, avec un président impotent dont on ne voit que rarement le visage sur la télévision, une économie rentière qui marche au ralenti à cause de la chute libre des prix du pétrole et des réserves de changes, une corruption vicieuse jumelée à un islamisme de caniveau qui auront sapé toutes les valeurs morales de la société, une incompétence qui se renforce progressivement dans le noyau administratif et une fuite de cerveaux qui ne fait qu’accélérer, l’Algérie se dirige droit vers «une recolonisation en douceur» par l’ancienne puissance coloniale en particulier. Autrement dit, si cette déliquescence se poursuit à ce rythme, on aura du mal à former, sinon à réformer dans le futur proche ne serait-ce qu’«un semblant d’élite» gestionnaire capable de prendre à bras le corps les défis auxquels le pays sera amené à se confronter. Les prémices de cette dépendance ont déjà commencé par le dossier du football, devenu à défaut de challenges économiques ou autres une affaire de fierté nationale, et s’élargissent peu à peu vers la culture, l’économie, la politique, etc. A proprement parler, le seul message que l’on serait en mesure de décrypter a priori ne saurait que heurter la sensibilité d’une jeunesse fatiguée à l’avance de ce constant délitement : le pays régresse chaque jour davantage, il s’enfonce dans une spirale sans fin. Et voilà que toute une génération livrée à elle-même s’y retrouve, elle aussi. Cet échec, il faut le regarder en face sans illusion, en en tirant les conclusions nécessaires. D’autant que le foyer de tension régionale fomenté par le Printemps Arabe au centre duquel se situe l’Algérie n’incite pas à l’inaction et à la négligence. La violence est une source potentielle d’instabilité et ces irruptions de la sauvagerie à la limite de l’irrationnel dans la vie de nos citoyens sont le signe précurseur de quelque chose qui allait nous dépasser si l’on n’y tienne pas compte : l’anarchie.
Mais à qui profite vraiment le crime? A qui profite le trouble? L’anarchie? Le flou? Certes, on ne sait trop quoi dire là-dessus vu la complexité du malaise algérien mais il n’en demeure pas moins que poussées également par les rebondissements des récentes manifestations contre la fracturation du gaz du schiste à In-Salah, nos inquiétudes ouvrent droit à cette interrogation légitime : L’Algérie dérange-t-elle à ce point sur le plan régional ou serait-elle si minée par les luttes des clans aux hautes sphères de l’Etat qu’elle ne puisse rester à la lisière des raz-de-marée de telle ampleur, effet de récupération politicienne oblige? En d’autres termes, ces événements-là seraient-ils un simple phénomène de société (une chose routinière vécue par les habitants de Ghardaïa) ou un complot sciemment ourdi de l’extérieur comme on a coutume de l’entendre? Au fait, aucune théorie, aucune croyance, aucune foi, aucune politique ni aucun programme ne règle quoi que ce soit sans l’intelligence du citoyen et la mobilisation de sa société. A eux seulement d’être responsables de l’empreinte à donner à la nation et de préserver la vie humaine. A eux seuls d’agir dans l’intérêt général. En ce sens qu’ils ne devraient jamais s’interdire d’évoluer et de concevoir la différence comme une richesse, de construire des canaux de dialogue, de tirer la société vers le haut et d’observer avec lucidité les enjeux d’avenir. Or, né d’une fracture entre citadinité et ruralité, ce conflit de Oued M’zab s’éternise et prend le monde à contre courant au moment même où nos responsables se forcent à des farces dans la communication comme pour nier l’adversité que chacune des parties (Chaâmbas et Mozabites) devine dans l’autre. Ce genre de différend, aussi superficiel soit-il, deviendrait d’une inextricable complexité, voire un facteur d’affaiblissement de l’Algérie sur le plan régional et risquerait même de faire vibrer les piliers de l’unité nationale si l’on ne se mettait pas en urgence autour d’une table ronde, regroupant toutes les sensibilités afin d’en faire le diagnostic. On se rappelle bien qu’en avril 2001, des événements d’une ampleur inégalée faisant plus de 100 victimes ont secoué la Kabylie à cause de la revendication identitaire berbère et la réaction des autorités fut d’une violence inouïe à l’époque. La militarisation des solutions, une technique bien connue chez nous, enfonce souvent le clou dans la plaie et n’arrange rien aux problèmes fondamentaux dont on souffre. Prétendre circonscrire l’incendie de Ghardaïa par le redéploiement massif de l’armée n’est qu’un mensonge en soi. Il faudrait peut-être initier des voies novatrices de dialogue aussi longtemps que possible afin de nourrir les graines d’une vraie réconciliation entre les communautés.
Kamal Guerroua

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3 Commentaires sur cet article

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  • ZEBOUDJ Kamel
    17 juillet 2015 at 16 h 23 min - Reply

    Cher Kamal Guerroua

    Tous ce que vous dîtes se tient. Il y a beaucoup d’intervenants ici sur LQA qui donnent comme vous toutes sortes d’explications qui se tiennent sur ce que vivent les Mozabites, et par extension les kabyles, les Touaregs, les Chaouias, les Oranais , les Constantinois, les Sétifiens etc… etc… c’est-à-dire en somme, TOUS LES ALGERIENS.

    Mais, tout çà vient, à mon avis, du péché originel du FLN qui a cautionné une bande de voyous qui ont mis notre pays dans une telle situation ! D’ailleurs, j’ai eu un échange avec un certain Youcef Benzatat qui a publié un article sur internet pour nous donner ses explications à lui sur ce qui se passe dans la vallée du M’zab ! Dans son article , comme dans le votre, il y a des choses intéressantes et constructives !

    Mais à un moment dans son développement , il nous invite à faire comme a fait le FLN au cours de la formation du mouvement national et de la guerre d’indépendance, c’est-à-dire « UNIFIER LE PEUPLE ALGERIEN » ! Et ensuite bien sûr il s’attaque Kameleddine Fekhar et ferhat Mehenni pour les désigner comme LES responsables de tout ce qui se passe dans le pays !

    Bon, j’accepte et je respecte les avis de chacun. Mais je ne me suis pas empêcher de lui dire ok,mon frère on peut dire que Kameleddine Fekhar et ferhat Mehenni sont des sionistes, des anti algériens, des harkis et qu’ils veulent diviser les algériens ! Mais, je lui ai dit qu’il ne faut pas qu’il oublie une chose très importante : toutes les fautes et les responsabilités viennent du pouvoir politique algérien. Pourquoi ?? Et je lui ai dit deux chose, même si çà peut paraître hors sujet ou naif ou erronés,quoiqu’à mon sens tout se tient. C’est même le noumène de l’explication de la situation du pays aujourdh’hui. Je suis ai rétorqué , même si çà peut paraître primaire comme explication :

    1/- Que le FLN n’a pas du tout « absorbé » et n’a pas cherché à éviter la division entre algériens (surtout arabe -berbère) durant la formation du mouvement national et durant la guerre de libération, au contraire. Car une tendance du FLN a au contraire exacerbé et perpétué la division durant le mouvement national et après l’indépendance ! çà a commencé avec la crise berbère de 1949, si on fait un effort historique. C’est de la malhonnêteté intellectuelle que de dire que le FLN a cherché à unifier les algériens car son objectif s’était surtout d’imposer après l’indépendance une culture nationalo-conservatrice d’obédience arabo-islamique venue tout droit des pays du Golfe , même si l’objectif premier était de libérer le pays. La recherche du pouvoir absolutiste revenait en filigrane et comme un leitotiv dans leur cervelle. Et, je lui ai signalé ,au passage, que tous les militants et dirigeants kabyles de l’époque , il y a en une flopée (MNA,PPA, FLN) était eux aussi FAROUCHEMENT pour l’indépendance du pays et ils n’ont pas joué le jeu de la division que chercher l’ennemi commun, bien au contraire. Donc, depuis la crise berbère de 1949, le mouvement national, noyauté par cette tendance partisane du FLN dont je parle, a tout fait pour diviser à la base les algériens avec cette la pensée unique et son soubassement idéologique très orienté « pays arabes du Golfe». Et, çà malheureusement, on l’élude trop souvent dans le récit du mouvement national ! Donc , je lui ai conseillé de laisser de côté ce FLN , là où il se trouve, car c’est mieux pour nous tous , pour qu’on puisse parler ensemble à l’avenir d’une vraie UNITE NATIONALE.

    2/- Concernant Kameleddine Fekhar et ferhat Mehenni , je lui ai d’abord répondu qu’il confondait « autonomie » et « séparatisme » . Pour lui ces deux personnes sont des séparatistes dangereux qui sont à l’origine des problèmes. Moi je le crois pas, je ne le pense pas du tout ! Peut-être que je me trompe. En tout cas , je lui ai dit que pour moi, les actions politiques engagées par cette tendance Mozabite ou Kabyle n’ont pas pour objectif la séparation avec l’Algérie. C’est complètement faux ! Ils militent simplement pour une sorte d’organisation administrative déconcentrée ( autonomie, fédéralisme, régionalisation du pouvoir, ou toute autre manière de gérer les collectivités locales, bref il y a à boire et à manger la dessus) . Moi je ne suis ni Fekhariste, ni Mehheniste mais je leur donne raison car justement ils ont en marre de subir depuis 1962 et sans arrêt, l’autoritarisme , l’absolutisme, l’autocratie, l’hégémonie de la pensée unique, la violence politique, le déni de leur culture et son émancipation , tout ce que vous voulez et ce, de la part justement de ce FLN là et donc du pouvoir adepte de la « pensée unique spécifique ». En voulant mettre dans un SEUL MOULE , le leur, tout le pays, il ne fallait pas s’étonner que çà pète de partout ! A mon avis, Kameleddine Fekhar et ferhat Mehenni , cherchent simplement une sortie de ce guêpier dans lequel nous a mis le pouvoir, comme d’autres tendances ont leurs propositions politiques de sortie de crise.

    Moralités :
    – a) le problème du M’zab est une question nationale et non régionale
    – b) quand on tire trop sur une corde, elle casse !

    Bonne fête de l’Aid à tous mes frères algériens ! Attention, pas trop de gâteaux !!!

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  • Hamid GAOUA
    17 juillet 2015 at 18 h 51 min - Reply

    @ZEBOUDJ Kamel

    J’adore les personnes qui sortent des « sentiers battus »et des « convenances historiques orientées » !

    Mais si vous permettez cher internaute Kamel, j’ai envie de coMpléter une de vos « moralités »:

    – a) le problème du M’zab est une question POLITIQUE NATIONALE et non régionale

    Saha 3h’idek et bon courage !

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    • Farid Oultache
      17 juillet 2015 at 21 h 03 min - Reply

      C’est vrai ce que vous relaté ZEBOUDJ Kamel. C’est une réalité historique. Il est vrai aussi que l’Algérie est de culture arabe et orientale historiquement parlant après les conquêtes arabes et l’occupation Ottoman , mais on pouvait très bien avec un peu d’intelligence politique éviter tous ses dérapages inutiles …. en 1949, …. durant la guerre d’indépendance surtout avec l’assassinat de Abane et … évidemment après l’indépendance où on a assisté à une pièce de théâtre dramatique avec les Ben Bella, Boumediène, Boussouf, Bouteflika, Ali Kafi, Taleb Ibrahimi, Chadli … etc…. etc….etc….

      C’est vraiment dommage car sans toutes ses bétises et erreurs politiques , on aurait pu construire un pays très puissant, prospère et dans la paix !

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