Édition du
10 December 2016

Le « Bilinguisme » en Algérie entre mythes et réalités.

 

 

DialecteYoucef l’Asnami

 

« El watan a décidé de suspendre provisoirement l’espace réservé aux réactions des lecteurs, en raison de la multiplication de commentaires extrémistes, racistes et insultants. » C’est par ces termes que le quotidien El Watan justifie la fermeture de ses colonnes aux très nombreuses réactions des lecteurs suite aux déclarations, aussi confuses que contradictoires, de Nouria BENGHEBRIT relatives à l’introduction de la « Dardja » à l’école. La ministre de l’éducation nationale a beau essayé de calmer le jeu suite aux réactions parfois virulentes d’une partie de la classe politique algérienne, mais aussi de certains intellectuels et syndicats l’accusant de « vouloir détrôner la langue arabe pour la Dardja à l’école ».

 

Ce « chahut inacceptable » a été l’occasion, pour certains, de monter au créneau pour fustiger ceux qui voudraient un débat serein sur l’utilisation des langues dans notre pays.

Mais ce débat sur la Dardja, qui a bien occupé les médias et leurs lecteurs ces derniers jours,  n’est pas nouveau. Déjà en 1969, sous Boumediene, un groupe d’enseignants algériens avait publié dans l’hebdomadaire Jeune Afrique du 5 janvier 1969   une lettre  ouverte avec comme titre « Il faut enseigner l’arabe vivant », réclamant l’introduction de la Derdja dans l’enseignement.

 

Dès notre indépendance en 1962, et peut être même avant, le pouvoir ou plutôt les pouvoirs de l’époque ont été confrontés à cet enjeu d’abord identitaire, puis politique, social et culturel relatif à l’ « arabisation ». Jusqu’à aujourd’hui ! En gros, il fallait opter :

  • – – soit pour un monolinguisme passant par une « arabisation » totale mais progressive des institutions de l’Etat : administration et système scolaire et universitaire en particulier
  • – – soit pour le bilinguisme consistant à développer progressivement l’arabe dans la société à tous les niveaux mais en maintenant le français comme un outil de travail, qualifié de « butin de guerre » par Kateb Yacine ou de « culture de nécessité » par Mostefa Lacheraf.

 

Le choix de l’arabe littéraire comme langue nationale et l’arabisation progressive en particulier dans l’enseignement n’ont pas manqué de soulever de nombreuses contradictions, mais aussi des hésitations des pouvoirs qui se sont succédés en Algérie.

Dès la rentrée scolaire de 1963, le gouvernement de Ben Bella a opté pour un enseignement de l’arabe à raison de  10 h par semaine – un tiers du volume horaire- puis une arabisation totale de la première année du primaire en 1964. L’Algérie ne disposant pas d’enseignants formés à cette langue, il a fallu recourir à des instituteurs égyptiens, pour la plupart  peu ou non formés pour y suppléer. Selon le témoignage de Mostefa Lacheraf, rapporté par  Gilbert Grandguillaume, « l’envoyé de Ben Bella auprès de Nasser aurait demandé à celui-ci d’envoyer à tout prix des Égyptiens en Algérie pour enseigner, fussent-ils « marchands de légumes » in El-Watan du 11 juin 1998.

Malgré les difficultés déjà constatées à cette époque, l’arabisation de la seconde année du primaire fut décidée sous Ahmed Taleb El-Ibrahimi en 1967 !

 

La généralisation de la langue arabe dans l’enseignement secondaire dans les années 70 sous l’impulsion de Abdelhamid Mehri s’est heurtée à la résistance de Mohamed Seddik Benyahia alors ministre de l’enseignement supérieur qui voulait épargner l’université de ces soubresauts. C’est cette période qui a été caractérisée par la cohabitation de deux classes au sens pédagogique et social à la fois : les classes des « arabisants » et les classes des « bilingues » assimilés souvent et malencontreusement aux « francisants », qualifiés déjà à cette époque de « Hizb Franssa » ou Parti de la France, terme à forte connotation péjorative. Beaucoup ont tenté de faire croire que seuls les enfants des riches étaient orientés vers les classes « bilingues », les plus défavorisés socialement étant orientés vers les classes « arabisées ». Ce qui était complètement faux ! Issu d’une famille plus que modeste, je me suis retrouvé, sans le vouloir, dans cette classe « bilingue » au lycée, en section « Scientifique » où tous les enseignements étaient dispensés en français hormis la langue arabe bien sûr, l’Histoire et le … sport, seule discipline où on parlait français et Dardja ! Même la philo et la géographie étaient dispensée en français ! C’est à cette période que l’Algérie a vu émerger de parfaits bilingues maitrisant l’arabe et le français littéraires en plus des langues maternelles (Dardja, tamazight….) sans aucun complexe ni vis-à-vis de la France, ni vis-à-vis des tenants de l’ « orientalisation » de l’Algérie. Mais cette période fut de courte durée.

Face à ces difficultés et contradictions et probablement suite à des rapports alarmants qui lui seraient parvenus concernant la situation de l’enseignement, Boumediene nomma en avril 1977 Mostefa Lacheraf comme ministre de l’Éducation, et Abdellatif Rahal comme ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Cette période a été un vrai répit pour les politiques catastrophiques d’une arabisation mal menée. Ces deux ministres avaient comme ambition de mettre fin à l’anarchie ambiante relative à l’arabisation. Lacheraf, volontariste, avait commencé par limoger Mehri et mettre fin au recours des enseignants du Moyen-Orient. Surtout qu’il se disait, à cette époque, que certains pays du Moyen-Orient exigeaient de l’Algérie de prendre deux ou trois prof d’arabe pour chaque enseignant de matière scientifique. Scandaleux chantage si cette information était vérifiée.

Lacheraf a alors mis en place une formation d’enseignants bilingues et Rahal avait bloqué toute tentative d’arabisation du Sup hormis les filières littéraires, juridiques et sociales. Son principal argumentation restait le marché de l’emploi largement demandeur de cadres « bilingues ».

Là aussi, cette « pause » aura été de courte durée. Lacheraf, lynché par ses opposants en particulier par le FLN et Taleb El-Ibrahimi mais aussi par une bonne partie des médias, a fini par jeter l’éponge et démissionna pour laisser sa place à Cherif Kheroubi en mars 1979.

 

Par la suite, la politique d’arabisation a continué avec les mêmes difficultés, les mêmes hésitations et les mêmes contradictions, mais aggravée cette fois-ci par l’état général du système éducatif au-delà des clivages linguistiques, mais aussi par la crise économique de l’Algérie des années 80 qui ont relégué au second plan le problème des langues.

 

En  mai 1999, au cours d’une conversation en français avec les étudiants, retransmise par la télévision, Bouteflika relativisait les problèmes de langue en affirmant que « S’il faut apprendre le japonais pour que l’élite algérienne puisse se mesurer aux compétences des autres nations, nous apprendrons le japonais ». Le même mois le journal El Watan rapportait ses propos : « Il est impensable d’étudier des sciences exactes pendant dix ans en arabe alors qu’elles peuvent l’être en un an en anglais  (….) Il n’y a jamais eu de problème linguistique en Algérie, juste une rivalité et des luttes pour prendre la place des cadres formés en français !

 

Là aussi, le Président s’est heurté à une opposition des partis « islamistes » lui reprochant, à mots couverts, le non respect des « constantes nationales ».

 

C’est dire toute la difficulté dans laquelle se trouve le pays s’agissant de ce douloureux problème qui a tant divisé les algériens faute d’un débat serein sur la question. Mais le plus surprenant dans ces débats, c’est le manque d’argumentaires techniques et pédagogiques autrement dit sur les moyens à mobiliser pour toute politique de développement d’une langue. Ceci est valable pour l’arabe littéraire ou dialectal comme pour le tamazight. Parce que si la politique d’arabisation a été un échec en Algérie, c’est bien parce qu’elle a été fondée plus sur une idéologie et un rapport de forces des différents courants en présence  qu’à une vision concrète de l’avenir de nos jeunes et leur place dans une société diverse.

 

Les rares travaux d’universitaires algériens qui se sont penchés sur la pédagogie des enseignements des langues sont peu connus. Pourtant, comme pour tout projet de société, si celui-ci est dépourvu de démarche rationnelle et se limite à des slogans identitaires, fussent ils justifiés,  il ne peut qu’être voué à l’échec.

 

 


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11 Commentaires sur cet article

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  • Zohra S
    14 août 2015 at 20 h 45 min - Reply

    la synthèse est bonne. Je suis partisane du bilnguisme et même du trilinguisme. Le problème de l’enseignement en algérie c’est plus la formation des enseignants qu’autre chose. La moitié de ces enseignants n’a pas sa place dans les lycées. c’est pourquoi ces enseignants sont peu présents dans ces discussions qui les concernent. L’algérien est devenu passif

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  • el Hani
    15 août 2015 at 10 h 03 min - Reply

    Bonjour, la réactio du Quotidien El Watan est nulle et non démocratique je trouve, car d’une part il peut simplement ne pas publier les commentaires racistes selon ses, cette réponses d’el Watan touche pleinement a la liberté d’expression et ne permet en aucun cas a ses lecteurs de s’exprimer et donner librement leurs avis, c’est uen dictature à la Francaise voire à la Suissesse, on fait ce qu’on veut vous êtes un peuple d’autochtone et on vous manipule comme on veut, vraimet marre de ces journaux, TSA, El Watan, La Liberte, Le Matin, le soir quant-lui ne siat pas sur quel bateau naviguer?! et d’autre arabophone comme el Nahar el Bilad etc…vous verrez mes chers amis ils sont entrain d’aliater bientot le pétrole sera en bas prix et tous ces journaux disparaisse bizarrement comme ils venus bizarrement

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  • Kamel Bouras
    15 août 2015 at 10 h 49 min - Reply

    Le problème central dans notre pays réside dans l’illégitimité du pouvoir en place. Belkhadem est un arabisant, Ouyahia un trilingue, et Sellal un parfait analphabète. Nous les avons essayé tous le trois au poste de premier ministre, et cela n’a nullement empêché l’Algérie de s’enfoncer un peu plus dans l’abime chaque jour que Dieu fait.

    Le débat actuel n’a aucun sens tant que le pouvoir illégitime et mafieux reste en place. Il est fort à parier que de tels « débats » sont suscités par le pouvoir pour occuper la populace et gagner un peu plus de temps sur le koursi. Quand on aura fini avec la derja, nous aborderons surement l’officialisation de Tamazight, la place de la femme, le code de la famille, la polémique Hamadaech-KD, et qui sait, le conflit entre Messalistes et Centraliens…

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  • Baatouche Zahir
    15 août 2015 at 15 h 11 min - Reply

    Monsieur Youcef l’Asnami

    Je ne sais pas qui vous êtes, mais je lis de temps en temps vos interventions sur les réseaux sociaux. Vous êtes très intéressant dans la mesure où vous intervenez chaque fois pour nous faire part de certaines informations inhabituelles , pour nous les rappeler sans langue de bois (que ce soit des informations sur un passé ancien, récent ou actuel) sur notre pays tant sur les plans politique, culturel que sociologique etc… etc…

    Merci pour tous ces rappels épisodiques succincts qui ont fait de notre pays ce qu’il est aujourd’hui 53 ans après l’indépendance ! Et 53 ans après l’indépendance on ne sait toujours pas prendre les bonnes décisions stratégiques pour l’avenir du pays et pour son développement économique alors que le monde se remplit de plus en plus de prédateurs, de reptiles au sang froid et qui sont sans pitié pour les faibles, les crédules, les naïfs, les ingénus et les rêveurs … en tout genre !

    Les citoyens algériens en général pensent que c’est Dieu qui va régler tous leurs problèmes ici bas ! Et je le dis et répète fortement, la majorité des algériens le pensent fortement et sont entièrement convaincu que c’est le cas, et même chez une certaine « élite » ! Mais ce n’est pas de leur faute à ces citoyens car c’est la culture ambiante qui produit se genre de réflexions et réactions !

    Salutation et merci pour tout mon frère !!

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    • Youcef L’asnami
      16 août 2015 at 17 h 01 min - Reply

      @Batouche ZAHIR. Votre témoignage me touche profondément. Qui suis je ? Un algérien qui aime son pays et qui l’a dans son sang. Un algérien exilé par les douloureux événements de la décennie noire, mais très souvent présent en Algérie. Je ne suis pas journaliste. Je ne suis partisan d’aucun parti bien que j’ai quelques affinités avec les idées développées par certains en matière de développement et de lutte contre les injustices. Chaque fois qu’un événement me touche j’essaye de donner mon opinion de citoyen libre sur le sujet. Je remercie sincèrement les admin de ce site qui ne m’ont jamais censuré, alors que parfois je développe des idées pas toujours en concordance avec d’autres idées publiées sur ce même site. Cela prouve une chose : que la démocratie n’est pas un système, mais bel et bien un état d’esprit dont nul n’a le monopole. Encore une fois mille mercis !

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      • ABBAS Lyès
        16 août 2015 at 18 h 35 min - Reply

        @Youcef L’asnami

        Je vous remercie pour votre attitude humble, …votre humilité !

        Vous avez bien fait d’avoir remercié l’administration du site LQA qui vraiment est devenu un espace pour tous les algériens quelque soit leur idéologie ou leur tendance politique !

        C’est rare dans les réseaux sociaux gérés par des pays dit arabo-musulmans. Nous souhaitons tous comme vous cher Monsieur @Youcef L’asnami que l’ALGERIE de demain puisque respecter tous ses enfants quel qu’ils soient et sans exception aucune !

        On n’est pas ici sur notre terre ALGERIENNE à tous pour plaire à « X » ou à « Y » , et même Dieu n’a jamais dit que l’Algérie doit être à tout prix une république avec un « cachet politique et idéologique indélébile » que certains croient venir du ciel !

        L’ALGERIE a besoin de démocratie, d’alternance, de liberté au sens large du terme et de respect de sa diversité culturelle, ethnique et cultuelle du pays.

        Nous ne devons pas être une photocopie ou un copier-coller du Moyen Orient sunnite ou chiite ou je ne sais quoi ( même si on doit respecter l’apport et la contribution de la civilisation arabo-musulmane dans la formation de notre identité ALGERIENNE) ni même d’un tout autre pays ! Il faut apprendre à reconnaître la personalité ALGERIENNE qui a ses origines très lointaine de plusieurs millénaires !

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  • Zeglache Ghazi
    15 août 2015 at 16 h 13 min - Reply

    @Youcef l’Asnami , @Zohra S, @el Hani, @ Kamel Bouras, @ Baatouche Zahir

    Bonjour chers amis internautes !

    Le grand problème est effectivement le pouvoir carnassier, cannibale et anthropophage algérien. Ces alligators de 1962 nous ont fait perdre beaucoup de temps ! Beaucoup de temps car si on avait à la tête du pays dès le départ de vrais patriotes, jaloux du développement de leur pays, on ,’en serait pas en 2015, soit 53 ans après l’indépendance, à parler de la « darija » ou d’autres problèmes graves qui rongent l’école et l’université algérienne !

    Après l’indépendance malgré le manque de cadres, le pays aurait pu évoluait surement vers des horizons plus prometteurs que ce qu’on a aujourd’hui ! La mayonnaise de l’idéologie pan arabique (ou arabo-islamique) mal réfléchie, appliquée aveuglement, sans réflexion et sans compétence a été fatale au pays alors qu’on aurait pu faire côtoyer dans des proportions raisonnables le français avec l’arabe sans perdre notre personnalité ALGERIENNE ! Moi, je suis convaincu qu’il existe une PERSONALITE ALGERIENNE si ce n’était pas des troglodytes ou des begarines qui avaient pris les rênes du pays ! On peut être « berger intelligent » pour dirriger un pays mais ce n’est pas n’importe quel berger qui peut le faire !

    Cette rage idéologique aveugle chez certains dirigeants a étouffé tous les fondamentaux qui font qu’un pays puisse progresser et se développer d’une manière optimale et clairvoyante !

    L’autre vrai grand problème qui se pose aujourd’hui c’est le problème de la gouvernance et de la démocratie ! Si on chasse ces chacals au pouvoir et qu’on organise des élections transparentes et démocratiques, il est évident que la mouvance islamique conservatrice prendra le pouvoir le plus démocratiquement du monde et seront majoritaire aux résultats des urnes ! C’est ainsi !

    Et donc si on accepte la démocratie, il n’y a aucune raison de ne pas accepter la loi des urnes ! Si on veut la démocratie véritable, il n’y a aucune raison de ne pas accepter qu’un Hamadache ou qu’un Ali Belhadj gouverne le pays s’il est élu par le peuple ! C’est çà la vraie démocratie.

    Donc maintenant, il s’agit de savoir si cette mouvance conservatrice qui prendrait le pouvoir va être plus intelligente pour ne pas tomber dans les revers du FLN/DRS d’un tout autre gendre, pour ne pas aggraver de la situation de l’école et pour ne pas instaurer une autre forme d’autoritarisme par la charia interposée et imposable à tous les algériens sans exception car c’est Dieu qui le recommande ????

    En fait , la démocratie en terre arabo-musulmane n’est pas simple car elle est à double tranchant sauf si ce sont des intellectuels musulmans éclairés, modérés, réformateurs et ouverts sur la modernité qui prennent le relais , sinon c’est du kif-kif au même, à mon sens!

    Sinon, est-ce qu’une autre constituante (ou une constituante pourquoi pas) n’est pas utile pour mettre des garde-fous à tous ces genres d’excès ou à toutes autres formes d’autoritarisme même celui religieux ??? En tout cas, si l’armée ne rentre pas dans les casernes pour ne s’occuper que de la souveraineté du pays, de sa défense et du respect des toutes les libertés de chaque citoyen avec une Constitution au sens noble du terme, la démocratie ne sera qu’un leurre, qu’un mirage en terre arabo-musulmane !

    Je suis désolé d’être aussi incisif et sans nuance car la construction de l’avenir d’un pays ne peut pas se faire dans le bricolage ou le tâtonnement, car ou en remet tout à plat ou çà encore du temps de perdu !

    Salut à tous et bon courage !

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  • A.D
    15 août 2015 at 20 h 57 min - Reply

    Le Dilemme Kafkaïen de la langue d’instruction à l’Université scientifique.

    La langue d’instruction d’une science est importante puisqu’elle est son vecteur de communication.
    Elle est aussi le vecteur de la pensée et sans maîtrise de ce vecteur il devient impossible de structurer sa pensée.
    C’est aussi simple que cela.
    Quelle est la (ou les) langue(s) de communication scientifique ? C’est ce mal qui ronge l’Université scientifique algérienne.
    Il est aussi même un « dilemme kafkaïen ». Il s’énonce de la sorte :
     » Nous recevons des étudiants qui, en français, ne savent ni lire, ni écrire, ni parler, ni compter. Ils sont arabisés.
    Des enseignants universitaires scientifiques de rang magistral sont à majorité francisant, ils ne maîtrisent ni l’arabe ni l’anglais.
    De nos jours, l’anglais est la langue universelle de la science.
    Doit-on obstinément continuer à dispenser à nos étudiants des cours en français qu’ils n’assimilent pas? Doit-on envoyer tous les étudiants et les enseignants algériens pour une année de langue en Angleterre ou aux USA? Doit-on arabiser tous les enseignants francisant?
    Doivent ils, nos étudiants, faire une année de langue française avant d’entamer le cursus pédagogique?
    Ils seront considérés comme des étrangers dans un pays d’accueil ».
    Malgré les articles abondants parus dans les quotidiens nationaux, décrivant ce marasme pédagogique et scientifique, les pouvoirs publics ont fait la sourde oreille et n’ont pas dénié répondre favorablement à la communauté universitaire. Il faut mettre en évidence les limites du monolinguisme (l’arabe) et l’attention nécessaire aux relations entre les langues de production et de diffusion du savoir.
    La langue d’un pays est une partie intégrante de son patrimoine national, au même titre que son territoire, son emblème, sa géographie, ses paysages, sa culture, son histoire, son pétrole, son gaz et toutes ses ressources.
    La défendre, c’est défendre l’indépendance nationale. La langue arabe doit être un des supports de l’identité et la spécificité nationale algérienne.
    Le Maghreb en général et l’Algérie en particulier cultive la langue arabe. Seulement, l’ « arabe littéraire » n’est pas la langue que véhicule quotidiennement le peuple algérien.
    De nos jours, dans la communauté algérienne, généralement polyglotte, ni l’arabe classique, ni le français ne sont des langues de communication.
    On communique en « algérien » appelé aussi « daridja », un arabe dialectal
    formé aussi de la langue berbère. Le français s’est imposé comme l’instrument de sélection universitaire scientifique. Il représente un handicap lourd pour nos étudiants.
    Notre faiblesse dans les disciplines scientifiques pourrait être liée au délaissement linguistique de l’anglais.
    A l’Université scientifique, faut-il maintenir, à côté de la communication en français, une communication scientifique en arabe ?

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  • A.D
    15 août 2015 at 21 h 01 min - Reply

    La langue d’instruction des sciences en Algérie, le français, n’est pas réellement la cause majeure de l’effondrement de l’enseignement en Algérie.

    Vers la fin des années 70, le problème de la langue d’instruction était dual.
    Beaucoup d’étudiants maitrisaient le français, peu d’étudiants étaient
    récemment arabisés, des classes de seconde des lycées, les coopérants techniques, en général des pays de l’Est et de l’ex-URSS, professeurs de mathématiques, beaucoup parmi eux ne parlaient pas couramment en français mais les élèves et les étudiants que nous étions, assimilaient et comprenaient les mathématiques.
    Ces professeurs écrivaient tous les énoncés et toutes les démonstrations sur le tableau.
    Les Roumains, de langue latine, s’adaptaient mieux au français, langue aussi latine.
    Les Russes, les Soviétiques et les autres peuples de l’Est, parlaient presque tous le russe, langue qui s’écrit avec l’alphabet cyrillique, éprouvaient quelques difficultés à l’adaptation au français.

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  • A.D
    15 août 2015 at 21 h 08 min - Reply

    Un élève, dans au moins une des trois langues usitées, à savoir l’arabe, le français ou l’anglais, doit savoir lire, écrire, parler, compter sinon il ne doit pas être autorisé à passer en classe moyenne.
    A mon avis, une grande complaisance est faite au niveau de l’Education nationale.
    Les années scolaires rétrécies et les programmes surchargés ont amené le ministère de l’Education, sous la pression des lycéens, à examiner les postulants au baccalauréat sur la base d’un programme mutilé qui fait que les
    futurs bacheliers atterrissent à l’université handicapés par des connaissances fondamentales censées être acquises au lycée.
    En physique, beaucoup d’étudiants ne savent pas définir, une force, une masse, un poids, un sens, une direction…notions du niveau de la classe de seconde
    des lycées.
    En mathématiques, beaucoup d’étudiants ne connaissent pas les définitions les plus élémentaires telles une fonction, une application, un domaine de définition, un domaine de départ, un ensemble d’arrivée, la construction de l’ensemble des entiers naturels, des entiers relatifs…
    Des étudiants ne font pas la différence entre la représentation d’un ensemble
    par des accolades, et d’un vecteur, par des parenthèses.
    Des étudiants ne savent pas comment détermine-t-on un « vecteur directeur » d’une droite, cours du niveau de la première année secondaire.
    En chimie, beaucoup d’étudiants ne savent pas définir ce qu’est une molécule, un atome, un électron, un neutron,…
    En informatique, des étudiants détenteurs d’une licence ne connaissent pas et ne maitrisent pas un langage de programmation évolué, tel Java, C++…,
    n’ont jamais appris à utiliser un logiciel de statistiques, de dessin…
    Certains, les meilleurs étudiants, les plus motivés, les accrocheurs, ceux ayant des capacités intellectuelles moyennes arrivent à fournir les efforts nécessaires à leur réussite.

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  • still
    15 août 2015 at 23 h 14 min - Reply

    Cette idée d’enseigner en darja ne peut être que:
    1) Ridicule, au cas où ceux qui la prônèrent étaient bien intentionnés- ce dont je doute fort.
    2) Criminelle, au cas où ceux qui la prônèrent, scandalisés par la baisse du niveau en langue française mais incapables d’y remédier, jugèrent qu’il faille handicaper la progression de la langue arabe pour la maintenir dans la même médiocrité.
    .Ridicule, car l’école n’est pas faite pour enseigner le dialecte ni pour enseigner en dialecte. Ce dernier cas est anti-pédagogique : S’il fallait s’initier à l’arabe classique en derja, qu’en serait-il pour les autres langues, notamment française et anglaise ? Faudrait-il les initier en darja locale ou dans leurs argots respectifs ?
    Croyez-moi, s’il existât des bilingues ou trilingues parfaits parmi les soixantards et les soixandisards c’ était seulement parce qu’ils apprirent chacune de ces langues dans la langue maternelle …de leurs profs ,français, anglais, américains et syriens et égyptiens dans une moindre mesure : ces derniers usaient souvent leur propre dialectes.
    .Criminelle, car c’est un sabotage couteux à plusieurs égards: D’abord il s’agirait d’un processus de désapprentissage négatif en soi. Ensuite, des profs sont payés pour perdre leur temps et faire perdre – O combien précieux-le temps de nos propres enfants.

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