Édition du
9 December 2016

Un été 2015 en Algérie !

ecole1Youcef L’Asnami

Dernière semaine de vacances pour beaucoup ! La rentrée s’annonce déjà avec la mise sur les étalages des fournitures scolaires. Et l’éternel débat sur le coût de chaque rentrée scolaire et universitaire.
En Algérie comme en France. Finis donc les belles plages, la montagne, les lacs et les forêts, les randonnées pédestres, à vélo ou à cheval. Finis le farniente ! La routine reprendra ses droits dès les prochains jours. Les algériens auraient tenu leur promesse d’envahir la Tunisie où les témoignages des uns et des autres indiquent que ce pays reste une belle terre d’accueil, non seulement de par l’ infrastructure touristique dont il dispose, mais aussi de la qualité des services et surtout des prix.
Parce qu’il faut bien le dire, l’Algérie avec son immensité et l’extraordinaire diversité de ses paysages reste cruellement déficitaire en infrastructures touristiques que ce soit en hébergement ou en restauration. Les prix de certaines locations sur le littoral sont quasiment indécents. Qui peut se permettre des chambres d’hotel à 10 ou 12.000 DA la nuitée ? Ou des bungalows à 20 ou 30.000 DA la nuitée ? Les médias nationaux sont presque tous unanimes pour dénoncer ce triste constat. L’algérien moyen ayant une famille à charge ne peut se permettre de passer deux semaines de vacances à ces prix que seule la rareté justifie. Rien d’autre. Ni le confort, ni la sécurité. Ou alors au prix d’un énorme sacrifice.
Nos compatriotes émigrés ne sont pas épargnés par cette plaie. Les prix des billets d’avion flambent dès la mi juillet jusqu’a pratiquement la mi septembre décourageant les familles modestes de rendre visite à leurs familles ou de profiter des paysages de notre pays. Certains iront jusqu’à emprunter pour pouvoir passer quelques jours de congés chez eux, fuyant le rythme infernal de leurs vies en France et espérant trouver chez eux une affection et une reconnaissance qui leur fait défaut dans le pays d’accueil. Air Algérie, incapable de gérer la compagnie, et ses acolytes Aigle Azur et Air France participent honteusement à cette saignée des expatriés.

« L’Algérie vue du ciel » n’est pas à la portée de tout le monde. Mais beaucoup d’algériens savent ce que c’est « l’Algérie vu de terre ». Un pouvoir méprisant du peuple, une politique se limitant pratiquement à la gestion de la rente énergétique, une opposition qui, après avoir été sourde est devenue muette.
Seuls quelques esprits ça et là continuent, avec une incroyable énergie mais une générosité sans pareil , et nourris par leurs seules convictions, à dénoncer ce marasme et parfois proposent des solutions de sortie de crise. Cette frange ne prend pas de vacances. Elle continue de croire que rien n’est perdu et que l’Algérie peut s’en sortir si on arrive à se débarrasser de cette classe politique qui a mis le pays à genoux. Son combat reste quotidien : contre l’injustice, contre la corruption qui a gangréné le pays, contre l’insécurité, contre la cherté de la vie qui étrangle les familles modestes, contre cette fausse démocratie qui consiste à laisser le peuple aboyer aussi longtemps qu’il ne touchera pas aux fondements même du pouvoir en Algérie, un des rares pays au monde où personne ne sait qui détient le pouvoir et qui est responsable de ce désastre économique, social et culturel. Pouvoir qui a transformé l’algérien en un consommateur docile de biens et produits fabriqués très souvent ailleurs.
Galhoum Cicéron « Il n’est point d’État auquel je refuse plus nettement le nom de chose publique qu’à celui qui est placé tout entier dans les mains de la multitude. […] il n’existe point de peuple pour moi s’il n’est contenu dans le lien commun de la loi. Hors de là, cet assemblage d’homme est tyran aussi bien qu’un seul homme et même tyran d’autant plus odieux qu’il n’est rien de plus terrible que cette bête féroce qui prend la forme et le nom de peuple. » .

 

Très récemment encore, la presse a fait état d’un cri de détresse de Belkacem Bouteldja, un des  pionniers de la musique raï en Algérie.

« C’est un Belkacem Bouteldja affaibli, squelettique, exsangue et dans une profonde déprime qui nous a reçus chez-lui, mercredi après-midi à Hay Zitoun (Dar Beida), à Oran. C’est la larme à l’œil qu’il nous balance à la figure et la face du monde (cruel) son émouvant cri lacrymal, son appel au secours, son SOS, son désespoir. Oui, une désespérance infra-humaine et invraisemblable émanant du «godfather», la légende du raï, un artiste algérien. Et ce, face à une indécente et manifeste indifférence. Un oubli, un ostracisme et autre mépris des décideurs, le ministère de la Culture, la wilaya d’Oran, ses «collègues» artistes… Gravement malade, hospitalisé au service de pneumologie du CHU d’Oran depuis le 18 juillet 2015, Bouteldja Belkacem souffre en silence, dans son coin, broyant du noir… Il n’a trouvé que sa fille, jeune mère d’un enfant, sans emploi (son mari est contractuel) qui est venue précipitamment de Saïda où elle vit pour s’occuper de lui et surtout avec l’élan de solidarité de ses voisins, des âmes charitables.».
Et suite à cet appel, nombreux sont les algériens qui ont répondu prouvant ainsi que l’espoir n’est pas perdu ! Bouteldja ne peut prétendre au Val de Grace ni aux Invalides. Parce que c’est un zawali !

 

Heureux donc sont celles et ceux qui ont profité de cet été pour se changer les idées, visiter des pays, la famille, les amis. Même la canicule, particulièrement présente cet été, n’aura pas gâché cette période. Mais tout le monde n’a pas eu cette chance. Beaucoup, faute de moyens, ou d’une santé déficiente, n’ont pu avoir un moment de répit à leur quotidien. Ces oubliés de part et d’autres de la méditerranée se souviendront !


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