Édition du
9 December 2016

Me SIMOZRAG, cet expulsé de Folembray, « oublié » par la justice française au Burkina Faso depuis 21 ans !!!.

Interview de Me Ahmed SIMOZRAGSimozrag51
A l’occasion du 21ème anniversaire des expulsés de Folembray[i]

1- Bonjour, comment se porte Maître Ahmed Simozrag ?

Bonjour, je me porte bien, grâce à Dieu

2- Quelles sont actuellement vos occupations quotidiennes ?

L’humanitaire et l’écriture occupent l’essentiel de mes activités quotidiennes. Comme vous devez le savoir, la plupart de ceux qui mènent des actions humanitaires, le font pour la cause de Dieu et, de ce fait, ils n’aiment pas dévoiler ni parler de ce qu’ils font, la publicité risque de réduire la valeur et même la récompense de leurs œuvres ; la discrétion est donc recommandée sauf pour servir d’exemple. A ce titre, je peux vous dire que mes œuvres humanitaires consistent à faire du mieux que je peux pour aider avec mes moyens sur le plan social, éducatif et alimentaire. Au sujet de l’écriture, c’est simple, je n’ai pas cessé d’écrire des livres depuis que je suis au Burkina Faso. Mon dernier livre s’intitule ‘‘Qui est Allah ?’’. C’est la réponse à la question d’un pasteur congolais (RDC) qui voulait savoir si les musulmans « ont-ils une véritable connaissance de Dieu ?  Est-ce que Allah est le même Dieu que celui qu’ils adorent ? ». Je lui ai répondu brièvement, mais il n’en a pas été satisfait, précisant qu’il s’attendait à un document contenant plus de détails comme je fais pour d’autres sujets. Ce qui m’amena à écrire un livre sur ce thème.

3- C’est la première fois que vous célébrez l’anniversaire de ce que vous appelez « votre déportation » au Burkina Faso, sans le président qui vous a accueilli ? Quels sont vos sentiments ?

Oui, pour la première fois, l’anniversaire de notre déportation au Burkina Faso va être célébré sans le président Blaise Compaoré.

Mes sentiments  est que rien ne dure dans la vie ; que cet évènement peut être l’annonce d’un changement en notre faveur.

    4- Êtes-vous toujours en résidence surveillée ?

Absolument. Trois militaires sont affectés à ma surveillance. Ils montent la garde H24 devant ma maison. Ils peuvent témoigner de mon comportement ; ils vous diront qu’ils n’ont jamais observé le moindre incident ou acte qui serait en rapport avec ce dont on m’accuse. Vous pouvez les interroger en tant que journaliste.

   5- Quelles sont vos rapports avec les nouvelles autorités ?  Dès le début, nous n’avions pas de rapports avec les civils. Nous avions des rapports uniquement avec les militaires, notamment l’état- major particulier de la présidence du Faso. Mis à part, les rapports avec le général Diendéré lesquels étaient toujours difficiles, nos anciens rapports avec les éléments que nous connaissions demeurent les mêmes. Les hommes qui sont passés aux commandes sous le nouveau régime ou qui ont pris des responsabilités importantes, les contacts avec eux deviennent également difficiles.

  6- Avez-vous été contacté par les nouvelles autorités ? Non.

7- Qui est votre contact actuellement au sein des autorités Burkinabè ?

Personne ! A part nos anciennes connaissances qui nous contactent de temps en temps non pas comme des interlocuteurs ou des représentants d’autorité mais comme simples copains, nous n’avons pas de contact officiel. S’il arrive un problème, il est difficile de savoir à qui s’adresser officiellement.

8-Rappelez-nous un peu le contexte de votre exil au Burkina

Cela remonte au 9 novembre 1993 date à laquelle, la police française a déclenché une rafle dans les milieux « islamistes » en France. Cette rafle a donné lieu à l’arrestation de 88 personnes, qui furent conduites aux sièges des commissariats et de la préfecture de police de Paris pour interrogatoires et établissement d’un fichier anthropométrique. Les procès-verbaux d’enquête furent rédigés à la hâte sous l’inculpation sommaire d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Après une garde à vue plus ou moins prolongée, l’opération s’est terminée par des expulsions, des mises en examen et des assignations à résidence. Je figure parmi les huit personnes assignées à résidence ce jour-là dans différents départements français. J’étais assigné à résidence à Florac, en Lozère. Cette rafle a été suivie par une deuxième rafle effectuée début août 1994.

Les personnes arrêtées au cours de cette rafle ainsi que les assignés de la première rafle ont été regroupés dans une caserne à Folembray. Nous ne savions pas que nous allions être expulsés. La plupart s’attendait à une mise en liberté. Malheureusement et contre toute attente, nous fumes surpris par une véritable opération de déportation qui va être exécutée le mercredi 31 août 1994, à cinq heures du matin.

Des centaines de policiers et de gendarmes ont pris d’assaut la caserne où nous étions internés. Nous avions été embarqués manu militari dans des bus banalisés. A l’intérieur des véhicules, chacun des internés était gardé par des agents qui en étaient spécialement chargés.

Lorsque le convoi a quitté la caserne, on a pu constater l’important dispositif de sécurité mis en place tout le long du trajet. Le convoi arriva à l’aérogare de Reims à 8h30 où un vol Charter de la Compagnie « European Airlins Service » (EAS), spécialement affrété pour cette opération, attendait.

A l’entrée de l’appareil, les déportés étaient soumis à une fouille corporelle, exécutée par trois agents du RAID, chargés de la protection de la cabine du pilotage.

Les déportés étaient au nombre de vingt. Ils n’avaient aucune idée de leur destination. Le décollage a eu lieu à 8h45 heure locale. Chaque déporté était assis au milieu de deux agents, collés à lui et qui l’accompagnaient même aux toilettes dont il devait laisser la porte ouverte.

Le voyage a duré environ 8 heures 30 y compris les trois quarts d’heure d’escale aux îles Canaries.

Cette escale demeure à ce jour mystérieuse. On n’en connaît pas les raisons. On parle de ravitaillement en carburant. On dit que la déportation devrait se faire initialement à Las Palmas mais des tractations de dernière minute ont tout bouleversé.

L’avion devait alors mettre le cap sur la capitale du Burkina Faso. Et nous y voilà depuis vingt- et-un ans. Nous étions vingt au départ. Il reste six au Burkina. Les autres sont partis vers diverses destinations, notamment la France, la Suisse et le Royaume-Uni.

9- Rappelez nous un peu vos premiers moments au Burkina 

Les premiers moments au Burkina étaient comme un mauvais rêve où les notions de bagne et de galère subjuguaient nos esprits. On pensait aux bagnes coloniaux, Cayenne, la Nouvelle-Calédonie, l’ile de diable. Une situation où il ne manquait que les travaux forcés.  Brusquement, on s’est trouvé déraciné, arraché à nos familles, ni femme, ni enfants ni voiture, dans un pays où nous ne connaissions personne, où il fait 40° à l’ombre. On dormait mal, on vivait mal, il nous était vraiment difficile de nous y adapter. Personnellement ce qu’il m’a fait tenir ce sont mes actions humanitaires. Nos familles ont refusé de nous rejoindre dans un pays où il n’y a, disent-elles, ni confort, ni soins ni bonne nourriture.  Il en est qui sont devenus fous à cause de cette déportation. D’autres ont perdu leurs femmes et leurs enfants ainsi que leurs biens et leurs emplois.

La déportation est une peine terrible, inhumaine, un crime contre l’humanité. C’est pour cela que je l’ai comparée à une mort lente.

10- Finalement, qu’est devenu votre sort ?

A vrai dire mon sort n’est pas clair.

Je ne comprends pas pourquoi cette situation n’a jamais été remise en cause par l’état français qui est pourtant soumis à une obligation d’examen des dossiers tous les 5 ans…

Il lui a été demandé d’examiner mon dossier sans qu’à ce jour une réponse nous ait été donnée.
La justice ne s’est pas encore prononcée sur mon cas. L’affaire se trouve à mi-chemin entre l’examen et l’abandon ; entre le politique et le judiciaire. Le procès est lent. L’Etat n’entend pas assumer sa responsabilité.

Je continue d’espérer que mon cas soit favorable, car il n’y a aucune raison, pas plus qu’à l’époque d’interdire mon retour.

11- Que vous disent les autorités françaises jusque-là ?

Les autorités françaises ne me disent rien. Elles gardent le silence. Aucune réponse ne m’a été donnée au sujet de l’examen de mon dossier.

12- Qu’attendez-vous finalement ?

Après vingt-et-un ans de peine injuste ayant causé des dommages moraux et matériels considérables, l’Etat français doit reconnaître sa responsabilité et réparer les préjudices qu’il m’a fait subir. Mon expulsion procède d’une mesure illégale, contraire au droit interne et international à l’époque, elle est encore plus aujourd’hui en raison de sa durée. Elle fut exécutée en méconnaissance de mes droits et des droits de ma famille. Elle a occasionné des dommages directs très graves en me privant de ma famille et de mes biens. Elle continue de causer des dommages collatéraux importants à ma famille qui se trouve privée du mari, du père, du grand père. Ces dommages nécessitent réparation. Il y a lieu de souligner qu’une indemnisation même très conséquente ne suffira jamais à réparer tous les dommages par ricochets dont souffre ma famille depuis toutes ces années.

13- Avez-vous espoir de retourner chez vous ? Oui

14- Comment avez-vous vécu la chute de Blaise Compaoré ?

J’étais un peu déçu. Il me semble que cet homme était assez sage pour comprendre de lui-même et choisir une porte de sortie plus honorable.

15- Votre appréciation de la politique algérienne actuelle.

L’Algérie est confrontée au danger de scission et de déstabilisation, elle est tiraillée de toute part par des prédateurs internes et internationaux, comme un gibier couru par une meute de lévriers, voire de fauves. L’Algérie  ne sait pas où elle va, sa politique laisse beaucoup à désirer dans plusieurs domaines.  Rares sont ceux qui lui veulent du bien y compris une bonne partie du peuple. Les gens ne craignent ni Dieu ni la loi. Les partis n’ont d’autres soucis que le pouvoir et le désir de paraitre. A la tête du pays, un pouvoir usé, miné par la corruption, une justice inefficace, inopérante, la loi est piétinée, non crainte, la démocratie n’existe pas, elle est à construire, le peuple à éduquer, il faut une révolution pacifique, recommencer à zéro, rendre le pays au peuple et au pays ses richesses. Les mots pour résumer la situation sont : anarchie, insouciance, incompétence, corruption, pillage.

16- Votre appréciation sur les groupes terroristes qui écument le continent africain

C’est la conséquence logique des injustices qui sévissent dans le monde et dont nous sommes directement ou indirectement responsables. La dictature, l’oppression, la famine, le pillage des richesses, les sacrilèges, les multiples violations des droits humains, l’indifférence aux crimes les plus graves et j’en passe. Je condamne de la manière la plus ferme le terrorisme qui, d’ailleurs, n’a rien à voir avec l’Islam. Je ne fais qu’analyser et en rechercher les causes, ce ne peut être qu’une punition divine au même titre que les autres calamités.  Le seul remède à cette calamité est de revenir un tant soit peu à Dieu et reconnaître Sa Souveraineté.

Réalisée le 30 août 2015 par Yaya Issouf Sidibé, Journal Notre Voix

[i] Parue au journal Notre Voix n°018 du lundi 31 août 2015


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3 Commentaires sur cet article

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  • Amina
    1 septembre 2015 at 13 h 00 min - Reply

    En somme, fi g’bar menssi… Allah yaâtik esbar!!!

    C’est tout simplement inadmissible!!!

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  • fi
    1 septembre 2015 at 16 h 21 min - Reply

    comment se fait-elle les vrais disant combattant de l’ex GIA se sont rendu et on bénéficier de la clémence des autorités comme celle de Zeroual ou de bouteflika et ses gens comme Monsieur simozrag se trouve toujours en cavale alors qu’il n’a pas tiré une seule cartouche???!!!!! je pense qu’ildoit aussi revenir dans son pays et s’intégrer, pour un rappel certin de l’ex AIS ET GIA sont devenus Milliardaire et participe pleinement a l’économie dans le pays de leurs enfants.

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  • Ahmed SIMOZRAG
    3 septembre 2015 at 4 h 04 min - Reply

    Note : je me permets de préciser l’expression « un peuple à éduquer » qui risque d’être incomprise. Il est logique de s’interroger : quand est-ce peut-on dire qu’un peuple n’est pas éduqué et comment l’éduquer ?
    Lorsque j’ai dit « le peuple à éduquer », loin de viser l’ensemble du peuple algérien, je parlais de la génération de l’indépendance et en partie seulement sans généraliser. En aucun cas, l’héroïque peuple algérien mériterait un quelconque reproche. Un peuple qui a conduit l’une des grandes révolutions de l’histoire, qui a sacrifié plus d’un million et demi de ses enfants, n’a guère besoin d’être éduqué. Il doit au contraire servir d’exemple.
    Ma remarque vise exclusivement les jeunes de cette génération dont on connaît la violence dans les stades, qui se détruit par la drogue et l’alcool, qui se livre au crime et à la délinquance, qui s’affrontent par gangs dans les quartiers des villes en pleine journée et au milieu des foules, qui préfèrent se donner aux poissons que de changer ou d’innover dans leur pays, qui n’ont aucun sens du bien, ni de la morale ni du patriotisme. A la question : comment éduquer ? Il existe plusieurs moyens d’éduquer parmi lesquels figurent l’école (au sens large du terme), le système politique, la mosquée, la loi, les partis politiques, les associations, etc.

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