Édition du
6 December 2016

L’Algérien entre l’affect et l’intellect

dinar– Youcef L’Asnami

L’engouement des internautes pour le groupe facebook « L’Algérie à travers ses anciennes photos » mérite que l’on s’y attarde. La richesse des photos et vidéos publiées, les commentaires des internautes et le très discret travail de modération des administrateurs du groupe méritent d’être soulignés. Même si les photos publiées dans ce groupe remontent de la période précoloniale et coloniale, il n’en demeure pas moins que la majorité des publications concerne les années 70 à 80.

Alors pourquoi cet engouement pour ces deux décennies en particulier ? Parce que les jeunes de moins de 30 ans représentent plus de 60 % de la population et n’ont donc pas connu cette période. Vivant dans un pays qui navigue à vue depuis le début des années 80 et ayant, pour certains, connus la décennie noire au travers les récits de leurs parents ou ceux de la presse écrite, des réseaux sociaux et des médias lourds,  ils imaginent cette Algérie des années 70 – 80 racontée par leurs ainés en forçant parfois le trait, comme un rêve qu’ils ont raté.
La période de Boumediene divise beaucoup les Algériens. Certains le rendent comme responsable de la situation actuelle quand d’autres continuent de l’encenser comme un homme intègre, visionnaire, charismatique qui a rendu à l’Algérien sa fierté. La publication d’une photo de ce Président ou d’un article le concernant sur les réseaux sociaux est toujours suivie par des débats houleux et parfois insultants. Il en est de même pour les Boualem SANSAL, Kamel DAOUD, Rachid BOUDJEDRA et d’autres écrivains, cinéastes, musiciens, acteurs qui n’ont jamais fait l’unanimité. Beaucoup commentent sans même avoir lu l’article ou le livre concerné. Ils réagissent par leurs « tripes ». La désaffection de l’Algérien pour la lecture et la curiosité reste un fait.

Mais ces deux décennies enchantent aussi les moins jeunes qui l’ont vécue. Ils font partie de ceux qui ont pu « profiter » des largesse de cette période où le Dinar valait plus cher que le Franc français, où le chômage était quasi inexistant, la médecine et l’enseignement gratuits et de bonne qualité, où le prix du livre était soutenu par l’Etat et où l’Islam ne faisait pratiquement pas l’objet de débats enflammés. Le vendredi n’était pas un jour férié et les gens quittaient leur travail pour aller accomplir leur prière et revenir à leur poste aussitôt après. Peu importe les aspects négatifs de cette période ! L’autorisation de sortie du territoire national imposée par Boumediene pour tout Algérien désirant faire un voyage à l’étranger, était considérée par beaucoup, non pas comme une atteinte aux libertés individuelles, mais comme un acte de bravoure visant la fierté de l’Algérien devenu « ambassadeur de son pays » et le protégeant contre les éventuelles humiliations subies dans un pays étranger. On ne laissait sortir que les personnes « dignes » de représenter l’Algérie.  De même que beaucoup d’Algériens préféraient ce « pouvoir fort » qui disposait d’une stratégie de développement pour le pays, à un pouvoir « démocratique » qui laisse les gens aboyer dans les rues pendant que ses tenants profitent de la rente énergétique.

Le succès des « belles photos » publiées dans le groupe, ou les réactions extraordinaires des Algériens devant les massacres de Ghaza, de l’enfant syrien rejeté par la mer, les élans de solidarité suite à des appels de détresse de personnes en difficulté financière ou de santé montre que l’ « Algérien moyen » fonctionne à l’affect qu’il soit pénible ou agréable du reste.

On se rappelle des premières images diffusées par les médias Algériens de Bouteflika prêtant sermon à la suite de sa dernière élection. Un Président malade, assis, qui peine à lire un texte avec une voix quasi inaudible entouré de tous ces rapaces qui ont fait de lui une marionnette. Ces images ont heurté beaucoup d’Algériens et Bouteflika a bénéficié d’un élan de solidarité sincère de nos compatriotes qui ont mis entre parenthèse toutes les difficultés auxquelles ils se heurtent dans leur quotidien.

Cette réaction des Algériens par leurs « tripes » se retrouve pratiquement à tous les niveaux.

Cela ne veut pas dire que cet « Algérien moyen » n’est pas capable de faire appel à son intellect pour réagir à froid à un événement. Beaucoup, une fois dépassée l’émotion suscitée par une image, un article ou une vidéo, retrouvent la voie de la « raison » et arrivent à faire la part des choses.

Dans le résumé du livre d’Antonio Damasio « L’erreur de Descartes : La raison des émotions », on peut lire  « Etre rationnel, ce n’est pas se couper de ses émotions. Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n’est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le cœur a ses raisons que la raison… est loin d’ignorer. Contre le dualisme du corps et de l’âme, mais aussi contre ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l’esprit humain à de froids calculs dignes d’une machine, voilà ce que révèlent les acquis récents de la neurologie. ».

C’est un excellent résumé pour le livre mais aussi pour cette contribution de votre serviteur.


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5 Commentaires sur cet article

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  • K Seddiki
    11 septembre 2015 at 17 h 14 min - Reply

    Que Mr Youcef L’Asnami veuille bien m’excuser,mais que veut-il dire au juste ?
    Le système crée par Boussouf est dirigé par sa créature Boukharouba Boumediene Houari Mohamed,parce qu’il ne pouvait vraisemblablement pas le faire lui-même après avoir assassiné le seul homme susceptible de l’en empêcher.J’ai nommé Abane Ramdane,alors que les français,via Aussarés ont liquidé son alter ego;: Larbi Ben Mehidi .
    Ce système est toujours en vigueur,au grand bonheur de la France des canailles !
    KS.

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    • fatima
      11 septembre 2015 at 19 h 12 min - Reply

      K. Sediki. L’article est neutre et rapporte des avis des uns et des autres. Il n’est ni pour ni contre Boumediene. Il dit ce que pensent les gens. Et je sujet n’est pas Boumediene mais l’affect et l’intellect. Il decrit tres bien comment l’algérien reagit de facon emotionnelle juste à la vue d’une photo. Et il s’est appuyé pour cela sur de nombreux exemples pas que Boumediene.

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    • MOURAD
      15 septembre 2015 at 16 h 34 min - Reply

      K Seddiki, je m’autorise a emmètre un avis sur votre commentaire
      je le trouve non seulement innaproprié mais surtout polémique
      il revient aux historiens et acteurs de l’époque d’écrire expliquer.
      l’invective n’invite ni a l’affect et encore moins l’intellect
      il demeure et demeurera que les 70s sont des années bénies
      cinémas ouverts et fréquentés ( palme d’or pour L; Hamina)
      théâtres fréquentés et engagés ( Kateb la guerre de mille ans, l’homme aux sandales de caoutchouc.
      la cinémathèque classée alors 2 au monde
      oscar Nemeyer faisait les universités de BEZ et Cne
      les gens ont vu Menphis slim, les black panthèrs, miriyam, Makeba, Ray, charles et j’en passe
      ne mettez pas les souvenir en berne de grâce

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  • rachid dahmani
    13 septembre 2015 at 8 h 08 min - Reply

    Bonjour,

    Mais que faut il rapporter aux jeunes ou au moins jeunes algériens? je peux vous assurer que plus le temps passe et plus l’algérien de ces jours n’en a cure du temps passé. Il vit sa réalité au présent et contemple ce qui se passe dans son pays en faisant le comparatif à d’autres. Les nouvelles générations sont autrement plus modelées et il faut le reconnaître. Demandez à un jeune de 25 ans ce qu’il pense de son pays actuellement. Vous aurez toujours la même réponse même si vous posez un million de fois votre question. Un pays en ruine qui ne sait plus où aller et qui est quasi sans dirigeants est facilement reconnaissable.

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  • raba
    15 septembre 2015 at 10 h 29 min - Reply

    bjr,
    j’ai vécu les seventies et les années 80 et je peux dire to de go que çà était une epoque faste de liberté , d’espoir et de reve innocent pour un avenir meilleur , on existait pleinement et on respirait le bonheur avec cette musique qui nous parvenait outre-mer avec les beatles , les stones ; pink-floyd , deep purple , les who; beach boys…….. ; bien sur notre musique algerienne chaabi ,moderne et kabyle bercer notre quotidien ……on etait tous algériens sans distinction et on allait partout de jour comme de nuit sur nos routes pittoresques ; bref on était respecter mais je vois que certains ne sont pas tous d’accord , c’est normal mais j’aime cette époque de : Lucy and the Sky with Diamond et je vous laisse avec : the year of the cat .bye bye

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