Édition du
9 December 2016

La soumission de l’Algérie est l’option retenue.

cherif Aissat1La soumission de l’Algérie est l’option retenue.

L’insignifiance des exécutants politiques et militaires du pays.

Ahmed Ouyahia, pivot politique et archétype de la servitude politicienne.

Dans ce texte, c’est au moyen du modèle théorique Principal/Agent de la théorie de l’agence que sera tentée la révélation de l’information cachée, c’est-à-dire divulguer la vérité, en situation d’asymétrie de l’information, dans le Programme d’ajustement structurel (PAS) [a]  appliqué à l’Algérie, des réformes imposées et les changements opérés dans les centres de décisions du pays.

Pour cause d’indisponibilité d’informations en quantité et qualité indispensable pour une démonstration efficace; et à l’opacité qui caractérise celles qui sont livrées, il sera opté pour l’interprétation des signaux.

Dans la stratégie utilisée par la Mission Fond monétaire international et Banque mondiale (FMI-BM), la conclusion fondamentale est le changement de paradigme dans sa démarche. Contrairement à la Tunisie et à l’Égypte, son modus operandi a été inversé. Toutes les actions et conditions ex-post (postérieures au PAS) sont passées en ex-ante (à exécuter en antérieur). Ce changement est motivé par les couts de (dé)stabilisation des pays visés devenus prohibitifs, qui hypothèquent l’acquisition de leurs marchés et qui pourraient nuire par un terrorisme de type individuel expatrié, excentré ou transnational.

Cette situation a imposé la garantie et la main mise sur les marchés d’abord; l’utilisation de la déstabilisation [1] comme moyen dissuasif et coercitif contre l’Algérie au cas où elle changerait en ex-post les orientations économiques imposées.

Mais avant

Parce que notre pays a besoin de paix, parce que notre patrie est dans l’œil du cyclone, seuls les crétins, les idiots et les imbéciles iront vers l’affrontement violent qui est inscrit dans cet agenda. Cet affrontement est un élément essentiel de la théorie du choc.

Les Algériens seraient sages de s’éloigner de toute manifestation massive comme celle du 3 octobre prochain à laquelle a appelé le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) à Tizi-Ouzou. Si ce parti a agi par naïveté, rectifier l’action est possible; s’il le fait pour des objectifs entendus à haut rendement financier, il sera complice dans toutes les dérives qui se produiraient. Ces dernières (violences)  peuvent être déclenchées par une pénurie, l’explosive et attendue inflation, une ou plusieurs morts suspectes, une manipulation des gangs et désœuvrés.  Il est entendu que ce qui est valable pour une région l’est aussi pour les autres.

En faisant ce choix optimal, celui de la soumission, les exécutants politiques et militaires nationaux croient ainsi éviter la déstabilisation. À terme, notre pays les aura toutes les deux. Sauf si.

Le processus de soumission a été entamé avec l’opération d’éradication des marchés informels sauf celui des monnaies étrangères. La vessie a vite explosé. Elle a montré que c’est la dévaluation du dinar qui était visée.

Sous la direction de la Mission FMI-BM, cet objectif est acquis pour les pays de l’Ouest, ceux de l’OTAN en particulier.

Sans aucune démonstration mathématique, défendue par le ministre des Finances, Abderrahmane Benkhalfa, cette dévaluation est appuyée par certains expertologues qui affirment, dans le sillage de ceux de Bretton Woods, que sa valeur réelle-cible n’est pas encore celle d’équilibre, un concept économique des plus phantasmé.

Toute valeur réelle du dinar serait hasardeuse à fournir parce qu’elle serait calculée sur la base d’un  fondamental économique malade, celui de la Deutch Disease qu’est le prix du baril de pétrole. Le conditionnel est utilisé parce que la Banque d’Algérie n’a pas rendu publique l’équation de calcul ainsi que celle de l’inflation.  De ce qui précède, ces expertologues sont mis au défi de la donner ou à tout le moins l’estimer.

Sans avoir encore montré tous ses effets sur l’inflation, cette dévaluation à laquelle l’auteur de ce texte s’est opposée et s’opposera [2], s’est manifestée par son effet dévastateur sur la balance des paiements et les pertes liées aux taux de change.

Objectifs de la soumission

Ces objectifs ont révélé que c’est l’Algérie avec un peuple consommateur, en tant que source de richesses naturelles et de biodiversité qui intéresse la finance mondiale. Quant à l’autre objectif fondamental et non discuté, celui d’inscrire sa population dans une transition – inertie – démographique de déclin, il serait contrôlé par les services spécialisés de l’ONU qui agissent de concert avec les institutions de Bretton Woods, d’autres organisations internationales et non gouvernementales.

Les deux premiers objectifs sont immédiats, le troisième est de long terme. Les USA raisonnent sur des échéances à un siècle, le Canada à cinquante ans.

Pour réussir cette soumission, trois menaces sont utilisées : son démembrement par sa partie Sud, l’accroissement de sa population par les flux migratoires du Sahel ou son embrasement pour cause de paupérisation et d’instrumentalisation d’organisations criminelles et mouvements terroristes.

Le défilé des personnalités internationales qui rend la scène plus claire

Avant de les aborder, un regard sur certaines  banalités, en apparence banales,  mais potentiellement à fort impact sur la vie populaire et sociale.

L’instrumentalisation de tamazight : comme si s’était un indicateur d’excellence, son enseignement est proclamé, par la ministre Nouria Benghebrit-Remaoun, dans vingt wilayas. Dans un système éducatif dans lequel est annoncée la suppression de 25 000 emplois, avec des enfants qui connaitront le froid des salles de cours à cause de la rationalisation des dépenses; la décision d’enseigner obligatoirement tamazight aux magistrats et médecins aurait été plus sage populairement,  plus raisonnable économiquement [3]. Une initiative pour un hymne national bilingue aurait été hautement patriotique [4].

Téléphonie : dans une déclaration ressemblant fortement à ce qui se dit dans les tabloïds français sur le nombre optimal d’opérateurs en téléphonie mobile, Houda Imane Faraoun, la ministre en charge du secteur, en oubliant que notre pays n’est pas la France, a fermé à la concurrence ce secteur. Sa déclaration signifierait-elle que la concurrence dans l’ancien monopole naturel de l’État est sous le véto des opérateurs actuels derrière lesquels il y a le Qatar et la Russie.

Monnaie : sans fournir d’informations sur la libre jouissance de nos réserves internationales; malgré les échecs des assouplissements financiers aux USA, Japon et dans l’U.E, le gouverneur de la banque d’Algérie, Mohamed Laksaci, annonce une incompréhensible expansion monétaire en plein plan d’austérité. Elle n’est d’aucune raison sauf si c’est pour encore déclencher de l’inflation et finir par une autre dévaluation du dinar, qui par sa cotation à l’incertain et ce qui se dit autour est devenue une authentique monnaie de singe.

Budget : le ministre des Finances , Benkhalfa, au lieu de collecter l’argent là où, à coups sûrs, il se trouve comme dans les paradis fiscaux, dans le recouvrement des prêts et intérêts ainsi que de l’impôt, ou dans le contrôle des comptabilités de Renault, Arcelor Mittal, VimpelCom et banques internationales opérant dans le pays, fait de la canalisation de l’argent de l’économie informelle [5] un objectif chimérique. Combinées à un contrôle léonin des mouvements de capitaux et à une réduction des dépenses somptuaires de l’État, ces sources feront déborder les caisses du pays et redonnerait du crédit au fonctionnement de l’État et de son système judiciaire.

Les investisseurs ont besoin de garanties. Celui du détenteur en premier et dernier ressort de la décision est clé. C’est la sélection adverse (adverse selection).

Les pays, comme le notre, sont réputés être dotés de plusieurs centres de décisions. En termes sophistiqués, en situation d’aversion de risque et pour une saine gouvernance économique,  les investisseurs, y compris ceux qui utilisent des fonds vautours (hedge funds) dans des entrées en IDE brownfield, n’apprécient guère ce genre de flou; alors dans un agenda strict,  les mandants exigent des institutions internationales comme le FMI-BM et autres acteurs l’identification claire du détenteur suprême de la décision régalienne.

Ce mandat se traduit par des négociations autour de petits fours ou dans des fours. C’est ce qui s’est passé en Algérie avec des multi-niveaux et des plurilatérales. Aux acteurs institutionnels, peuvent se greffer informellement d’autres comme les chefs d’États, les services secrets, les lobbies y compris les algériens off-shore et les professionnels du chantage tels les assassins économiques.

Durant ces négociations, pour mettre l’État devant le de fait accompli, des signaux sont envoyés via les médias. L’un des plus importants a été l’œuvre du gouverneur de la banque d’Algérie. Dans un pays où payer par chèque est une gageure, Mohamed Laksaci, dans un effet de manche, a annoncé la mise en œuvre des Accords de Bâle III qui n’entreront en vigueur, sous la condition qu’ils le seraient, qu’en 2018-2019.  Il a enveloppé cette annonce dans la satisfaction des Résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU. Cette invocation est révélatrice du niveau élevé de la pression internationale. Dans le même temps, il a annoncé la soumission des banques, sans préciser si les étrangères sont concernées, à des tests de stress essentiellement des chocs externes. Cette annonce serait un prélude à l’ouverture du marché des capitaux.

L’agenda a atteint des deadlines! Les poids lourds interviennent

Du coté de la mission mercenaire FMI-BM et des politiques.

Les événements et signaux ont été fort nombreux. Seuls quelques uns seront cités.  Plus que les Chinois et les Russes, des responsables américains et anglais se sont rendus à Alger. Des actions venant de l’Union européenne, c’est Federica Mogherini, Haut-Représentant et Vice-présidente de la Commission Européenne  qui s’est déplacée à Alger.

Après deux visites du chef de l’État français, de son ministre des Affaires étrangères; récemment, c’est Gérard Larcher, président du Sénat qui a visité notre pays. Il a soulevé « la question de la règle de 49/51 » [6] sans qu’aucune réaction officielle ou de l’opposition à cette insulte pour le pouvoir législatif national lequel est l’émanation d’un peuple souverain ne soit rendue publique. C’est la preuve de l’insignifiance des exécutants politiques nationaux.

Christine Lagarde, la directrice-générale du FMI a visité plusieurs fois Alger et ce n’est pas dans les usages des personnalités de ce rang.

Le premier à poser les conditions de la soumission est un mauritanien. Par son origine régionale, c’est un aléa moral – garantie dans ce cas – pour les négociateurs algériens. Il s’agit de Zeine Ould Zidane, docteur en mathématiques, diplômé en études approfondies en économie. Il a été premier ministre de Mauritanie. Actuellement, il est haut conseiller au FMI. Les conditions qu’il a énoncées ont été la levée des aléas moraux (moral hazards) pour le business.

Est venu le tour d’Emmanuel Noubissie Ngankam, africain lui aussi, ancien djornaniste et diplômé (sans précision du grade) en économie. Il a travaillé pour la fondation Friedrich Hebert. Actuellement, il est le représentant-résident de la BM en Algérie. Ses recommandations sont du même calibre et acabit que celles du Mauritanien. Le parcours de son blog sur le site Internet de la BM donne un aperçu intéressant sur son idéologie.

Le dernier événement, en toute vraisemblance une confirmation que toutes les exigences de soumission sont satisfaites, est la visite officielle du vice-président  de la BM en Algérie, le franco-égyptien, Hafez Ghanem qui a travaillé pour la Brookings Institution, une organisation non gouvernementale de l’Oncle Sam.

Au lendemain de sa visite, le général major Mohamed Médiène a été éjecté et un autre, Athmane Tartag,  réinjecté. La corrélation entre ces événements est établie, reste la causalité. Les sorts de ces deux généraux seraient à insérer dans ceux d’autres qui font l’information sensationnelle dans le pays, une information pour une diversion au goût douteux.

Et du coté algérien

Le survivant à toutes les tempêtes qu’a vécues le pays depuis le début des années (19)90, Ahmed Ouyahia. De par son parcours, il est le pivot politique entre les façades civile et militaire du pouvoir algérien. C’est ce genre d’homme réputé ferme et mouvant qu’affectionnent les milieux  d’affaires et les pouvoirs étrangers de l’Occident et de l’OTAN.

Ces derniers seraient l’exigence qu’il soit l’interlocuteur de l’ombre capable de faire tinter les cloches  à tous les Algériens. La différence et elle est fondamentale, ces étrangers ne jouent pas avec la constitution de leurs pays pendant que lui brandit sa révision [7] comme un objet pour la mauvaise diversion, la mauvaise révision.

Le rédacteur de ce texte partage avec lui son opposition au retour au crédit à la consommation et son appui à la réduction des salaires. Disposant d’un parti politique, il aurait pu agir au niveau de l’APN. Ne l’ayant pas actionné, ses déclarations relèvent de la mascarade politicienne.

De par le poste qu’il occupe, il a probablement pris connaissance  de la lettre qui a été adressée à la Présidence de la république démontrant la force pour la patrie, et non revendiquant, d’un hymne national bilingue.

Être un interlocuteur privilégié au service de la patrie de Lwenes Matoub et le crier face à des mercenaires seraient plus qu’un fait d’armes.

La patrie Algérie est extrêmement fragilisée. Elle mérite d’être portée, sans régionalisme aucun, comme ces jarres kabyles sur toutes les têtes qui l’aiment. Et c’est tout le peuple qui en bénéficiera de son effet, l’Effet Jarre [8].

Cherif Aissat

Notes

[a]. Ce programme d’ajustement structurel a été analysé dans sa globalité par l’auteur dans cette vidéo : Cherif Aissat. Intégrale. L’effet Jarre et les perspectives éco de l’Algérie. Elle contient la démonstration de la faiblesse des arguments de l’Exécutif algérien, le démantèlement de la logique de ce programme, la démonstration mathématique de l’impact global de la dévaluation du dinar, la démontsration sur l’irrecevabilité des arguments de la Mission FMI-BM et la démonstration sur la trappe de liquidité financière algérienne. Elle est visible à l’adresse: https://www.youtube.com/watch?v=2XqZ5rGf8fM .

 

[b] Emmanuel Noubissié : «L’Algérie n’a pas besoin d’argent mais de savoir». http://www.algeriepatriotique.com/article/emmanuel-noubissie-algeriepatriotique-l-algerie-n-pas-besoin-d-argent-mais-de-savoir . 17/07/2014. Cette interview est si précise et les pointus concepts économiques manipulés si clairement présentés  qu’il est difficile de croire que c’est l’œuvre d’un djornaniste.

Références :

[1] Chérif Aissat. Algérie sous le double choc monétaire et identitaire. Soumission ou déstabilisation. http://lequotidienalgerie.org/2014/09/22/algerie-sous-le-double-choc-monetaire-et-identitaire-soumission-ou-destabilisation/.  Le Quotidien d’Algérie. 22 septembre 2014.  

[2] Chérif  Aissat. Supplique pour une nouvelle monnaie nationale. http://lequotidienalgerie.org/2015/01/06/supplique-pour-une-nouvelle-monnaie-nationale/. Le Quotidien d’Algérie. 6 janvier 2015.

[3] Cherif Aissat. Impacts économiques de tamazight. Conférence à l’Université de Montréal. https://www.youtube.com/watch?v=bgA4bIKoPho . 15 avril 2014.

[4] Cherif Aissat. Lettre à la présidence de la République portant hymne national bilingue. https://www.youtube.com/watch?v=jmO9VlrUMfk  15 avril 2014.

[5] Cherif Aissat. L’économie informelle en Algérie : utilité et management. http://archives.maghrebemergent.info/economie.html?start=200 . 8 octobre 2012.

[6] Karim Kebir. Investissements directs étrangers. Larcher : la règle 49/51 pose problème. http://www.liberte-algerie.com/actualite/larcher-la-regle-49-51-pose-probleme-232655.  12 septembre 2015.

[7] Chérif Aissat. Algérie. Révision de la Constitution : soumission à l’ultralibéralisme et au club Bilderbeg. http://www.mondialisation.ca/algerie-revision-de-la-constitution-soumission-a-lultraliberalisme-et-au-club-bilderbeg/5388795 . Centre de recherche en mondialisation. 27 juin 2014.

[8] Cherif Aissat. Algérie : une patrie à sauver, l’État chancelant et l’effet Jarre.

http://lequotidienalgerie.org/2014/11/02/algerie-une-patrie-a-sauver-letat-chancelant-et-leffet-jarre/. 2 novembre 2014.


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