Édition du
6 December 2016

Le départ du général Toufik : une affaire interne au régime.

lutte de clansLes changements intervenus à la tête du DRS nous rappellent les moments difficiles que l’Algérie a vécus lors des déchirements du mouvement nationaliste en 1953-1954 et ensuite après son indépendance. Bien que les enjeux soient propres à chaque période, il n’en reste pas moins que ces crises ont un dénominateur commun : le mouvement nationaliste ou le clan le plus fort du régime « éclate, mais pour se réformer autour de son noyau le plus centralisateur et le plus autoritaire », pour reprendre l’expression de Mohamed Harbi, dans « le FLN, mirage et réalité ».

En effet, la lutte de leadership au sein du PPA-MTLD (parti du peuple algérien-mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques), opposant le comité central au président Messali, a failli remettre en cause le projet indépendantiste. L’implication des durs du parti, en l’occurrence les militants de l’OS –branche militaire du parti – a fini par écarter les deux factions. Ce qui a fait dire à Messali Hadj que « l’absolutisme bureaucratique en Algérie est né le 1er novembre 1954 avec le FLN », note l’éminent historien.

Cela étant dit, malgré les défauts et les carences du mouvement de libération, force est de reconnaître que le but assigné à leur action a été atteint. Hélas, vers la fin de la guerre, les rivalités entre les dirigeants apparaissent au grand jour. Et c’est au paroxysme de la crise que la réunification de l’armée des frontières se fait sous l’égide de Boumediene. En 1962, celle-ci s’impose en écartant le représentant légitime du peuple algérien, le GPRA (gouvernement provisoire de la République algérienne). Et paradoxal que cela puisse paraître, les griefs que faisait Messali à l’encontre des anciens de l’OS en 1954 sont quasiment les mêmes que feront plus tard les Boudiaf, Krim, Ait Ahmed à l’égard de Boumediene.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette prise du pouvoir violente va garantir, pendant des décennies, la stabilité du régime. En dépit de l’éviction du « président » Ben Bella en 1965, on ne peut pas, pour autant,  parler de crise majeure au sein du régime. Ainsi, bien que des minis crises finissent par la mise à l’écart de certains dirigeants –le chef de l’État actuel a été écarté en 1979 –, jusqu’à la fin des années 1980, le régime demeure solide sur ses appuis. Grosso modo, il faut attendre la fin de l’année 1991 et le début de l’année 1992 pour que les éradicateurs de l’armée, à leur tête le général Toufik, sifflent la fin de la récréation démocratique.

Toutefois, depuis 2009, on assiste derechef à une lutte acharnée au sommet du pouvoir. Celle-ci s’achève, à en croire certains commentateurs –il faut dire que le parti pris de la presse algérienne pour le désormais ex-chef des services secrets fausse leurs analyses –, par la défaite du général Toufik. Dans le fond, la victoire de l’un ou de l’autre clan ne va rien changer à la situation du pays. En d’autres termes, la victoire du peuple algérien interviendra quand les rênes du pouvoir lui  auront été remises.

En somme, il va de soi que l’affrontement entre les deux clans ne sert en aucun cas l’intérêt du pays. Car, dans ces luttes, le vainqueur tient sa légitimité de sa victoire sur le clan rival. Dans ces conditions, le limogeage du général Toufik –l’homme qui a plombé la vie politique pendant un quart de siècle –ne change rien à la donne. À moins que le clan présidentiel décide de restituer le pouvoir au peuple. Hélas, cette hypothèse est peu probable. Du coup, tout reste à faire.

Aït Benali Boubekeur

 


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10 Commentaires sur cet article

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  • Si Salah
    18 septembre 2015 at 14 h 37 min - Reply

    Dans la compétition du plus indigne des flatteurs de Toufik, Adlène Meddi du journal sh-Watan constitue une sérieuse concurrence pour Derradji….

    Voici comment il raconte l’histoire de cet immense criminel qui, apparemment, sait exactement ce que tu as fait…demain. Pov’ type!

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    Scanner vivant

    «Cette incroyable faculté à observer que Mediène a développée très jeune lui a beaucoup servi dans sa carrière, témoigne un ancien colonel des services actions du DRS. Il a ce tempérament très calme d’un observateur hors du commun. Dans nos réunions, et sans en faire trop, il observait les visages de tout le monde, étudiant les réactions. Un vrai scanner vivant.» Un scanner vivant, selon cet ancien opérationnel à la retraite ? «Parfois, il nous étonnait, c’est sa faculté d’observer, son œil, son intuition qui nous surprenaient. Ecoutez ça», nous relance l’ancien colonel. Invité à dîner chez un de ses collaborateurs, un général des services opé’ (opérations à l’étranger), «Toufik» arrive dans son véhicule tout-terrain, sans escorte.

    Il embrasse son hôte à l’entrée de la villa barricadée sur les hauteurs d’Alger, à Hydra, dans une impasse sécurisée, avant de se crisper et de reculer de quelques pas. «Qu’est-ce qui ne va pas ?» demande, intrigué, le barbouze. Pensif, le petit homme à la peau claire et aux yeux nerveux derrière ses grosses lunettes le bombarde calmement de questions : «Tu as changé ta garde ? Tu as reçu une livraison ?

    Tes enfants sont venus avec des amis ? Tu as reçu des ouvriers pour des travaux chez toi ?… » Vexé, le général maître des lieux, perd patience : «Mais enfin, dis-moi ce qui se passe ? Rentre.» L’homme à l’écharpe rouge, souvenir des classes au KGB, attrape alors son talkie-walkie pour donner des ordres pour convoquer des démineurs. Une heure plus tard, la voiture du général-hôte est découverte pleine de TNT. De quoi souffler la maison, une partie du quartier, la famille du général opé’… et son invité, Mohamed Mediène.

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  • ExAlgerien
    20 septembre 2015 at 1 h 01 min - Reply

    On en a vu des chiatines, des cireurs, des brosseurs, des lécheurs etc. mais pas comme celui d’el watan. J’ai honte pour lui et pour beaucoup d’algériens comme lui car l’Algérie est tombée aussi bas à cause de ces faux compatriotes lèches bottes. C’est malheureux, c’est triste on a attend un sursaut d’orgueuil peut être Dieu nous fasse un miracle. Pauvre Algérie.

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  • rachid dahmani
    20 septembre 2015 at 8 h 14 min - Reply

    Bonjour à tous,

    Tout le monde en parle; « le général toufik a été démis de ses fonctions ». Un événement majeur dans le pays. Un bouleversement comme il n’en n’aurait jamais eu précédemment. Par contre les élections de nos sénateurs et autres députés, nos maires, et même notre président seraient presque passés inaperçus tellement le peuple en a ras le bol. C’est à ne rien comprendre, on a plus de brouhaha pour un général renvoyé à la porte qu’une campagne pour l’élection de notre président. Mais on pourra en déduire quand même une chose, la politique du pays, les débats démocratiques, ou bien la participation du peuple dans les décisions ne sont que des utopies. On a l’impression d’une mise en scène parfaitement cadrée où pas mal de personnages tiennent leurs rôles à la perfection. Depuis plus plusieurs années maintenant on assiste à des affrontements entre clans, pour le monopole de la rente et des richesses du pays qui finissent par des arrangements entre les divers protagonistes dans cette guerre permanente pour le pouvoir et l’argent. Alors? alors, on pourvoie de l’argent pour fabriquer une démocratie (un peu de briques, un peu de ciment, un peu de sable et juste un peu d’eau et vous avez la belle façade qu’il faut de démocratie). Et ainsi le peuple est isolé de cette mise en scène où les règlements de compte et les disputes pour la rente et le pouvoir sont dans toute la coure. Comique est notre pays où l’on fait bander les yeux de l’algérien lorsqu’il se rend aux urnes et qu’on lui met toutes les embûches du monde lorsqu’il va aux administrations pour avoir ses papiers tout en sachant ce qui se manigance plus haut dans la « politique » du sérail, une comédie où tous les protagonistes pour le monopole de la rente sont les acteurs principaux. Il essaie alors de tirer son épingle du jeu, les élections n’ayant plus aucun intérêt même n’ont plus de sens dans la citoyenneté, il cultive l’opportunisme, l’affairisme, en noyant ses actes dans le brouhaha des affaires des acteurs principaux. Je ne sais pas qui est le metteur en scène dans toute cette affaire.

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  • azerdi
    20 septembre 2015 at 10 h 06 min - Reply

    une MOMIE, de moin . mais , il reste trop de MOMIES chez nous ,qui n,aiment pas la bonsion (pension)

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  • rachid dahmani
    20 septembre 2015 at 13 h 47 min - Reply

    Bonjour,

    Non cela ne fait pas sensation. Maintenant que la DRS est totalement démembrée, qui arrêtera le « démembreur » maintenant qu’il est en si bon chemin? Mais connaît-on les véritables desseins de cet être? je crois bien que oui, l’histoire l’a parfaitement écrit dans tous les récits de notre pays.

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  • wahid
    20 septembre 2015 at 14 h 31 min - Reply
  • A.Hocine
    20 septembre 2015 at 22 h 56 min - Reply

    Tewfik n`a pas ete defait et le soi disant clan vainqueur n`a gagne aucune guerre et n`a mene aucune bataille.Dans ce cas l`Algerie seule a perdue un des remparts qui veillait sur sa securite et la quietude de ses citoyens.
    Certes la structure DRS est encore intacte et remplit ses missions,mais elle est frappee durement par les differentes mesures de restructuration qu`elle a subi.
    Le fait que le nouveau dirigeant de cette organisation soit un ancien cadre superieur issu de ses propres rangs permet de penser que la maison DRS continuera a assumer son role bien que ses missions soient restreintes.

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  • momo34
    21 septembre 2015 at 11 h 48 min - Reply

    MEDITEZ BIEN CES PAROLES DU POETE, MENGUELAT
    Ahkim our ness3ara ahkim anbwa aya gwadh mayakim ? traduit : un gouvernant qui n’a de comptes à rendre à personne n’a aucune crainte qui le pousse à lacher les rennes.
    Et dites vous bien que rien n’arrêtra le clan pour nous choisir un nouveau roi
    wa andezou maahhoum !

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  • WAHID
    24 septembre 2015 at 1 h 36 min - Reply

    Ammisaid
    15 décembre 2010 at 12 h 31 min – Reply

    Le Drs est comme une pomme rempli de vers.

    Supposons que la peau de la pomme est en fer.

    Le ver mangera l’intérieur. Il se multipliera et chaque ver naîtra se mettra à son tour à manger. À un temps donné, l’intérieur de la pomme sera rempli de vers.
    Que feront, alors, les vers, les milliers de vers qui seront à l’intérieur de la pomme ?

    Ils se mangeront entre eux !

    Le ver mangera le ver et le ver fera naître des vers.

    Manger, naitre !

    Je mange le ver, j’accoucherai d’un ver et le cycle manger-accoucher se perpétuera jusqu’à la fin du monde.

    Conclusion: le problème n’est pas le Drs mais le ver qui est mange la substance du Drs.
    Le remede: enlever le ver ou les vers, sinon, le Drs sera rempli de vers qui se mangeront entre et un jour, qui peut être, déjà là, il sera trop tard, alors, il faudra détruire tous les vers et créer un autre Drs qu’il faudra prémunir des vers pour éviter qu’il le détruise à nouveau.

    Wa Allahou A3lam.

    Excusez-moi, si je ne suis pas clair.

    Fraternellement

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    http://www.middleeasteye.net/fr/analyses/tartag-ou-comment-exister-apr-s-toufik-726887048

    « Ver dans le fruit »

    Un cadre du renseignement contacté par MME assure que la version du traître « est un nouvel écran de fumée que l’on essaie de propager pour faire croire que le clan présidentiel est toujours fort ».

    « La théorie de la trahison de Tartag pour expliquer le limogeage de Mediène ne tient pas. Je crois plutôt que Tartag est le ‘’ver dans le fruit’’.

    « N’oubliez pas que l’infiltration est son métier. Comment un homme de 65 ans, qui a été au cœur de la lutte anti-terroriste, pourrait-il s’allier par conviction à un camp qui choisit de mettre en avant les islamistes ? », s’interroge-t-il en référence à Bouteflika, suspecté de vouloir blanchir les islamistes.

    « Je vous le dis, Mediène est parti en choisissant son successeur », poursuit-il.

    Nombreux sont ceux qui, en effet, pensent qu’un homme aussi puissant que Mediène, chef suprême des services secrets, interlocuteur des services de renseignement étrangers, notamment de la CIA, dans la « lutte anti-terroriste », ne peut être chassé aussi aisément. C’est lui-même qui avait créé le DRS en 1990 ; il est donc probable qu’il ait voulu s’assurer, en partant, de laisser la « maison » entre de bonnes mains.

    « Et il est parti en prenant sur lui le démembrement de certains services… et plusieurs dossiers très chauds dans ses cartons ! »

    Toufik, un enfant du MALG (ministère de l’Armement et des Liaisons générales – le service secret qui a mené la guerre contre la France durant la guerre d’indépendance) et du KGB russe, a depuis 1990 accumulé des dossiers réputés compromettants sur tout le monde – mais s’est toujours tu pour le « bon fonctionnement de l’État ».

    L’un des sherpas des Bouteflika domicilié à Zéralda, la résidence médicalisée du président, qui n’a pourtant jamais porté Mediène dans son cœur, affirme lui aussi que « c’est à sa propre demande que le patron du DRS est parti à la retraite ».

    « Il n’est d’ailleurs pas exclus qu’il revienne comme super coordinateur des services », lance-t-il innocemment.

    « En pleine restructuration du DRS, face aux enjeux sécuritaires du moment, dans la perspective d’une crise économique et de la succession de Bouteflika, le nouveau chef des services cumule les défis. »

    Alors que la succession présidentielle en Algérie est décidée collégialement, le départ de Mediène pourrait insinuer que Bouteflika est seul à décider de l’avenir. Pas sûr. Car les militaires et les services de renseignement restent historiquement la colonne vertébrale du régime.

    « Enfin, conclut-il, tout cela n’est rien à côté de son principal défi… exister après Toufik. »

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  • redadz16
    3 juillet 2016 at 13 h 10 min - Reply

    Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’Histoire de l’Algérie combattante, une réalité s’impose à nous : de tout temps il y a eu des complots et des règlements de comptes et des trahisons. C’est une réalité qu’on le veuille ou pas et les exemples existent à profusion. Amrouche et Houes ont été trahis. De même pour Ben M’Hidi. Idem pour Ben Boulaïd. Pareil pour Ali la Pointe, Hassiba et Petit Omar. Sans oublier Lotfi… L’Histoire de l’Algérie est ainsi faite de trahisons perpétuelles et cela se passera ainsi jusqu’à la fin des jours.

    La preuve, si besoin est, l’actuelle situation que vit l’Algérie à cause de la secte d’Oujda. Regardez dans quel état se trouve l’Algérie. Et la dernière sortie, last but not least, la trahison de Yacef rapportée par un journaliste franco-américain dans son ouvrage « MA BATAILLE D’ALGER » sur l’innommable dénonciation d’Ali la Pointe par Yacef Saâdi ! Ce que nous, Algérois, habitants de la Casbah et d’Alger… SAVIONS DEJÀ à cette époque. Ce mec peut d’ores et déjà aller se trucider pour libérer – peut-être – sa conscience, s’il lui en reste. La honte ! La h’chouma ! La bakhssa ! Qu’il se suicide.

    Mais autre fait unique ou malédiction qui caractérise l’Algérien c’est obsession du pouvoir dont il est narcissique qu’il ne lâchera jamais dusse-t-il finir les devant ou sur un fauteuil roulant…..

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