Édition du
10 December 2016

Témoignage d’un parent de disparu victime de la répression ce jour à la Grande Poste d’Alger

SlimaneSlimane Hamitouche est le neveu d’un disparu. Depuis 1998, il fait partie des jeunes activistes qui luttent pour connaitre la Vérité sur le sort des disparu(e)s de la sale guerre et parmi eux son oncle maternel. Il est de tous les sit-in des familles de disparu(e)s et il a fréquenté pratiquement tous les commissariats d’Alger en tant que détenu après chaque rassemblement.

Aujourd’hui, à l’occasion du 10e anniversaire de la « Charte de l’impunité », la Coordination nationale des familles de disparu(e)s avait décidé d’organiser un rassemblement pacifique à la Grande Poste d’Alger pour dénoncer cette Charte de la honte et pour réclamer Vérité et Justice. Slimane fait partie de cette coordination. Il raconte le cauchemar qu’il a vécu ce matin avec ses compatriotes lors de la répression sauvage qui s’est abattue sur eux.

Nous étions en tant que membres de la coordination, une quinzaine, femmes et hommes, au niveau de la Place Audin, nous dirigeant vers la Grande Poste. Soudain, nous fumes assaillis par une trentaine de policiers, en civil et en tenue. Apparemment, des policiers en civil nous avaient suivis depuis le haut de la rue Didouche et nous avaient signalés à leurs collègues stationnés à Audin. Devant ces renforts, nous avons constitué une véritable barrière humaine pour résister. Et nous avons commencé à lancer des slogans : « Kassaman marana habssine, hatta ebanou el makhtoufines », « Ya Tartag ya Seffah, bi kadhiyate el makhtoufines ma tartah » , « barakat, barakat, mel hogra barakat ».

Nous fumes rejoints par d’autres familles de disparus qui étaient au niveau de la Grande Poste.

Alors commença la bastonnade (coups de poings et coups de pieds). Plusieurs manifestants furent malmenés, trainés sur le sol et embarqués de force  vers les camions  et les Caddys de la police pour être emmenés vers les commissariats. Des insultes et des blasphèmes fusaient de la bouche de ces policiers, et ce malgré la présence de mères et épouses de disparus. Je fus entrainé de force avec une pluie de coups de poings et de pieds vers un camion avec un autre citoyen  Ahmed Taani, non-voyant et nous fumes enfermés dedans. L’un des policiers m’insulta en proférant des grossièretés contre ma mère (grossièretés que je ne peux répéter ici). Au moment où on nous a enfermé dans le camion, je voyais des policières foncer sur les mères et épouses de disparus avec une violence inouïe. Wassila Benlatreche fut violemment entrainée vers un autre fourgon. Le gilet qu’elle portait avec la photo de son frère disparu lui fut arraché et jeté dans le camion.

Saker Naïma, Fergani, Oughlissi Farida, Chambazi Hakima, Benkheznadji Lamia, Bouabdallah Chafia et Nateche Fatiha, parmi tant d’autres, furent embarquées par la police.

Quant aux jeunes Yacine Khaldi, Fateh Madhi, Ahmed Gacem, Issami Sofiane et Abdelwab, ainsi que d’autres dont j’ai oublié le nom, furent embarqués à leur tour pour être dispatchés sur plusieurs commissariats.

On m’emmena ainsi que Ahmed le non voyant, au commissariat de la Rue Didouche Mourad, situé en face de l’Hôtel « Suisse ».

Dès l’entrée au commissariat je fus accueilli par des coups de poing au dos et des coups de pied d’un policier en tenue. Un autre policier en civil, sortant d’un bureau m’accueillit par des blasphèmes (Dine Rabak et autres obscénités). Il ordonna au policier en tenue de me neutraliser par des menottes en m’attachant les poignets à une barre de fer de telle manière que je ne pouvais pas me protéger des coups. Il commença alors à me gifler puis à me donner des coups de poing au ventre alors que j’étais bloqué par les 2 menottes, ne pouvant réagir. Je suis resté près de 2 heures menotté à la barre de fer. Puis vint une dame officier qui ordonna aux policiers de nous transférer au commissariat de la Place du 1er mai, face à l’hôpital Mustapha. Arrivés à ce commissariat, l’officier local refusa de nous prendre et nous fumes ainsi jetés à nouveau dans le fourgon pour retourner au commissariat de Didouche.

Vers 13h 15, on nous dirigea vers l’hôpital Mustapha pour un examen en médecine légale. J’ai montré les traces des menottes aux poignets et des gifles au visage et au cou, au médecin.
Vers 15h, on nous libéra.
Les mères et épouses de disparus, au nombre de 3 ou 4, emmenées au commissariat de la Place du 1er mai ont été libérées vers 16h.

Wassila Benlatreche, Lamia Benkheznadji et Bouabdallah Chafia  qui étaient  au commissariat de Scala (El Biar) puis au commissariat de Sidi Yopucef furent libérées vers 18h.

Ainsi va la réconciliation à l’algérienne, la réconciliation de la bastonnade et des insultes !

Témoignage recueilli par la Cellule des Droits de l’Homme du CCD

Alger le 29 septembre 2015


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5 Commentaires sur cet article

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  • titiche
    30 septembre 2015 at 12 h 04 min - Reply

    « Dès l’entrée au commissariat je fus accueilli par des coups de poing au dos et des coups de pied d’un policier en tenue. Un autre policier en civil, sortant d’un bureau m’accueillit par des blasphèmes (Dine Rabak et autres obscénités). Il ordonna au policier en tenue de me neutraliser par des menottes en m’attachant les poignets à une barre de fer de telle manière que je ne pouvais pas me protéger des coups. Il commença alors à me gifler puis à me donner des coups de poing au ventre alors que j’étais bloqué par les 2 menottes, ne pouvant réagir. Je suis resté près de 2 heures menotté à la barre de fer. »…..
    En lisant cette part du récit je me suis dit: dans le commissariat les policiers peuvent au moins mettre les manifestants en tôle sans utilises ces méthodes dures et ils auront fait leur part du travail, ni plus ni moins. Mais quand ils participent a des massacres, a l’intérieur de leur enceintes, ils ne sont plus que des larbins au service du pouvoir. Le jour ou la roue tournera, et il faut bien qu’elle tourne, qui va les protéger de la horde du peuple……du déjà vu……ce jour la ils seront comme des ???????.
    Ce n’est que du chaos que renaîtra l’ordre.

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  • k Seddiki
    30 septembre 2015 at 18 h 13 min - Reply

    Il faut se dessiller les yeux : ce régime est dictatorial et ne permettra jamais au peuple de s’exprimer librement ! Pus vite on en sera persuadé plus vite apparaîtront les solutions -ou la solution finale .Il ne sert à rien de vivre opprimé ! Ce n’est plu une vie !

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  • Nordine
    1 octobre 2015 at 13 h 55 min - Reply

    On si approche à grand pas
    je parle du CHAOS
    ils sont en train de provoquer ce qu’il y a de pire pour une nation et un peuple
    La vengeance ….
    Continuer messieurs du pouvoir continuer faites et faites encore ….
    Car vous allez le regrettez ….
    Et le payer Chèrement….

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  • Omar
    30 novembre 2015 at 18 h 32 min - Reply

    Salem
    Il y’a 14 siècles notre prophète nous avait recommandé de ne pas travailler dans la police ni les forces de repression dictatoriales, et un autre hadith nous dessine ces gens portant des fouets (ou baton) à la main comme étant des personnes qui vont s’éterniser en enfer, et la réalité du terrain nous donne quoi..? Des salopards qui se font une compétition de koufriates à qui mieux mieux, d’insultes d’un autre age, de coups, et de sévices
    صنفان من أهل النار لم أرهما. قوم معهم سياط كأذناب البقر يضربون بها الناس.

    عن النبي صلى الله عليه وسلن (( ليأتين عليكم أمراء يقربون شرار الناس، و يؤخرون الصلاة عن مواقيتها، فمن أدرك ذلك منكم، فلا يكونن عريفا و لا شرطيا و لا جابيا و لا خازنا ))

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  • AMAR
    1 décembre 2015 at 20 h 08 min - Reply

    C EST CE QU ON A HERITE DE L EPOQUE SOVIETIQUE :LA DICTATURE! souvenons nous de l ecroulement du mur de BERLIN et de la deroute des personnels rattaches a la STASI UNE POLICE SECRETE COMPOSEE EGALEMENT d UNE SORTE DE HORDES DE BALTAGUIAs COMME CHEZ NOUS ! souvenons nous des diffultes d integration de l allemagne de l est qui n arrivait pas a se soustraire de ses tares ..dans un meme immeuble les residents etaient stupefaits de decouvrir qu ils etaient espionnes par leurs voisins baltaguis.si on ose dire ……la majorite de cette police a DISJONCTE …ILS SONT DEVENUS INUTILES REJETES PAR LA SOCIETE MEME PAR LEUR FAMILLE ON COMPTAIT PARMIS EUX DE TRES NOMBREUX SUICIDES…AUTREFOIS ILS CROYAIT SERVIR LEUR PATRIE ET COMME LEURS DIRIGEANT SE CONFONDAIT SOUVENT AVEC LEUR PATRIE ILS SE SONT SUBORDONNES A EUX..IL Y A TROP DE SIMILITUDES AVEC CE QUI SE PASSE CHEZ NOUS…………….DONC RASSURONS NOUS ILS SUBIRONT LE MEME SORT SI NON PIRE..

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