Édition du
6 December 2016

BEETHOVEN, le sourd, non-muet

 

beethoven-1519312069 – Youcef  L’Asnami

 

« Je ne peux donc chercher un point d’appui qu’au plus profond, au plus intime de mon être ; ainsi, à l’extérieur il n’y en a absolument aucun pour moi. Non, rien que des blessures pour moi dans l’amitié et les sentiments du même genre. (…) c’est toi (en parlant de lui) qui dois te créer tout en toi-même.».

C’est par cet émouvant texte que BEETHOVEN se releva du refus qui lui a été opposé par le père de Thérèse Malfatti, la jeune fille – qui avait 22 ans de moins que lui- dont il était tombé amoureux et qu’il alla demander en mariage en mai 1810. Le compositeur aurait bu « beaucoup » avant d’aller affronter les parents de Thérèse.

Lorsqu’on évoque la vie personnelle de ces génies qui ont marqué l’histoire par leurs œuvres, qu’ils soient scientifiques, littéraires ou musicales, on reste abasourdi tout autant par la complexité de leurs êtres, leurs conditions sociales, que leur fragilité, éléments moteurs de leur créativité débordante.

Il en est ainsi de BEETHOVEN qui, sur le plan personnel, et comme beaucoup de musiciens, d’écrivains ou de peintres de sa génération, a eu une vie tourmentée. Il n’a jamais eu « la chance » avec les femmes qu’il a aimées !   Ni avec Joséphine de Bruswick qui lui a préféré un homme plus riche que lui, ni avec sa sœur Thérèse de Bruswick, ni avec les comtesses Giulietta Guicciardi, qui le jugea « laid », Anna-Marie Erdödy ou Almerie Esterhazy ni avec Antonie Brentano, qu’elles ont, pour la plupart, rejeté à cause de sa surdité ou de sa pauvreté matérielle ! C’est ce qui lui a inspiré sa fameuse « Qui désire récolter des larmes, n’a qu’à semer de l’amour. ».

 

Et pourtant, ce génie de la musique n’a atteint le sommet de la gloire artistique qu’ à la fin de ses jours, certainement sourd  et probablement pauvre!

 

Mort à 57 ans, BEETHOVEN a eu à affronter d’énormes problèmes de santé dont la surdité qui le frappa dès 1797 à l’âge de 27 ans et qui n’a cessé de progresser jusqu’à être totale vers 1820 soit sept ans avant sa mort ! Ce problème de surdité a fait l’objet de très nombreuses lettres de BEETHOVEN qui en voulait aux médecins qui n’ont pas pu ou pas su le soigner.

 

En octobre 1802, dans une correspondance manuscrite de BEETHOVEN à ses frères Kaspar et Johann, il dira son désespoir devant sa surdité avancée qui l’a poussé à l’isolement de la société et à une solitude à tendance suicidaire.

 

« Ô vous, hommes, qui me regardez ou me faites passer pour haineux, fou, ou misanthrope, combien vous êtes injustes pour moi ! Vous ne savez pas la raison secrète de ce qui vous paraît ainsi ! Mon cœur et mon esprit étaient enclins, depuis l’enfance, au doux sentiment de la bonté. Même à accomplir de grandes actions, j’ai toujours été disposé. Mais songez seulement, depuis six ans, quel est mon état affreux, aggravé par des médecins sans jugement, trompé d’année en année, dans l’espérance d’une amélioration, enfin contraint à la perspective d’un mal durable — dont la guérison demande peut-être des années, si elle n’est pas tout à fait impossible. Né avec un tempérament ardent et actif, accessible même aux distractions de la société, je devais de bonne heure me séparer des hommes, passer ma vie solitaire. Si je voulais parfois surmonter tout cela, oh ! Combien durement je me heurtais à la triste expérience renouvelée de mon infirmité ! Et pourtant, il ne m’était pas possible de dire aux hommes : « Parlez plus haut, criez ; car je suis sourd ! ».

 

Pendant la dizaine d’années qu’a duré sa surdité, BEETHOVEN ne communiquait plus que par écrit avec ses interlocuteurs. Cette communication écrite a fait l’objet de plusieurs versions des « Cahiers de conversation de BEETHOVEN » dont le plus controversé était celui d’Anton Schindler, un ami du musicien très critiqué par certains de ses innombrables biographes, notamment lors d’un congrès consacré au compositeur qui lui reprochent d’être « un agent double qui construisait sa gloire en utilisant celle de « son cher maître » ».

 

BEETHOVEN a vécu d’extraordinaires problèmes financiers attestés par les très nombreuses lettres qu’il a laissées, en particulier celle qui a été léguée, en janvier 2012, à l’institut allemand Brahms où il évoquait ces problèmes, l’éducation coûteuse de son neveu Karl dont il assurait la garde après la mort de son père, et le soutien dont celui-ci aura besoin après sa mort.

Mais cela n’a pas empêché cet homme de garder un minimum de fierté. En octobre 1806, et après une violente dispute avec son mécène le prince Carl Lichnowsky, il lui écrivait : « Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance. Ce que je suis, je le suis par moi. Des princes, il y en a et il y en aura encore des milliers. Il n’y a qu’un Beethoven. ».

 

En plus des difficultés de santé et d’argent, BEETHOVEN a eu aussi à affronter des problèmes avec la justice de son pays. A la veille de sa mort en novembre 1815, son frère Caspar-Carl avait souhaité, dans son testament, confié la garde de son enfant Karl, alors âgé de neuf ans, à sa mère Johanna et son frère Ludwig. Mais BEETHOVEN n’étant pas d’accord, il a tout fait pour soustraire le petit Karl à l’éducation de sa mère à qui il reproche une vie dissolue et qu’il juge indigne d’éduquer un «futur citoyen du monde». Ses démêlées avec la justice, quant à la garde de l’enfant, ont duré pratiquement cinq longues années parsemées de victoires et de défaites contre sa belle sœur Johanna, mais où le musicien finira par obtenir satisfaction. Mais la garde de cet enfant a été plus que conflictuelle, entrainant le petit Karl à une tentative de suicide avortée.

 

Une douzaine de films ont été consacrés à la vie de BEETHOVEN. Celui de Bernard ROSE « Ludwig Van B. » lui grave une scène devenue culte. Pour la présentation de sa 9ème symphonie, et au moment la Finale, n’entendant bien évidemment pas les réactions enthousiastes du public, BEETHOVEN ne comprit son succès qu’en se retournant et voyant la salle debout l’acclamer. Sourd ! Berlioz aurait eu cette réflexion à propos de ce génie de la musique classique « Quoi qu’il en soit, quand Beethoven, en terminant son œuvre, considéra les majestueuses dimensions du monument qu’il venait d’élever, il dut se dire : « Vienne la mort maintenant, ma tâche est accomplie.»

 

 

Comme tous les grands hommes, BEETOVEN fascine et émeut à la fois. Tourmenté, amoureux, presque alcoolique, croyant pratiquant, malade, il reste un grand humaniste. En 2012, à l’occasion de l’inauguration du Palais de la Culture et des Sports, la société de radio-télévision d’Osaka a organisé une colossale présentation de l’  » Ode à la Joie » de BEETHOVEN qui a rassemblé quelque dix mille choristes. La vidéo de ce concert a été visionnée par près de 5 millions d’internautes.

 

C’est dire la passion des japonais pour ce compositeur dont Mozart disait « Faites attention à celui-là, il fera parler de lui dans le monde ».

 

Et on n’a pas fini de parler de ce génie qui affirmait « Ne te contente pas de pratiquer ton art, mais fraie-toi un chemin dans ses secrets, il le mérite bien. Car seuls l’art et le savoir peuvent élever l’homme jusqu’au Divin. ».

 

 

 

 

 


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UN COMMENTAIRE

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  • ilhem
    1 octobre 2015 at 7 h 37 min - Reply

    C’est le titre qui donne envie de lire l’article. Belle retrospective d’une facette de Bethoven non connue du grand public. La musique reste universelle. Bethoven est sourd mais non muet puisqu’il exprime ses emotions par la musique. je ne suis pas mélomane et je ne m’y connais pas en musique mais les deux videos de Bethov donnent la chair de poule. merci M. l’asnami pour ce partage qui nous apprends beaucoup sur ce grand artiste.

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