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5 December 2016

Boualem Sansal et l’enfumage du monde

SansalVENDREDI 2 OCTOBRE 2015

La chronique du blédard : Boualem Sansal et l’enfumage du monde

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 1er octobre 2015

Akram Belkaïd, Paris
Se glisser dans les habits d’un devancier prestigieux est une tendance récurrente en littérature. C’est le cas de Boualem Sansal dont le dernier roman (*) fait écho au célèbre « 1984 » de George Orwell. Il ne s’agit pas ici de proposer une critique classique de cette fiction dont il se dit qu’elle a de fortes chances de décrocher le très prestigieux prix Goncourt (lequel sera décerné à Tunis au musée du Bardo…). Notons juste, mais ce n’est guère une surprise, que l’ouvrage est soutenu en France par l’habituelle campagne médiatique à propos de la « solitude » de l’auteur dans son pays d’origine, des « menaces » dont il fait l’objet de la part des islamistes ou de la « censure » que lui inflige le pouvoir algérien. Sous le ciel d’Alger-en-Saint-Germain, le quadriptyque « solitude – menace – fatwa – censure » est un excellent argument marketing pour attirer le chaland. Un bla-bla bienveillant, pour ne pas dire paternaliste, qui empêche de se pencher sérieusement sur la valeur littéraire du texte et, plus encore, sur sa pertinence politique.
Entendons-nous bien. Un roman n’est absolument pas obligé de délivrer un message militant. C’est ce qu’a d’ailleurs trop longtemps ignoré la littérature algérienne d’expression française. Mais quand on a le culot de prétendre reprendre le flambeau d’Orwell, il est nécessaire de bien choisir son sujet car il s’agit tout de même de se projeter dans le futur. L’auteur de « La Ferme des Animaux » (Animal Farm) ou de « Hommage à la Catalogne » (Homage to Catalonia) a été autant un écrivain engagé qu’un visionnaire. Homme de son temps, combattant les armes à la main contre le franquisme en Espagne, il a su « voir loin » et anticiper la persistance et la mutation des systèmes totalitaires. Ainsi, « 1984 » et son fameux « Big Brother » ne sont pas uniquement la critique du nazisme ou du communisme. Cette inégalable mise en garde vaut encore pour notre époque où la propagande et la mise sous coupe réglée des individus n’est pas l’apanage des seules dictatures.
Dans la marche de notre monde, il y a, d’un côté, le bruit et la fumée tandis que, de l’autre, on trouve les forces telluriques d’une puissance insoupçonnée qui préparent l’avenir de l’humanité. Dès lors, le choix est simple. On peut enfoncer des portes ouvertes et écrire une énième dénonciation de l’islamisme ce qui, entre autre, confortera les idées reçues à propos de la supériorité morale et politique de l’Occident face à un monde arabe en pleine déroute. Ce faisant, on participera à cette vaste supercherie qui tend à faire croire que le problème principal de la planète est le djihadisme et notamment les agissements du groupe Etat islamique (EI, communément appelée Daech).
Bien sûr, il faut être clair dans son propos. Il est évident que l’OEI est un danger et personne de censé ne peut nier le caractère sanguinaire et totalitaire de cette secte millénariste. Mais l’histoire regorge de multiples devanciers de « Daech », de ces forces du mal – si l’on veut s’en tenir à une approche binaire – qui finissent toujours pas être vaincues avant que n’en apparaissent de nouvelles. Le fond du problème c’est que la focalisation sur ce thème occulte ceux dont Orwell se serait certainement emparé s’il était encore vivant. Où va notre monde ? Qu’est-ce qui le menace, sérieusement ? L’intégrisme religieux ? Ah, que ce thème est bien utile… Débats, livres, dépenses militaires en hausse, lois liberticides, obsessions sécuritaires : pour faire oublier les courbes du chômage qui montent au ciel, l’explosion des inégalités, la mise au pas et la concentration des médias, le pouvoir croissant des multinationales au détriment des Etats et la persistance d’un déséquilibre mondial en matière de répartition des richesses, il n’y a rien de mieux que d’occuper le citoyen en aggravant sa peur.
Une littérature se revendiquant d’Orwell devrait plutôt évoquer cette révolution technologique en cours qui menace à terme de priver des millions de personnes de travail. Elle devrait s’emparer de cette « uberisation » croissante de l’économie où la convergence entre internet et l’exigence d’une hausse sans fin de la productivité nous mène à une catastrophe sociale d’envergure. Nous vivons déjà dans un monde où de belles expressions comme « économie collaborative » signifient la destruction de milliers d’emplois, la disparition de la protection sociale et le retour du travail payé à la tâche. Bienvenue au dix-neuvième siècle ! Une littérature orwellienne devrait anticiper ces lendemains inquiétants que nous préparent, faute de vigilance politique et citoyenne, les progrès foudroyants de l’intelligence artificielle couplés à ceux de la robotique. Aujourd’hui, déjà, une vie privée et des données personnelles traçables en permanence et transformées en marchandises. Demain, des systèmes intelligents capables de s’auto-dupliquer et de supplanter l’homme ? De le mettre sous tutelle ? De le détruire ? L’auteur de cette chronique est ingénieur de formation et a toujours cru aux vertus du progrès technologique. Mais ce n’est pas une raison pour en éluder les menaces. L’emprise de la machine et « la fin de l’homme » après celle « du travail » est une possibilité que les œuvres d’anticipation du vingtième-siècle ont vu venir mais que la littérature récente persiste à ignorer. Il est peut-être temps de revoir « Le cerveau d’acier » (Colossus : The Forbin Project, 1970), film adapté d’un roman de Dennis Feltham Jones où deux supercalculateurs, l’un américain, l’autre soviétique, prennent « conscience » d’eux-mêmes et décident de détruire l’humanité. Science-fiction ? Pas si sûr…
Pour en revenir au djihadisme, rappelons simplement qu’Al Qaeda a effectivement détruit les tours jumelles de New York et tué des milliers d’êtres humains mais relevons aussi que cette organisation et ses avatars n’ont certainement pas empêché que des milliards de dollars se déversent dans la Silicon Valley où se bidouille un futur inquiétant. Comment qualifier les années 2000 ? Celles de l’émergence de l’hyper-terrorisme ou bien alors celles du boom des « quatre fantastiques », ces GAFA, autrement dit Google, Apple, Facebook et Amazon, qui dominent le web ? Google, dont les deux fondateurs dépensent des millions de dollars dans le développement de l’intelligence artificielle… Et ce n’est pas un hasard si l’on retrouve ces mêmes personnages, et d’autres « entrepreneurs », aux sources de la recherche sur « l’amélioration » de l’humanité. Oh, pas toute l’humanité mais juste celle qui aura les moyens de payer pour vivre jusqu’à cent ans ou être débarrassées des maladies. Il y a quelques semaines, The Economist consacrait un article sur la thérapie génique avec ce titre édifiant : « Editing humanity » autrement dit, réviser, corriger ou encore améliorer l’humanité. Glaçant…
Un nouvel ordre mondial, respectivement façonné par le marché, par des principes néolibéraux et libertariens, par une technologie de plus en plus intelligente et par un néo-eugénisme qui ne dit pas encore son nom, voilà ce qui se dessine dans un contexte où les démocraties perdent de leur vigueur et où la presse, exsangue, ne joue plus son rôle de vigie. Cela rend la littérature indispensable encore faut-il qu’elle ne participe pas à cet enfumage dilatoire qui nous fait croire que Daech est bien plus dangereux que des nanotechnologies échappant à tout contrôle. L’islamisme politique et ce qu’il charrie de bigoterie et de comportements régressifs méritent d’être dénoncés. Cela est fait de manière régulière. Quotidienne. Fort de sa notoriété, et souhaitant marcher sur les traces d’Orwell, Boualem Sansal aurait mieux fait de choisir un vrai sujet pour échapper au cadre culturel convenu dans lequel il est lui-même maintenu. Tout aussi important, il aurait pu mettre sa notoriété au service d’un objectif important, celui de permettre à ses propres concitoyens d’échapper aux débats éculés et de sortir de leur isolement intellectuel en prenant la mesure du monde tel qu’il menace d’évoluer.


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4 Commentaires sur cet article

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  • Amel
    2 octobre 2015 at 20 h 52 min - Reply

    Tout à fait d’accord avec vous, Monsieur Akram Belkaïd. Cet écrivaillon de quatre sous pour se montrer ne trouve pas mieux d’écrire des tas de cochonneries adoubés de mensonges grotesques pour se faire « accepter » par les dominateurs du monde dont le règle principale est: INSULTE ET DENIGRE TON PAYS ET NOUS T’ASSURONS UN nobel et TOUT CE QUE TU VEUX…..

    L’autre, cinéaste de métier, ne fait que le suivre à la trace….. Et vous verrez qu’après sa participation au festival du cinéma de Haïfa, Merzak Allouache sera nominé et couvert de fausses nominations forcés….. ainsi que d’opprobres par les siens.

    Pauvres égarés. Pauvres types.

    Où est le NIF de l’ALGERIEN d’en temps…..???

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  • HANI GHORAB
    3 octobre 2015 at 23 h 41 min - Reply

    le Boualem zid el goudam; il a eu la révélation lorsqu’il s’est lamenté au mur, maintenant chacun de ces grands dégourdis de l’Algérie de l’ere 4 se la joue à sa manière pour gagner la sympathie d’Israel la mère référence pour eux, et la Judèo-Chrétienté américaine pour son argent et ses bonus, alors ils pleurent les pauvres pour leurs maitres pour qu’ils reçoivent quelques caresses pour qu’ils puissent agiter leurs queues et sortir la langue pour soupirer de contentement. voila ce que sont ces migrants de la littératures grotesques d’outre-mer dont ils se pavanent de fierté d’en etre les précurseurs.

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  • rachid dahmani
    4 octobre 2015 at 10 h 29 min - Reply

    Bonjour à tous,

    A chacun ses principes. A chacun sa barque, et à chacun son destin. Ceux des un et des autres n’auront jamais été liés en quelque façon que ce soit. Si Boualem Sansal a fait ses choix et le dit ouvertement alors c’est tout à son honneur. S’il a choisi un camp qui n’est pas le mien tant mieux pour lui, pour moi et pour les autres mais je respecte son choix. Les voltes faces ne sont pas d’aujourd’hui, et puis entre nous, comme il ne reste que très peu à partager sur cette planète, l’instinct de survie nous pousse naturellement à s’allier avec les plus forts du moment…ce qui n’est pas totalement déraisonnable. C’est mon avis, et je pense avoir le droit de l’exprimer ainsi…bonne journée à tous.

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  • djelloul habib
    4 octobre 2015 at 13 h 59 min - Reply

    Décidement certains « écrivains » algériens ont trouvé le filon!probablement très bien « conseillés »par certains cercles français influents.l’astuce consiste à tricoter sur une oeuvre célèbre et la détourner pour désigner l’ennemi planétaire :l’Islam.
    Kamel Daoud l’a fait avec son Meursfault de Camus,Il a raté le Goncourt de justesse.Et voilà Boualem Hansal qui reprend le même procédé avec son 2084 en se servant de la fiction de Orwell.Normalement on ne devrait même pas s’y attarder tant la ficelle est grosse.Soulignons seulement que l’Islam s »est déjà confronté à l’expérience historique de domination du monde et rien de tel que ce qui est décrit par Hansal ne s’est produit durant cette période,au contraire.des peuples qui n’avaient connu que l’anarchie et l’état d’infériorité avant l’Islam ont retrouvé liberté,souveraineté,prospérité et le goût des sciences.

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