Édition du
10 December 2016

La réconciliation nationale est-elle la panacée ?

Crimes et analyseLe chef de l’Etat ne communique désormais avec le peuple algérien qu’avec des messages épistolaires. À l’occasion du dixième anniversaire de la promulgation de la loi sur la réconciliation nationale, le chef de l’État explique les enjeux de cette loi en termes d’intérêt national.

Bien que des familles des victimes ne voient en cette loi qu’un obstacle les empêchant de connaitre le sort des leurs, force est de reconnaitre que le message présidentiel ne fait que confirmer cette thèse. À moins que le chef de l’État les intègre dans ce qu’il nomme « les proches des victimes du terrorisme abject et destructeur. »

Et si tel est le cas, le malentendu a encore de beaux jours devant lui. Car, ces familles penseraient plutôt à une autre violence, celle des forces de sécurité. En tout cas, alors qu’en dix ans l’exécutif a tout le temps nécessaire pour dissiper le quiproquo, cette commémoration ignore royalement ces familles.

Quoi qu’il en soit, malgré l’autosatisfaction du chef de l’État, lorsqu’il parle notamment « de ce choix salutaire vers lequel Allah a bien voulu guider nos pas », il n’en demeure pas moins que cette loi est insuffisante au moins sur un point : le rôle de la justice est uniment étouffé par l’exécutif.

En tout état de cause, bien que les violences du début des années 1990 soient derrière nous, le fait qu’un débat n’ait pas eu lieu entre les Algériens pour aplanir les différends, les ingrédients qui ont provoqué cette crise sont hélas présents. Il y a quelques jours seulement, le cas Madani Mezreg a suscité et suscite encore des débats houleux.

Personnellement, bien que je croie à la non-utilisation de l’Islam à des fins politiques –en effet, si une religion suscite l’adhésion des fidèles, il n’en est pas de même du projet politique. En plus, l’Algérie étant une République, cette question ne devrait même pas se poser –, il n’en reste pas moins que les droits politiques de chaque Algérien doivent être garantis.

En outre, alors que cette question est du ressort de la justice, pendant tout l’été, la presse s’est déchainée pour dénier le droit à Madani Mezreg de créer son parti. À son tour, le chef de l’État précise enfin, dans son dernier message, « les limites qui doivent être respectées et sur lesquelles l’État sera intransigeant. »

Or, dans une République de droit, c’est uniquement à la justice qu’échoit le rôle de définir les droits de chacun. C’est à elle aussi de déterminer si les projets politiques défendus par les Algériens sont conformes à l’esprit de la République. Dans notre pays, force est de reconnaitre que la presse et l’exécutif se substituent au pouvoir judiciaire. Et s’il doit y avoir un seul changement, c’est incontestablement vers le renforcement de ce dernier que les efforts doivent être concentrés.

Pour conclure, il va de soi que la loi sur la réconciliation nationale comporte des lacunes. Pour éviter le scénario des années 1990, il faudrait que le citoyen ait confiance en ses dirigeants. Une méfiance de sa part signifie une adhésion aux idées extrémistes. Du coup, la seule question qui mérite d’être posée est la suivante : depuis 1992, est-ce que le régime a fait des efforts pour que sa gestion soit exemplaire en associant autant que faire se peut le citoyen ? La réponse est évidemment non.

Aït Benali Boubekeur

 


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4 Commentaires sur cet article

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  • Hamid Gaoua
    5 octobre 2015 at 12 h 52 min - Reply

    Aït Benali Boubekeur

    Vous dîtes : « pendant tout l’été, la presse s’est déchainée pour dénier le droit à Madani Mezreg de créer son parti. »

    Heureusement mon cher ami que la presse s’est déchainée contre les véléités de Madani Mezreg de créer un parti politique. Autant je suis d’accord avec vous pour que la justice (national et internationale) fasse son travail pour enquêter, pour trouver et pour condamner les responsbables de la tragédie nationale des deux côté d’aillerus ,c’est à dire côté pouvoir et côté FIS (déportations, assasinas, disparitions, attentats etc… etc…), autant je ne comprends pas vos « larmes » envers Madani Mezreg à qui vous semblez donner l’autorisation et la légitimité de créer un parti politique !

    Non , mais je rêve ou quoi ! Vous savez mieux que les autres que Madani Mezreg a lui-même reconnu en direct avoir égorgé des djnounouds et d’autres quand il était dans le maquis ! Un peu de lucidité cher frère Aït Benali Boubekeur !!!.

    Je sais que vous savez aussi que la réconciliation nationale a surtout profiter aux repentis des maquis du FIS (commerces, logements, crédits bancaires, licences d’imporations etc… etc…)qu’aux autres. Moi je pense que la réconciliation nattionale a plutôt été beaucoup bien faîtes mais … pour les islamistes répentis redescendus des maquis !

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  • liza
    5 octobre 2015 at 14 h 29 min - Reply

    Tout le monde sait que cette « réconciliation nationale » n’a profité qu’aux criminels des deux bords. d’abord ceux qui ont massacré des milliers de personnes innocentes juste parce qu’elles avaient une opinion politique différente et risquaient justement de demander des comptes à ces usurpateurs si elles arrivent à prendre le pouvoir, puis ces ignorants qui ont rabaissé ou plutôt tenté de rabaisser l’Islam religion de science, de paix et de lumière à un simple accoutrement et à des slogans haineux venus d’un autre âge. Les uns comme les autres sont lavés (avec le sang des 200 000 morts) de tous soupçons. Aucun bilan de cette tragédie, aucune leçon n’a été tirée aucun personne n’est responsable circulez y a rien à voir. Qu’allons-nous dire à nos enfants pour que cela ne se reproduise plus ?

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  • Ait Benali Boubekeur
    5 octobre 2015 at 14 h 59 min - Reply

    Cher Hamid Gaoua!
    Vous n’avez pas bien compris le sens que je donnais à cette campagne médiatique de l’été. Et comme c’est bien de répéter pour que les choses soient claires, je vais reprendre l’argumentaire. Dans un pays de justice, un cas de figure, tel que celui de Madani Mezreg, n’est pas du ressort des journalistes ou de l’exécutif. Seule la justice peut déterminer qui a le droit et qui n’a pas le droit d’autoriser des Algériens à créer des partis politiques. Par respect à ce concept de justice libre, je me refuse de donner mon avis. Mais j’ai précisé que le projet « qui exploite la religion à des fins politiques » ne m’intéresse pas. Et si un tel projet venait à triompher par les urnes, je serais le premier opposant.

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  • Mouloud
    6 octobre 2015 at 9 h 56 min - Reply

    Monsieur Boubekeur, vous dites que seule la justice peut dire qui a le droit ou pas de créer un parti politique. Ceci est vrai! Cependant la loi sur la réconciliation n’a pas tenu compte de la justice a rendre aux victimes. Le repentir ne suffit, il aurait fallu que la justice entendent toutes les partis, déterminer avec justesse les actes de chacun et, de condamner les crimes même s’il y a repentance ( Dans tous les pays, les repentis payent leurs forfaits même s’il s’agit de peines de prisons allégées).Si l’administration algérienne n’était pas bordélique ou, était un tant soit peu organisée et non intéressée, les élection de 90 n’auraient jamais permis au FIS de rafler la mise. Le résultat est là devant nous, tous les baltaguis et les mauvais drabkis tiennent le pouvoir et s’y accrochent, beaucoup d’entre-eux auraient rejoint ce FIS avec armes et bagages.
    Dans l’Algérie même de Boumédiene ( ALLAH Y ERRHMOU) ce types d’individus n’auraient ete que des plantons au mieux, que dire Si ABANE, BEN M’HIDI et les autres vrais Chouhada n’avaient ete pas assassinés ou donnés!!!
    La mascarade des années 90 avait pour prélude la destruction de l’Algérie !!!

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