Édition du
8 December 2016

De Tewfik à Tartag : un criminel contre l’humanité en remplace un autre à la tête des services secrets algériens

Armée3Algeria-Watch, 4 octobre 2015

13 septembre 2015, 14 h 44 : coup de tonnerre dans le ciel (pas du tout serein) du sérail du pouvoir algérien. Un très sec communiqué de la présidence de la République annonce qu’elle « a mis fin à ce jour aux fonctions de chef du Département du renseignement et de la sécurité [DRS], exercées par le général de corps d’armée Mohammed Médiène, admis à la retraite1 ». Vingt-cinq ans après sa nomination, le 3 septembre 1990 (par un décret présidentiel resté secret à l’époque), à la tête du DRS, la police politique algérienne, héritière de la redoutable Sécurité militaire de Boumediene, le général Médiène (76 ans), dit « Tewfik » – pourtant spécialement décoré de la « médaille de bravoure » par le ministère de la Défense nationale le 5 juillet 20152 –, est remplacé par l’un de ses anciens adjoints, le général Athmane Tartag (65 ans), dit « Bachir » (de son vrai nom El-Bachir Sahraoui).

Aux origines : la « sale guerre » des années 1990

Régulièrement et faussement donné « partant » depuis 1995 par les ragots récurrents de la presse algéroise3, celui qui a longtemps été considéré, à juste titre, comme l’« homme fort » du pouvoir politique et économique algérien, aurait donc été officiellement « débarqué » par le président Abdelaziz Bouteflika (78 ans), lequel incarne depuis 1999 la façade « démocratique » de l’« Algérie Potemkine »4. Une fable d’autant plus invraisemblable que nul n’ignore que ce dernier, victime d’un grave accident de santé en novembre 2005 (on a parlé alors d’un cancer à l’estomac), puis d’un accident vasculaire cérébral en avril 2013, est depuis lors très diminué ; au point que depuis sa quatrième réélection (frauduleuse comme les précédentes) en avril 2014 à la tête de l’État, il n’est plus qu’une sorte d’ectoplasme politique ne disposant, au mieux et grâce à force drogues, que de quelques heures de lucidité quotidienne. Et donc dénué du moindre pouvoir réel.

C’est pourquoi le tsunami de commentaires qui a accompagné le départ du général « Tewfik » Médiène dans la presse algérienne (officielle comme « opposante », imprimée ou « en ligne ») doit être considéré avec les plus grandes précautions, tant s’y mêlent les désinformations made in DRS et les élucubrations les plus absurdes. Perplexes à juste titre face à ce nouvel épisode relevant de la difficilement décryptable « kremlinologie » algéroise, les médias occidentaux se sont en général cantonnés à l’évocation prudente de la thèse avancée par la plupart des médias algériens : l’éviction du général « Tewfik » Médiène et de son « clan » marquerait le triomphe du « clan Bouteflika », incarné par Saïd Bouteflika, frère cadet du président qui tirerait les ficelles à sa place ­ – dans le but, selon certains, de le remplacer.

Cette thèse résiste mal à l’examen objectif des informations disponibles à tous, et de quelques autres, plus confidentielles, recueillies par Algeria-Watch depuis que notre association s’est engagée en 1997 pour dénoncer les violations des droits de l’homme en Algérie. Algeria-Watch n’est évidemment pas dans le « secret des dieux » qui décident au sein du pouvoir algérien. Mais la persévérance dans la mission que nous nous sommes fixée nous a permis de recevoir régulièrement, au fil des années, nombre de témoignages de qualité (dont plusieurs émanant d’officiers patriotes révoltés par les exactions et la corruption de leurs supérieurs). Ces témoignages, qui ont pu être vérifiés et validés, permettent d’apporter un éclairage utile pour comprendre les vraies raisons du « départ » du général Tewfik.

Ces raisons ne peuvent toutefois être comprises sans un rappel du rôle majeur joué par ce dernier et par son récent successeur dans la « sale guerre » conduite, dans les années 1990, par les chefs de l’armée et du DRS contre la population civile, « coupable » à leurs yeux d’avoir majoritairement voté pour le Front islamique du salut (FIS) en décembre 1991, et dont une infime minorité avait choisi la lutte armée. Sans d’ailleurs que la plupart de ces militants aient alors compris que les « groupes islamiques armés » (GIA) étaient progressivement devenus des « groupes islamiques de l’armée » contrôlés par des agents du DRS ou des islamistes retournés par eux5.

Tewfik et la « machine de mort »

Le général « Tewfik » Médiène a été le principal organisateur de cette stratégie de guerre contre-insurrectionnelle, qui a fait des dizaines de milliers de morts et de disparitions forcées de 1992 à 2000 (une stratégie directement inspirée de la « doctrine de guerre révolutionnaire », ou « DGR », théorisée et mise en œuvre par l’armée française contre le peuple algérien à partir de 1954, lors de la guerre de libération engagée par les nationalistes du FLN6). Autant de crimes contre l’humanité, selon la définition donnée par les statuts de la Cour pénale internationale (CPI). Des centaines d’officiers supérieurs des forces spéciales de l’ANP et du DRS en ont alors été les acteurs ou les complices, tandis que des milliers de soldats du rang n’avaient d’autre choix que de faire le « sale boulot » (comme avant eux les soldats français mobilisés en Algérie pour « casser le bougnoule »). Depuis 1997, Algeria-Watch s’efforce de documenter leurs exactions, dans la perspective d’actions judiciaires qui permettront à leurs victimes de faire reconnaître leurs droits.

Après une carrière parfois chaotique après l’indépendance au sein de la Sécurité militaire, la police politique du régime, Tewfik a été promu à sa tête en 1990 (quand elle est devenue « DRS »), à l’initiative du général Larbi Belkheir qui était alors l’« homme fort » du régime. Déjà considérables, les pouvoirs du DRS et de son chef vont s’étendre encore à partir du coup d’État militaire du 11 janvier 1992, dont les promoteurs déposent le président Chadli Bendjedid et annulent le second tour des élections législatives qui allaient être remportées par le Front islamique du salut (FIS). Avec son adjoint Smaïl Lamari, dit « Smaïn » (1941-2007)7, Tewfik sera ensuite le principal concepteur et organisateur d’une véritable « machine de mort » clandestine visant à « éradiquer » toute opposition – islamiste ou non –, par tous les moyens : torture généralisée, disparitions forcées et exécutions extrajudiciaires par milliers, manipulations des groupes armés se réclamant de l’islam, déplacements forcés de population, élimination systématique des officiers en désaccord avec cette politique… Une entreprise conduite par ces deux hommes en étroite concertation avec les autres généraux « janviéristes » – le putsch a eu lieu en janvier 1992 – à la tête du gouvernement, de l’Armée nationale populaire (ANP) ou du DRS : Larbi Belkheir, Khaled Nezzar, Abdelmalek Guenaïzia, Mohammed Lamari, Mohammed Touati (ainsi que de leurs complices civils). La principale motivation de ces hommes n’était aucunement idéologique ou « républicaine » : il s’agissait pour eux de préserver à tout prix les circuits de corruption et d’enrichissement qu’ils avaient construits à leur profit depuis le début des années 1980, en éliminant ou en retournant tous ceux qui auraient pu les mettre en cause – les islamistes au premier chef – et leurs partisans, par un véritable « terrorisme d’État » – une politique globalement avalisée par les gouvernements français successifs (voire activement soutenue par certains d’entre eux).

Depuis plus de quinze ans, les modes d’action de ce terrorisme d’État, le détail de ses exactions et les noms de leurs responsables ont été largement et rigoureusement documentés par les enquêtes d’ONG nationales et internationales de défense des droits humains, les témoignages d’officiers dissidents et de familles des victimes, ainsi que par des enquêtes de journalistes indépendants8. Ces publications ont attesté que la « guerre contre les civils » des années 1990 en Algérie s’inscrit bien dans le sinistre cortège des tueries d’État industrialisées recensées depuis la Seconde Guerre mondiale : celles où, en dehors des guerres coloniales et des guerres interétatiques, les victimes nationales se comptent à chaque fois en centaines de milliers (Indonésie, Chine, Cambodge, Guatemala, Colombie, Soudan, Congo-Kinshasa, Sri Lanka, Rwanda, Tchétchénie, pour ne citer que les principales).

Certains des crimes contre l’humanité commis alors à l’initiative de Tewfik Médiène et de ses collègues ont notamment été révélés en 2001 par le lieutenant dissident Habib Souaïdia, dans son livre La Sale Guerre, où il relatait les atrocités dont il avait été le témoin9. Puis par un autre officier dissident en 2003, le colonel Mohammed Samraoui, qui a détaillé dans sa Chronique des années de sang les modalités de l’instrumentalisation de la violence « islamiste » par les chefs du DRS et de l’ANP10. En octobre 2003, Algeria-Watch et le militant algérien Salah-Eddine Sidhoum ont publié le rapport Algérie, la machine de mort, qui établissait en détail, témoignages à l’appui, le fonctionnement de l’appareil répressif largement clandestin mis en œuvre par ces derniers11. En 2004, dans un livre de référence, Françalgérie. Crimes et mensonges d’États, les journalistes Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire ont très précisément synthétisé et mis en perspective l’ensemble des informations alors disponibles permettant de comprendre la mise en place de cette « machine de mort », ainsi que la complicité des autorités françaises dans ce processus12. Un travail complété et détaillé, la même année, par le Comité justice pour l’Algérie, organisateur à Paris de la 32e session du Tribunal permanent des peuples consacré aux « Violations des droits de l’homme en Algérie, 1992-200413 ». Et depuis lors, Algeria-Watch n’a cessé de documenter, par de multiples études et communiqués, le rôle du DRS et de son chef Tewfik dans ce terrorisme d’État, toujours actif en 2015, certes sous de nouvelles formes.

Mais force est d’admettre que toutes ces informations, pourtant assez facilement vérifiables, n’ont guère été reprises à l’époque par les médias occidentaux, notamment français, que la plupart ont alors ignorées. D’où leur perplexité quand ils ont dû, dix ans plus tard, tenter d’expliquer les raisons du départ de « Tewfik », parfois qualifié de « dieu de l’Algérie » dans la presse algérienne elle-même. Ces médias ont en effet été les premières cibles du dispositif sophistiqué de désinformation déployé dans les années 1990 par le chef du DRS et ses collègues, visant à cacher la réalité du terrorisme d’État qu’ils mettaient en œuvre : leur pari étant que l’ennemi désigné par eux étant le « barbare islamiste », les médias français et occidentaux fermeraient les yeux sur la barbarie d’État mise en œuvre pour l’« éradiquer ».

Un pari malheureusement gagné pour l’essentiel, comme l’atteste entre mille exemples le silence qui a accueilli en France la publication en 2008 du bouleversant et révélateur témoignage posthume du journaliste algérien Saïd Mekbel, assassiné le 3 décembre 1994 par des « islamistes »14. Dans ces entretiens accordés à l’automne 1993 à la journaliste allemande Monika Borgmann, l’éditorialiste du quotidien Le Matin – où il soutenait pourtant avec constance la politique d’« éradication » des islamistes poursuivie par les généraux janviéristes – expliquait pourquoi il était convaincu que les meurtres d’intellectuels laïques qui se multipliaient depuis quelques mois, attribués aux GIA (ou revendiqués par eux), étaient en réalité commandités par le général « Tewfik » Médiène : il s’agissait selon lui d’un « terrorisme pédagogique », visant à « réveiller la société civile »15. Et il disait sa conviction que s’il était tué à son tour, ce serait sur son ordre.

Tartag, le « monstre » de Ben-Aknoun

Ces rappels – évidemment trop succincts – de la carrière criminelle du général de corps d’armée Mohammed Médiène étaient nécessaires pour expliquer la quasi-sidération qui a suivi, dans les médias occidentaux, l’annonce de son remplacement en septembre 2015 à la tête du DRS par le général-major à la retraite Athmane « Bachir » Tartag, qui fut longtemps l’un des pires exécuteurs de sa « machine de mort ».

De 1990 à mars 2001, le commandant (puis colonel) Tartag a dirigé le Centre principal militaire d’investigation (CPMI, situé à Ben-Aknoun, dans la banlieue d’Alger), une unité dépendant de la Direction centrale de sécurité de l’armée (DCSA), l’une des principales directions du DRS. Durant toutes ces années-là, la caserne du CPMI a été l’un des pires centres de torture et d’exécutions extrajudiciaires du DRS, comme l’ont documenté depuis de nombreux témoignages16.

Celui de l’ex-colonel du DRS Mohammed Samraoui est à cet égard particulièrement significatif. En juillet 1994, alors qu’il était en poste à l’ambassade d’Algérie en RFA, il rendit visite lors d’un passage à Alger à Bachir Tartag, qui avait été autrefois son subordonné et son ami. Voici comment il a rendu compte de cette visite dans son livre : « C’était vraiment hallucinant ! Lors de mon entretien avec le lieutenant-colonel Tartag, j’ai appris que, dès le début 1992, il avait constitué sur ordre du colonel Kamel Abderrahmane [chef de la DCSA], une unité de “commandos” appelée “unité d’action” qui se chargeait non seulement de l’exécution des suspects, mais également de terroriser les familles d’islamistes dans les quartiers considérés comme leurs fiefs. Selon ses propos, “il coupait le soutien aux intégristes qui ne devaient plus retrouver refuge chez leurs parents”.

« Cette unité était constituée de plusieurs groupes de six à dix éléments accoutrés en tenue “afghane” et portant des barbes d’une dizaine de jours. Au milieu de la nuit, à bord de véhicules civils banalisés, ils se rendaient dans les quartiers “islamistes” comme Cherarba, Les Eucalyptus, Sidi-Moussa, Meftah, etc., pour cibler des familles bien précises, celles des islamistes recherchés. Ils frappaient à la porte en criant : “Ouvrez, nous sommes des moudjahidine.” Dès que la porte s’ouvrait, les occupants étaient tous massacrés. Le lendemain, les quotidiens nationaux attribuaient ces crimes aux islamistes ou à la guerre fratricide déchirant leurs rangs. En 1993 et 1994, le bilan quotidien de ces exactions variait de dix à quarante victimes.

« La justification de ces expéditions punitives contre les “durs de la mouvance islamique” était qu’il s’agissait prétendument d’actions “préventives” visant à éviter que les sympathisants du FIS rejoignent les maquis après avoir été libérés des camps du Sud. Mais il s’agissait surtout de terroriser la population et de se débarrasser des islamistes refusant d’être retournés et qui risquaient de bénéficier de la “complaisance” de la justice. Le lieutenant-colonel Bachir me déclara ainsi : “À quoi bon les remettre à la justice si au bout de trois ou six mois ils sont remis en liberté pour nous harceler de nouveau ? Dès que quelqu’un tombe entre nos mains, il ne risque pas d’aller en prison ! Tu vois, on fait faire des économies à l’État !” Quel cynisme ! Sincèrement, j’étais bouleversé : ce n’était plus le capitaine Bachir que j’avais connu à Constantine, gentil, serviable, éduqué, humain… J’avais en face de moi le lieutenant-colonel Tartag devenu un monstre, un mutant17. »

Dans son livre, Mohammed Samraoui révélera également que Tartag était particulièrement impliqué, dès 1992, dans l’infiltration et les manipulations des premiers groupes armés islamistes, puis dans le pilotage des groupes directement contrôlés par le DRS, comme le Front islamique du djihad armé (FIDA) et le Groupe islamique armé (GIA) de Djamel Zitouni18. Parmi les innombrables horreurs perpétrées par ces « groupes islamiques de l’armée », principalement contre la population civile, il faut très probablement inscrire l’assassinat – revendiqué par le GIA – à Alger, le 3 août 1994, de trois gendarmes et deux fonctionnaires français. En effet, écrivent Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire : « Si l’opération semble bien avoir été exécutée par un groupe armé contrôlé par le DRS, celui de l’“émir” Mahfoud Tadjine, adjoint de Chérif Gousmi et numéro deux du GIA, plusieurs témoins affirment qu’elle fut organisée par le colonel Bachir Tartag, le patron du CPMI de Ben-Aknoun. Aucune enquête n’a été diligentée par Paris sur l’assassinat de ses cinq gendarmes et fonctionnaires, mais toutes les informations disponibles montrent qu’il s’agissait d’une vaste manipulation destinée […] à faire basculer la France dans le camp éradicateur19. »

Fort de ses « états de service », Tartag a poursuivi sa carrière criminelle au sein du DRS, jusqu’à être promu général-major en juillet 2011, juste avant (du moins officiellement) de partir en retraite. Il en a été rappelé par « Tewfik » Médiène en décembre 2011 pour être nommé à la tête de la Direction de la sécurité intérieure du DRS (DSI, qui a remplacé la DCE), la plus importante instance de la police politique. Reste à comprendre maintenant pourquoi, quatre ans plus tard, le premier a remplacé le second.

2013-2015 : l’« effeuillage du DRS » et la valse des dirigeants

La question se pose d’autant plus que le départ de Tewfik est intervenu au terme d’une étonnante séquence de deux ans, qui a vu le DRS progressivement « dépouillé » de plusieurs de ses branches (le plus souvent au profit de l’état-major de l’ANP) et l’éviction de plusieurs de ses responsables. Rappelons les principales étapes de ce processus, telles que l’on peut tenter de les reconstituer à partir d’informations (souvent contradictoires) délivrées par la presse algérienne francophone et arabophone (que nous avons tenté de valider par d’autres sources, sans pouvoir assurer toujours la totale véracité de ces informations, tant reste opaque la communication des sources militaires, ANP ou DRS, du régime algérien) :

– juillet 2013 : le colonel Fawzi, directeur de la Direction de la communication et de la diffusion du DRS (chargé du contrôle des médias) est mis à la retraite d’office ; deux mois plus tard, son service est placé sous l’autorité de l’état-major de l’ANP ;

– septembre 2013 : le général-major M’henna Djebbar (qui fut avec Tartag l’un des pires responsables de crimes contre l’humanité pendant la « sale guerre » quand il dirigeait le CTRI de Blida) est démis de ses fonctions à la tête de la Direction centrale de sécurité de l’armée (DCSA) du DRS, laquelle est désormais rattachée au chef d’état-major de l’ANP et dirigée par le général Lakhdar Tirèche ; et le Service central de police judiciaire des services militaires de sécurité du ministère de la Défense nationale, chargé des enquêtes anti-corruption au sein du DRS, passe également sous la tutelle directe de l’ANP. Une semaine plus tard, les deux directions essentielles restant au sein du DRS sont décapitées : le général-major Athmane Tartag est mis à la retraite – il devient « conseiller » du chef de l’ANP, le général Gaïd Salah (73 ans) – et remplacé à la tête de la DSI par le général-major Abdelhamid Bendaoud, dit « Ali », attaché militaire à l’ambassade d’Algérie à Paris ; le même sort affecte le général-major Rachid Lallali, dit « Attafi » (75 ans), qui cède sa place à la tête de la Direction de la documentation et de la sécurité extérieure (DDSE) au général Mohamed Bouzit, dit « Yacef » (61 ans) ;

– janvier 2014 : la « Commission spéciale de sécurité », officiellement créée en décembre 2013 pour gérer la carrière des officiers de l’armée (et du DRS) et composée des chefs de l’ANP et de la police20 entérine les départs en retraite du colonel Fawzi, du général Djebbar et du général Abdelkader Aït-Ouarabi, dit « Hacène » ou « Hassan », jusqu’alors chef du Service de coordination opérationnel et de renseignement antiterroriste (SCORAT) au sein de la DSI (dirigée par Tartag jusqu’en septembre 2013) du DRS ;

– février 2014 : un mois à peine après sa mise à la retraite, le général « Hassan » est arrêté « d’une manière musclée » par des gendarmes et accusé d’« activités séditieuses » (« constitution de bandes armées, détention et rétention d’armes de guerre, fausses déclarations sur le stock d’armes utilisées ou mises à sa disposition dans le cadre de ses prérogatives (lutte antiterroriste)21 ») ; il est « élargi » quelques jours après, puis on n’entendra pratiquement plus parler de cette affaire étrange dans la presse algérienne pendant dix-huit mois ;

– juillet 2015 : le général-major « Ali » Bendaoud, réputé proche de Tewfik, est remplacé à la direction de la DSI par le général Abdelkader (qui dirigeait le CTRI de Blida, de sinistre mémoire, depuis 2005) ; la Direction générale de la sécurité et de la protection présidentielle (DGSPP), qui dépendait du DRS, est rattachée à l’état-major de l’ANP (son patron, le général Djamel Lekhal Medjdoub, est remplacé par le général Nacer Habchi) ; tandis que le général-major Ahmed Moulay Meliani, patron de la Garde républicaine, est remplacé par le général-major Ben Ali Ben Ali, chef de la 5e région militaire ;

– août 2015 : alors que le CSORAT, chargé de la lutte antiterroriste, est rattaché à la DCSA (donc à l’armée), on apprend que le Groupe d’intervention spéciale (GIS, connu comme la « force de frappe » du DRS, unité qui avait été responsable des pires exactions dans les années de la « sale guerre ») est purement et simplement dissous.

Et le 30 août 2015, la presse algérienne rapporte avec force détails que le fameux général « Hassan », l’ancien chef de la lutte antiterroriste au sein du DRS, a été arrêté et incarcéré à la prison militaire de Blida, en attente de jugement pour les « faits graves » qui lui étaient reprochés dix-huit mois auparavant (en substance : au Sahel et en Tunisie, il aurait manipulé, voire directement instrumentalisé, des groupes armés se réclamant de l’islam). Enfin, à l’issue de ces deux années de « valse au sommet », survient logiquement le départ officiel, le 13 septembre, du général Médiène, chef suprême du DRS depuis un quart de siècle.

Peut-on pour autant prétendre, avec la plupart des médias algériens, tous plus ou moins proches jusque-là des hommes de la police politique, qu’il s’agit d’une « vaste opération menée par le clan présidentiel en vue de déstructurer et vider de sa substance le DRS », qui serait devenu une « coquille vide22 » ? Pour trancher cette question, il est essentiel de prendre en compte d’autres facteurs occultés par ces médias – et par la plupart de leurs homologues étrangers, qui les ignorent trop souvent. Quand on ajoute ces « pièces manquantes » d’information au puzzle très incomplet et falsifié proposé par les « sources officielles » pour expliquer les « luttes de clans » au sommet de l’État algérien, après avoir conservé les informations avérées et retiré celles, bien plus nombreuses, relevant de la pure propagande, une image beaucoup plus vraisemblable de ces luttes émerge du puzzle ainsi reconstitué.

Le rôle majeur des pressions américaines dans la prétendue « normalisation » du DRS

Première pièce d’information manquante de ce puzzle : les dessous de la gigantesque prise d’otages opérée le 16 janvier 2013 sur le site gazier de Tiguentourine – à 60 km de la petite ville saharienne d’In-Amenas –, qui s’est soldée par la mort de trente-neuf otages étrangers, un otage algérien et trente-deux assaillants. Dans un article de l’ex-lieutenant Habib Souaïdia23, Algeria-Watch a révélé, un mois après ce drame, ce qui s’est passé alors : selon les informations précises24 qu’il a alors recueillies auprès de « militaires patriotes bien informés » – des officiers qui étaient présents au sein de la cellule de crise constituée sur place par des responsables des forces spéciales de l’ANP et du DRS –, c’est le général Athmane Tartag, alors chef de la DCSA, qui a ordonné aux hommes du GIS, commandés par le général « Hassan », de « tirer dans le tas » : les missiles tirés par leurs hélicoptères ont indistinctement tué les terroristes islamistes et les otages occidentaux qu’ils détenaient (dont dix Japonais, neuf Philippins, six Britanniques, cinq Norvégiens, trois Américains et un Français).

Cette information sur le rôle direct du DRS dans ce drame n’a été reprise par aucun des grands médias occidentaux25. Mais les services de renseignements des principaux États occidentaux impliqués en Algérie (CIA et NSA pour les États-Unis, MI6 pour le Royaume-Uni, DGSE pour la France) l’ont évidemment connue avant Algeria-Watch, tout en se gardant bien de le reconnaître – ce qui les conduira d’ailleurs à exercer des pressions constantes sur les familles des victimes pour qu’elles cessent de se battre sur le plan judiciaire afin d’obtenir vérité et justice.

Dans un autre article que nous avons publié en avril 2015, Habib Souaïdia a donné les clés de ce triomphe de la raison d’État : « Les services secrets occidentaux sauront également très vite par qui leurs ressortissants ont été tués. Mais tenus qu’ils étaient par leur collaboration “antiterroriste” avec les services algériens, ils ont caché cette réalité. Furieux de ce crime du DRS, les chefs des services américains et britanniques ont toutefois fait savoir aux généraux de l’état-major de l’ANP que cela ne devait plus jamais arriver, et qu’ils devaient impérativement mettre fin aux agissements et à l’autonomie des chefs du DRS. D’où le regain de tension entre les deux pôles du pouvoir militaire algérien, qui s’est traduit en septembre 2013 par l’éviction d’importants officiers supérieurs du DRS26. » Telle est en effet, à notre connaissance, la raison majeure de la première vague d’« épuration » au sein du DRS à l’été 2013 que nous avons évoquée, avec l’éviction apparente des généraux-majors Athmane Tartag et M’henna Djebbar, criminels contre l’humanité aux mains trop rouges du sang de leurs milliers de victimes.

Intervient peu après un autre événement essentiel, également pièce manquante dans les puzzles d’information falsifiés proposés par la propagande officielle comme par la plupart des opposants au régime – il y en a certainement d’autres que nous ignorons, mais celui-là, comme le premier, nous semble décisif. Dans un nouvel article publié par Algeria-Watch en avril 2015, Habib Souaïdia – toujours grâce à ses sources au sein de l’ANP – révèle pourquoi l’assassinat en septembre 2014 du touriste français Hervé Gourdel par un groupe armé improbable se réclamant de l’État islamique (agissant en Irak et en Syrie) est très probablement un nouveau coup tordu des chefs du DRS rompus à la manipulation des groupes armés « se réclamant de l’islam ». Et dans cet article, il explique pourquoi cet épisode tragique est d’une certaine façon la conséquence d’un autre survenu à l’été 2013 : l’infiltration, à l’initiative du général Hassan, de « djihadistes » du DRS au sein des maquis salafistes de l’Est tunisien, dans le but de déstabiliser le gouvernement du parti islamiste Ennahda – lequel tombera en décembre 2013. « C’est ce que, explique Souaïdia, selon mes correspondants, des militaires tunisiens ont alors révélé aux services de renseignements américains, qui auraient du coup demandé à nouveau aux chefs de l’ANP d’en finir une bonne fois pour toutes avec ces manipulations des chefs du DRS – d’où l’arrestation (très provisoire) du général Hacène27. »

Avec ces « pièces manquantes », la logique de la singulière histoire de l’« effeuillage » depuis 2013 des prérogatives du DRS de 1990, avatar de l’omnipotente police politique au cœur du régime depuis l’indépendance, apparaît d’une façon sûrement plus conforme à la réalité des débats – et non des « luttes de clans » – au sein d’une coupole mafieuse dont les membres ne partagent qu’un seul et même objectif : durer à tout prix afin de poursuivre l’accaparement et le partage à leur profit (et celui de leurs enfants et de leurs proches) des richesses de l’Algérie.

C’est dans cette perspective qu’ils ont (partiellement) cédé aux exigences formulées par les responsables des services américains et britanniques. Car, comme leurs homologues français, ces derniers n’ignorent évidemment pas le « double jeu » joué depuis le début des années 2000 par les généraux (ANP et DRS) contrôlant le pouvoir réel en Algérie. Un double jeu fondé sur la poursuite de leur politique de manipulation de la violence islamiste – à travers les « groupes islamiques de l’armée » – qu’ils avaient mise en œuvre contre le peuple dans le cadre de leur stratégie « contre-insurrectionnelle » lors de la sale guerre des années 1990. À partir de 2003, ils ont partiellement déplacé au Sahara et au Sahel les actions terroristes des groupes armés islamistes qu’ils contrôlaient directement ou indirectement : GIA, puis GSPC, AQMI, MUJAO, Al-Mourabitoune, Ansar Eddine, etc.28, tandis que certains d’entre eux continuaient à mener des actions sporadiques dans le nord du pays, surtout en Kabylie29. Cela dans un double but : en interne, l’entretien d’un « terrorisme résiduel » permettant aux chefs de l’armée et du DRS de justifier la perpétuation de leur pouvoir autoritaire (avec son cortège de violations massives des libertés élémentaires) ; et, à l’international, de justifier leur rôle de « partenaires incontournables » des puissances occidentales dans la lutte antiterroriste au Maghreb, au Sahara et au Sahel, au motif de leur longue « expérience » en ce domaine.

Duplicité et « jeux de rôles » pour imposer à l’Algérie un nouvel avatar de la police politique

Depuis les attentats du 11 Septembre, les dirigeants américains ont de fait constamment tenu à célébrer publiquement l’« expertise antiterroriste » des généraux algériens30, mais sans être dupes pour autant. Et quand le double jeu de ces derniers a commencé à sérieusement « déraper », notamment avec le drame de Tiguentourine et l’épisode des maquis tunisiens infiltrés, ils ont à l’évidence compris que la « méthode algérienne » devenait plus contre-productive qu’efficace pour tenter de rétablir un minimum de stabilité au Maghreb, après l’intervention militaire de l’OTAN en Libye en mars 2011 (laquelle a détruit le régime dictatorial de Kadhafi au prix d’un chaos régional menaçant d’être aussi durable que celui provoqué par la guerre américaine lancée en 2003 contre l’Irak de Saddam Hussein). Les services américains ont également fait part de leur perplexité quant aux capacités de renseignement opérationnel du DRS, incapable d’anticiper l’attaque d’un site gazier de première importance et de détecter un convoi circulant sur plusieurs centaines de kilomètres dans le désert. Ils ont mis en exergue la déconnexion entre renseignement et unités militaires et ils ont exigé que des mesures correctives soient prises sur ce point. Pour enfoncer le clou, l’armée américaine a annoncé, au printemps 2015, le renforcement substantiel de sa base de Moron de la Frontera en Espagne pour accroître sa capacité d’intervention en Afrique31.

Il est certain que Washington n’apprécie guère le régime algérien, comme en témoigne par exemple le fait que ses relations avec Alger sont principalement gérées par ses services de renseignements et le Département de la défense, tandis que les contacts politiques et diplomatiques restent limités au minimum. Mais les États-Unis doivent tenir compte de la position de la France – laquelle donne sur la question algérienne le « la » au sein de l’Union européenne –, qui accorde de longue date un soutien sans faille au régime antidémocratique de son ancienne colonie. D’où, là aussi, un double jeu de la part de l’administration américaine.

D’un côté, elle se garde bien de dénoncer fortement les graves violations des droits de l’homme perpétrées par le régime algérien, comme d’exprimer ouvertement son inquiétude face à l’incapacité croissante de son gouvernement de façade – celui du très diminué président Abdelaziz Bouteflika et de son inepte Premier ministre Abdelmalek Sellal – de gérer une population réduite depuis 2002 aux émeutes à répétition pour exprimer sa révolte. Un climat social d’autant plus menaçant que l’effondrement des cours des hydrocarbures, seule ressource du pays, remet en question le fondement même de la stabilité du régime : la redistribution clientéliste d’une partie de la rente pétrolière.

Et, d’un autre côté, Washington n’hésite pas depuis 2013 à faire discrètement mais fermement pression (en coordination avec Londres et Paris) sur les vrais « décideurs » algériens, les patrons de l’ANP et du DRS, pour mettre un terme à certains aspects d’un mode de gouvernance devenu inefficace. En témoigne notamment la très discrète « visite de travail » à Alger, le 27 août 2015, du directeur du renseignement national des États-Unis (Director of National Intelligence), James R. Clapper32 : survenant à la veille de l’arrestation du général Hassan et du départ du général Tewfik, cette surprenante visite, sans précédent officiel, semble avoir eu pour premier motif de s’assurer de la bonne exécution des instructions du Pentagone.

Même si bien des aspects de cette affaire restent à éclaircir, il est donc possible d’affirmer sans grand risque que le remplacement de Tewfik par Tartag à la tête du DRS n’est certainement pas – comme l’affirment nombre de médias algériens contrôlés par des hommes d’affaires liés au DRS – le résultat d’une imaginaire « lutte de clans » opposant Saïd Bouteflika, le frère du président, au général Tewfik Médiène, dont il aurait « eu la peau ». Ni même celui d’une lutte farouche entre les chefs de l’ANP et du DRS : même si, depuis la fin de la « sale guerre » qu’ils avaient menée conjointement, ils ont pu diverger – voire s’opposer – sur des choix tactiques, eux-mêmes et leurs successeurs sont restés unis sur l’essentiel, la préservation de leur système de pouvoir (et de leurs richesses issues de la corruption) – dont ils peinent toutefois à trouver des relais dans les jeunes générations.

Il semble en revanche hautement probable que ces vieux « décideurs » ont en partie cédé aux pressions américaines en neutralisant le général Hassan, manipulateur en chef des « groupes islamiques de l’armée » depuis les années 2000 – ce qui pourrait impliquer le reflux de la stratégie d’instrumentalisation du « terrorisme islamiste », privilégiée depuis plus de vingt ans par les généraux. Mais l’indiscutable réduction des pouvoirs officiels du DRS, accompagnée de divers rideaux de fumée destinés à cacher la réalité, est surtout le fruit d’une adaptation très pragmatique aux pressions de Washington. Car le DRS a conservé l’essentiel pour se maintenir au cœur du contrôle de la société : la DSI et la DDSE, les deux directions responsables du contre-espionnage et du renseignement extérieur (à l’image de la DGSI et de la DGSE en France, ou du FBI et de la CIA aux États-Unis).

Tout changer pour que rien ne change…

Reste un paradoxe apparent : si cette opération de « normalisation » du DRS a été déclenchée principalement par les pressions américaines exercées suite à la tuerie des otages occidentaux de Tiguentourine commanditée par Tartag en janvier 2013, pourquoi les responsables des services américains ont-ils finalement accepté que ce soit lui qui remplace Tewfik ?

Selon les informations recueillies par Algeria-Watch aux meilleures sources, l’explication réside dans le double jeu déjà évoqué des services américains (et de leurs partenaires européens), mis en œuvre pour tenter d’en finir avec celui des généraux algériens : ils ont tout fait (notamment à travers les publications des « experts » de l’antiterrorisme des think tanks financés par le Pentagone et les lobbies néoconservateurs) pour occulter publiquement le rôle des chefs du DRS dans l’instrumentalisation de la « violence islamiste » ; tout en faisant savoir aux « décideurs » d’Alger qu’ils devaient en finir avec cette pratique (dont ils entendent sans doute avoir le monopole).

Le « limogeage » de Tewfik et la nomination de Tartag n’ont certainement pas été décidés en 24 heures, le 13 septembre 2015. Tewfik, qui savait depuis longtemps qu’il était dans l’œil du cyclone américain, n’ignorait pas qu’il n’avait évité son éviction au lendemain de Tiguentourine que parce que d’autres avaient payé pour lui. Il savait aussi qu’il ne bénéficiait depuis cette date que d’un sursis, qui a pris fin avec l’affaire de la manipulation du DRS en Tunisie, cause de la chute du général Hassan.

Selon nos informations, la décision de mettre fin aux fonctions de Tewfik aurait été prise lors de la nomination en septembre 2014 de Tartag en qualité de conseiller de Bouteflika, nomination que Tewfik semble avoir lui-même recommandée, ce qui expliquerait pourquoi il a collaboré aux décisions ultérieures. Son remplacement par Tartag arrangeait en effet Tewfik sur plusieurs points. D’abord, il le protégera contre toute action « malveillante », vu qu’il a été son complice depuis 1992, qu’ils ont ensemble tué, égorgé, torturé, etc. Connaissant bien par ailleurs les réseaux de Tewfik à l’intérieur du DRS, Tartag est le mieux placé pour perpétuer le système qu’ils ont conjointement mis en place. De ce fait, il est également le plus à même de contrer éventuellement les Américains, dans le cas où ces derniers « suggèreraient » d’autres mesures qui n’arrangeraient pas le clan des anciens. Et du fait de son passé de sanguinaire, directement passible du TPI, il fera le nécessaire pour éviter à Tewfik et aux autres janviéristes survivants le passage par La Haye. De même, la promotion de Tartag adresse aux centaines d’officiers du DRS et de l’ANP responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans les années 1990 un message clair : leur impunité sera garantie.

Cette nomination a dû faire l’objet d’intenses négociations entre Algériens et Américains qui ont duré un an (septembre 2014-septembre 2015). Car les services de renseignements américains sont également complices d’un certain nombre d’actions attribuées aux groupes « islamistes », au Sahel notamment, et ils ont couvert toutes les turpitudes des Algériens dans ce domaine depuis le 11 Septembre. Seul quelqu’un qui a participé à toutes ces magouilles est en mesure de « veiller aux intérêts » des uns et des autres et donc d’éviter aussi aux Américains pour le moins un grand scandale. Ces derniers craignaient aussi qu’un total démantèlement du DRS déstabilise ce régime qui, finalement, sert leurs intérêts dans la région. La nomination de Tartag est enfin une mesure provisoire : c’est parce qu’il est une sorte d’intérimaire qui devra céder la place à plus ou moins long terme que les Américains ont donné leur accord à sa nomination. Pour toutes ces raisons, Tartag arrange aussi Bouteflika, Gaïd Salah et probablement la plupart des chefs de régions militaires.

Ainsi, derrière les changements d’hommes, les mouvements de structures bureaucratiques, les changements d’attributions et de compétences publiquement affichés dans un curieux exercice d’« opacité transparente », le système de pouvoir reste intact, hors des institutions et hors de tout contrôle démocratique. Ces jeux de chaises musicales dans un théâtre d’ombres ne peuvent dissimuler l’essentiel : l’immuabilité d’un système fondé sur la répression des libertés publiques et l’interdiction de toute activité politique autonome pour maintenir le contrôle absolu de la dictature sur la rente. Ces modifications formelles très scénarisées sont ordonnées selon un storytelling destiné à accréditer la thèse de changements décisifs. Mais rien ne change dans le fonctionnement du pays. Le lifting du DRS annoncé à grand fracas ne signifie aucunement la fin du régime.

Notes

1 « Athmane Tartag nouveau chef du DRS en remplacement de Mohamed Médiène admis à la retraite », Algérie Presse Service, 13 septembre 2015.

2 Hadjer Guenanfa, « Le général Toufik décoré de la médaille de bravoure », TSA, 5 juillet 2015.

3 Voir par exemple : S. Ghazi, « Patron de la puissante DRS depuis 1990, le général Toufik serait partant », El Watan, 23 avril 2001.

4 Sur cette notion, voir notamment nos articles de 2001 et 2012 : « Le livre qui a ébranlé l’Algérie. Entretien avec François Gèze », Politis, 28 juillet 2001 ; Algeria-Watch, « Algérie 2012 : un régime de vieillards sanguinaires en fin de règne », 11 janvier 2013.

5 Voir Salima Mellah, Le Mouvement islamiste algérien entre autonomie et manipulation, CJA/TPP, www.algerie-tpp.org, mai 2004.

6 Sur la « DGR », voir notamment trois ouvrages essentiels : Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l’école française, La Découverte, Paris, 2004 ; Marie-Catherine et Paul Villatoux, La République et son armée face au « péril subversif » (1945-1960), Les Indes savantes, Paris, 2005 ; Mathieu Rigouste, L’Ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine, La Découverte, Paris, 2009.

7 Algeria-Watch, « Le général Smaïl Lamari et les massacres de 1997 », 3 septembre 2007.

8 Nombre de ces documents sont accessibles sur le site Web d’Algeria-Watch, notamment à partir de la page « Violations des droits humains ».

9 Habib Souaïdia, La Sale Guerre. Le témoignage d’un ancien officier des forces spéciales de l’armée algérienne, La Découverte, Paris, 2001 (voir à ce sujet la page du site Algeria-Watch « Autour du livre La Sale Guerre »).

10 Mohammed Samraoui, Chronique des années de sang. Algérie : comment les services secrets ont manipulé les groupes islamistes, Denoël, Paris, 2003 (sommaire et introduction accessibles sur Algeria-Watch).

11 Algeria-Watch et Salah-Eddine Sidhoum, Algérie : la machine de mort, octobre 2003.

12 Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire, Françalgérie. Crimes et mensonges d’États, La Découverte, Paris, 2004 (sommaire et introduction accessibles sur Algeria-Watch).

13 Dix-neuf dossiers très détaillés, accessibles sur le site Web consacré à cette session du TPP (algerie-tpp.org).

14 Monika Borgmann, Saïd Mekbel, une mort à la lettre, Téraèdre/Dar al-Jadeed, Paris/Beyrouth, 2008.

15 Voir la recension de ce livre par François Gèze, « Algérie : révélations posthumes du journaliste Saïd Mekbel », Rue89, 27 février 2008. Voir également Algeria-Watch, « Vingt ans après : décembre 1994, l’assassinat de Saïd Mekbel, le journaliste qui avait dû “avaler ce qu’il sait” », 3 décembre 2014.

16 Voir notamment Algeria-Watch et Salah-Eddine Sidhoum, Les Centres de torture et d’exécution, octobre 2003 (dossier établi pour le Comité Justice pour l’Algérie à l’occasion de la session du Tribunal permanent des peuples consacré à l’Algérie).

17 Mohammed Samraoui, Chronique des années de sang, op. cit., p. 199-200.

18 Voir également Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire, Françalgérie. Crimes et mensonges d’États, op. cit., p. 385 sq (« Djamel Zitouni, un “émir” du DRS »).

19 Ibid.

20 Voir Algeria-Watch, « Algérie : explications sur la crise au sommet du pouvoir », 10 février 2014.

21 Ali Graichi, « Le général Hacène interpellé. Adjoint du général Toufik, il est accusé d’activités séditieuses », Algérie Express, 8 février 2014.

22 Voir par exemple, parmi des centaines d’articles de la même veine : Yacine Babouche, « Comment le DRS est devenu une coquille vide », TSA, 6 septembre 2015 ; Madjid Makedhi, « Louisa Hanoune : “L’Algérie ouverte à tous les vents…” », El Watan, 17 septembre 2015 (dans cette interview, l’ex-opposante trotskyste ralliée de longue date au régime répète ainsi l’antienne de la propagande officielle, n’hésitant pas à apporter son soutien aux chefs criminels du DRS : « Avec tout cela, Tartag a donc hérité d’une coquille vide. Quel est l’objectif de la destruction du DRS et de l’emprisonnement du général Hassan ? Pourquoi exposer un homme de cette pointure à un jugement de la CPI ? C’est une fragilisation de l’institution »).

23 Habib Souaïdia, « Révélations sur le drame d’In-Amenas : trente otages étrangers tués par l’armée algérienne, au moins neuf militaires tués », Algeria-Watch, 11 février 2013.

24 Sauf sur le nombre exact de victimes, qui était alors encore incertain.

25 À l’exception d’un documentaire télévisé britannique, très peu relayé, Siege in the Sahara, Channel 4, 3 septembre 2013.

26 Habib Souaïdia, « De l’assassinat d’Hervé Gourdel à la déstabilisation tunisienne : manipulations et intox des services secrets algériens », Algeria-Watch, 27 avril 2015.

27 Ibid. L’information nous a été confirmée par ailleurs par des sources tunisiennes de haut niveau.

28 Voir notamment à ce sujet : François Gèze et Salima Mellah, « “Al-Qaida au Maghreb”, ou la très étrange histoire du GSPC algérien », Algeria-Watch, 22 septembre 2007 ; et François Gèze, « Le jeu trouble du régime algérien au Sahel », in Michel Galy (dir.), La Guerre au Mali. Comprendre la crise au Sahel et au Sahara. Enjeux et zones d’ombre, La Découverte, Paris, 2013.

29 Où surgira, en septembre 2014, un très improbable et éphémère groupe Jund al-Khilafah fi Ard al-Djazaïr (Soldats du califat en terre d’Algérie), qui revendiquera son allégeance à l’État islamique (« Daech ») pour justifier l’atroce exécution du touriste français Hervé Gourdel (voir Habib Souaïdia, « De l’assassinat d’Hervé Gourdel à la déstabilisation tunisienne : manipulations et intox des services secrets algériens », loc. cit.).

30 Voir par exemple, parmi des centaines d’articles de la même eau dans la presse algérienne depuis 2001 (comme des « copier-coller » répétés ad nauseam une année après l’autre) : Mouloud Aït-Chaâlal, « Rapport du département d’État américain sur le terrorisme dans le monde. L’Algérie, un “leader agressif” dans la lutte antiterroriste », Le Jeune Indépendant, 3 mai 2004 ; Brahim Takheroubt, « Lutte contre le terrorisme en Afrique. L’ambassadeur des États-Unis encense l’Algérie », L’Expression, 2 octobre 2013 ; Yazid Alilat, « Lutte antiterroriste : Washington encense l’Algérie », Le Quotidien d’Oran, 3 mai 2014.

31 « Official : Spain approves permanent US base for Africa force », AFP, 29 mai 2015.

32 Cherif Bennaceur, « Il effectue une visite inédite : le directeur du renseignment américain à Alger », Le Soir d’Algérie, 29 août 2015.


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7 Commentaires sur cet article

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  • Si Tchad
    4 octobre 2015 at 19 h 44 min - Reply

    L’école algérienne dans toute sa splendeur, avec Cheb Toufik enseignant la theorie des assassinats pédagogiques et Cheb Tartag supervisant les « travaux pratiques »…

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  • Dria
    4 octobre 2015 at 20 h 01 min - Reply

    Ouf, je suis arrivé au bout de cette article , sans entrevoir le bout du tunnel.

    En somme il n’y a aucune confirmation ni infirmation des faits, et enfin une conclusion oú tout le monde y adhére, celle qui stipule qu’ il y a eu juste un lifting en guise de changement.

    Mais alors pourquoi toute cette LITTERATURE
    – si c’est pour l’HISTOIRE c’est bien mais qu en est-il du PRESENT alors …
    – si c’est pour la LECTURE , on peut le faire quotidiennement mais entre LIRE et AGIR ….

    Mais alors pourquoi toutes cette LITTERATURE …

    Betawfik ya TOUFIK,Tartagha Ya TARTAG et pour le PEUPLE TAG 3la men TAG. comme on dit chez nous ARDINA BEL HAM WEL HAM MARDA BINA.

    Personnellement je vous suggére de prendre l’histoire des passeports biometriques au sérieux; wallah je vais en demander pour mes petits, le départ devient un impératif et promis de la-bas je vais m’y mettre à écrire plus souvent inchallah c’est promis.

    c’est de se rendre a l’évidence , surtout quand le changement ne s’opére que sur les claviers les stylos et sur les bouts de langues pour le commun des citoyens…

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  • wahid
    5 octobre 2015 at 11 h 41 min - Reply

    octobre 88′

    Les ingrédients d’une explosion sociale

    Les clans se jouent de tout le monde, y compris du président de la République. Pris dans l’étau formé par le duo Belkheir-Hamrouche, le président Chadli est confiné à des tâches secondaires. L’un l’occupe par des voyages à l’étranger, lui donnant l’impression qu’il finira par acquérir une stature internationale semblable à celle de feu Boumediene. L’autre lui prépare des fiches détaillées sur les mauvais secteurs de l’économie, dont les ministres sont ciblés pour laisser la place aux poulains hamrouchiens. Ces fiches donnent de Chadli, dans les différentes conférences nationales ou en Conseil des ministres, l’image du chef qui connaît sur le bout des doigts tous les problèmes du pays.

    En somme, les décisions du chef de l’Etat sont élaborées par Belkheir et Hamrouche. Ils sont ses seuls interlocuteurs, avec les responsables des services de sécurité, durant sa retraite oranaise de trois mois et demi, de juin à septembre 1988. Chadli aime se payer de longues vacances. Cette année là, il a acquis deux nouveaux bateaux et cassé un nombre incalculable de voitures de grandes marques en s’adonnant à des rodéos automobiles avec ses enfants et ses beaux-frères. C’est la belle vie ! Personne n’ose déranger « le roi fainéant ». Même son premier ministre, Abdelhamid Brahimi, est hors jeu. Non seulement ce dernier, s’accrochant à son fauteuil, a laissé passer les deux remaniements ministériels de 1987 et 1988, alors qu’il était en voyage à l’étranger, mais il n’arrive même pas à décrocher une audience auprès du président lorsque ce dernier est en vacances à Oran. De toute façon, il ne peut même pas le joindre par téléphone. Marginalisé, ignoré et humilié, Abdelhamid Brahimi, n’ose pas présenter sa démission. C’est dire à quel point les responsables algériens tiennent à leurs postes. Pas par amour de l’Algérie comme ils le prétendent. juste pour le pouvoir et les privilèges qu’il garantit.

    C’est dans ce climat, marqué par l’isolement du chef de l’Etat, qui se pavane sur les plages de la côte oranaise, et au milieu d’une guerre impitoyable entre les clans, au détriment des intérêts du pays, que se mettent en place les ingrédients des évènements du 5 octobre 1988.

    De retour de ses longues vacances, le président Chadli, reposé et bronzé, la mine radieuse, va mettre le feu aux poudres, le 18 septembre, par un discours qui étonne tout le monde. Un discours prononcé devant mille deux cents cadres représentants le FLN, les ministères, les walis, les organisations de masse satellites du parti unique, etc…, dont un grand nombre d’universitaires, qui applaudissent à tout rompre « des paroles sorties de la bouche d’un homme qui n’est jamais allé à l’école », commente un ancien haut responsable. Des paroles qui vont plonger le pays dans une décennie sanglante.

    Dans ce discours, retransmis en différé par la télévision algérienne, Chadli s’attaque au gouvernement dont il est le chef, au FLN dont il est le secrétaire général, et au peuple, à qui il reproche son silence et son manque de réaction. Il l’appelle à se soulever. N’oublions pas que Chadli ne fait que répéter ce qu’on lui dit de dire. Et puis le constat qu’il expose reflète bien la situation d’un pays qui a souffert, trois mois durant, d’une mystérieuse vague de pénuries touchant tous les produits de première nécessité.
    Au lendemain de ce discours, ces pénuries se font sentir de plus en plus cruellement et atteignent leur point culminant. Au point que le pain vient à manquer dans les boulangeries, faute de farine et de semoule.

    Pourtant les produits ne manquent pas dans les stocks et dans les hangars des entreprises chargées de leur distribution. Au même moment, des tonnes de semoule pourrissent dans les hangars de la SEMPAC, la société d’Etat qui détient le monopole de la fabrication et de la distribution de la semoule.

    Des manifestations spontanées?

    Qui n’a pas vu les jeunes de Bab El Oued brandir des chaussures de marque « Stan Smith », après avoir saccagé le Monoprix du quartier ? Qui n’a pas vu des jeunes brandir, à Annaba, un sac de farine vide en guise de drapeau après avoir vidé le hangar de la SEMPAC de son contenu ? Qui n’a pas vu de jeunes enfants courir tout heureux avec des boites de tomate en conserve une fois l’assaut donné au souk el fellah de Ruisseau à Alger ?
    Il fallait affamer le peuple pour l’inciter à se manifester.

    En cette rentrée sociale 1988, la situation est grave. Des grèves
    sont déclenchées un peu partout à travers les pays. La zone
    industrielle de Rouiba, dans la banlieue est d’Alger, est la plus
    touchée par ces grèves pilotées par un syndicat acquis aux
    militants du PAGS. Ces grèves mettent à mal les desseins des
    conspirateurs.

    Ce qui devait déboucher sur des émeutes, pour marquer un tournant politique dans la vie du pays, risque de devenir un véritable mouvement populaire encadré par des forces politiques organisées et structurées. La grève des ouvriers de Rouiba tend à se généraliser à l’ensemble du pays. Fortement présent dans les zones industrielles du pays, plus particulièrement au complexe sidérurgique d’El Hadjar, à Annaba, et au port d’Alger, le PAGS risque de damer le pion aux partisans d’un libéralisme douteux dont la finalité n’est que le blanchiment de l’argent des détenteurs du pouvoir.

    La rumeur annonçant la grande manifestation pour le 5 octobre se fait de plus en plus persistante dans les quinze jours qui précèdent. Elle circule dans les couloirs des ministères et de la présidence. De hauts responsables la colportent. Mieux encore, le bulletin de renseignements quotidiens élaboré par la DGSN rapporte une information venue de Tébessa, à sept cents kilomètres d’Alger, selon laquelle des manifestations vont se produire à Alger. Sur les murs d’Alger, on tague la date du 5 octobre et on appelle à la manifestation. Dés le début de la semaine, des signes avant-coureurs laissent présager qu’Alger va vivre une chaude ambiance.

    En ce matin du 5 octobre 1988, tout est prêt. En me rendant à mon bureau, j’ai déposé mon voisin Brahim, un policier, devant le commissariat central de police à Alger centre. En cours de route nous discutons de ce que va être cette journée. La ville devrait être sous surveillance policière. Aucun déploiement des forces armées n’a été prévu. Nous constatons, étonnés, l’absence de policiers devant les édifices publics. Pas de policiers non plus dans les rues. D’habitude, un impressionnant dispositif policier est mis en place pour la moindre manifestation, même la sortie des spectateurs d’un stade de football. Aujourd’hui, il n’y a pas l’ombre d’un uniforme dans les rues de la capitale.
    Pas de gendarme non plus. Les brigades de gendarmerie urbaines ont été fermées depuis plusieurs mois. Les casernes militaires ont, également, été évacuées et remises à des organismes civils.

    « Pas de militaires à Alger », ont décrété les décideurs. Il a été même interdit aux militaires de s’attabler en tenue dans un salon de thé. « Pas de militaires à Alger » : tel semble être le souhait de Halima Bendjedid, l’épouse du président.
    Un souhait qui colle parfaitement avec les plans de Hedi Khediri, dont l’objectif n’est autre que de copier le régime tunisien : établir en Algérie un Etat policier.

    Pourtant, la veille, dans les quartiers de Bachadjarah et de Bab El Oued, des échauffourées ont opposé, les forces de l’ordre à de jeunes manifestants. Selon les rapports des agents de la S.M, ces échauffourées ont été provoquées par des agents de la police.

    Les manifestations dans la rue

    A partir de dix heures du matin les premiers groupes de manifestants prennent d’assaut, les bureaux de kasma (1) du FLN, les grandes surfaces (galeries algériennes et souks el fellah, les commissariats de police, les agences de voyages, notamment les bureaux de la compagnie Air Algérie de la place Maurice Audin, les sièges de quelques ministères situés dans les grandes artères de la ville. Des slogans hostiles à Chadli et à Chérif Messadia sont scandés.
    Des policiers sont arrêtés, désarmés et malmenés par les manifestants. Des ministres fuient par les portes de service. Ils sont humiliés devant leurs subordonnés. Ce qui devait être une manifestation pacifique exprimant le ras le bol du peuple d’un régime corrompu, tourne à l’émeute. Une manifestation dont on ignore à ce jour qui sont les inspirateurs, et les organisateurs.

    A ceux qui soutiennent la thèse de la spontanéité, je pose la question : comment peut-on soulever les populations de plusieurs villes du pays en même temps, avec les mêmes slogans et en s’attaquant aux même cibles? Comment expliquer le calme de la Kabylie, si prompte à la révolte, en de pareilles circonstances ? A moins que cette région ne soit trop difficile à manipuler, et que l’initiative risque d’échapper aux mains des commanditaires une fois lancée.

    C’est vrai, le peuple en a assez de ce régime dictatorial et corrompu. Il n’attend plus qu’une étincelle pour s’enflammer. Les conspirateurs le savent. Ils tablent sur cette grogne populaire pour mettre à exécution leurs plans diaboliques, c’est-à-dire détourner la revendication populaire à leur profit.

    Les manifestations d’octobre 1988, aussi spontanées qu’elles puissent paraître, ont été soigneusement préparées avec des ingrédients fournis par certains sorciers du système. Ce ne sont pas des hypothèses ou des histoires en l’air. Ce sont des faits réels consignés dans les rapports de situation établis par les officiers de la S.M. au niveau des wilayas. Ils relatent les faits tels qu’ils se sont vraiment déroulés.

    Au siège de la présidence de la république

    En ce jour du 5 octobre, dans les hautes sphères du pouvoir, les ponts sont coupés. Des ministres racontent qu’ils n’ont pas pu entrer en contact avec les instances dirigeantes. Ils sont livrés à eux-mêmes.

    La présidence de la République ne renvoie aucun écho aux structures qui l’informent du déroulement des évènements. A la Direction générale de la sûreté nationale, le patron de la police, Mohammed Bouzbid, un homme de Khediri, fait le mort au moment où ses éléments se font tabasser par les manifestants. Seul ordre donné en début de journée : ne pas faire usage des armes à feu ; pas même des tirs de sommation.

    A la DGPS
    A la Délégation générale à la prévention et à la sécurité, nouvelle dénomination de la S.M. depuis septembre 1987, le général Lakehal Ayat semble isolé et démissionnaire depuis quelques temps. Il est vrai que depuis la restructuration de la Direction centrale de la Sécurité militaire, il a concentré l’essentiel de ses activités sur la sécurité extérieure, notamment les mouvements de libération nationale, le terrorisme international et le contre-espionnage extérieur. La sécurité de l’armée relève désormais de la DCSA, que commande le colonel Mohamed Betchine. La police politique est confiée aux renseignements généraux de la police que dirige Bouzbid.

    Que se passe-t-il à la présidence ? Dès dix heures du matin, Chadli réunit dans son bureau une cellule de crise rassemblant Larbi Belkheir, son directeur de cabinet, Mouloud Hamrouche, secrétaire général, Hedi Khediri, ministre de l’Intérieur, Abdelhamid Brahimi, Premier ministre) et Mohammed Cherif Messaadia, le responsable secrétariat permanent du FLN.

    Peu après, le colonel Tewfik, chef du département des affaires de défense et de sécurité, se joint à la cellule de crise, en compagnie du secrétaire général du gouvernement, Mohammed Mohammedi. La présence de ce dernier à une réunion de si haute importance reste énigmatique, puisque le Premier ministre est présent. Proche de Hamrouche, qui le nommera plus tard ministre de l’Intérieur dans son gouvernement, Mohammedi sera présent à toutes les réunions qui se tiendront à la présidence entre le 5 et le 10 octobre, tandis que le Premier ministre, lui, en sera exclu.

    Comme on le constate à la lecture de ces noms, ce sont les clans antagonistes qui se réunissent. Il est à remarquer également que le général Lakehal Ayat, patron des services de sécurité ne sera jamais convié à ces réunions. Lorsqu’il est décidé de contacter Abassi Madani et Ali Belhadj pour occuper la rue et encadrer les manifestations, il sera fait appel à Mohammed Betchine, directeur central de la sécurité de l’armée. Ce dernier évoquera, douze ans plus tard, à travers les colonnes de journaux appartenant à son groupe, « le plan Potemkine », qui serait le nom de code du déclenchement des évènements d’octobre. Si vraiment ce plan avait existé, Betchine en serait complice et partie prenante. Sa traduction devant le Tribunal pénal international lèverait le voile sur cette conspiration qui est à l’origine de tout ce que vit l’Algérie depuis cette date.
    En confiant la rue à Abassi Madani et Ali Belhadj, la cellule de crise pense maîtriser la situation.
    Hedi Khediri insiste auprès des membres de la cellule pour intervenir à la télévision.

    Le discours de Hédi Khediri

    Son discours du 8 octobre est un fiasco. « L’homme qui parle aux avions ne saurait parler à un peuple en colère », ironise-t-on dans les milieux officiels, en faisant allusion au détournement d’un avion koweïtien par le Hezbollah libanais sur Alger en avril 1988. Après un premier contact avec les pirates, Hedi Khediri, avait annoncé à la presse qu’il venait de parler à l’avion !

    Avant cette intervention, l’état de siège est décrété le 5 au soir. Chadli fait appel au général Khaled Nezzar, commandant des forces terrestres, et le désigne pour diriger la manœuvre. Il a pour adjoint Mohammed Betchine, et Mohammed Lamari comme chef d’état major. Le chef de l’opérationnel est Hocine Benhadid. Le général major Abdallah Belhouchet est marginalisé.

    Qui sont les responsables de la torture?

    Alger est quadrillée par des chefs d’unités opérationnelles fidèles à Nezzar : Saïdi Abdelhamid, Fodhil Cherif Brahim, deux anciens officiers des SAS, Abdelmalek Bennaceur, neveu du général Guenaïzia, et Kamel Abderrahmane, ancien des forces locales, qui prend à Blida le relais de Bougherara Sadek à la tête du bataillon arrivé de Djelfa.

    La DGPS, qui s’était tenue à l’écart des opérations de police, finit par s’impliquer. Des universitaires militants du PAGS sont arrêtés. Ces militants, ou supposés tels, seront interrogés à Bouzaréah par le capitaine Abderrahmane Benmerzouga, chef du centre opérationnel.

    Deux jeunes lieutenants, Azzouz et Madjid, viennent me dire leur indignation. Ils ont vu les lieutenants Mustapha et Ziad, qui agissaient sous des pseudonymes, torturer des intellectuels, dont une femme répondant au nom de Baba Ahmed. Les deux lieutenants étaient émerveillés par le courage de cette femme qui tenait tête à ses tortionnaires.

    Alerté, le général Lakehal Ayat donne l’ordre de libérer les détenus. Le capitaine Benmerzouga est suspendu sur-le-champ de ses fonctions, bien qu’il ait pris la précaution de faire signer à ses victimes des attestations selon lesquelles elles ont été bien traitées. Il échappera aux sanctions en profitant du limogeage du général Lakehal Ayat quelques jours plus tard.

    Cependant, la torture massive, unique dans les annales, a eu pour cadre la caserne de Sidi Fredj, lieu de regroupement des forces spéciales placées sous le commandement du colonel Betchine. Cette caserne sera transformée, quatre jours durant, en une véritable usine à sévices. Dans ses Mémoires, le général major Khaled Nezzar* reconnaît que la torture a été pratiquée sur les manifestants d’octobre dans cette caserne. Il reconnaît la présence de Kaddour Lahouel, le beau-fils du président Chadli, qui était en tenue de parachutiste. Cependant, il garde le silence sur le rôle qu’a joué le général Betchine. Pourtant tout le monde sait que la caserne de sidi Fredj relevait de la compétence de la DCSA dont il était le patron.

    Que ce dernier cherche à nier, aujourd’hui, des faits honteux, c’est normal. Je comprends aussi le silence de Nezzar qui se garde de le citer. Il ne veut pas entrer en conflit ouvert avec Betchine. Entre chiens, on ne se mange pas.

    Le général Betchine a pourtant torturé de ses mains de jeunes manifestants. Il les faisait ramper sur du gravier, les pantalons retroussés jusqu’aux genoux. Il a ordonné à deux de ses victimes de se sodomiser en public, sous la menace d’une baïonnette. Il était en plein délire et hurlait comme un fou : « Je suis un ancien boxeur. Je fracasserai vos figures. Je baiserai vos mères, fils de putes ! » racontent, indignés, des officiers qui ont assisté impuissants à ce terrible spectacle.

    A Dely Brahim, des bruits courent sur des divergences entre les chefs militaires. Un groupe de généraux, des anciens officiers maquisards isolés, s’est réuni chez le Général Lakehal Ayat au siège de la DGPS, tandis que les hommes de confiance de Chadli, dont Khaled Nezzar et Betchine, se trouvent au siège de l’état major à Aïn Naadja. Les deux hommes arrivent à surmonter leurs divergences. Ils se mettent d’accord pour sauver le régime. Betchine, pourtant très hostiles aux transfuges de l’armée coloniale, se met à leur service dés qu’ils lui offrent une petite portion de pouvoir.

    Leurs intérêts passent avant toute autre considération. Sur le terrain, ils se font un devoir de mater l’émeute. On tire à balles réelles sur les manifestants. Qui a donné l’ordre d’ouvrir le feu ?

    Khaled Nezzar ordonne de tirer sur les manifestants

    Un sous-officier des équipes volantes de la DGPS rapporte que, sur la place du 1er Mai, il a entendu le général Nezzar ordonner à un tankiste de tirer au canon sur la foule. Betchine le contredit en souplesse en ordonnant aux militaires de tirer à ras de terre avec leurs Kalachnikov. Ce témoignage, Betchine me le confirmera cinq ans plus tard en expliquant : « Je ne voulais pas qu’il y ait des massacres. J’ai demandé aux militaires d’user de tirs de sommations en l’air et à ras de terre ». Quoiqu’il en soit, on a fini par dénombrer plus de cinq cents morts à Alger. Les généraux Khaled Nezzar et Mohammed Betchine les ont sur la conscience.

    Le 9 octobre, Chadli convoque les sept membres titulaires du bureau politique du FLN. C’est une réunion restreinte, néanmoins ouverte à Larbi Belkheir et Hedi Khediri. Que viennent-ils faire dans cette réunion à laquelle ne sont pas conviés les membres suppléants du bureau politique ? Sont-ils là pour représenter leurs clans respectifs et défendre leurs intérêts ? Au cours de cette réunion, le général Rachid Benyelles, le premier à prendre la parole, demande sans détour au président d’intervenir à la télévision pour annoncer sa démission. Il lui demande assumer l’entière responsabilité de ce qui arrive au pays.
    Devant la gravité de ses propos, certains membres du bureau politique tentent de lui couper la parole, mais Chadli l’invite à poursuivre. Benyelles va se retrouver tout seul. A l’instigation d’un Messaadia, plus élogieux que jamais envers Chadli, les autres prient le président de rester aux commandes du pays. Le plan de déstabilisation peut continuer.

    L’annonce d’une ouverture démocratique

    Une fois l’ordre rétabli, au prix de cinq cents morts et de milliers de blessés, dont des dizaines traînent aujourd’hui les séquelles, le régime de Chadli renaît de ses cendres. Des manifestations « spontanées » de soutien au président, une spécialité algérienne, sont organisées dans les grandes villes du pays et retransmises sur la chaîne unique de télévision, juste après la diffusion de son discours prononcé le 10 octobre, dans lequel il reconnaît avoir donné l’ordre à l’armée de tirer sur les manifestants.
    Qui osera demander qu’on traduise Chadli, Betchine et Nezzar devant un tribunal populaire pour leurs méfaits ? Le premier qui le fera sera traité « d’agent à la solde des services français » et passera pour un « traître à la nation ». Ces crimes sont couverts, comme le veut l’usage, par la loi du silence.
    Au lendemain des émeutes, les choses reprennent leur cours normal. A cette différence près que la rue continue de faire pression sur le pouvoir en protestant contre les abus et les tortures dont ont été victimes les manifestants. L’occasion est parfaite pour se débarrasser du général Lakehal Ayat, en le transformant en bouc émissaire. Pourtant, ils sont des milliers à dénoncer les tortures perpétrées dans les commissariats de police. Bouzbid, directeur général de la sûreté nationale et Khediri, ministre de l’intérieur, son supérieur direct, sont épargnés. Le général Betchine, qui s’est spécialement distingué, n’est nullement inquieté.

    Autre tête jetée en pâture à la colère populaire, celle du responsable du secrétariat permanent du FLN, Mohammed Cherif Messaadia. Le président Chadli le convoque et lui dit : « Si Mohammed Cherif, les temps sont difficiles ; tu es fatigué. Tu dois partir ». Sans se laisser désarmer, Messaadia utilise le même registre hypocrite. « Non, monsieur le président, je suis toujours à tes côtés. Je ne te laisserai pas seul dans cette mauvaise passe. Je suis toujours prêt à me sacrifier pour la révolution. » Mais il ne peut convaincre Chadli, qui a déjà pris la décision de sacrifier ce symbole des forces rétrogrades, et qui finit par lui lâcher : « Si Mohammed Cherif, le peuple ne t’aime pas. Va te cacher pour quelques temps ».

    Et Messaadia ira se cacher… jusqu’à ce jour de 2001 où son cousin du bled, Abdelmalek Guenaizia, l’un des membres du « club des onze », le rappelle pour lui confier la présidence du Sénat. Douze ans après les évènements d’octobre, Messadia est de nouveau le numéro deux du régime.

    Au gouvernement, la valse des Premiers ministres commence. Les premières années de la nouvelle ère, marquée par le pluralisme politique, ils sont une demi-douzaine à faire neuf petits mois et puis s’en vont. Seul Ahmed Ouyahia, l’homme des sales besognes, et Mokdad Sifi, le plus grand menteur des chefs de gouvernement devant l’éternel, passeront le cap d’une année d’exercice.

    Comment fausser le jeu démocratique

    Mais c’est au plan politique qu’est enregistrée la grande nouveauté.
    Soucieux de donner de l’Algérie l’image d’un pays démocratique,
    le clan des généraux déclare ouverte la foire aux cabotins de la
    politique. Pas moins de soixante partis politiques déposent leur
    dossier d’agrément au ministère de l’’Intérieur. Chacun y va de
    son programme. De celui qui veut faire de l’Algérie un appendice
    de Baghdad, à celui qui promet de transformer le désert algérien
    en Eldorado californien, en passant par un parti qui n’a pas trouvé
    mieux comme appellation que celle de « Parti Algérien de l’Homme
    Capital ». Allez comprendre quelque chose dans ce charabia.

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  • wahid
    5 octobre 2015 at 11 h 46 min - Reply

    http://www.hichem-aboud.com/bonne_lecture/articles_de_presse/octobre_88.html

    octobre 88′

    Les ingrédients d’une explosion sociale

    Les clans se jouent de tout le monde, y compris du président de la République. Pris dans l’étau formé par le duo Belkheir-Hamrouche, le président Chadli est confiné à des tâches secondaires. L’un l’occupe par des voyages à l’étranger, lui donnant l’impression qu’il finira par acquérir une stature internationale semblable à celle de feu Boumediene. L’autre lui prépare des fiches détaillées sur les mauvais secteurs de l’économie, dont les ministres sont ciblés pour laisser la place aux poulains hamrouchiens. Ces fiches donnent de Chadli, dans les différentes conférences nationales ou en Conseil des ministres, l’image du chef qui connaît sur le bout des doigts tous les problèmes du pays.

    En somme, les décisions du chef de l’Etat sont élaborées par Belkheir et Hamrouche. Ils sont ses seuls interlocuteurs, avec les responsables des services de sécurité, durant sa retraite oranaise de trois mois et demi, de juin à septembre 1988. Chadli aime se payer de longues vacances. Cette année là, il a acquis deux nouveaux bateaux et cassé un nombre incalculable de voitures de grandes marques en s’adonnant à des rodéos automobiles avec ses enfants et ses beaux-frères. C’est la belle vie ! Personne n’ose déranger « le roi fainéant ». Même son premier ministre, Abdelhamid Brahimi, est hors jeu. Non seulement ce dernier, s’accrochant à son fauteuil, a laissé passer les deux remaniements ministériels de 1987 et 1988, alors qu’il était en voyage à l’étranger, mais il n’arrive même pas à décrocher une audience auprès du président lorsque ce dernier est en vacances à Oran. De toute façon, il ne peut même pas le joindre par téléphone. Marginalisé, ignoré et humilié, Abdelhamid Brahimi, n’ose pas présenter sa démission. C’est dire à quel point les responsables algériens tiennent à leurs postes. Pas par amour de l’Algérie comme ils le prétendent. juste pour le pouvoir et les privilèges qu’il garantit.

    C’est dans ce climat, marqué par l’isolement du chef de l’Etat, qui se pavane sur les plages de la côte oranaise, et au milieu d’une guerre impitoyable entre les clans, au détriment des intérêts du pays, que se mettent en place les ingrédients des évènements du 5 octobre 1988.

    De retour de ses longues vacances, le président Chadli, reposé et bronzé, la mine radieuse, va mettre le feu aux poudres, le 18 septembre, par un discours qui étonne tout le monde. Un discours prononcé devant mille deux cents cadres représentants le FLN, les ministères, les walis, les organisations de masse satellites du parti unique, etc…, dont un grand nombre d’universitaires, qui applaudissent à tout rompre « des paroles sorties de la bouche d’un homme qui n’est jamais allé à l’école », commente un ancien haut responsable. Des paroles qui vont plonger le pays dans une décennie sanglante.

    Dans ce discours, retransmis en différé par la télévision algérienne, Chadli s’attaque au gouvernement dont il est le chef, au FLN dont il est le secrétaire général, et au peuple, à qui il reproche son silence et son manque de réaction. Il l’appelle à se soulever. N’oublions pas que Chadli ne fait que répéter ce qu’on lui dit de dire. Et puis le constat qu’il expose reflète bien la situation d’un pays qui a souffert, trois mois durant, d’une mystérieuse vague de pénuries touchant tous les produits de première nécessité.
    Au lendemain de ce discours, ces pénuries se font sentir de plus en plus cruellement et atteignent leur point culminant. Au point que le pain vient à manquer dans les boulangeries, faute de farine et de semoule.

    Pourtant les produits ne manquent pas dans les stocks et dans les hangars des entreprises chargées de leur distribution. Au même moment, des tonnes de semoule pourrissent dans les hangars de la SEMPAC, la société d’Etat qui détient le monopole de la fabrication et de la distribution de la semoule.

    Des manifestations spontanées?

    Qui n’a pas vu les jeunes de Bab El Oued brandir des chaussures de marque « Stan Smith », après avoir saccagé le Monoprix du quartier ? Qui n’a pas vu des jeunes brandir, à Annaba, un sac de farine vide en guise de drapeau après avoir vidé le hangar de la SEMPAC de son contenu ? Qui n’a pas vu de jeunes enfants courir tout heureux avec des boites de tomate en conserve une fois l’assaut donné au souk el fellah de Ruisseau à Alger ?
    Il fallait affamer le peuple pour l’inciter à se manifester.

    En cette rentrée sociale 1988, la situation est grave. Des grèves
    sont déclenchées un peu partout à travers les pays. La zone
    industrielle de Rouiba, dans la banlieue est d’Alger, est la plus
    touchée par ces grèves pilotées par un syndicat acquis aux
    militants du PAGS. Ces grèves mettent à mal les desseins des
    conspirateurs.

    Ce qui devait déboucher sur des émeutes, pour marquer un tournant politique dans la vie du pays, risque de devenir un véritable mouvement populaire encadré par des forces politiques organisées et structurées. La grève des ouvriers de Rouiba tend à se généraliser à l’ensemble du pays. Fortement présent dans les zones industrielles du pays, plus particulièrement au complexe sidérurgique d’El Hadjar, à Annaba, et au port d’Alger, le PAGS risque de damer le pion aux partisans d’un libéralisme douteux dont la finalité n’est que le blanchiment de l’argent des détenteurs du pouvoir.

    La rumeur annonçant la grande manifestation pour le 5 octobre se fait de plus en plus persistante dans les quinze jours qui précèdent. Elle circule dans les couloirs des ministères et de la présidence. De hauts responsables la colportent. Mieux encore, le bulletin de renseignements quotidiens élaboré par la DGSN rapporte une information venue de Tébessa, à sept cents kilomètres d’Alger, selon laquelle des manifestations vont se produire à Alger. Sur les murs d’Alger, on tague la date du 5 octobre et on appelle à la manifestation. Dés le début de la semaine, des signes avant-coureurs laissent présager qu’Alger va vivre une chaude ambiance.

    En ce matin du 5 octobre 1988, tout est prêt. En me rendant à mon bureau, j’ai déposé mon voisin Brahim, un policier, devant le commissariat central de police à Alger centre. En cours de route nous discutons de ce que va être cette journée. La ville devrait être sous surveillance policière. Aucun déploiement des forces armées n’a été prévu. Nous constatons, étonnés, l’absence de policiers devant les édifices publics. Pas de policiers non plus dans les rues. D’habitude, un impressionnant dispositif policier est mis en place pour la moindre manifestation, même la sortie des spectateurs d’un stade de football. Aujourd’hui, il n’y a pas l’ombre d’un uniforme dans les rues de la capitale.
    Pas de gendarme non plus. Les brigades de gendarmerie urbaines ont été fermées depuis plusieurs mois. Les casernes militaires ont, également, été évacuées et remises à des organismes civils.

    « Pas de militaires à Alger », ont décrété les décideurs. Il a été même interdit aux militaires de s’attabler en tenue dans un salon de thé. « Pas de militaires à Alger » : tel semble être le souhait de Halima Bendjedid, l’épouse du président.
    Un souhait qui colle parfaitement avec les plans de Hedi Khediri, dont l’objectif n’est autre que de copier le régime tunisien : établir en Algérie un Etat policier.

    Pourtant, la veille, dans les quartiers de Bachadjarah et de Bab El Oued, des échauffourées ont opposé, les forces de l’ordre à de jeunes manifestants. Selon les rapports des agents de la S.M, ces échauffourées ont été provoquées par des agents de la police.

    Les manifestations dans la rue

    A partir de dix heures du matin les premiers groupes de manifestants prennent d’assaut, les bureaux de kasma (1) du FLN, les grandes surfaces (galeries algériennes et souks el fellah, les commissariats de police, les agences de voyages, notamment les bureaux de la compagnie Air Algérie de la place Maurice Audin, les sièges de quelques ministères situés dans les grandes artères de la ville. Des slogans hostiles à Chadli et à Chérif Messadia sont scandés.
    Des policiers sont arrêtés, désarmés et malmenés par les manifestants. Des ministres fuient par les portes de service. Ils sont humiliés devant leurs subordonnés. Ce qui devait être une manifestation pacifique exprimant le ras le bol du peuple d’un régime corrompu, tourne à l’émeute. Une manifestation dont on ignore à ce jour qui sont les inspirateurs, et les organisateurs.

    A ceux qui soutiennent la thèse de la spontanéité, je pose la question : comment peut-on soulever les populations de plusieurs villes du pays en même temps, avec les mêmes slogans et en s’attaquant aux même cibles? Comment expliquer le calme de la Kabylie, si prompte à la révolte, en de pareilles circonstances ? A moins que cette région ne soit trop difficile à manipuler, et que l’initiative risque d’échapper aux mains des commanditaires une fois lancée.

    C’est vrai, le peuple en a assez de ce régime dictatorial et corrompu. Il n’attend plus qu’une étincelle pour s’enflammer. Les conspirateurs le savent. Ils tablent sur cette grogne populaire pour mettre à exécution leurs plans diaboliques, c’est-à-dire détourner la revendication populaire à leur profit.

    Les manifestations d’octobre 1988, aussi spontanées qu’elles puissent paraître, ont été soigneusement préparées avec des ingrédients fournis par certains sorciers du système. Ce ne sont pas des hypothèses ou des histoires en l’air. Ce sont des faits réels consignés dans les rapports de situation établis par les officiers de la S.M. au niveau des wilayas. Ils relatent les faits tels qu’ils se sont vraiment déroulés.

    Au siège de la présidence de la république

    En ce jour du 5 octobre, dans les hautes sphères du pouvoir, les ponts sont coupés. Des ministres racontent qu’ils n’ont pas pu entrer en contact avec les instances dirigeantes. Ils sont livrés à eux-mêmes.

    La présidence de la République ne renvoie aucun écho aux structures qui l’informent du déroulement des évènements. A la Direction générale de la sûreté nationale, le patron de la police, Mohammed Bouzbid, un homme de Khediri, fait le mort au moment où ses éléments se font tabasser par les manifestants. Seul ordre donné en début de journée : ne pas faire usage des armes à feu ; pas même des tirs de sommation.

    A la DGPS
    A la Délégation générale à la prévention et à la sécurité, nouvelle dénomination de la S.M. depuis septembre 1987, le général Lakehal Ayat semble isolé et démissionnaire depuis quelques temps. Il est vrai que depuis la restructuration de la Direction centrale de la Sécurité militaire, il a concentré l’essentiel de ses activités sur la sécurité extérieure, notamment les mouvements de libération nationale, le terrorisme international et le contre-espionnage extérieur. La sécurité de l’armée relève désormais de la DCSA, que commande le colonel Mohamed Betchine. La police politique est confiée aux renseignements généraux de la police que dirige Bouzbid.

    Que se passe-t-il à la présidence ? Dès dix heures du matin, Chadli réunit dans son bureau une cellule de crise rassemblant Larbi Belkheir, son directeur de cabinet, Mouloud Hamrouche, secrétaire général, Hedi Khediri, ministre de l’Intérieur, Abdelhamid Brahimi, Premier ministre) et Mohammed Cherif Messaadia, le responsable secrétariat permanent du FLN.

    Peu après, le colonel Tewfik, chef du département des affaires de défense et de sécurité, se joint à la cellule de crise, en compagnie du secrétaire général du gouvernement, Mohammed Mohammedi. La présence de ce dernier à une réunion de si haute importance reste énigmatique, puisque le Premier ministre est présent. Proche de Hamrouche, qui le nommera plus tard ministre de l’Intérieur dans son gouvernement, Mohammedi sera présent à toutes les réunions qui se tiendront à la présidence entre le 5 et le 10 octobre, tandis que le Premier ministre, lui, en sera exclu.

    Comme on le constate à la lecture de ces noms, ce sont les clans antagonistes qui se réunissent. Il est à remarquer également que le général Lakehal Ayat, patron des services de sécurité ne sera jamais convié à ces réunions. Lorsqu’il est décidé de contacter Abassi Madani et Ali Belhadj pour occuper la rue et encadrer les manifestations, il sera fait appel à Mohammed Betchine, directeur central de la sécurité de l’armée. Ce dernier évoquera, douze ans plus tard, à travers les colonnes de journaux appartenant à son groupe, « le plan Potemkine », qui serait le nom de code du déclenchement des évènements d’octobre. Si vraiment ce plan avait existé, Betchine en serait complice et partie prenante. Sa traduction devant le Tribunal pénal international lèverait le voile sur cette conspiration qui est à l’origine de tout ce que vit l’Algérie depuis cette date.
    En confiant la rue à Abassi Madani et Ali Belhadj, la cellule de crise pense maîtriser la situation.
    Hedi Khediri insiste auprès des membres de la cellule pour intervenir à la télévision.

    Le discours de Hédi Khediri

    Son discours du 8 octobre est un fiasco. « L’homme qui parle aux avions ne saurait parler à un peuple en colère », ironise-t-on dans les milieux officiels, en faisant allusion au détournement d’un avion koweïtien par le Hezbollah libanais sur Alger en avril 1988. Après un premier contact avec les pirates, Hedi Khediri, avait annoncé à la presse qu’il venait de parler à l’avion !

    Avant cette intervention, l’état de siège est décrété le 5 au soir. Chadli fait appel au général Khaled Nezzar, commandant des forces terrestres, et le désigne pour diriger la manœuvre. Il a pour adjoint Mohammed Betchine, et Mohammed Lamari comme chef d’état major. Le chef de l’opérationnel est Hocine Benhadid. Le général major Abdallah Belhouchet est marginalisé.

    Qui sont les responsables de la torture?

    Alger est quadrillée par des chefs d’unités opérationnelles fidèles à Nezzar : Saïdi Abdelhamid, Fodhil Cherif Brahim, deux anciens officiers des SAS, Abdelmalek Bennaceur, neveu du général Guenaïzia, et Kamel Abderrahmane, ancien des forces locales, qui prend à Blida le relais de Bougherara Sadek à la tête du bataillon arrivé de Djelfa.

    La DGPS, qui s’était tenue à l’écart des opérations de police, finit par s’impliquer. Des universitaires militants du PAGS sont arrêtés. Ces militants, ou supposés tels, seront interrogés à Bouzaréah par le capitaine Abderrahmane Benmerzouga, chef du centre opérationnel.

    Deux jeunes lieutenants, Azzouz et Madjid, viennent me dire leur indignation. Ils ont vu les lieutenants Mustapha et Ziad, qui agissaient sous des pseudonymes, torturer des intellectuels, dont une femme répondant au nom de Baba Ahmed. Les deux lieutenants étaient émerveillés par le courage de cette femme qui tenait tête à ses tortionnaires.

    Alerté, le général Lakehal Ayat donne l’ordre de libérer les détenus. Le capitaine Benmerzouga est suspendu sur-le-champ de ses fonctions, bien qu’il ait pris la précaution de faire signer à ses victimes des attestations selon lesquelles elles ont été bien traitées. Il échappera aux sanctions en profitant du limogeage du général Lakehal Ayat quelques jours plus tard.

    Cependant, la torture massive, unique dans les annales, a eu pour cadre la caserne de Sidi Fredj, lieu de regroupement des forces spéciales placées sous le commandement du colonel Betchine. Cette caserne sera transformée, quatre jours durant, en une véritable usine à sévices. Dans ses Mémoires, le général major Khaled Nezzar* reconnaît que la torture a été pratiquée sur les manifestants d’octobre dans cette caserne. Il reconnaît la présence de Kaddour Lahouel, le beau-fils du président Chadli, qui était en tenue de parachutiste. Cependant, il garde le silence sur le rôle qu’a joué le général Betchine. Pourtant tout le monde sait que la caserne de sidi Fredj relevait de la compétence de la DCSA dont il était le patron.

    Que ce dernier cherche à nier, aujourd’hui, des faits honteux, c’est normal. Je comprends aussi le silence de Nezzar qui se garde de le citer. Il ne veut pas entrer en conflit ouvert avec Betchine. Entre chiens, on ne se mange pas.

    Le général Betchine a pourtant torturé de ses mains de jeunes manifestants. Il les faisait ramper sur du gravier, les pantalons retroussés jusqu’aux genoux. Il a ordonné à deux de ses victimes de se sodomiser en public, sous la menace d’une baïonnette. Il était en plein délire et hurlait comme un fou : « Je suis un ancien boxeur. Je fracasserai vos figures. Je baiserai vos mères, fils de putes ! » racontent, indignés, des officiers qui ont assisté impuissants à ce terrible spectacle.

    A Dely Brahim, des bruits courent sur des divergences entre les chefs militaires. Un groupe de généraux, des anciens officiers maquisards isolés, s’est réuni chez le Général Lakehal Ayat au siège de la DGPS, tandis que les hommes de confiance de Chadli, dont Khaled Nezzar et Betchine, se trouvent au siège de l’état major à Aïn Naadja. Les deux hommes arrivent à surmonter leurs divergences. Ils se mettent d’accord pour sauver le régime. Betchine, pourtant très hostiles aux transfuges de l’armée coloniale, se met à leur service dés qu’ils lui offrent une petite portion de pouvoir.

    Leurs intérêts passent avant toute autre considération. Sur le terrain, ils se font un devoir de mater l’émeute. On tire à balles réelles sur les manifestants. Qui a donné l’ordre d’ouvrir le feu ?

    Khaled Nezzar ordonne de tirer sur les manifestants

    Un sous-officier des équipes volantes de la DGPS rapporte que, sur la place du 1er Mai, il a entendu le général Nezzar ordonner à un tankiste de tirer au canon sur la foule. Betchine le contredit en souplesse en ordonnant aux militaires de tirer à ras de terre avec leurs Kalachnikov. Ce témoignage, Betchine me le confirmera cinq ans plus tard en expliquant : « Je ne voulais pas qu’il y ait des massacres. J’ai demandé aux militaires d’user de tirs de sommations en l’air et à ras de terre ». Quoiqu’il en soit, on a fini par dénombrer plus de cinq cents morts à Alger. Les généraux Khaled Nezzar et Mohammed Betchine les ont sur la conscience.

    Le 9 octobre, Chadli convoque les sept membres titulaires du bureau politique du FLN. C’est une réunion restreinte, néanmoins ouverte à Larbi Belkheir et Hedi Khediri. Que viennent-ils faire dans cette réunion à laquelle ne sont pas conviés les membres suppléants du bureau politique ? Sont-ils là pour représenter leurs clans respectifs et défendre leurs intérêts ? Au cours de cette réunion, le général Rachid Benyelles, le premier à prendre la parole, demande sans détour au président d’intervenir à la télévision pour annoncer sa démission. Il lui demande assumer l’entière responsabilité de ce qui arrive au pays.
    Devant la gravité de ses propos, certains membres du bureau politique tentent de lui couper la parole, mais Chadli l’invite à poursuivre. Benyelles va se retrouver tout seul. A l’instigation d’un Messaadia, plus élogieux que jamais envers Chadli, les autres prient le président de rester aux commandes du pays. Le plan de déstabilisation peut continuer.

    L’annonce d’une ouverture démocratique

    Une fois l’ordre rétabli, au prix de cinq cents morts et de milliers de blessés, dont des dizaines traînent aujourd’hui les séquelles, le régime de Chadli renaît de ses cendres. Des manifestations « spontanées » de soutien au président, une spécialité algérienne, sont organisées dans les grandes villes du pays et retransmises sur la chaîne unique de télévision, juste après la diffusion de son discours prononcé le 10 octobre, dans lequel il reconnaît avoir donné l’ordre à l’armée de tirer sur les manifestants.
    Qui osera demander qu’on traduise Chadli, Betchine et Nezzar devant un tribunal populaire pour leurs méfaits ? Le premier qui le fera sera traité « d’agent à la solde des services français » et passera pour un « traître à la nation ». Ces crimes sont couverts, comme le veut l’usage, par la loi du silence.
    Au lendemain des émeutes, les choses reprennent leur cours normal. A cette différence près que la rue continue de faire pression sur le pouvoir en protestant contre les abus et les tortures dont ont été victimes les manifestants. L’occasion est parfaite pour se débarrasser du général Lakehal Ayat, en le transformant en bouc émissaire. Pourtant, ils sont des milliers à dénoncer les tortures perpétrées dans les commissariats de police. Bouzbid, directeur général de la sûreté nationale et Khediri, ministre de l’intérieur, son supérieur direct, sont épargnés. Le général Betchine, qui s’est spécialement distingué, n’est nullement inquieté.

    Autre tête jetée en pâture à la colère populaire, celle du responsable du secrétariat permanent du FLN, Mohammed Cherif Messaadia. Le président Chadli le convoque et lui dit : « Si Mohammed Cherif, les temps sont difficiles ; tu es fatigué. Tu dois partir ». Sans se laisser désarmer, Messaadia utilise le même registre hypocrite. « Non, monsieur le président, je suis toujours à tes côtés. Je ne te laisserai pas seul dans cette mauvaise passe. Je suis toujours prêt à me sacrifier pour la révolution. » Mais il ne peut convaincre Chadli, qui a déjà pris la décision de sacrifier ce symbole des forces rétrogrades, et qui finit par lui lâcher : « Si Mohammed Cherif, le peuple ne t’aime pas. Va te cacher pour quelques temps ».

    Et Messaadia ira se cacher… jusqu’à ce jour de 2001 où son cousin du bled, Abdelmalek Guenaizia, l’un des membres du « club des onze », le rappelle pour lui confier la présidence du Sénat. Douze ans après les évènements d’octobre, Messadia est de nouveau le numéro deux du régime.

    Au gouvernement, la valse des Premiers ministres commence. Les premières années de la nouvelle ère, marquée par le pluralisme politique, ils sont une demi-douzaine à faire neuf petits mois et puis s’en vont. Seul Ahmed Ouyahia, l’homme des sales besognes, et Mokdad Sifi, le plus grand menteur des chefs de gouvernement devant l’éternel, passeront le cap d’une année d’exercice.

    Comment fausser le jeu démocratique

    Mais c’est au plan politique qu’est enregistrée la grande nouveauté.
    Soucieux de donner de l’Algérie l’image d’un pays démocratique,
    le clan des généraux déclare ouverte la foire aux cabotins de la
    politique. Pas moins de soixante partis politiques déposent leur
    dossier d’agrément au ministère de l’’Intérieur. Chacun y va de
    son programme. De celui qui veut faire de l’Algérie un appendice
    de Baghdad, à celui qui promet de transformer le désert algérien
    en Eldorado californien, en passant par un parti qui n’a pas trouvé
    mieux comme appellation que celle de « Parti Algérien de l’Homme
    Capital ». Allez comprendre quelque chose dans ce charabia.

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  • Dria
    5 octobre 2015 at 17 h 43 min - Reply

    @Wahid

    Ce charabia perdure hélas, et juste pour remettre les pendules à l’heure , je ne pense pas que Messaidia fut en désaccord avec Chadli pour votre information durant cette période de désaccord un policier en tenu surveillait sa villa et ironie du sort des policiers continu de veiller à ce jour sur la demeure de Messadia des années après sa mort…

    Et vous connaissez donc certainement la caserne de la SM situé à quelque encablure plus bas de la villa de Messadia , qui fut accaparer durant cette même période par le générale Betchine qui construisit deux villas l’une d’un style architecturale inédit sur trois étages qu’il a fini par vendre, d’ heureux locataires y vivent à ce jour ….

    Et si on descend encore plus bas on retrouve une autre villa qui abritait les enfants de Chouhada qui fut acheter par le défunt général Rahal de l’aviation qu’il a acquit au prix Du dinar symbolique et qui fut vendu à coup de milliards à un anciens gouverneur de la banque centrale d’Algérie.

    Ces informations sont authentique et n’émane point d’un ancien de la SM, mais du simple citoyen que je suis et qui a vécut une période dans ce quartier.

    En plus du charabia des partis Politiques, il y a le charabia des écrits, des vérités et des contre vérités qui saturent l’histoire de ce pays , pour permettre aux bourreaux d’hier et d’aujourd’hui , de se la couler douce , au vu et au su de ce PEUPLE qui mérite ce destin (KAMA TAKUNU YUWALA ALEIKUM) et qui paradoxalement fait de la peine tellement il endure . Dans cet article ou celui d’ Algéria Watch , dans l’interview du général Benhadid , de Ould KABLIA et dans tous les autres , PERSONNE ne fait allusion au PEUPLE ce grand absent qui paye la facture, on ne le cite que sous forme de VICTIME (morts, tués, torturés, …) et dans tous les scénario c’est le dindon de la farce que les pouvoirs successifs utilisent et continuent d’utiliser,pour preuve le prochain scrutin celui de la constitution qui pointe à l’horizon.

    je ne suis pas contre ce genre d’écrits , mais la diversité des versions, et les tentatives de diversions des uns et des autres, et quand des bribes d’informations s’échappent d’en haut, elles émanent généralement d’individus ayant perdu un siège , une fonction , un grade ,et ce n’est qu’une fois éjecter qu’ils se rendent compte qu’ils font parti d’un PEUPLE, et par un problème de conscience ils font des révélations pour se laver les mains du sangs de ces victimes qu’on a sacrifier un jour gratuitement, alors que si ils regagnent leurs postes ils reprendront le service le plus normalement du monde.

    Que faire pour faire éclater la VÉRITÉ et rendre JUSTICE si possible, c’est de témoigner dans son époque , s’il faut dénoncer certains de nos généraux,le président , des ministres , des wali , il faut le faire , les moyens technologiques sont suffisants pour faire une diffusion planétaire et tout en se protégeant…

    Jusqu’à preuve du contraire la vérité est ailleurs, EUX ils ont toujours été solidaire entre eux, et s’ ils étaient vraiment en désaccords c’est la liquidation physique qui prime ,pour preuve ABANE RAMDANE , KRIM BELKACEM, CHABANI, MEDEGHRI, KASDI MERBAH, BOUDIAF, TOUNSI…. et le simple citoyen qu’on élimine sans scrupules une fois qu’il se met au travers de leur intérêt les exemples ne manque pas également, la crise de 1963, le printemps berbère 1980 le 05 octobre 1988 , la décennie noire 220000 morts.

    Pensez vous que c’est tout le PEUPLE qui se remémore du 05 octobre, hélas il n ‘ ya que ceux qui ont perdu un être cher ou ceux qui subit des tortures , les bourreaux eux ont déja oublié car ils continuent de sévir au présent.

    donc pour le peuple ce n’est plus une question de PRISE DE CONSCIENCE , je pense que c’est une question de PRISE EN CHARGE et quand on a toujours été assisté au cours de son évolution, a défaut d’un LIBÉRATEUR , on attends le JOUR ou ca va se réaliser, en attendant TAG 3ALA MEN TAG .

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  • Nordine
    8 octobre 2015 at 15 h 43 min - Reply

    la même gangrène, mais tartag n’ira pas aussi loin que toufik
    car ce qu’il l’attend ce sont de très sombres cauchemars …

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  • k Seddiki
    27 octobre 2015 at 17 h 36 min - Reply

    Excusez-moi,j’ai cru lire changement !!!

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