Édition du
5 December 2016

LE SYNDROME ANOMIQUE (3ème partie)

L’école n’a pas permis aux Algériens de réussir leur parcours familial, professionnel et sociétal. Elle n’a pas non plus permis à la société de renouveler ses élites. Photo : DR

http://www.impact24.info le 01.12.2015

Par Brahim Zeddour

III- Le désastre de l’éducation

L’échec le plus retentissant est indiscutablement dans l’école. C’est là où tout s’est joué et c’est là où tout a été perdu. Avec ses réformes, le pouvoir a gravement ébranlé les fonctions fondamentales du système d’éducation et de formation. Pire encore, il a frustré le peuple algérien de ce qu’il a toujours considéré comme la plus grande conquête de son combat libérateur, une école authentiquement algérienne. L’école n’a pas permis aux Algériens de réussir leur parcours familial, professionnel et sociétal. Elle n’a pas non plus permis à la société de renouveler ses élites.

Changer un être sans destin en un être du devenirecole

Le mouvement national, au lendemain de la première guerre mondiale, doit sa naissance et son essor aux écoles libres fondées loin de l’administration coloniale et des confréries maraboutiques. La plus célèbre de ces écoles, notamment dans son essaimage, est sans doute celle du Cheikh Chou’aïbi, fondée vers 1875, dans les monts du Dahra, sur les hauteurs de Mazouna. L’un de ses élèves, Cheikh Tayeb el Mehadji dira de lui : «Maître des maîtres et maître des critiques avertis, il portait l’étendard de  la suprématie scientifique en territoire algérien». Ce sont ces écoles qui formèrent le noyau originel de l’Islah, dont le leitmotiv était puisé d’un verset coranique : «Dieu ne change en rien l’état d’un peuple, qu’il n’ait modifié au préalable l’état de son âme». Il s’agissait pour le mouvement de l’Islah, de changer un être sans destin en un être du devenir.

Un système d’éducation identitaire

Le colonialisme a détruit l’ensemble du dispositif de l’enseignement traditionnel à travers toute l’Algérie. Ainsi, le pôle de Mazouna, qui était aussi important que Zeitouna et Qarawiyine, n’a pas pu résister à l’œuvre destructrice de la conquête coloniale. L’objectif était de développer en Algérie un processus de déséducation pour pousser les Algériens au renoncement à leur culture, à leur personnalité, à leurs terres. En plus, l’accès à l’enseignement moderne était interdit aux Algériens, transformés en indigènes.

Le mouvement de l’Islah est venu combler les carences en matière d’enseignement. Il était fondé sur un système d’éducation identitaire, où l’instruction était couplée à la culture dans le but de reconstruire la personnalité algérienne. Ce travail de fourmi a fini par être payant. Ainsi, les fruits ont été récoltés par le PPA-MTLD, les AML et l’UDMA dans un premier temps, par le FLN-ALN dans un second temps.

Arrivé à sa maturité, le mouvement national n’a cessé de revendiquer le droit à l’enseignement pour tous en général et la réhabilitation de la langue arabe en particulier. A lendemain de la seconde guerre mondiale, près de 2 millions d’enfants algériens étaient privés d’enseignement à cause d’une politique coloniale d’exclusion. Les enfants algériens scolarisés représentaient à peine 1% des élèves européens.

C’est ce qui explique l’engouement des Algériens à l’indépendance à scolariser leurs enfants, auquel l’Etat répondit par l’institutionnalisation de l’enseignement obligatoire et l’augmentation spectaculaire des établissements éducatifs. Mais ce volontarisme ne s’est pas accompagné d’une rénovation pédagogique et cet échec allait, de fil en aiguille, mener l’éducation à sa tragédie actuelle.

Les failles du système d’éducation

Après avoir été longtemps l’otage de la corporation avec ses différents courants idéologiques (francophone, socialo-communiste, islamiste, berbériste, pan-arabe), voila qu’aujourd’hui l’école algérienne se trouve malmenée par des professeurs d’apparence déguisés en experts et dont le demi-savoir s’est avéré pire que l’ignorance. Ils font de la langue d’enseignement l’enjeu du système d’éducation, au lieu de la performance. Selon eux, l’échec de l’école est dû à l’enseignement en arabe. Alors qu’en vérité, les failles du système d’éducation sont dues au contenu des programmes, à la formation des formateurs et aux manuels scolaires.

Pour ces apprentis-sorciers, on peut enseigner par n’importe quelle langue sauf en arabe : en français (d’abord et surtout), en anglais, en berbère et en arabe parlé. Récemment, l’appel à l’enseignement en arabe parlé s’est fait très insistant, comme pour priver les élèves algériens du dernier privilège de l’enseignement par la langue littéraire.

Il faut rappeler que l’enseignement par l’arabe parlée a en Algérie ses tristes références, du nom de Mohamed Soualah, dont le travail s’est voulu une contribution à l’entreprise de déséducation et de haine de soi telle que planifiée par l’administration coloniale. Ses manuels sont autant ridicules que révoltants.

Mohamed Soualah fut chargé, par ailleurs, de mettre en échec le mouvement de l’Emir Khaled, dont les succès inquiétèrent la grosse colonisation. Soualah accepta cette mission d’indigène de service et avec un grand zèle, il devient un adversaire acharné de l’Emir Khaled.

L’histoire retiendra de Soualah l’image d’un être méprisable, tel qu’en parle l’Emir Khaled lui-même, cité par Mahfoud Kaddache : «Il croit (Soualah) que sa naturalisation, le reniement de sa foi et de sa race, l’ingestion de viande de porc et le port de chapeau lui confèrent la qualité de français chevaleresque. Telle la chauve-souris, il n’est ni oiseau ni rongeur. Il personnifie l’hypocrisie et quelque côté qu’il se trouve, il ne trouve devant lui que la malédiction et le mépris».

La revalorisation des langues parlées

L’enseignement par les langues parlées a été élaboré dans les laboratoires coloniaux pour les pays multilingues d’Afrique centrale et de l’ouest, où l’on a imposé une langue étrangère comme langue d’enseignement. Le problème a été posé de telle façon qu’il n’existe pas, parmi les langues locales, celle qui pourrait servir à l’enseignement.

Dans un pareil contexte, l’enseignement en langue vernaculaire ne présente aucun intérêt. En même temps, les tenants de cette théorie n’ont pas manqué de noter que l’enseignement par une langue étrangère peut constituer un choc pour les enfants.

Nos apprentis-sorciers fondent leur démarche sur une hypothèse fantaisiste selon laquelle l’arabe littéraire n’est pas assimilé à une langue maternelle. En outre, ils feignent d’ignorer qu’une langue d’enseignement doit être académique car elle permet l’accès au savoir scientifique et au patrimoine en tant qu’héritage culturel. Elle doit être commune pour servir de véhicule à la transmission des valeurs. Pire encore, ils n’ont pas l’honnêteté intellectuelle de relever, dans le contexte algérien, non seulement la coexistence mais aussi la complémentarité entre la langue arabe littéraire et les langues parlées. Mais ils sont loin de convenir que la revalorisation des langues parlées ne concerne pas le système éducatif, c’est d’abord et surtout le travail de la société qui sait perpétuer et développer son patrimoine immatériel.

Nos apprentis-sorciers travaillent à reconduire les expériences coloniales en Afrique, ils visent à créer une situation d’hétérogénéité linguistique de fait pour pouvoir, en fin de compte, imposer une langue étrangère, le français en l’occurrence, dont la pénétration sociale leur semble mieux portée par la radio, la télévision, le cinéma, l’internet et la chanson. Ils considèrent, à tort, que le français est le meilleur moyen d’accès aux connaissances.

B.Z.


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3 Commentaires sur cet article

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  • rachid dahmani
    9 décembre 2015 at 8 h 00 min - Reply

    Bonjour à tous,

    Ahh ce BENBOUZID…quel bel homme!!!

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    • Mohand ibn echahid
      9 décembre 2015 at 22 h 10 min - Reply

      Salam
      Benbouzid a agit selon un agenda, comme d ailleurs tout les autre secteurs (moral, et materieille) qui ont ete detruit. La destruction en question a ete faite par celle violente par la DAF et la SOFT par hizb fransa

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  • Mohand ibn echahid
    9 décembre 2015 at 17 h 49 min - Reply

    Salam a tout le monde dans ce site.
    J ai remarque l absence de certain intervenant que je salue solonellement et que je prie Allah qu´ils soient en bonne sante, en occurence les freres: Abdelkader Dahbi, SiMozrag, Dr. Sidhoum, Mourad Dhina etc etc…J e souhaiterai voir leur opinion surtout en ces moments combien sensibles et dangeureux pour notre nation.
    Les 3 Clans (Ex DRS, Les Saiidistes, et les partis artificiels) qui se dechirent et le peuple qui je croi???? prient « Eddalem beddalem WA kharrejna menhoum salem »
    Alla h ichafi wa yahfad :elahrar elli min elbidaya wakafou dad edoulm, tel ceux que j ai enumeré ci dessu

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