Édition du
10 December 2016

Décembre 1960-décembre 2015 : le peuple algérien a perdu le sens des responsabilités.

11 décembre 60En décembre 1960, lorsque le général de Gaulle avait du mal à trancher sur le futur statut de l’Algérie, contrarié notamment par les ultras, le peuple algérien a pesé alors de tout son poids pour le dénouement de la crise. Ainsi, au moment où les dirigeants sont divisés –l’armée des frontières ne rate aucune occasion en vue de déstabiliser le GPRA –, cette démonstration représente un vrai tournant. « Face aux périls qui s’amoncelaient, et aux luttes intestines au sein du FLN/ALN, qui n’étaient pas des moindres, le peuple algérien a pris sur lui de défendre par lui-même ses intérêts. Il entrait ainsi brutalement dans la scène politique en tant que sujet et acteur de son propre destin », répond Daho Djerbal, à une question sur les manifestations de décembre 1960, à l’occasion du cinquantenaire de cette démonstration populaire.

Que reste-t-il, 55 ans plus tard, de ce sursaut populaire ? Pour résumer en quelques mots la situation, la mutation est tellement profonde que la comparaison constituerait une insulte à l’histoire. Et pourtant, vers la fin de la guerre, la répression atteignait, dans tout le territoire, son paroxysme. En effet, le vote des pleins pouvoirs à l’armée française en janvier 1957 avait conduit au quadrillage du territoire national. En plus, la construction des barrages électrifiés le long des frontières tunisienne et marocaine a permis à l’armée française de pacifier une à une les différentes régions du pays. Ce plan porte le nom du responsable militaire en Algérie, en l’occurrence le plan Challe.

Mais, quand un peuple aspire à la liberté, les barrières sautent naturellement. Bien que les gaullistes veuillent encadrer ces manifestations pour qu’elles soient un soutien massif à l’initiative de l’homme du 18 juin, les Algériens, tout en reconnaissant le courage et le bon sens du général de Gaulle, se prononcent en faveur de son représentant légitime, le GPRA. Lors de ces manifestations, les slogans qui reviennent tel un leitmotiv sont : «  Vive l’indépendance, vive Ferhat Abbas, vive le GPRA, vive de Gaulle, etc. »

De toute évidence, cette leçon d’un peuple humble, mais téméraire répond, sans fard ni acrimonie, à l’interrogation du général de Gaulle sur le futur statut de l’Algérie. Pour les manifestants, leur message est limpide : un peuple digne ne peut pas s’épanouir sous la domination d’un autre peuple. Par conséquent, seule l’indépendance constitue la voie juste. Pour y parvenir, ils lui indiquent leur représentant, le GPRA. Du coup, malgré la suprématie de l’armée française sur le terrain, les plus grandes victoires ne s’obtiennent pas forcément par les armes. En ce sens, la démonstration du 11 décembre 1960 est bel et bien un « Diên Biên Phu politique de la guerre d’Algérie », pour reprendre le titre de la revue Naqd, dirigée par Daho Djerbal.

Hélas, après la fin du joug colonial, le peuple algérien adopte une attitude rompant avec son passé de résistant. D’ailleurs, si Daho Djerbal retient les manifestations de février 1934, mai 1945, décembre 1960 et octobre 1961 comme des dates références à ce passé de résistance, il n’en est pas de même, selon lui, de celle d’octobre 1988. Citant Mohamed Harbi, il estime que les manifestations d’octobre 1988 ne constituent pas une initiative visant à « construire une contre-société et un contre-pouvoir ». Tout est dit.

Pour conclure, il va de soi que le peuple algérien a laissé des plumes dans le combat qui l’opposait au régime colonial. À l’indépendance, il a cru que les dirigeants allaient rompre définitivement avec les anciennes pratiques. En effet, dans une Algérie libérée, qui pourrait croire qu’Algérien puisse priver un autre Algérien de ses droits ? C’est ce qui explique peut-être le manque de vigilance. Cela dit, si la génération de la guerre n’est pas à plaindre pour avoir subi des humiliations de toute sorte, il n’en est pas de même de la génération postindépendance qui, au moins, est coresponsable de la crise actuelle. En refusant de lutter pacifiquement pour l’intérêt général –le trafic, la corruption, la bureaucratie sont ses outils de prédilection –, cette génération compromet l’avenir du pays. Et il est vraiment temps qu’elle se ressaisisse.

Aït Benali Boubekeur

 


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