Édition du
7 December 2016

Les deux signaux de Oued El Ma et de Kasserine

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Publié par Saoudi Abdelaziz

Signal n°1. Dans ces deux localités, le mouvement social a mis l’emploi au centre des préoccupation de la jeunesse. Signal n°2. Ce mouvement pour l’emploi est jugée inacceptable car dans les deux pays on ne veut pas que la jeunesse se mêle de ce qui ne la regarde pas en s’introduisant dans le débat économique. 

Il doit donc être discrédité.

Dans les deux localités les services de protection de la domination, semblent avoir été sollicités pour provoquer les manifestants. L’objectif est de fournir aux médias des images apocalyptiques, conformément aux bonne vieilles méthodes dont usent de par le monde les services de répression pour isoler les protestataires. En Tunisie, on a même invoqué le danger de captation du mouvement social par les djihadistes des monts Chambas pour justifier cet effarant déploiement des forces de la répression qui a fait monté la tension.

Ce qui s’est passé à A Oued El Ma, il y a quelques jours rappelle ce petit matin du 4 août 2011, lorsque les brigades antiémeutes d’Alger investissaient massivement la cité populaire du Bois des pins à Hydra, saccageant les entrées et violant les domiciles sans mandat, pour venir à bout de la résistance des habitants de cette cité qui refusaient que des promoteurs immobiliers soutenus par les « autorités » détruisent l’espace-vert qu’ils ont planté de leurs mains, afin d’y installer un parking. La différence c’est que selon le wali de Batna, qui affirme, sans sentir que c’est une circonstance aggravante, les brigades avaient un « mandat du procureur ».

La peur de l’explosion social

Dans notre pays, l’expérience accumulée indique que l’explosion de la rue n’est pas inscrite dans les gènes des manifestations. Elle est provoquée. L’occupation de l’espace public par le mouvement social est encore interdite dans les faits. Dans ce contexte de fermeture, seuls les « services » sont chargés de gérer les manifestations -toujours nées de revendications légitimes- par la manipulation de l’intérieur et la répression, avec pour conséquence, sinon pour but, de les conduire à l’explosion, modulée selon les circonstances et politiquement plus facile à isoler.

Car dans leur définition politico-médiatique, les mouvements sociaux sont toujours, en Algérie, des mouvements de colère dépourvus de démarche rationnelle. On retrouve cette obsession dans la chronique de Chawki Amari qui annonce ce matin dans El Watan« l’arrivée d’un nouveau cycle d’émeutes, manifestations et routes coupées (…) ces mouvements de colère qui vont certainement durer toute l’année » ajoute-t-il. Cette prédiction est partagée par l’ancien premier ministre Ahmed Benbitour qui invoque pour appuyer « la nécessité du changement de système de gouvernance ». Ce membre de la CLTD n’hésite pas brandir l’apocalypse :  » Il faut bien considérer qu’avec l’explosion de la rue, ce sont les maux actuels dans la société ainsi que l’influence des réseaux sociaux qui définiraient les comportements des émeutiers ; d’où la forte probabilité de l’avènement du communautarisme autour de questions de langue, de religion et de régionalisme ; l’avènement du grand banditisme ; l’élargissement du champ de la corruption et de la prédation ; les méfaits de la perte de la morale collective : vol, alcoolisme, drogue, violence, prostitution… ; la quasi disparition des institutions de l’Etat et bien d’autres maux, à l’image de ce qui se passe en Syrie, en Irak, en Libye, au Yémen… » N’en jetez plus, la corbeille est pleine.

Le politicien semble avoir omis un épisode dans sa série : en Syrie ou en Libye, les manifestations démocratiques ont été condamnées à mort dès lors que lamilitarisation de la révolte a imposé la mise à l’écart de la rue.  

Le régime algérien continuera-t-il à pratiquer la politique de diabolisation des mouvement sociaux qui prive depuis des décennies la société algérienne de son oxygène vital. 

Les jeunes Tunisiens n’oublient pas le serment de 2011

En Tunisie, le paysage politique est aujourd’hui dominé progressivement par le compromis fait de rivalités et de deals, entre les deux partis poids lourds politique tunisien. Ces partis qui représentent des secteurs capitalistes concurrents, ont conclu en 2015 un accord pour se partager les leviers de l’Etat, et exclure les forces politiques  favorables à l’accomplissent du serment social de 2011. Dans un article intitulé « Les espoirs déçus de la révolution tunisienne, sur fond de complicité entre Nidaa Tounès et Ennahda Khadidja Mohsen Finan écrit sur le site ORIENTXXI:

« L’histoire retiendra qu’il s’agissait bien d’une crise sociale qui a réussi à faire tomber le régime. Par le biais de slogans essentiellement portés par les jeunes manifestants, des demandes ont été formulées en matière de travail, de libertés, et de privilèges auxquels les protestataires de 2011 souhaitaient mettre fin, même si ce sont bien les questions sociales et économiques qui ont été à l’origine de la révolution. Durant les cinq années écoulées, les débats ont porté sur la place du religieux dans la société et sur les exigences de liberté. Les classes politiques qui se sont succédé ont oublié que ce sont les exigences économiques précisément qui ont causé le soulèvement de l’hiver 2010-2011 ».

POST SCRIPTUM

L’horizon industriel

L’industrialisation ministérielle reste encore au stade de l’effet d’optique de l’horizon: plus on avance vers lui plus il recule. Lu dans APS les dernières statistiques peu reluisantes de l’ONS sur la production industrielle. Lu aussi dans la rubrique Radar du journal Liberté:

 » Le ministre de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb, avait promis que le haut fourneau n°2 du complexe sidérurgique d’El-Hadjar serait remis en service “en mars 2016 au plus tard”. Seulement, à l’approche de l’expiration de l’échéance fixée, des sources sont de plus en plus sceptiques sur les capacités des parties liées par ledit accord contractuel à respecter réellement les délais impartis ».


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2 Commentaires sur cet article

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  • Kefrida
    23 janvier 2016 at 22 h 06 min - Reply

    Message reçu, cher ami.

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  • AMAR
    24 janvier 2016 at 12 h 12 min - Reply

    oui en effet la revolution tunisienne c est BOUAZIZI ..C EST LA DIGNITE C EST LE DROIT A UNE VIE DIGNE…….SEULEMENT EN FACE D UNE PRESENCE DESTOURIENNE IMPORTANTE …IL Y AVAIT UNE CLASSE MOYENNE EVEILLEE QUI A SU MOBILISER DU MONDE…ILS N ONT PAS L EQUIVALENT DE L UGTA NI DES SIDI SAID….ON A BIEN VU LA CELEBRE EXPRESSION DU NOTAIRE SUR EL JAZZIRA..HARIMNA………CHEZ NOUS IL FAUT ENCORE DU TRAVAIL DE SAP POUR ACCOMPAGNER CES MOUVEMENTS BIEN CIBLES…..

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