Édition du
30 September 2016

De la problématique algérienne

Tribune Libre – Mendi Mohammed

In http://hoggar.org/

 

Depuis sa naissance le régime algérien a marginalisé la véritable élite, il a semé par la suite tout un système de perversion et d’avilissement, ses graines ont fini par trouver un tapis d’humain fertile qui permit l’émergence de certaines classes politiques, l’actuelle d’ailleurs excelle dans l’art du constat, étalant maux et problèmes connus de tout Algérien ; corruption, despotisme; népotisme, clientélisme, kleptocratie, mafiocratie, prétorianisme, féodalisme, économie rentière et j’en passe. Ces constatations et critiques demeurent infructueuses, des lettres mortes puisqu’aveugler par l’hypertrophie du moi, ces artistes ne se penchent pas sur les causes du problème ou du moins pas toutes, discours et articles titillant l’affect des disciples avec des arguments vide de solutions, d’un autre côté on peut apercevoir une opposition souffrir elle aussi de verbiage, pourtant cette procédure (constatation critique, appel) dure depuis au moins vingt ans chez certains mais reste toutefois stérile, elle ne résonne pas dans le cerveau algérien ni suscite son intérêt, et ceci pour deux choses : d’abord un divorce subsiste entre parole et action puis la production des causes de la dictature par les Algériens eux même or, tel un médecin diagnostiquant son patient, l’opposition devrait d’abord déterminer les différentes causes de la maladie pour ensuite songer à la soigner.

Nonobstant la responsabilité des gouvernants, le problème algérien est comme celui du monde arabe dû à plusieurs facteurs internes et externes, je me pencherai sur ce qui actuellement est pour moi le facteur majeur de cette décadence et l’espoir de toute initiative visant le changement.

L’être algérien est la cause sous-jacente du problème, ses qualités et valeurs jadis piliers de la révolution furent oblitérés par le temps laissant place à de nouvelles venues : opportunisme, individualisme, déconsidération de l’autre, non-respect des lois, régionalisme, incivisme, soif du pouvoir, cette dégradation criante est constatable dans l’automobiliste qui ne respecte pas le simple code de la route et corrompt le policier ou le gendarme pour éviter un PV sans se soucier des répercutions que pourrait avoir son acte sur la société, des administrations devenues coteries de fonctionnaires ou l’individu soudoie pour obtenir un droit, etc. on remarque que chacun dans son métier aussi insignifiant soit-il se rue vers l’argent à sa manière suivant son pouvoir et ses prérogatives, l’homme véreux fît son apparition dans cette anarchie, il ne recule devant rien et devient vite référence, sa médiocrité prime sur le savoir, la corruption s’installe graduellement comme substitut au népotisme, éducation, principes ou éthique sont devenus de vains mots face aux instincts primitifs de possession et de survie, voici donc des principes zoologiques érigés en principe moraux, l’incivisme est devenu roi et le pacte social évaporé, il en va de soi qu’une partie du peuple résiste à la maladie, l’autre a préféré l’exil mais hélas toutes les deux ne représentent qu’une minorité.

En parallèle notre religion gardienne d’éthique et de nobles valeurs se voit limitée par l’Algérien à la pratique, vidée de son esprit et dénuée de sa fonction sociale (il faut noter qu’il y’a depuis les années quatre-vingt-dix différents textes juridiques inhibiteurs qui pénalisent « la pratique politique » dans les mosquées, d’autres articles menottent le mouvement associatif et politique, l’interprétation de ces textes souvent flous est bien entendu sujette à une appréciation arbitraire), du coup on peut assister à un imam fonctionnaire faire sa khotba prédéfinit et vide de sens qui une fois confrontée aux cerveaux des auditeurs peine à traverser la porte de sa mosquée, le musulman algérien se voit déchiré dans son comportement, schizophrène entre la mosquée et la rue, notre religion est utilisée tantôt comme épouvantail renforçant le clivage et la lutte idéologique,tantôt comme outil de propagande en faveur d’un candidat, les zaouias à travers les marabouts et leurs disciples sont devenus bureaux politiques, on peut presque palper la bassesse humaine à l’approche des rendez-vous électoraux, des candidats parfois illettrés promettent mont et merveilles profitant de l’indigence mentale des votants souvent analphabètes politiques, ces derniers choisissent en fonction d’un intérêt personnel variable entre déjeuner, promesse de logement ou l’effacement d’une dette, au final tout ce beau monde cité en haut acteur de sa déchéance se plaint par malheur des résultats de ses propres actions et espère par miracle un changement.

Il faut préciser que l’état actuel de notre société en désintégration n’est que le fruit d’un cumul, un cancer qui s’est métastasé dans chaque individu sous forme de valeurs transmises ou acquises par besoin d’adaptation et ce durant plus d’un demi-siècle, les différentes politiques d’apaisement et anesthésiants creusent aussi le faussé des relations sociales, on constate par la que notre société est gravement malade, la résultante est que par sa structure, sa composante et ses valeurs, elle assure la pérennité du régime, ainsi une parfaite osmose entre gouvernants et gouvernés rend le problème difficile à éradiquer sans réunir les moyens et outils nécessaires.

On a par le passé en Algérie assisté à des mini révoltes sporadique, sous différents thèmes ; souci de nourriture ou insulte à la religion, mais jamais à un éveil collectif, celui de la conscience, il est clair qu’une réelle envie de changement prend racine dans la société quand celle-ci dans sa majorité et j’insiste sur le mot majorité ressente les maux de la dictature et ne produit pas ses causes, éprouve le besoin de s’en débarrasser définitivement en utilisant concrètement les outils pour ce faire, le cas échéant elle ne peut et ne mérite pas d’être libre, ceci explique peut-être l’échec des différents appels au changement.

Il n’y a certainement pas de solution miracle mais une révolution mentale et intellectuelle s’impose avant toute chose, elle commence d’abord par un projet de société porteur de valeur, dont le but est de bâtir une nation utilisant l’individu en tant que cellule de la société, s’inspirant du verset coranique « Dieu ne modifie point l’état d’un peuple, tant qu’ils ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes » il faut que cette idée murisse dans les esprits et pousse tous les individus de la société à réfléchir sagement aux causes de leurs malheurs jusqu’à décider du changement, il faut qu’ils réfléchissent aux bases essentielles d’une politique adéquate qui pourra les sortir de la léthargie progressivement, car sans cela tout changement impétueux sera mis en échec soit à travers l’explosion d’une guerre civile entre différentes franges déjà fragiles ; ce qui ouvrirait le champ à une intervention étrangère avide sous prétexte sécuritaire, soit sujet à l’avortement du processus après quelques mois ou années suite à l’enracinement des valeurs cités en haut, une révolution brusque animée par la vengeance se limitera à couper les têtes et non des racines bien enfouit dans le tissu social qui de facto pousseront encore plus fort, sinon se contentera de remplacer l’ancien dictateur par un nouveau, il faut se mettre à l’évidence que le changement d’un ministre, d’un gouvernement, des assemblées ou même du président de la république ne changera rien à la situation dans les conditions actuelles.

Un travail socio-pédagogique est impératif pour réunir les préconditions nécessaires au changement, l’idée d’un projet de société doit renouer les liaisons sociales sur des bases saines, pour construire la société algérienne avec de vraies valeurs, il faut apprendre aux Algériens à faire des concessions, à respecter la loi, à respecter autrui, que les droits sont proportionnels aux devoirs et ainsi de suite, une plate-forme est nécessaire, son élaboration doit se faire en concertation par des spécialistes honnêtes et soucieux de l’avenir du pays, ensuite viendra une campagne de sensibilisation sur terrain renforcée par différents canaux de communication, la conscientisation se fera à travers les acteurs de la société civile, les différents partis dit d’opposition -si toute fois leur envie de changement persiste- auront de quoi s’occuper durant les périodes creuses entre les élections, qu’ils utilisent leur machine humaine pour cette cause, il faut que l’idée d’un projet de société pour le changement se propage au sein des familles via les associations, les cercles intellectuels et les réseaux sociaux, elle doit pénétrer chaque individu et le modifier pour en faire un citoyen acteur de son destin, l’individu doit comprendre et assimiler l’idée que le changement de ses gouvernants, sa société voir sa vie dépendent de son propre changement, un travail titanesque d’alphabétisation politique est à prévoir, sans tout cela, à mon humble avis le mot changement au sens que nous insinuons n’aura peut-être jamais lieu.

Mohammed Mendi
24 février 2016


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7 Commentaires sur cet article

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  • rachid dahmani
    25 février 2016 at 13 h 07 min - Reply

    Bonjour,

    « Il faut que »…, « il va falloir que « …., « il est impératif que… », des conditions à réunir et à imposer à la société et au peuple pour qu’il y ait un espoir de changement et de vie meilleur. Si « l’élite » algérienne excelle dans l’art de la constatation, de la critique et du diagnostic on en est encore pareil à la lecture de ce récit. Car enfin, il est impensable (du moins pour moi) qu’on n’arrive pas encore à situer la véritable raison de tous nos déboires. Car elle me semble tout bonnement cantonnée en la pérennité du pouvoir mafieux. Le travail socio pédagogique sur la société, la révolution mentale et intellectuelle, les projets de société…ne peuvent être mis en branle avec un pouvoir mafieux aux commandes du pays…Si ce dernier autorise de telles initiatives c’est qu’il sait qu’il se tire une balle dans le pieds. Aussi, et pour finir, si on doit chercher la vraie solution à nos maux, il faudra juste trouver le moyen de faire déguerpir ce système sanguinaire de là où il est. Bonne journée à tous.

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  • djamel
    28 février 2016 at 21 h 01 min - Reply

    Faire déguerpir ce système mafieux qui dirige le pays là est tout le problème. La force elle est du côté du système, le nerf de la guerre c’est à dire l’argent, il est détenu par la mafia. L’urne c’est le système qui la triture depuis 1962, tu mes ali il ressort kaci, c’est ingénieux ! Les compétences marginalisées, les femmes et les hommes honnêtes a la trappe. La cupidité, l’hypocrisie et la bassesse sont devenues une vertu. Le vol, l’escroquerie et la duperie deviennent le mérite. Les vents de la malhonnêteté et de la fourberie soufflent des quatre point cardinaux. Rien n’est laissé au hasard du foncier aux médicaments en passant par les véhicules, le logement, les documents administratifs, l’emploi, les matériaux et tout genre de matériel tout est sujet a négociation pour gagner de l’argent même les voix lors des différentes élections. A qui mieux, mieux. C’est un cercle de vente aux enchères non publiques bien-sûr. Ouane el kherdja ouine

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    • rachid dahmani
      1 mars 2016 at 8 h 17 min - Reply

      bonjour djamel,

      Entièrement d’accord avec toi. Je pourrais résoudre tous les problèmes de l’Algérie sauf un qui est un préalable à la résolution de tous les autres. Éjecter la mafia ou le système en place depuis 62 de là où il est et le remplacer par un pouvoir démocratique qui rend des comptes au peuple. Très honnêtement toutes les difficultés du pays peuvent être solutionnées par les Algériens en un tour trois quart. ça ne se fait pas parce qu’il y a ce pouvoir en place. Si ce pouvoir disparaît et un autre qui rend compte au peuple à sa place voit le jour, l’Algérie deviendra parmi les plus « grands » pays du monde, au sens très large du terme. Vu les capacités dont nous disposons, les richesses qui sont encore enfouies dans notre sous sol…le pays avec des décideurs comme il se doit dominera une bonne partie de la planète et je ne plaisante pas. Malheureusement ce n’est pas le cas. Je dirais même pire, car même si on voulait ruiner le pays de la sorte normalement on y arriverait pas…mais cette mafia a pu le faire…c’est démentiel. bonne journée.

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  • rachid dahmani
    3 mars 2016 at 8 h 36 min - Reply

    Bonjour à tous,

    La phrase ou la question qui revient quasi tout le temps chez nous maintenant (avec les nouvelles valeurs des paramètres de notre environnement que sont le prix du baril et le taux de pluviométrie), est comment faire pour réunir les conditions minimales pour que la société algérienne ait un espoir de vie meilleure? Normalement pour un être sensé et dans l’état actuel des choses, on devrait dire et répondre il faut développer les principaux secteurs du pays, créer de la richesse et l’entretenir. Il n y a que cela qui puisse répondre aux besoins de la population dans la pérennité pour que soit apaisée toute la société. Mais pour cela, il faut des investissements, donc de l’argent. Parallèlement, la création de richesses devrait normalement profiter à la société, mais aussi aux investisseurs (bras de fer constant dans les pays développés entre les divers protagonistes et notamment le pouvoir politique). Il en résulte, et on le comprend, l’influence, qu’on devine,du pouvoir de l’argent sur l’organisation du système à mettre en place pour le pays.
    Aussi, le patron d’une entreprise qui se porte bien, qui fait des bénéfices, se développe tout en s’acquittant de ses impôts et taxes à l’état aura une grande influence dans la sphère globale des décisions du pays. L’argent c’est cela.
    Donc en toute logique, si on veut développer le pays il faut des investissements. On pourra alors exporter, vendre et s’enrichir encore plus. Il faut donc développer les secteurs productifs. Et de ce fait cela va créer des pôles d’industrie dont les patrons seront d’une grande influence sur le pays, politiquement parlant.
    En analysant notre pays la dessus, on constatera que nos exportations hors hydrocarbures sont nulles, que les investissements sont parmi les plus bas au monde, et donc on n’a rien à proposer à l’exportation pour vendre et augmenter nos richesses. la seule économie proposée est celle de la rente. Cette façon de faire permet aux « décideurs » de rester les seules décideurs sur tout ce qui concerne le pays, car c’est eux qui disposent des recettes économiques du pays, c’est eux ont entre leurs mains toutes les décisions économiques du pays, qui contrôlent tous les transferts d’argent et de revenus…etc. C’est à dire on fait de cette rente un bâton pour contrôler toute la société plutôt qu’un outil de développement pour le pays.
    Maintenant, dans cette tchektchouka, ajoutons l’égoïsme de l’homme qui voudrait s’enrichir personnellement, mettre un peu dans sa poche comme on dit tout en laissant paraître qu’il oeuvre soigneusement pour la partage équitable de la rente et vous obtiendrez tous les scandales qui ont éclatés chez nous entre les divers protagonistes qui ont main mise sur les flux de la rente. Bonne journée à tous.

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  • rachid dahmani
    7 mars 2016 at 8 h 56 min - Reply
  • rachid dahmani
    8 mars 2016 at 19 h 31 min - Reply

    Bonsoir à tous.

    J’ai l’impression que je suis seul à écrire dans l’espace de cet article. Mais je le fais encore car je suis révolté (encore une fois) et je crie à tous les dieux de la terre qu’ils viennent changer les choses chez nous.
    Je suis encore révolté par ce que je viens d’apprendre. Cela s’est passé à l’hôpital de Sétif. Tout d’abord j’adresse mes sincères condoléances aux familles des deux défunts, deux médecins internes du CHU de Sétif décédés dans un horrible accident de la route lors d’une mission d’accompagnement d’un malade. Des internes encore au stade d’apprentissage qui sont chargés à faire des évacuations de malades (opération médicalisée) alors qu’ils ne sont pas censés sortir de l’enceinte du CHU. Un travail d’urgentiste remplacé par un interne. N y a t’il pas lieu de se révolter et de pousser tous les cris de colères? Au lieu de former des gens qualifiés pour ce travail (urgentiste est une profession à part entière) on préfère envoyer (sois disant pour dépanner, mais c’est devenu permanent) des jeunes internes en fin d’études de leur cycle de médecine, non assurés, non payés (hormis une minable bourse de 4000 DA par trimestre et quelques dinars pour les gardes), mal formés, dans des ambulances pourries, mal équipées et souvent défaillante d’un point de vue sécurité.
    Deux médecins sont morts à l’aube de l’obtention de leurs diplômes après des années de sacrifices et d’attente à cause des défaillances de la gestion du secteur médical (encore une fois). Je passe, l’esclavagisme du système en lui même envers ces médecins (ils travaillent plus de 60 heures par semaine, et font jusqu’à une cinquantaine de gardes l’année payées minablement), et ce, avec en parallèle le souci de rédiger leur mémoire et de préparer, pour la plupart d’entre eux, le concours de spécialisation. On est en Algérie, alors il y a de quoi se révolter partout. Mes pensées vont vers ces deux jeunes internes ainsi qu’à leurs familles à qui je dis mes condoléances les plus attristées.
    Je ne sais pas, mais on attend tous du changement qui malheureusement ne vient toujours pas. Bonne soirée à tous.

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  • benchikh
    8 mars 2016 at 21 h 43 min - Reply

    @rachid dahmani
    « la seule économie proposée est celle de la rente. Cette façon de faire permet aux « décideurs » de rester les seules décideurs sur tout ce qui concerne le pays, car c’est eux qui disposent des recettes économiques du pays, c’est eux ont entre leurs mains toutes les décisions économiques du pays, qui contrôlent tous les transferts d’argent et de revenus…etc. C’est à dire on fait de cette rente un bâton pour contrôler toute la société plutôt qu’un outil de développement pour le pays. »

    Excellente analyse qui resume l’economie de l’Algerie tout le reste n’est qu’un discours éminemment politique qui laisse entendre que des mesures vont être prises pour résoudre une certaine situation.

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