Édition du
7 December 2016

Commémoration de l’ouverture des camps des internés du Sud

RegganeAmel Hadj Hamou

Membre du CCD

Les années de terrorisme en Algérie ont conduit beaucoup de personnes à revoir leurs références. A une période de liberté politique jamais connue auparavant ont succédé des années de terreur et d’angoisse. D’angoisse pour les gens ordinaires, qui n’étaient jamais sûrs de vivre une journée normale, chaque matin.
Mais ceux-là étaient les privilégiés.
Car ceux qui ont vraiment vécu l’angoisse et la terreur sont ceux qui ont été arrêtés et incarcérés. Ceux qui ont milité pour leurs idées, quelles qu’elles soient, et qui ont payé pour ça.
Le délinquant, ou le criminel, le voleur, quand il commet son méfait, est toujours conscient des risques qu’il encourt. Il sait qu’il peut à tout moment être démasqué, arrêté, et assume de ce fait ses actions.
Mais ce qui arrivé aux militants après l’interruption électorale n’était pas censé faire partie des risques à encourir, dans un cadre démocratique garantissant la liberté d’expression et l’activisme politique.
Des militants islamistes ont été emprisonnés alors qu’ils n’avaient commis aucun délit. Comme l’a dit dans un témoignage un ancien interné du sud, « on a légalisé notre parti, on nous a autorisé à militer, puis on nous a arrêté alors qu’on n’avait commis aucun délit. »
Ils ont fixé des règles du jeu, puis les ont changées sans crier gare.
Le tort de ces militants est-il d’avoir cru que la liberté était réelle ? ou de n’avoir pas choisi la bonne idéologie ? l’idéologie acceptable par le régime ?
D’aucuns objecteront que c’étaient des terroristes, qu’ils ont commis des attentats. Soit. Que ceux qui ont du sang sur les mains soient jugés. D’ailleurs, un des internés l’a également dit clairement : « si j’ai enfreint la loi, qu’on me juge, selon les procédures légales ! »
Mais la plupart de ceux qui ont été internés dans les camps l’ont été de façon violente, arbitraire, sans chef d’accusation, sans information. Ils sont restés en détention, sans que leur cas soit clairement défini.
Comment témoigner?

Des semaines, des mois, des années, passées dans des camps d’internements, complètement en dehors des cadres légaux. Des conséquences psychologiques, sociales, irrémédiables, irréversibles
Comment restituer avec justesse des témoignages sur une période aussi trouble, sur des conditions de détention aussi dures. La chaleur, l’isolement, la faim, la soif, le sentiment d’injustice, …..
Les témoignages ont porté sur les conditions d’enlèvement, et de détention. Le ton était serein, sans animosité, mais une préoccupation revenait, la reconnaissance de l’injustice qui leur avait été faite.
Avons-nous vécu dans le même pays ? nous qui avons traversé ces années avec une peur au ventre, celle d’être pris dans un attentat lors d’un trajet vers son travail, vers sa maison. Mais sans que cela n’ait réellement bouleversé nos vies.
Alors que d’autres ont vu leur existence bouleversé de fond en comble, pour n’avoir pas fait le bon choix idéologique.
Avec ces camps d’internement en plein désert, l’état a enfreint ses propres lois. De manière dramatique. Et, outres les dommages causés aux internés du Sud, de cette période a découlé une inexorable sortir des cadres légaux de toute la société algérienne.


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6 Commentaires sur cet article

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  • rachid dahmani
    26 février 2016 at 14 h 05 min - Reply

    Bonjour à tous,

    Encore un récit (je vous dis Merci Mme Hadj Hamou) qui vient conforter ma pensée profonde de ce système et régime de bananes pourries. Rachem hmida et laab hmida. Que pouvez attendre dès lors que vous preniez part au jeu? C’est la conclusion par une démonstration par a + b issue, appliquée et tirée de la pratique. Donc il nepeut ya avoir plus juste. C’est historique, récital, écrit en lettres grasses…etc. je me demande sérieusement si on n’est plus que des simples d’esprit. Si on continue encore à penser sérieusement que le système pourri va oeuvrer à la démocratisation du pays, je crois qu’il faudra nous interner. Les dommages causés au sud, ils n’en ont cure. Parlez leur plutôt des appartements acquis au boulevard Haussman, au champ élysées, Au boulevard sebastopol, à palma, à Barcelone…etc, enfin…c’est un autre récit que l’on devrait lire sans aucun attention bien sur. Bonne journée à tous.

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  • said
    26 février 2016 at 16 h 49 min - Reply

    EN lisant AMEL et toutes les atrocités qui se deroulent partout dans le monde arabe je fini par douter du genre humain.

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  • lyes laribi
    26 février 2016 at 21 h 02 min - Reply

    1) Aux camps du sud, il n y avait pas que des islamistes. Il y avait aussi ceux qui ont commencé leurs prières la bas tel que les employés de BGA (usine de bière) de Baraki (interné en Mai 92 à ain m’guel) et autant bien d’autres.
    2) Certes, il faut parler des milliards de dollars détourné par cette mafia mais jamais oublié qu’il y avait des personnes qui ont payé le prix fort en s’opposant à cette mafia. C’est leurs histoires, il faut la respecter. Être interné dans un site où la France coloniale a exercé ses essais nucléaires, bactériologique et chimiques est non seulement un crime condamnable par toutes les chartes de cette planète mais c’est aussi une trahison à la mémoires de nos chouhadas.
    3) Un travail de mémoire est nécessaire pour que la bêtise ne se renouvelle pas.
    4) Dans ces cas, l’humain est à son état sauvage.

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  • Bencheikh
    26 février 2016 at 22 h 05 min - Reply

    En Amérique Latine, plusieurs pays s’efforcent d’élucider les crimes commis sous les régimes militaires des années 1960-1980. L’Argentine, le Chili ou encore l’Uruguay tentent depuis plusieurs années déjà de tourner une page sombre de leur histoire en poursuivant les responsables des dictatures. Au Pérou, les dirigeants de la junte (1968-1980), connue sous le nom de Gouvernement révolutionnaire de la force armée, n’avaient jamais été poursuivis, mais c’est en passe de changer. Un juge péruvien a autorisé l’ouverture d’une enquête contre Francisco Morales Bermúdez qui dirigea le pays entre 1975 et 1980. Cet ancien dictateur, âgé aujourd’hui de 93 ans, est tenu pour responsable de l’enlèvement et la déportation, en 1978, de treize opposants au régime.
    Jusque récemment, le droit humanitaire international réservait peu de place aux victimes. Dans ce domaine, les droits des victimes se sont développés sur base des instruments internationaux garantissant les droits de l’homme, axés sur la protection des droits des individus.

    L’élan de solidarité à l’égard des victimes, observable depuis la fin des années soixante un peu partout dans le monde de manière plus ou moins structurée, a conduit l’Organisation des Nations Unies à se doter d’instruments destinés à garantir la protection des victimes et la prise en compte de leurs besoins consécutifs aux victimisations subies.

    Il faut rappeler que la reconnaissance des droits des victimes résulte de la déclaration de principes fondamentaux de justice relatifs aux victimes de la criminalité d’abus de pouvoir adoptée par l’Assemblée général des Nations unies le 29 novembre 1985 qui donne un aperçu des droits des victimes. Cette contribution importante dans la définition de la victime délivrée par la déclaration de l’Assemblée générale de 1985, définit ainsi la victimes : on entend par victime :

    1° « des personnes qui individuellement ou collectivement ont subi un préjudice, notamment une atteinte à leur intégrité physique ou mentale, une souffrance morale, une perte matérielle, ou une atteinte grave à leurs droits fondamentaux, en raison d’actes ou d’omissions qui enfreignent les lois pénales […] »

    2° « une personne peut être considérée comme victime que l’auteur soit ou non identifié, arrêté, poursuivi ou déclaré coupable, et que soient ses liens de parenté avec la victime. Le terme « victime » inclut aussi ; le cas échéant, la famille proche ou les personnes qui ont subi un préjudice en intervenant pour venir en aide aux victimes en détresse ou pour empêcher la victimisation ».

    L’importance de cette définition est le fait qu’elle couvre tant de victimes directes que les ayant droits et les membres de la famille, et même les personnes qui ont subi un préjudice en portant assistance aux victimes. Des recommandations particulières sont adressées aux Etats en vue de procurer aux victimes, dans le cadre de services appropriés, l’assistance matérielle, médicale, psychologique et sociale dont elles ont besoin. Le droit d’être assisté par un conseil, tout comme celui d’être informé de l’évolution du dossier doivent être effectifs. Sécurité et protection de la vie privée sont des droits également impératifs. L’information des victimes sur l’existence de ces services et l’accès à ces derniers doivent être renforcés et, surtout, les personnels de ces divers services doivent recevoir une formation qui les sensibilise aux besoins des victimes
    Le 16 décembre 2005, l’Assemblée générale des Nations unies, après des années de préparation et de discussions sur des projets dans le cadre d’ECOSOC, a adopté un texte fondamental intitulé « Principes de base et directives concernant le droit à un recours et à réparation des victimes de violations flagrantes du droit international des droits de l’homme et des violations sérieuses du droit humanitaire international ».

    Parmi les principes énoncés dans ce texte, le premier est précisément le droit à un recours judiciaire effectif pour les victimes de ces violations. Ensuite, le texte confirme le droit des victimes à une réparation qui inclut non seulement le paiement de dommages-intérêts, mais aussi la restitution, compensation, réhabilitation, satisfaction et les garanties de non-répétition.

    De multiples autres instruments (plus de trois cents) renforcent plus spécialement encore l’arsenal pénal international et permettent la poursuite, plus rarement la condamnation, des auteurs de crimes internationaux, sans dispositions spécifiques néanmoins au bénéfice des victimes

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  • djamel
    27 février 2016 at 10 h 50 min - Reply

    Il face un jour que l’on fasse notre lessive, que passe tout çà au grand savon avant de faire sécher au soleil du bon Dieu. Mais ils ne vous ecouteront pas, ils n’ont pas sentie cette angoisse, ils ne connaissent pas ce que c’est. Ils habitent dans des bunkers, ils se déplacent dans des voitures blindées en plus ils sont armés. Ils passent leurs vacances en Europe et aux Amériques, ils se soignent en France, en suisse ou a Bruxelles, ils font leurs emplettes chez carrefour ou aux champs Élysées. Leur progéniture s’est accaparé des meilleurs postes et des affaires les plus juteuses. Non Mme l’angoisse ils ne l’a connaissent pas. Pour trouver des connaisseurs d’angoisses il faut descendre du côté des ruelles, des places mal éclairées, il faut voir du côté de nos hôpitaux, polycliniques et autres centres de «soins». L’angoisse est du côté de nos écoles mal loties mal surveillées où un enfant peut être enlevé sans difficulté. L’angoisse Mme est du côté des agences de la poste, où les retraites font la chaîne, dans nos villages abandonnés a leur isolement. Un jour le defunt président Boumediene demanda a un fellah est ce qu’ils n’ont pas de problèmes, le fellah répondit non Mr. Le président nous n’avons pas ils ne sont pas encore arrivés d’Alger.

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  • MAJORORO
    28 février 2016 at 16 h 10 min - Reply

    Bravo pour cet article qui ne finissait pas d’arriver.
    En effet, il faut absolument reconnaitre qu’une telle décision ; celle d’interner des citoyens si loin et dans des conditions inacceptables et procéder au plutôt à la réparation. Malheureuse décision signée paradoxalement par le plus brave et le plus désintéressé des historiques.
    Le problème c’est comment reconnaitre et comment réparer idéalement au cas par cas, ce manque d’humanité et de civilité. De par un état-pirate et de non-droit. Difficile si ce n’est impossible.
    Je pense pas qu’avec le présent parti au pouvoir, qui 53 ans durant n’a pas fait de la démocratie et des valeurs humaines une priorité de premier plan, on puisse le faire. Ce parti d’appellations et de philosophies variables en fonction des conjonctures a néanmoins une constante qui est d’éloigner la plèbe de leur champ d’actions. Ils l’appelaient « les masses » et faisaient semblant de s’en soucier mais en vain.
    Au point où on en est, ce parti doit donner la main et possiblement rendre des comptes.
    L’impunité n’est pas acceptable et le crime ne paie pas dans les pays libres.

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