Édition du
30 September 2016

Genèse du discours religieux.

abrutigentsia1“Il n’y a pas d’exercice du pouvoir sans une certaine économie des discours de vérité fonctionnant dans, à partir de et à travers ce pouvoir.” Michel Foucault

Le savoir sur lequel repose notre compréhension reste la pierre angulaire de toutes les tentatives humaines pour appréhender le monde.

Dans ce cadre, il est énoncé que la connaissance doit être vue comme l’accumulation d’observations et de faits mesurables, dont on peut extraire des lois générales par un raisonnement inductif, allant par conséquent du concret à l’abstrait.

La création de cette connaissance requière un paradigme dont les outils d’analyse pré-conditionnent une approche rationnelle, l’unique support et assise pour cette démarche.

Dans cet article, il sera fait usage d’un canevas théorique dans l’objectif serait de décerner avec circonspection comment un discours se construit, en postulant que l’être humain est fondamentalement réfléchi dans son œuvre comme sujet de ce même discours, qu’il soit de contenance sociale ou religieuse.

La question principale dans toutes les philosophies a été la recherche et la construction d’un système de pensées à partir duquel l’être humain pouvait accéder à une connaissance suprême, celle qui rend possible l’explication du monde et qui justifie son existence.

Dans cette démarche, il s’agit alors de réfléchir un tissage originaire et intérieur, une parenté d’essence, une corrélation irréductible entre l’âme et la vérité éternelle, entre le sujet et le savoir et de penser l’être humain comme native, pré-donné, tel qu’il puisse établir une connaissance vraie, que véhicule un discours, ici religieux considéré à priori éternellement fondé.

A cette approche s’oppose une autre conception de la connaissance et surtout du discours sociétal et religieux.

Cette démarcation énonce que le rapport de l’être humain au discours religieux n’est pas réfléchi depuis le lien intérieur à la connaissance, mais construit à partir du rapport extérieur de l’histoire.

De ce fait, la question principale mentionnée ci-dessus relève alors du domaine archéologique, dans le sens où elle a pour tache dans ce cas précis, de mettre en lumière les strates et les structures de connaissance qui se sont accumulées au fil du temps. Mais surtout de décrire les procédures par lesquelles, dans l’histoire, des discours sociétaux et religieux se construisent à chaque époque, transforment, aliènent, informent et par lesquelles aussi et en finalité des postures sociales s’édifient, se travaillent à partir d’un dire-vrai.

Ceci pour relever que derrière la première approche qui présuppose une vérité éternelle dans les matrices de lectures du discours religieux, se trouvent d’abord des dispositifs de pouvoir.

Le concept de “volonté de savoir” sert à cadrer cette analyse. Pour cela il faut opposer le désir de connaissance à la volonté de savoir.

Le désir de connaissance, est ce qui noue l’être humain et un discours religieux pré-donné dans un accord intérieur, depuis toujours, et qui est déjà secrètement tissé, de telle sorte que le mouvement par lequel ce même être connaît ce discours religieux, accomplit sa nature immémoriale.

A l’opposé, la volonté de savoir, découvre derrière l’élaboration du discours religieux le jeu toujours mouvant des pulsions ou des instincts de domination : le rapport du sujet au discours religieux est un rapport de pouvoir qui se noue dans l’extériorité de l’histoire, appuyé par des pratiques et des intérêts sociaux.
Dans ces entre-enchevêtrements, le discours religieux influe sur la réalité et l’infléchisse, la travaille selon des concepts coercitifs, qui prennent encrage du fait de leur puissance d’effets sur les mentalités, les pratiques et les comportements humains.

Le discours religieux alors appuyé par des systèmes de pouvoir, produit donc de la réalité antinomique, contraignant les existences matérielles à ressembler à cette réalité : c’est ainsi qu’une notion de bonté peut être diffracté et devient source de violence, au nom d’une quête à la miséricorde et pour le salut de l’autre.

En conclusion, tout discours religieux ayant pour audience le champ social n’est en rien une vérité énoncée et éternelle, mais une construction épistémologique, miroir et véhicule à la fois des postures sociales et humaines. Et dont la genèse ne relève d’aucune entreprise altruiste, mais d’un rapport de forces et surtout de pouvoir, que la société dans son moi collectif les subissent d’une façon inconsciente et violente.

Khaled Boulaziz


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2 Commentaires sur cet article

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  • Desforges
    10 mars 2016 at 11 h 28 min - Reply

    On s’est pas vu depuis Oxford , je pense que tu vas bien .L’inconscience de la société est-elle durable et éternelle ?

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    • khaled Boulaziz
      11 mars 2016 at 13 h 37 min - Reply

      Je ne saurai répondre à cette question. Et je dois ajouter que «Le quête d’une société juste et parfaite, les hommes en ont rêvé et y rêvent encore ; mais a travers l’histoire humaine, il y a eu que la prédominance du rêve militaire de la société; sa référence fondamentale était non pas à l’état de nature, mais aux rouages soigneusement subordonnés d’un pouvoir, non pas au contrat social, mais aux coercitions permanentes, non pas aux droits fondamentaux, mais aux dressages indéfiniment progressifs, non pas à la volonté générale, mais à l’obédience automatique».

      Le lien entre le savoir (laïc ou religieux) et le pouvoir est intime est la tache principale des intellectuels est de chercher « comment déconnecter la croissance des capacités et l’intensification des relations de pouvoir» par lesquelles sa violence s’exerce sur la société.

      C’est la prise de conscience des intellectuels, pour arriver a une prise de conscience de la société afin de demystifier tous les pouvoirs dans un effort incertain et surtout dans un combat sans fin.

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