Édition du
5 December 2016

La genèse du printemps berbère.

d-hommage-ce-soir-a-mouloud-mammeri-sur-tv4-c62f2Il y a 36 ans, jour pour jour, le printemps berbère éclot, provoqué de façon sous-jacente par le régime. En effet, tout commence le 10 mars lorsque les autorités locales, en l’occurrence le wali de Tizi Ouzou, Hamid Sidi Saïd, décident d’empêcher la tenue d’une conférence sur les poèmes (Isfera) kabyles anciens, que devrait animer l’illustre écrivain Mouloud Mammeri.

En tout cas, dès que la nouvelle est arrivée à l’université, la réponse des étudiants ne se fait pas attendre. Le soir même, une assemblée générale des étudiants se tient à la cité universitaire d’Oued Aissi. En réponse à la décision inique du wali d’interdire la conférence, le principe d’une manifestation, pour le lendemain, est adopté sans peine.

Avant de quitter l’enceinte universitaire, un rassemblement est improvisé à Hasnaoua, le 11 mars 1980, à 11 heures. Au cours de ce rassemblement, les étudiants décident, sans tergiversation, de porter le combat dans la rue. « Devant le portail du campus, 1500 personnes de la communauté universitaire, sur les 1700 que compte l’université, sont rassemblées, attendant le départ », écrit Aziz Tari, dans un ouvrage collectif, sur les événements d’avril 1980, dirigé par Arezki Aït Larbi.

Hélas, dans un système déniant tout droit au citoyen, les manifestations sont systématiquement réprimées. Bien que le barrage des CRS ne puisse pas contenir la foule, cette demi-victoire sera chèrement payée un mois plus tard. Pour le moment, la population salue l’exploit des jeunes étudiants bravant l’arsenal répressif. Une situation logique, selon Aziz Tari, dans la mesure où cette situation « est la résultante de l’expérience militante et le cumul des différentes actions et autres formes de résistances, notamment depuis 1963. »

Désormais, la noria étant lancée, la communauté universitaire et les organisations politiques clandestines comptent laver l’affront. Bien que les initiateurs du mouvement estudiantin n’aient aucune sympathie pour le FFS –ils viennent de l’extrême gauche, à l’instar d’Aziz Tari, Gérard Lamari, et Djamel Zenati –, la cohabitation se passe sans encombre.

De son côté, le régime ne se laisse pas impressionner. D’emblée, il mobilise ses plumes en vue de dénaturer le mouvement. Il confie cette tâche  à deux plumitifs : Kamel Belkacem et Mohamed Benchicou. Si celui-ci voit la main de l’étranger, dans un article intitulé « qu’y a-t-il derrière le refus des Français et des Américains d’accepter un prix rémunérateur du gaz que leur vend notre pays », celui-là s’en prend violemment à la personnalité de Mouloud Mammeri.

Pour les jeunes animateurs, ces insultes, de par le caractère obscène, les galvanisent. « Les réactions fusent de partout, à Alger, en France dans l’immigration, et bien sûr en Kabylie. C’est le début d’un cycle contestation-répression-arrestation », écrit Aziz Tari. Ce pourrissement –et c’est le moins que l’on puisse dire –dure jusqu’au jour fatidique –dans la nuit du 19 au 20 avril –où les forces de l’ordre envahissent les campus et les cités universitaires en vue de casser le mouvement.

Pour conclure, il va de soi que, dans un régime qui respecte les libertés, un tel événement ne risque pas de se produire. Car, ce sont les dirigeants qui encouragent, financent et accompagnent les activités culturelles. Or, en 1980, l’Algérie est une République bananière où l’on régit la société par la violence. Mais, ce qu’ignorent les dirigeants, c’est que la génération d’après-guerre ne compte pas courber l’échine face au chantage à la violence.

Bien que l’histoire retienne les noms des animateurs les plus habiles sur le plan de la communication, il n’en reste pas moins que le mouvement est fait et porté par des étudiants guidés par leur fougue et ayant un sens de responsabilité précoce par rapport à leur âge.

Enfin, c’est cette génération, dont beaucoup d’entre eux resteront dans l’anonymat, qui donne le coup de pied dans la fourmilière du régime. Ce mouvement sera suivi par d’autres villes : Bejaia 1981, Oran-Saida 1982, Alger-Laghoaut 1984, Casbah (Alger) 1985, Sétif-Constantine 1986.

Aït Benali Boubekeur

 


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5 Commentaires sur cet article

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  • abed
    11 mars 2016 at 8 h 44 min - Reply

    Ce mouvement a été très prolifique par la suite: il a généré les Rebrab, Haddad, Tahkout, Sidi Said, Oulmi, etc.

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  • Loubna Souali
    11 mars 2016 at 19 h 54 min - Reply

    @abed

    Votre post est horrible, mon cher ami ! Il est le signe que vous n’avez aucune considération ni pour da Mouloud Mammeri, ni pour le printemps ou l’hiver berbère, ni pour ammi ali ou pour ammi kadour!

    Que viennent faire Rebrab, Haddad, Tahkout, Sidi Said, Oulmi, etc ??? Vous êtes un spécialiste dans ce qu’on peut appeler le « noyage du poisson » ! Je vous apprends une chose, je vais vous donner une leçon alors que j’ai d’autres choses à faire, eh bien cher ami, on ne peut JAMAIS noyé un poisson !

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  • Dria
    12 mars 2016 at 10 h 54 min - Reply

    Moi je dis que le combat continu et que ce mouvement à engendré des Abed et des Loubna.
    @ Abed : les KDS que vous avez citez n’ont jamais été le produit du mouvement mais le produit du système.

    @Loubna:ou sont les idéaux de Dalmulud ,il n’ en reste que son nom sur les fronton d’une université ou des maisons de culture.

    Qu’en est il de la situation en Kabylie ,elle est minée plus que jamais,la société civile livré à elle même malgré les nombreuses association qui pullulent dans toute la région.

    Les Universités prisent en otages,les revendications syndicales misent en hibernation des sursauts du SNAPAP du CNES.TO (restent vaines devant le parti pris du bureau national du CNES et sa soumission à Said Bouteflika ancien membre du CNES.) Les étudiants vivent les tiraillements entre le indépendentistes du MAK et les autres, des mouvements de grêve à tout bout de champs bien que la qualité de l’enseignement soit leur dernier soucis la revendication de TAmazight s’est estompé avec le temps, Tafsut se résume par des festivités culturelles qu’on célèbrent folkloriquement tout le long du mois d’avril.

    Ou sont les initiateurs du mouvement berbere ou sont les fondateurs du MCB que sont devenu les Abrika and Co.
    Ceux que le systéme n’a pas phagocyter ont du s’exiler laissant le champs libre aux manipulateurs, aux indépendantistes aux séparatistes….
    Avec l’officialisation de Tamazight les vrais problèmes pointent à l’horizon. Quelle alphabet pour les transcriptions quelle sont les symboles du tifinagh à retenir le nombre et symbole de l’ alphabet kabyle etc… Il faut s’y mettre au travail dés maintenant car aucun consensus n’existe à ce jour…..

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    • mellah hocine
      22 mars 2016 at 20 h 33 min - Reply

      Dria
      12 mars 2016 at 10 h 54 min

      « Ou sont les initiateurs du mouvement berbere ou sont les fondateurs du MCB que sont devenu les Abrika and Co. »
      ………………………………..

      Vous-mêmes êtes à coté de la plaque, car parler d’ABRIKA and Co, c’est ignorer totalement le Mouvement culturel Berbère , sa composante et ses objectifs. Je vous laisse, toutefois, la latitude d’aller chercher les noms des membres de ce mouvement qui ont payé de leur vie en étant obligé d’aller « embrasser » LAMBESE et BERROUAGHIA. Ils sont, pour la majorité, encore militants et se prononcent sur le devenir de cette langue qui nous est chère qu’est TAMAZIGHT.
      Mouloud Mammeri a tracé les sillons d’une lutte assez longue , afin d’aboutir aux revendications qui sont encore d’actualité, malgré son « officialisation » .

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  • rachid dahmani
    12 mars 2016 at 18 h 19 min - Reply

    Bonsoir à tous,

    Décidément on met du temps à comprendre ce qu’est notre pays depuis l’indépendance à nos jours. On se tue à faire des démonstrations sensationnelles, des raisonnements extraordinaires, des explications des plus complexes à un fait et un constat des plus simples à faire. Il y a une bande de voyous qui a tout monopolisé depuis 62 dans un système qui se régénère sans arrêts en entretenant les noeuds de sa toile. Partant de là, il n y a pas de démocratie, pas de liberté, pas d’activités qui risqueraient de mettre en péril aussi petitement soit il le système. c’est ce que l’on a vécu cinquante durant, et ce que l’on va vivre encore longtemps. A moins d’un sursaut d’orgueil du peuple…mais je ne mettrai pas ma main au feu. Sinon, on continuera d’écrire encore ici sur LQA et ailleurs, à faire des constats, à dire que les libertés n’existent pas, que tout est monopolisé…etc, etc. En attendant le système nous dit causes toujours tu m’intéresses, et il prend un malin plaisir à nous tutoyer…bonne soirée à tous.

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