Édition du
25 September 2016

CHAKIBSOU ET LE 19 MARS.

Chakib3Le merveilleux cadeau, la surprise du package politique algérien, en ce 54ème anniversaire de la signature des Accords d’Evian (le 18 mars 1962) consacrant le recouvrement de la souveraineté nationale et du Cessez-le-feu annoncé le lendemain. Chakib Khelil est de retour en Algérie ! Enfin, le Picsou algérien (Chakibsou pour les intimes. Chakib, du verbe chakibiser), formaté à Texas University, assermenté auprès de la Banque Mondiale et, surtout, apprécié par le cartel du pétrole du pays de l’Oncle Sam a une nouvelle fois foulé le sol de l’Algérie, la veille du 18 et l’avant-veille du 19 Mars ! Décidément, Chakibsou a une histoire particulière avec ce rendez-vous de l’Histoire !

Du coup, il n’a pas manqué de fouler au pied producteurs et promoteurs du feuilleton Sonatrach, idiots utiles, « intelligentsia » inutile, cadres humiliés et emprisonnés injustement, peuple dépouillé, nation trahie et souveraineté mise aux enchères ! Qui dit mieux ou…pire ?!

Sur le chemin du retour, histoire de ne pas déroger aux « bonnes manières », il a rendu visite à Arsène Lupin, l’ami de l’ombre, ce charmeur redoutable qui savait joindre le vol à la bienséance.
Les aventures d’Arsène Lupin ont affiné l’esprit de Chakibsou. Elles lui ont évité une mésaventure judiciaire programmée. Surtout, elles lui ont appris à se tirer d’affaire quand trop d’affaires tuent les affaires et quand d’autres se tirent une balle dans le pied à trop jouer aux malins.

C’est qu’il fallait apprendre de ses prouesses, habiter son personnage pour accéder à la recette secrète, celle qui fait fleurir le pot de roses hors saison et à l’abri de toute mauvaise surprise.
Pour y arriver, il est important de retenir une chose : la raison d’Etat à des raisons que la raison humaine ne connait pas. Avec sa tête de premier de la classe, Chakibsou a retenu la leçon. Il en a même fait une devise comptable en dollar ou en euro, c’est selon les circonstances et, surtout, le sponsor ! Passons…

QUI SE SOUVIENT DE « LA LOI KHELIL » ?

Chakibsou est un personnage bien particulier. Il a surtout une histoire particulièrement saisissante avec le 19 Mars.
Droit dans ses bottes et sous sa casquette de ministre de l’Energie et des Mines, il a concocté une vente aux enchères de la souveraineté économique du pays –et, en conséquence, de sa souveraineté politique- présentée, le 19 Mars 2005 (correspondant au 39ème anniversaire du Jour de la Victoire), sous la forme de ce qui est communément appelé « la loi Khelil » sur les hydrocarbures devant une « Assemblée Nationale » de…54 députés présents sur 389 que comptait cette « assemblée » à l’époque. Surenchère clientéliste oblige, les quotas des législative ont connu une augmentation, passant à 462 sièges réservés aux lèves-mains et à « l’opposition parlementaire ».

A cette époque, celle du 2ème mandat du président qui n’avait pas encore acquis la capacité de se faire élire par contumace, les « Rab D’zaïr » et autres barons d’Alger voulaient offrir Sonatrach, les gisements de pétrole et de gaz algériens sur un plateau aux multinationale qui voulaient le beurre, l’argent du beurre, la crémière et la vache à traire, monnayant des commissions conséquentes.

«La loi Khelil» était un arsenal de 115 articles visant à mettre fin au monopole de l’Etat sur Sonatrach et de cette dernière sur le marché algérien des hydrocarbures à fin de préparer l’ouverture de son capital aux multinationales ! En termes de géopolitique, ce dispositif préparait l’Algérie à jouer le rôle de succursale régionale de la mise à mort des Etats postcoloniaux de l’Espace nord-africain, de l’espace méditerranéen et de l’espace sahélien par ce que le sociologue Jean Ziegler appelle « la dictature planétaire du capital financier globalisé». Une dictature mondiale constituée, selon M. Ziegler, de « 500 sociétés transcontinentales » qui préparent « un gouvernement du monde sans Etats ». Rien que cela !

C’est dire la particularité du rapport qu’entretien Chakibsou avec le 19 Mars et la question de la souveraineté.

Cela dit, il est sidérant de constater à quel point Chakibsou arrive-t-il à surfer sur notre imaginaire, à se jouer de nos consciences et à se foutre de nous !

L’IMPUNITÉ

Son retour a suscité des réactions telles que l’on est arrivé à oublier que l’impunité est inscrite dans l’ADN du régime algérien. Le Président absent n’a-t-il pas été condamné, en 1983, par la Cour des Comptes, pour « gestion occulte de devises au niveau du ministère des Affaires étrangères » ? Aujourd’hui, il occupe le fauteuil roulant d’El Mouradia pour un 4ème quinquennat consécutif. L’ex-pharaon du DRS n’a-t-il pas été désigné par feu Said Mekbel comme étant l’auteur de la terrible théorie du « terrorisme pédagogique» ayant nourri « la sale guerre » qui a fait plus de 200 000 morts et de 20 000 disparus ? Aujourd’hui, il se la coule douce au bord de la mer, au Club de Pins. L’ex-Mokh des Moukhabarat n’a-t-il pas été reconnu à la tête de la bande qui a déclenché les tueries de 2001, en Kabylie, via « une fuite organisée » d’un document secret de l’armée algérienne ? Aujourd’hui, on n’entend presque plus parler de lui.

Et la fameuse loi sur « la réconciliation nationale », n’a-t-elle pas consacré l’impunité dans le seul but de sceller le dossier du « qui-tue-qui ? » ? Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui se sont rendu compte de la pertinence de cette question.

Pour éviter d’avoir le cafard, il est utile de voir comment le retour de Chakibsou fait voler en éclats l’idée de « l’Etat civil » et de « la nouvelle république » que veulent nous vendre les tenants actuels du régime, à coup de folklorisassions accélérée du discours politique, assurée par Saâdani, lui-même cité dans des affaires !
En effet, ce retour met en évidence l’absence du pouvoir judiciaire en Algérie. Cela montre que « la séparation des pouvoirs » vantée et chantée à la « faveur » des « dispositions de la nouvelle Constitution » n’est qu’une chimère. En clair, l’exercice réel du pouvoir continue d’échapper à l’encadrement de la Constitution et au contrôle des institutions.

Sur le double plan, politique et économique, l’informel continue de faire la pluie et le mauvais temps pour l’algérien lambda, le printemps en toute saison pour la caste militaro-mafio-ploutocratique qui gère la destruction du pays.

A l’aune du 54ème anniversaire de la signatures de Accords d’Evian et du Cessez-le-feu du 19 Mars 1962, il est important de rappeler ce qui suit : le peuple algérien a le droit de se constituer partie civile et d’assigner le régime et ses différentes composantes claniques devant le tribunal de l’Histoire.

Seulement, pour y parvenir, il est important d’éviter les pièges du carriérisme parlementaire, de l’opposition organique et du radicalisme populiste. Car, l’algérien lambda ne fréquente ni les couloirs d’une Assemblée dont les sièges sont livrés par quotas, ni les salons feutrés des hôtels huppés d’Alger. Aussi, il n’a que faire de ceux qui soufflent sur les braises de l’antagonisme des appartenances religieuses ou identitaires.

L’algérien lambda a besoin d’espaces pour s’exprimer et libérer ses capacités de mobiliser les richesses populaires qui, il y a 54 ans, ont vaincu la quatrième puissance mondiale, soutenue par l’Otan.

Hacène LOUCIF.


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9 Commentaires sur cet article

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  • AIT MOHAND
    19 mars 2016 at 20 h 56 min - Reply

    Mr. Hacène LOUCIF

    Le mal profond qui ronge insidieusement notre pays depuis des décennies n’est pas le propre, ou « n’est pas la faute » quoi que… à Chakib Khalil ou Chakibsou à lui tout seul mais… au système qui permet et qui autorise l’émergence de tels gens et de tels voyous.

    En d’autres termes: QUI A RAMENÉ Chakibsou? Bouteflika me diriez-vous, pardi! Et vous avez parfaitement raison. Mais il manque la réponse essentielle à cette question secondaire. En l’espèce, QUI A RAMNÉ bouteflika en Algérie…? Qui a lui-même ramené chakibsou. Mais c’est le système, crénom de dieu me diriez-vous! Et vous aurez encore raison, une fois de plus.

    Mais si je vous demandais d’être un peu plus précis sur ce mot « système »… ce vourourou qui effraye tant la populace que nous sommes! C’est QUI CE SYSTÈME? Vous m répondrez après moule hésitation et d’un air craintif: LES MILITAIRES!

    Ainsi donc, « QUI » a ramené chakibsou? bouteflika!!! Et « QUI » a ramené bouteflika? Nos braves militaires! La boucle est bouclée…

    UN VOLEUR RAMÈNE TOUJOURS UN VOLEUR !!! Et bien entendu, D’AUTRES VOLEURS…..

    Et la boucle est bouclée ya SI Hacène LOUCIF……..

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  • MAJORORO
    20 mars 2016 at 16 h 43 min - Reply

    Le système dont on parle ici a été construit piece par piece par des algeriens. La selection des hommes aussi. Il n’y a aucune main etrangere, ni influence aucune.
    Ou je veux en venir est que le génie algerien s’etant exprimé en 54 années a donné ce que l’on voit aujourd’hui ; en l’occurance, la malhonneteté, l’incompetence et la desorganisation generalisée. Un système qui n’a aucune orientation et / ou coloration politique. Pas d’honorabilite ni de sens des valeurs.
    Les hommes passent et ne reviennent pas mais le système reste bien qu’indigent (je dirais plutot indigene) et malpropre. Cela a trop duré et semble maintemant impossible a deloger. On n’a que nous-meme a blamer. Mais peut-on faire mieux ou est-on condamne a cela seulement. Devrait-on se resigner a cela et seulement a cela.

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    • mellah hocine
      22 mars 2016 at 21 h 06 min - Reply

      Comment ne pas partager un avis aussi juste et plein de bon sens ?. L’Algérien est aujourd’hui l’être le plus « je m’en foutiste » qui existe. J’y suis, j’y reste donc j’existe. Une sentence , malheureusement, accompagnée d’une boulimie de bien être. Ne touche pas à mon acquis,à mes acquis, semble être la devise de nous autres. Chacun « bouffe » à sa manière sans offrir au retour quoique ce soit, personne ne se donne à fond, au travail, au labeur. Nous sommes une société d’assister, c’est pour cela que le pouvoir que nous avons , nous le méritons.

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  • rachid dahmani
    21 mars 2016 at 7 h 59 min - Reply

    Bonjour à tous,

    Dans notre arène de jeux, errachem hmida et laab hmida. On pourra jouer de la ghaïta comme on voudra on ne changera rien pour autant. en attednant, khelil lakhla contre attaque, il attaque en justice toufik et compagnie. gageons qu’il aura gain de cause car c’est l’ami de hmida. Les choses changeront très certainement chez nous, mais dans un siècle et demi à deux et ça personne ne pourra démontrer le contraire. Bonne journée à tous.

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  • djamel
    21 mars 2016 at 11 h 41 min - Reply

    L’Algérie malheureusement ne pas compter sur son élite, elle est a 98% corrompue. Nos braves généraux avec leur poitrine pleine de médailles sans avoir à tirer un balle pour l’honneur. Mais qui s’en pressent de donner des ordre d tirer sur leur propre peuple. Les événements d’octobre 1988 et ceux de kabylie en 2001 où pendant des semaines les forces de sécurité utilisées de vrais balles contre des jeunes qui sont sortis dans la rue pour crier leur désespoir. D’ailleurs l’un des slogans que ces jeunes écrivaient sur les murs est éloquent «vous ne pouvez pas nous tuer nous sommes déjà mort».
    Ce n’est pas avec des décrets ou des ordonnances que l’on peut effacer la mémoire d’un peuple. La mémoire restera et l’histoire retiendra que vous avons toujours été dirigé par des dictatures et la dernière s’est ajoutée une grande quantité celle des voleurs.

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  • Alilou
    21 mars 2016 at 13 h 57 min - Reply

    Rien d’etonnant, entre loups on se serre les coudes.
    Dites moi quand est-ce que la justice (l’injustice algerienne) a été juste ?

    en 15 ans de regine sans partage, a raison de 200 M$$$ / an l’algerie a ramassé 3 Trillions de $$$ sonnants trébuchants

    SHOW ME THE MONEY ? on a rien fait avec mis a part les servire a l Banque Mondial, FMI, FAFA and Co et NOUS ????? on fait que constater les faits, comme quoi…les chiens crient au loup et les loups passent

    Fumons tous un calumet de la paix, et restons zen…la planete se meurt

    Alilou

    PS: Salutation Rachid Dahmani

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    • rachid dahmani
      22 mars 2016 at 8 h 07 min - Reply

      Bonjour Alilou,

      Le loup alpha se porte bien à s’y méprendre. La femelle alpha je ne sais pas si elle a existé par contre. La meute a pris du grade depuis tout ce temps. Il se compte en nombre de sacs noirs de dollars. J’ai fait un calcul sommaire. DE 1971 (date de la nationalisation des hydrocarbures) à ce jour, en faisant le bilan recettes – dépenses du pays on constate un trou de plus de 200 Milliards de dollars que je met sur le compte de:
      – Détournements (très certainement)
      – Mauvaise gestion (très certainement aussi)
      – Incompétence (j’en suis certain)
      – incertitudes de calcul (il devrait y en avoir un peu).

      Il faut juste savoir faire un petit bilan d’épicier en se disant que l’épicerie c’est notre pays (d’ailleurs il a toujours été considéré ainsi). Ensuite, il suffit de se donner les recettes annuelles et les dépenses annuelles (moyennes bien sur) et faire des opérations élémentaires d’additions, de multiplications et de soustractions. Le problème est facilité par le fait qu’on importe quasiment tout (on ne crée presque aucune richesse à vendre à l’extérieur) et on ne vend que des hydrocarbures à l’extérieur.

      Bonne journée l’ami.

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  • Hacène Loucif
    22 mars 2016 at 12 h 29 min - Reply

    Je remercie l’équipe de LQA pour la publication de ce billet. Dans cet écrit, j’ai sciemment évité les évidences concernant la nature du régime militaro-mafio-ploutocratique. Tout le monde sait que l’eau est liquide et que le soleil brûle.

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  • djamel
    23 mars 2016 at 13 h 30 min - Reply

    Pourtant il faut reconnaitre qu’il y a eu des hommes des algériens, qui sont nés et qui ont grandi en Algérie qui ont au moins essayé de construire un état autre que celui d’aujourd’hui. Un etat basé sur la justice d’abord parce qu’elle nous a manqué pendant au moins 132 ans, ensuite une justice sociale parce que notre peuple en avait vraiment besoin (dépossédé de ses biens, de ses terres) et enfin d’un état où seul compte le mérite au sens larlge du terme ( compétences, intégrité, volonté, dévouement…) ces hommes sont les Ferhat Abbas, Ait-Ahmed, Ben-Khedda… sinon nous serons tous des ingrats.

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