Édition du
29 September 2016

Le 19 mars 1962: une victoire détournée de son objectif.

Mostefai«Si l’on considère les positions françaises qui subordonnaient toute négociation au cessez-le-feu, c’est là une grande victoire du peuple algérien. Cette victoire se traduit sur le plan politique par l’indépendance de notre pays», extrait du message du président du GPRA, Ben Youcef Ben Khedda, le 18 mars 1962.

Malgré une opposition farouche de l’EMG (état-major général), commandé par Houari Boumediene, les accords d’Évian représentent immanquablement un triomphe, et ce, dans la mesure où toutes les revendications contenues dans les documents fondamentaux, à savoir la proclamation de novembre 1954 et les résolutions du congrès de la Soummam, sont satisfaites.

Bien que la délégation du GPRA ait fait des concessions, notamment sur la location de la base de Mers-el-Kébir et la poursuite des expériences nucléaires, il n’en reste pas moins que tout accord politique nécessite une souplesse de part et d’autre. Et si l’on mesure leur amplitude, on peut dire que la délégation algérienne est celle qui a lâché le moins de lest.

En effet, sur deux points notamment, en l’occurrence la séparation du Sahara de la partie nord de l’Algérie et la conception d’un statut particulier aux Français d’Algérie, la délégation française renonce tout bonnement à ses exigences. Il en est de même de la tentative d’ethniciser le peuple algérien, où la délégation française a songé, un moment donné, à consulter les Algériens séparément.

Hélas, en dépit de cette victoire, l’armée des frontières se montre sceptique, voire opposée aux accords. Bien que la fin de la colonisation ne puisse intervenir que par la négociation politique –vers la fin 1960, 5 soldats de l’ALN sur 6 se trouveraient bloqués aux frontières –, les principaux responsables de l’EMG votent contre les préaccords soumis à la session du CNRA (conseil national de la révolution algérienne) du 22 au 27 février 1962.

Toutefois, tant que la révolution est encore gérée par des règles définies communément, les intrigues de ceux qui se projettent dans l’après-guerre échouent. Et qui plus est, le chef de l’État-major général ne cherche pas pour le moment l’affrontement. Du coup, seules 4 voix sur 49 refusent d’accorder leur confiance aux négociateurs, mandatés par le CNRA.

Quoi qu’il en soit, lorsque les négociations reprennent le 7 mars 1962, à Évian cette fois-ci, les négociateurs français s’attendent à une simple formalité, car le cadre a été arrêté aux Rousses du 13 au 19 février 1962. Ce n’est pas le cas dans la mesure où les mandataires du CNRA posent tous les problèmes et les réserves émises par leurs collègues à Tripoli.

De fil en aiguille, ces derniers parviennent à arracher les dernières concessions à leurs homologues français, et ce, malgré leur volonté de s’en tenir au texte des Rousses. Au bout de 11 jours de palabres interminables, l’accord est finalement signé le 18 mars 1962. Quant au cessez-le-feu, il est prévu le lendemain à midi, et ce, au grand bonheur du peuple algérien.

Pour conclure, il va de soi que la victoire du peuple algérien sur le colonialisme est avant tout une victoire politique. Après avoir posé le problème militairement, il est évident que la disparité des moyens ne plaide pour une victoire du même type. D’ailleurs, la seule épreuve de force des partisans de Boumediene se fera, quelques mois après le cessez-le-feu, contre leurs frères de combat en vue de s’emparer du pouvoir. Hélas, après une euphorie allant du printemps à l’été 1962, le peuple algérien replonge dans une autre période de domination, où cette fois-ci la violence émane des nationaux. Ce qui est en soi plus désagréable à supporter.

Aït Benali Boubekeur


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2 Commentaires sur cet article

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  • MAJORORO
    22 mars 2016 at 17 h 51 min - Reply

    Avec Gandhi, en Inde, “While Indians gained the will to seek independence; the British lost their will to hold their empire.”
    Voilà à peu près, ce que le 19 Mars 62 était. L’Inde sous la direction de ce monsieur, n’avait pas pris les armes, en optant pour la non-violence. Elle n’avait pas besoin de stratèges militaires qui bivouaquaient en dehors des frontières. Si les Algériens avaient su cela, leur pays serait autrement mieux loti maintenant. En fait, la victoire algérienne fut une victoire politique qui appartient au peuple. Elle n’avait pas été militaire et les militaires qui ont pris l’initiative n’avaient aucun mérite et n’auraient jamais dû le faire. Ils sont tous partis aujourd’hui mais qu’ont-ils laissés derrière eux. La RADP, l’APN, l’APW et l’APC et autres structures distordues. En plus, ils dans leur sagesse, ont inventé de nouvelles appellations françaises ridicules telles que Wilaya et Daira. A propos, le mot Daira s’ecrit-il avec un trema ou non. Qui décidera, peut être l’Académie Française. Quelle honte.

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  • BEN MASSER
    26 mars 2016 at 16 h 40 min - Reply

    Le peuple algérien était dans un rêve depuis le 3 juillet 1962, où il croyait que son pays était stable sans aucun problème, soudainement arriva l’année 1988,avec tous ses dangers et là il compris que sa patrie est sous une dictature féroce et que rien ne fera reculé ce pouvoir plongé dans une incurie totale; fasse que dieu sauve ce pays et son peuple.

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