Édition du
28 September 2016

Moi, Carl. Yacine. Mehdi B., enfant à Vaulx-en-Velin, adulte à Molenbeek et résistant à Bagdad.

Hollande et la SyrieSalim METREF

Je m’appelle Yacine. Mehdi. B. et mes potes m’appellent toujours Carl. Je suis né à Vaulx-en-Velin, dans l’agglomération lyonnaise. Ma famille était modeste et mon père était maçon et coffreur dans le bâtiment. Mon père aimait sa truelle qu’il tenait avec fierté. Il disait souvent qu’elle était son honneur car elle lui permettait de vivre honnêtement. J’ai grandi entre les nombreuses poches de misère et de précarité de cette région. Au marché j’ai souvent courbé l’échine sous le poids de sacs de fruits et de légumes que j’ai porté contre quelques sous. Pour aider à remplir la marmite comme on dit. Le soir, j’ai souvent été m’éclater non pas dans les boites snobs dont l’accès m’était interdit mais à leur périphérie, dans ces bas-fonds, rendez-vous de toute la faune nocturne, des diseuses de bonne aventure  et autres paumés qui s’essayaient au swing claironné par de vieux cuivres venus des cités avoisinantes. L’alcool n’y avait déjà plus droit de cité, juste quelques joints pour croquer la lune. Et pleurer la malchance.  De Rillieux-la-Pape à Saint-Fons et même à Lyon ville, j’ai déambulé sans retenue, en quête de devenir mais aussi  d’une raison  d’exister.  Je n’y ai trouvé qu’amertume, mépris et  rejet. J’ai vécu dans la marge non pas parce que je sois né marginal mais parce qu’on m’y a poussé. Sans raison et de force. J’ai quitté prématurément l’école parce que je voulais devenir taxi. J’y ai laissémon meilleur mon pote Eléanou qui voulait être avocat. Je voulais aussi ressembler à Robert de Niro dans Taxi Driver. J’ai rompu avec les belles avenues et les grands boulevards où je n’étais pas le bienvenu. J’ai trouvé refuge sur les pentes de la Croix-Rousse et à la Duchére. Ce quartier m’a appris comment survivre à défaut de vivre. J’ai souvent demandé des sous à quelques petits prétentieux. Jamais aux pauvres, ni aux  paumés. Juste ceux qui flambent le fric sans compter et qui rotent de leurs discours enflammés à la puanteur souvent raciste et antisémite. Je les ai attendus à la sortie de leur tanière. Souvent ivres et en galante compagnie. Je leur ai demandé quelques billets qu’ils n’avaient pas encore dépensé où qu’ils s’apprêtaient à faire, avec quelques filles de joie qu’ils ramenaient à l’aube chez  eux. J’étais en somme juste. Je demandais des sous à ceux qui en avaient déjà trop. Et qui avaient aussi la langue bien pendue.

 

 

Après avoir tout vu et tout entendu, j’ai décroché et j’ai quitté ma ville et je suis remonté dans le nord. J’étais déjà un grand gaillard, sportif et je commençais à m’imposer une hygiène de vie. Physique et spirituelle. Je me suis arrêté à Lille bien que je voulais plutôt m’installer à Calais. Pour voir le large. J’étais à Lille, pas loin de la Belgique. Je traversais souvent la frontière pour acheter des chocolats. Ils coûtaient mois chers de l’autre coté de la frontière. Il est vrai qu’à Lille, comme partout dans le nord, les gens n’ont pas le cœur dans la gestuelle mais bien en place. Et contrairement aux comparses du sud, ils sont sacrement réservés. Mais ils vous donnent tout quand ils deviennent vos amis. En tous les cas l’essentiel, leur amitié. Avec mes nouveaux potes, j’ai appris autre chose. J’ai tout largué. Petits combines, joints occasionnels et même petites fêtes entre amis. Je voulais juste devenir un bosseur. Faire comme beaucoup de gens. Trimer dur pour gagner ma vie et fonder une famille.  Mon modèle était désormais plus Serpico que Corléone  et j’étais déjà rangé. J’ai travaillé de nombreuses années dans une grande imprimerie. J’était clarkiste comme on dit et l’odeur du papier était devenue mon autre oxygène.

Un jour, tout s’est gâté. A la cantine, le serveur m’a joué un mauvais tour que je n’ai pas du tout apprécié. Ce dernier pensait pouvoir  plaisanter avec ce qui m’était le plus cher et le plus intime. Le respect scrupuleux qui était le mien de mes obligations religieuses. Juste cela. Je ne demandais jamais rien à personne. Avec cela, j’étais déjà immensément riche.  Sans le savoir j’ai mangé du poisson auquel on avait rajouté du porc. Bien incrusté dans le repas, je ne m’en suis pas aperçu. Naïf que j’étais, j’ai vraiment cru que ce n’était que du poisson.

Au cours du repas, je surpris mes voisins de table discuter du menu. Je compris l’arnaque.  Je m’en suis allé demandé des explications à ce mauvais plaisantin. En guise de réponse, j’eus droit à son rire moqueur et hautain et Je vis le reflet de mon visage sur l’enrobage en or de ses dents. Fou de rage,  j’ai planté ma fourchette dans son cou de boucher. Il s’en est sorti avec dix point de suture et un mois d’arrêt de travail. Je fis mon entrée en prison. J’écopa d’une peine de 18 mois et je n’eu droit à aucune circonstance atténuante. Juste les propos malveillants de quelques présents dans la salle d’audience comme ce fameux si tu veux un menu spécial ,  tu n’a qu’a renter chez toi….

Je n’était pas un super pratiquant mais je faisais mon apprentissage. Je voulais juste vivre comme mes parents. Travail, famille et prieres pour soi et pour les autres. En sortant de prison, aprés avoir purgé ma peine, j’ai décidé de quitter le nord pour rejoindre la Belgique, pays frontalier situé à quelques encablures de là. Molenbeek m’accueillit alors à bras ouvert.

Dans cette commune de Bruxelles, j’ai tout visité et tout exploré. J’ai cherché un emploi et je m’y suis marié. J’ai trouvé mon alter ego. Une femme honnête en quête elle aussi d’un avenir. J’ai connu tous les quartiers de cette ville. Ribaucourt, Étangs-Noirs, Comte de Flandre, le quartier de la Gare de l’Ouest. J’évitais la zone située entre cette gare et la station de métro de Beekkant, devenue le quartier chaud de Molenbeek.

J’allais aussi dans la zone de Ninove  et je passais dans le quartier Heyvaert où florissait le commerce de voiture. D’ailleurs c’est à Heyvaert que j’ai trouvé un emploi. Dans une station service. L’odeur de l’essence avait remplacé celle du papier mais il fallait s’y faire. Pour gagner sa vite honnêtement.

Un jour je fis la rencontre d’une famille irakienne, venue chercher refuge en Belgique. Une bonne partie de ses membres fut décimée à Baghdâd, sous les bombardements de l’aviation US. C’était du temps où les américains dans leur folle obsession de détruire le monde musulman s’en allèrent conquérir et anéantir l’Irak à la recherche d’un hypothétique arsenal d’armes de destruction massive. Un mensonge que je considérais comme le top départ de ces nouvelles croisades. A Molenbeek et bien que je n’ai jamais fait d’études importantes, ma conscience politique s’aiguisa. Et je compris qu’après avoir été divisé entre l’est et l’ouest, le monde était désormais séparé entre ceux du nord et ceux du sud. J’ai beaucoup voyagé et je n’ai jamais compris le silence de ceux qui me reprochaient de vouloir juste vivre comme je l’entendais. Sans gêner personne. Ils turent pourtant tous les massacres et tous les crimes et seule leur diatribe antimusulmane résonne encore dans mes oreilles. Rien ne pouvait les arrêter. Ils étaient tous lâches et avaient la conscience ankylosée. Pas un mot sur la Palestine et sur le peuple Palestinien. Eleanou, mon pote du collège était plus correct. Juif, il me disait qu’il faut un pays pour ce pauvre peuple. Un jour, je revins en villégiature en France. Je voulais revoir ma ville, mon quartier et mon enfance. J’étais en famille avec mes deux bambins sous les bras. Un excité me regarda de travers et me dit qu’avec nos tenues nous souillions l’environnement. Je n’accepta pas le terme de souillure à propos d’une manière de se vêtir. J’e n’en disais pourtant jamais autant de toutes ces femmes et de tous ces hommes qui se dandinaient parfois presqu’à poil dans la rue. En guise de réponse, je lui mis mon coup de poing dans la figure. Des policiers s’intercalèrent et nous conduisirent au commissariat. Le policier de permanence me recita le procès-verbal qu’il venait de rédiger après nous avoir écouté, mon agresseur et moi-même. Il me demanda de revenir le lendemain en me disant que la prochaine fois ça sera la fiche S. Je n’ai jamais compris ce qu’il voulait dire.

Le jour même je rejoignis Molenbeek. J’appris le lendemain que j’était recherché en France. Je n’avais pourtant commis aucun délit. Je repris la route de Lille pour y déposer, chez une vieille tante, ma femme et mes deux bambins. Trois jours après j’avais déjà quitté la France, la Belgique et l’Europe. J’avais réussi à me faire recruter parmi ceux qui combattaient les troupes américaines stationnées illégitimement sur les terres d’Irak. Ces terres étaient également les miennes et je devais les défendre car j’étais musulman.

 


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UN COMMENTAIRE

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  • Nordine
    1 avril 2016 at 23 h 09 min - Reply

    carl a eu pas mal de facteurs déclencheurs qu’il ait amené à AGIR !!!!!
    Ici on se fait chier sur le « toit » sans bronché par les pires des pires que la terre ait porté,
    rien, nada, que tchi, que dalle, tout va bien !!??.
    pauvre de nous !!!!!!!

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